lundi 29 juillet 2019

La Petite Reine

En 1817, le Baron allemand Karl von Drais von Sauerbronn invente un engin, cadre en bois qui relie deux roues, enfourché comme un cheval que l'on fait avancer en frappant le sol avec les pieds pour donner de l'élan. L'objet est souvent doté d'une tête de cheval à l'avant, sculptée dans le bois, d'où le nom anglais Hobby-horse. Drais vient présenter son appareil à Paris au jardin du Luxembourg en 1818. Le véhicule n'a pas un franc succès, ceux qui s'y essaient tombent comme des mouches, et malgré la moquerie ambiante, obtient un brevet en France et est appelé Vélocipède ou Draisienne. Même si c'est un écossais en 1839, Kirkpatrick Mac Millan qui est le premier à perfectionner la Draisienne en entraînant la roue arrière à l'aide de leviers pour équilibrer le vélocipède, c'est de nouveau à Paris, en 1865, qu'un grand pas est franchi avec le français Pierre Lallemand (drôlement nommé), améliorant la draisienne à l'aide d’une pédivelle fixée à la roue, qui deviendra la pédale. Il déposera son brevet adopté au états-unis en 1867, fait fortune et rentre en France où, à Paris, une première usine de fabrication ouvre et la mode part en flèche quand Napoléon III offre l'engin à son fils qui se fait appelé ironiquement Prince impérial Vélocipède IV.



La guerre de 1870 en France met un frein au développement de la draisienne utilisée essentiellement, donc, par la bourgeoisie. Par contre, en Angleterre, elle est très populaire! Arrive le Grand-Bi doté d'une roue avant haute de 1,30 m et d'une roue arrière de 0,30 m de diamètre seulement. D’abord en bois, il mute et devient un géant d’acier en augmentant la taille de la roue avant, où se trouvent les pédales, permettant une meilleure vitesse de déplacement et surtout une plus grande distance parcourue sur un coup de pédale. On arrivera à des roues de 3 mètres de diamètre ! Autant dire que les Grands-Bis, équipés de freins à patin à l'avant mais aucun frein à l'arrière, ultra instables, offraient des chutes spectaculaires.


En 1885, John Kemp Starley met sur le marché la Bicyclette de sûreté, beaucoup moins dangereuse que le Grand-Bi, avec un cadre en croix où les pédales sont installées et les deux roues de la même taille sont reliées par une chaine. Starley fait entrer le cyclisme dans 'l'age d'or'. Le Grand-Bi est détrôné par la bicyclette. 1988, John Boyd Dunlop, vétérinaire, améliore la roue en caoutchouc rempli d'air, suivi en 1891 par les Français André et Edouard Michelin qui séparent la chambre à air du pneu. Quant au côté 'savety', il était relatif. Le frein à rétropédalage, que l'on actionne en pédalant en arrière, très populaire au XXe siècle, pouvait vite faire oublier le caractère ludique de la machine mutante.



Au début, l'éclairage des cycles était constitué d'une bougie puis d’une lampe à huile montée à l'avant. Certains ont dû avoir chaud à la barbe. Dans le domaine 'pas rigolo' arrivera en 1893 une loi instaurant une taxe sur les vélos, de 10 francs par an. Une plaque métallique indique le nom du propriétaire et s'il s'est acquitté de l'impôt. L’impôt sur les vélocipèdes sera définitivement supprimé en 1959 par un arrêté de décembre 1958. En 1897, un chroniqueur de l'Auto-vélo, Edouard de Perrodil, émet l'idée d'un 'orchestre avertisseur' en guise d'avertisseur sonore. La question qui tarabuste le monde alors est, faut-il entendre l'avertisseur de manière constante ou intermittente. Une cloche? Un grelot? Une trompette? La question est l'objet d'un arrêté ministériel pour apaiser le mécontentement public.


