Jonathan Bree, d' Auckland, est particulier et unique, ceci pour diverses raisons. Il a son style, pour commencer. Sa signature passe par le port d'un masque intégral et son timbre de voix, magnifique, entre l'alto et le baryton. Ensuite il est créateur et non pas un produit. Il a son propre label Lil Chief Records qu'il a créé. Et il est auteur et compositeur, il a une véritable fibre d'artiste troubadour qui conte des histoires en sachant les mettre en musique.
Sa plume sarcastique, romantique, chevaleresque épingle avec piquant le contemporain et ses dérives, notamment dans l'industrie de la musique. Il sait de quoi il parle. Derrière son délicieux esprit sarcastique il y a des notes d'humour.
Jonathan Bree fait paraître un sublime cinquième album en mai 2023. Le disque est encore de haute tenue, impressionnant de qualité mélodique, de sujets révoltés et amoureux mais aussi tendres et émouvants.
Le nouvel album qui vient de sortir s'appelle Pre-Code Hollywood. Ce titre, excellent, parle de lui-même.
City Baby ouvre l'objet en douceur avant de prendre de l'ampleur dans le tempo. La 'baby' est une femme qui préfère la ville, ses facilités même si elles sont débilitantes, à une histoire d'amour solide.
Le ton est donné et explicite dans pre-code Hollywood qui suit où le mercantilisme fait perdre la face aux âmes devenues des codes ou plutôt devenues assez creuses pour finir vicieuses et avoir plusieurs faces comme chante Jonathan Bree "your man of a thousand faces". D'ailleurs, Pre-code à l'oreille sonne 'prick-ode'...savoureux ici pour appuyer la démonstration.
L'electro-pop de When we met et de Miss you accueille la poésie dans le chant et les harmonies alternatives, ornées d'harmonica et de Princess Chelsea, l'amie complice de Lil Chief Records et de Jonathan Bree depuis les débuts, depuis leur duo The Brunettes en 1998. Miss you est une déclaration d'amour éternel entre eux deux, rondelet de rythmes et de charme.
Pour une biographie plus antérieure, mes anciennes chroniques sont ici :
Jonathan poursuit son écriture et ses mélopées avec le titre fantastique We'll all be forgotten. Le morceau est un bijou. Il offre l'instrumentation de cordes tant maîtrisée par Bree, les cordes merveilleuses de basse et de guitares aux sonorités rappelant Pulp, The Smiths, toute cette britpop des années 80 qui a nourri notre artiste fabuleux néo-zélandais qui chante ici sans filet de sécurité donnant une authentique émotion.
Mais émotion ne signifie pas forcément 'carpette'. Le morceau Epicurean qui suit avec ses synthétiseurs mariés aux violons remet en scène un Jonathan Bree mordant et comme j'aime à le définir 'peu pliable'. Politics ajoute une louche, cible, et tape où ça fait mal. Les arrangements soyeux qui accompagnent les mots cinglants sont derechef efficaces. Les claviers cold-wave de You are the Man complète le sarcasme sur les ambitieux pour finir avec le sentimental Destiny et l'adieu à City Baby pour boucler la boucle sur le dernier superbe titre Steel and Glass .
Pre-code Hollywood est un grand album de Jonathan Bree a avoir dans sa discographie mais surtout à savourer .
Les Bombay Bicycle Club sont devenus populaires dès leur début fulgurant en 2006 sur les scènes de Londres. Leur premier EP The Boy I Used to Be sera salué par la presse rock et leur présence entêtée dans les salles de concert londoniennes va faire exploser leur renommée.
Les BBC sont alliés dans la composition. Jack Steadman à la guitare et chant, Jamie MacColl à la guitare, Ed Nash aux claviers et basse et Suren de Saram à la batterie signent I Had the Blues but I Shook them Loose en 2009 leur valant un Award du meilleur jeune groupe remis par NME, suivi en 2010 de Flaws, en 2011 de A Different Kind of Fix, en 2014 de So Long, See You Tomorrow.
2015, année noire pour la musique...Bombay Bicycle Club annonce sa dissolution.
Bombay Bicycle Club s'octroie une longue étape. Chacun des membres travaille de son côté sans se laisser abattre. Steadman établi à Brighton fait paraître un disque funk et soul sous le pseudo Mr. Jukes, avant que le groupe remonte en selle en 2020 pour offrir un superbe Everything Else Has Gone Wrong qui ne manque pas de sel. L'album musclé et explicite épingle l'hypnotisme ambiant.
Suivra une période de virus ne permettant pas aux quatre anglais de jouer leurs morceaux à leur public.