Le loisir du vélo devient un sport et en France, c'est en Normandie qu'eût lieu la première course cycliste officielle avec la Paris-Rouen dès 1869 puis Bordeaux-Paris et Paris-Brest-Paris en 1891, Liège-Bastogne-Liège en 1892, Paris-Roubaix en 1896 et le Tour de France en 1903. La bicyclette est devenue pour les hommes et pour les femmes un symbole de liberté et cet engouement, notamment celui des femmes pour le cyclisme est raconté par Émile Zola dans Paris en 1898. L'époque est à la large, longue et lourde robe à crinoline ne permettant la conduite qu'en amazone.


Voici donc un autre objet de mécontentement et surtout d'accidents ébouriffants. Une nouvelle toilette de promenade s'impose et après avoir testé le retrousse-jupe, c'est la jupe-culotte ou pantalon bouffant, qui seront appréciés. En 1896, on peut lire dans l'Echo de Paris " les jupe-culottes, demi-divisées pour bicyclettes de dames, impossibles à distinguer d'une jupe de ville...' ou encore en 1899 dans Le Sport universel illustré, 'La culotte est admise, ou plutôt elle est tolérée mais, c'est à la jupe ou à la jupe-culotte, costume lourd et peu propice aux grandes pédalées, que vont les faveurs de la masse'. En 1901, la jupe demi-cloche, s'arrêtant à la cheville fait son apparition dans La Mode illustrée ou encore la jupe-parapluie se découvre en 1908 dans Les Vrilles de la vigne de Colette.



En 1936, des milliers de cyclistes fleurissent sur les routes de France en tandem ou en triplette, traînant des remorques remplies de bagages. Cette année là, 8 millions de bicyclettes sont en circulation arborant sacoches en cuir ravissantes et gourdes multicolores, des pompes qui font pschiiiiit à devenir dingue, des porte-bagages délicieusement tape-culs mais qui offriront toujours les meilleurs honneurs à notre Petite-Reine tant aimée.
NB: Petite Reine vient de Wilhemine, reine à 10 ans, fille de Guillaume III des Pays-Bas quand elle prend ses fonctions en 1890 à la tête de l’Etat néerlandais. Elle a la particularité de ne se déplacer dans tout le royaume qu'à bicyclette, adorée par son peuple qui la surnomme 'la petite reine à bicyclette'.




Bourvil - A Bicyclette


Elvis Costello & Anne Sofie von Otter (cover Tom Waits) - Broken Bicycle


Engelbert Humperdinck - Les Bicyclettes de Belsize


BMX Bandits - Wheatus


Pink Floyd - Bike


Chemical Brothers - Velodrome

samedi 27 juillet 2019

Erik Arnaud

Erik Arnaud est un auteur-compositeur français qui apparait en 1998 avec le premier galop © 1998 Amerik puis en 2001 avec Comment Je Vis. Mes compliments ne sont certainement pas artificieux. Arnaud est parmi les compositeurs, une perle, une personnalité épique parce qu'il est intemporel, intensément inspiré, excellent guitariste et chanteur. L'album a vingt ans et à son écoute, il est impossible de le dater. Soit la pop française ne se renouvelle pas, soit Erik Arnaud a du génie anticipateur parce que son troisième disque paru en 2009, L'armure, il y a donc 10 ans, est particulièrement assorti à nos jours. Le musicien nous gâte en 2016 avec derechef, une merveille d'album appelé Golden homme. Je suis sensible à son univers parce que les mélodies y sont émaillées de notes pop indé efficaces et parce qu'il dépose dessus des textes en français superbement écrits. Sa belle voix joue au cabri, révoltée ou domptée, sur des arrangements qui serpentent entre la pop et le rock, toujours exacts dans le message destiné. Arnaud nous invite à plonger dans son monde de lyrisme brut et de guitares trépidantes avec une élégance rare et un beau grain de charisme.



Comment je vis décrit son ressenti de jeune homme qui vit à la campagne, loin d'une épicentre culturel à la mode. Pas naif, il comprend à la perfection son caractère superficiel, sa sournoiserie politique, sexuelle, et nous dresse un keepsake de l'artiste à l'aube du deuxième millénaire. La lucidité fait des étincelles, froide et généreuse à la fois par la chaleur des accords comme sur Comment je vis qui ouvre le disque. Le regard de l'artiste peut être cru sur Devenir Folle et HLM, édifiant un témoignage contemporain sur des harmonies extraordinaires, des moments alternatifs rock qui donnent des frissons. Je vis à 50% et French musique continunte de monter un décors sans fard, sans illusions, avec toujours de l'idée, soutenue et brillante, dans l'orchestration et le montage des effets sonores. Synthétiseur et basse se promènent offensifs sur Best Of évoquant de nouveau la fausseté, la mauvaise foi de certains artistes stériles qui manient le copy-cat. ( ils sont répandus...)



Erik Arnaud continue de décrire le portrait de ces faux jetons sur Comme au cinéma, Fais Comme On T'A Dit et Le cirque où il dégomme sans égards sur des arrangements voltigeants. Jalousies poursuit sur le même registre avant Village, émouvant, à fleur de peau, montrant le talent de compositeur tant la musique se lie au texte, idem pour Mécaniques. Les mots d'Arnaud ne sont pas tempérés, ni son chant, et la douceur, le charme se glissent aussi entre les lignes. Il souffle le chaud et le froid dans la pépite l'armure où on goute au fer, à la terre, au feu quand il nous tient en alerte avec ses mélodies attirantes, électrisantes de sensualité. J'aime tout le disque, sans exception, un pièce majeure dans la pop française. Plus court et condensé Golden homme est un petit miracle d'intention que j'écoute en boucle. Les chansons sont fascinantes, aiguisées et tendres. Il est difficile d'être insensible aux compositions fascinantes d'Erik Arnaud, fan de Neil Young et de Jean-Louis Murat, et je le recommande absolument.
ErikArnaud





vendredi 26 juillet 2019

Bread Pilot

Bread Pilot est un réel coup de coeur. Le groupe de Seattle compose une pop mélodieuse, alternative, fleurie de quatre guitares et d'une batterie. L'équilibre des partitions sur le chant, donne une impression de limpidité harmonieuse. Apparus en 2011, c'est en 2015 que le premier album éponyme de huit chansons sort. Le titre Yoda Pop qui ouvre le disque révèle de meilleures augures. Seattle pour une petite piqûre de rappel, est une niche de noms somptueux, des signatures telles que Nirvana, Alice In Chains, Pearl Jam, Modest Mouse, The Postal Service, Death Cab for Cutie, Band of Horses, Math and Physics Club, Car Seat Headrest souvent regroupés sur le label local de renommée mondiale Sub Pop. Le son qui émane de la ville, rock, pop, psyché, grunge, est une référence pour le reste du territoire américain. Bread Pilot signent des mélopées inspirées faisant rayonner toutes ces influences, indirectes, car leur style personnel peu aussi être veiné des Beatles. Les mots claquent sur des instrumentations atmosphériques. Les astres et la mer sont le décor d'expériences amicales, familiales, toujours évoquées avec discrétion et une forme poétique. Le titre Seth accueille d'ailleurs Seth Delaney qui récite le poème The Opening of Eyes écrit par David Whyte.



L'album de cinq titres de 2015 What Do You Think That Bird? montre le talent pour l'instrumentation et l'écriture des américains. Le tempo groovy de Munkee, sa basse splendide, les guitares sautillantes, enrichis du chant voltigeant, s'amuse à faire des loopings sur les arrangements pop et dansants. City qui suit est tout aussi intelligemment orchestré, composé avec un violoncelle envoûtant marié aux arpèges de guitares estivales et romantiques. La ritournelle de Sleep Tight Scooby joue sur les effets de choeurs et les cordes en tension langoureuses qui sont magnifiées sur Why I Lie et ses effets de pistes étirées en sens inverse. Les cordes pincées et la voix intime vibrante construisent une mélodie mouvante fulgurante. Le mini album se termine en majesté avec un Spiderhand viscéral qui s'allonge sur cinq minutes exquises, acharnées de tendresse et de brio.