La goutte fait déborder le vase et le groupe plus réveillé et vitaminé que jamais est vite inspiré pour un sixième album : My Big Day, joyeux et mordant paraîtra le 20 octobre 2023. L'enthousiasme communicatif, les BBC invitent d'autres musiciens de renom à se joindre à eux en studio. Nous pourrons donc bientôt retrouver le leader de Blur, Damon Albarn invité à participer à l'album qui se révèle ensoleillé de mille sons de guitares et d'une espièglerie incisive. A noter sur les agendas : la tournée commence en octobre, Angleterre, Ecosse, Irlande, Espagne, Italie et la France, au Trabendo le 21 novembre prochain!
Le duo Kings Of Convenience, originaire de Bergen en Norvège constitué de Eirik Glambek Bøe et de Erlend Øye, est devenu un emblème dans le milieu de la pop.
Les KOC sortent un premier LP en 2001 Quiet Is The New Loud qui mène illico les troubadours norvégiens au top des ventes de disques et à une renommée mondiale.
Le deuxième Riot On A Empty Street arrive en 2004, après avoir été amplement attendu et offre la collaboration de la chanteuse Feist, leur amie depuis leurs débuts.
Il faudra patienter cinq années pour le grandiose Declaration of Dependence, sorti en octobre 2009, période pendant laquelle Erlend monte brillamment son affaire en solo avec The Whitest boy alive.
En 2017, Kommode est le nouveau projet de Eirik Glambek Bøe, accompagné de son ami d'enfance Øystein Gjærder Bruvik à la guitare, au chant et de Anders Waage Nilsen à la batterie.
Le temps passe et comme d'habitude, l'impatience des fans des KOC est mise à rude épreuve.
Le 8 juin 2021, paraît après douze années d'attente, le merveilleux Peace or Love et ses onze titres qui gonflent les voiles, font fondre les cœurs pop et densément danser.
De manière fidèle, on retrouve l’instrumentation qui fait toute la splendeur et l’originalité du duo, guitares acoustiques, piano, violoncelle, contrebasse. Leurs deux voix, suaves et soft s’accordent toujours dans un splendide unisson pour créer cette osmose magnifique entre les tempo bossa et les notes ensoleillées sur une atmosphère cosy, élégante et gracieuse.
Peace or Love est à l'image des Kings Of Convenience : simplement Excellent !
C Duncan est le nom d'artiste de l'écossais Christopher Duncan. Il est âgé de 27 ans quand il signe son premier album en 2015, Architect, qui suit le succès du single For paru en 2014. Le jeune musicien de Glasgow est nominé au Mercury Music Prize pour le meilleur album de l'année.
Né de l'union de ses parents musiciens d'orchestre classique, l'adolescent apprend à jouer de la guitare, de la batterie et de la basse avant de devenir étudiant au sein du Royal Conservatoire of Scotland.
Les compositions de C Duncan sont concoctées avec imagination et talent liés au savoir-faire et à la réelle connaissance de la musique. Elles balaient et explorent divers styles comme la dream-pop, l'électro-pop avec une griffe mellow et romantique. Le résultat : de la pop dansante et fleurie de chœurs angéliques amalgamés à des accords dream-pop organiques et alternatifs.
Il y a des arrangements sunshine pop et psychédéliques sur les titre He Believes in Miracles et Garden. Garden évoque la main verte de Christopher, son intérêt pour le jardin mais aussi sa motivation et son inspiration véhémente à ce point de l'élaboration de l'album (l'un servant de métaphore pour l'autre). Here to There poursuit dans le catalogue romantique avec ses voix rayonnantes, ses guitares galopantes, son tempo rond. La version en français, Ici à là, est splendide de charme.
Les airs joviaux sont inspirés de l'intérêt que porte Christopher aux années 50 et en particulier à Doris Day ou June Christy. By et New Water qui enchainent sont plus ténébreux et nostalgiques. Le titre Novices accueille des instruments à cordes, toujours dans l'esprit du voyage, et parle ici d'un couple prenant la fuite, offrant dans le chant magnifique et la basse, une cadence qui donne forme à la dérobade. Terminant Architect avec As Sleeping Stones aux allures fort écossaises, I'll Be Gone By Winter, est sublimement réalisé pour symboliser un Au Revoir.
Après The Midnight Sun paru en 2016, l’artiste écossais à l’oreille absolue et aux talents techniques alliés à une imagination fournie revient en mars 2019 pour délivrer le somptueux Health.
L’album est mis en lumière par le producteur et membre du groupe Elbow : Craig Potter, qui a peaufiné également les albums de Steve Mason, Editors et I am Kloot. Tandis que Christopher Duncan assure le piano, la basse et les guitares, Liam Chapman est à la batterie et Janina Duncan ajoute du violon alto. Le disque accueille aussi les musiciens du Hallé Orchestra et son Hallé Youth Choir, fameux orchestre de Manchester créé par Sir Charles Hallé en 1848.
Health lance la cavalerie rythmée de boules à facettes disco avec Talk Talk Talk et ses arrangements florissants pour évoquer une histoire sentimentale prégnante et stérile. Le tempo se fait plus moelleux et rétro sur Wrong Side of the Door effleurant l’inévitable rupture. Les harmonies forment comme une trame de film des années soixante, parfumées à la gomina, autant cousues d’or que d'électronique sur Impossible où les violons galopent.
Puis He came From the Sun arrive comme une météorite mélodieuse qui subjugue de finesse et de verticalité. Ses mots colorés et spirituels sont déposés sur les partitions pop avant que l’âme boogie de Holiday Home déménage et mue en rock. Le chant cristallin de C Duncan est un bonbon sonore qui glisse sur les notes limpides. Puis Health entre dans le bal avec ses touches de piano qui alimentent l’essence du texte profond et grave. Somebody Else’s Home continue dans le genre groovy mais aussi avec le style jazzy de Blasé qui coupe et tranche comme il se doit ‘If you don't like what I came here to say, Do me a favour and turn the other way’. Les arrangements de cordes sont élégants et épiques.
Quand joue Reverie, deuxième petite bombe à mes oreilles, majestueuse dans ses atours lyriques, elle marie les instrumentations et les chœurs au grain de voix de C Duncan. Le rythme de Pulses & Rain fait rayonner le don de C Duncan, celui qui mélange classicisme et pop-electro. L'ambiance disco de Stuck Here With You remémore les thèmes du fief et de l’exil.
Care, tout en grâce avec le Hallé Youth Choir, gagne refuge dans les cœurs. Ce titre d’une douceur infinie boucle l'œuvre d’un grand musicien, qui croque son époque tout en la nourrissant de la musique du passé pour nous envoyer une carte postale musicale d'un autre temps. Health, cadeau passionnant, est obligatoire dans une digne discographie.
La pochette est une peinture de David Hockney auquel C Duncan, également peintre, est sensible : "Je souhaitais que l’œuvre ait une apparence « saine » : très légère, fraîche et naturelle. Pourtant, il y a un vide étrange dans ces peintures, ce qui est également audible dans la musique, qui est claire et aérienne en surface, et marqué par une noirceur plus nette en profondeur".
Le 6 mai 2022 C Duncan continue son aventure pour notre plaisir constant en offrant le nouvel album Alluvium.
Le prince écossais de l'indie-pop signe un Alluvium qui nous embarque dans un voyage musical réussi. La poésie des éléments naturels est une allégorie pour nous rappeler que les changements, petits ou grands, sont bons et permettent d'avancer.
L'alluvion est le dépôt de sable, de galets et autres matériaux qui, arrivés là par les mouvements de l'eau, forment à terme des berges, les plages, des delta…etc.
Les premiers titres Air et Heaven sont cristallins tant les harmonies s'envolent avant l'intimité de la guitare, des tonalités des violons sixties de la déclaration sentimentale We have a lifetime. Bell Toll est sautillant avec ses chœurs et ses sifflements pour imager le mariage et les âmes réunies qui attendent le carillon des cloches. Suit l'instrumental Lullaby dont l'élégance enveloppe comme sur Torso avec sa basse magnifique pour soulever le fait que certains parlent de climat, de maladie etc.. sans que cela ait de la valeur comparé à la présence chère de nos proches.
Puis les guitares et la batterie en cavalcade sur Pretending accompagnent des paroles clairvoyantes sur les temps difficiles en ville montrant qu'il est temps de rejoindre la campagne. Le suave et doux You don't Come around est suivi du tempo électro-pop de I tried ou de l'ambiance mirifique de Sad Dreams ornent deux titres pleins de résilience. Puis Alluvium aux formes fifties dignes d'un James Bond pose la question à savoir s'il faut rester éveillé ou attendre d'être assisté. Le thème de la liberté persiste sur Earth et ses envolées lyriques. The wedding song et Upon the Table sont des pierres précieuses délicates en fin d'album, mêlant guitare et chœur sur des mots poétiques et irisés. C Duncan montre derechef qu'il maîtrise son art de l'écriture de la musique, sa fibre artistique de peintre en faisant l'illustration de la pochette d'Alluvium et avec finesse, s'habille brillamment de sa cape de troubadour.