Cette année 2019 annonce le single magnifique Yale où les Bread Pilot sont rayonnants. Guitares, basse et batterie forment une mélopée terriblement bien brodée. L'ambiance alterne et avance sur le texte habillé d'émotion qui touche comme celui de Seeing the Elephant, dont la construction et la voix provoquent des frissons donnant le sentiment d'ouvrir un coffre à trésors. En espérant de nouvelles chansons bientôt, le single Yale m'accompagne et me semble à chaque écoute encore plus réussi et abouti.
BreadPilot

jeudi 25 juillet 2019

The Castillians


The Castillians est un groupe anglais convaincant et éminemment lardé! Le groupe nait à Birmingham en 2010, se produisant sur des scènes underground. Leur style rock garage enflamme le public, explose les amplis et les musiciens signent le premier album Show Your Teeth en 2011. Le trio, Bobby Chapell, Dan Finnemore et Matthew Smyth, revient en 2016 avec le magique You & Me, au panache garage-pop toujours aussi énervé et électrisé avec cette fois-ci, plus d'arrangements surf rock. L'album grandiose offre la présence de Lucern Raze au piano, à l'orgue et aux percussions et de Erik Ernsäter au saxophone. Avec eux, les mystérieux Black Mekon, duo annexe qui avec les Castillians, Copter et Sex Beet forment le collectif Coldrice, fameux à Birmingham. Les deux frères Black Mekon qui ne quittent jamais leurs masques 'loup' s'attèlent ici à la production et arrivent bientôt sur scène avec leur nouvel album garage punk Nostalgia prévu le 16 août prochain.



Tandis que l'opus Show Your Teeth contient déjà des titres qui titillent l'épiderme avec des guitares aiguisées, un chant post-punk audacieux, comme sur I Won't Be There, Bobby Don't Smoke, Be My Light ou les neuf minutes de Diamonds Ain't A Girls Best Friend, You & Me remet les Castillians en selle, plus rebelles et amoureux que jamais. Dès les premières notes tendues de Hang Me Out, l'attention est captée et avalée. La batterie brule les peaux des caisses pour s'aligner au chant de Matthew puissant d'énergie et trituré, écorché suppliant sa 'baby' de ne pas le 'larguer' derechef. Hey Hey dégaine les guitares, décharge une rythmique explosive et des cymbales délurées pour enchainer sans souffler sur le rock de You & Me où la flamme et les sentiments sont déclarés sans manières. Ce qui légitime le Bad Boy qui suit, et son tempo qui fracasse les fûts sur une mélodie hargneuse avant le blues endiablé de Come What May où Matthew Smyth fait une prouesse vocale. Finalement sa 'baby' s'est fait la malle.



A mes oreilles, la perle du disque est Piggy in the Middle (qui signifie colin-maillard) parce que gorgée de sonorités mods psychédéliques façon Count Five et leur Psychotic Reaction. Affublés de leur Coat Tails, les anglais libèrent des arrangements trouble-fête menant une sacrée cavalcade de notes. Comme de dignes mods, le goût du vêtement en impose, british oblige, et I Left My Tassle Jacket in San Luis Obispo déroule une mélodie fantastique où là aussi, les voix pétillent. Les harmonies presque moelleuses sont trompeuses surtout quand arrive le boogie rock'n roll de Midnight Ride qui lâche un rythme gaillard permettant de comprendre que la jolie 'baby' est de retour. Ce qui se confirme sur Still In Love With You et ses envolées de cordes, gonflées et vigoureuses, accompagnées d'un tempo absorbant. La fibre sixties résonne pour finir en beauté avec la ferveur de I'll Come Running où les choeurs tirent l'essence même des mods. The Castillians imposent leurs passions, leur griffe et une esthétique rock garage de circonstance pour ventiler les oreilles en ce période estivale. You & Me est déjà presque épuisé, reste une vingtaine de disques seulement. A suivre bientôt avec les Black Mekon!
Castillians
BlackMekon



Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...