dimanche 27 janvier 2019

Michel Legrand

Michel Legrand n'est plus, il s'est éteint hier mais sa lumière reste. Les compositeurs de musiques de films et de comédies musicales français ne sont pas nombreux, je devrais dire n'étaient, parce qu'il emporte avec lui ce 26 janvier 2018, son destin romanesque certainement inégalé. Le musicien à la belle âme, à l'oeil rieur dirigeant un royaume de partitions dorées, me laisse cette triste semaine doublement orpheline.

Ascenseur pour l'échafaud, A bout de souffle, Le cave se rebiffe, Une femme est une femme, Cléo de 5 à 7, Les quatre cents coups, Bande à part...la nouvelle vague, Godard, Henri Verneuil, Marcel Carné... et un jeune compositeur pour mettre ces oeuvres en exergue dont le nom apparait de plus en plus souvent, Michel Legrand. Le timide jeune homme au sens insensé pour le swing, revisite, réinvente le jazz avec des contrepoints, brode autour du style pour y ajouter du romantisme bien français, et dirige de manière assurée et élégante son orchestre pour formuler une chanson. Magicien mélomane, maestro mélancolique, son goût pour les comédies musicales américaines marié à sa culture française agrémenté de son charme et de son instinct lyrique sophistiqué 'frenchy' lui seront vite enviés outre-atlantique.

Cyril Pansal

Michel nait dans le XXème arrondissement de Paris en 1932. Il grandit en lisant Aragon ou Blondin et en se réfugiant dans la musique très tôt parce que ses parents, séparés et peu enclins à la tendresse, ne lui offrent guère de chaleur. 1955 son aventure musicale commence avec le court métrage Visages de Paris signé François Reichenbach, suivront jusqu'en 1963 plus d'une vingtaine de films jusqu'à La Baie des anges et Les Parapluies de Cherbourg en 1964 qui lui vaudra une nomination aux oscars, année où il signe également la musique de Bande à part. Les succès s'enchainent alors avec Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et il part en Californie décrocher un oscar pour L'Affaire Thomas Crown et sa mémorable chanson Les moulins de mon coeur. 1968 et 1969 il honore les bandes originales de L'Homme à la Buick (Grangier) et La Piscine (Deray). 1970, son nom s'impose dans le cinéma où il reçoit un deuxième oscar pour Un été 42 et son titre The Summer Knows qui sera interprété par Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Andy Williams, Scott Walker, George Benson et Barbara Streisand que Michel Legrand connait bien pour lui avoir concocter le magnifique album Je m'appelle Barbra en 1965 et la comédie musicale Yentl en 1983, troisième oscar. Cette même année l'amène à griffer la bande son de Never Say Never Again, le James Bond avec Sean Connery qui marque sa carrière. Son oeuvre pour le cinéma comptabilise plus de deux cents musiques.

Cyril Pansal


Le pianiste de renommée internationale se produit avec des orchestres de Saint-Petersbourg à Montréal et composera de manière exaltée, compulsive pour une pleiade d'interprètes des musiques d'albums : Henri Salvador, Charles Aznavour, Frank Sinatra, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Claude Nougaro, Jessye Norman, Barbra Streisand, Nana Mouskouri, etc... 





Je vais simplement lister les trésors que j'aime pour rendre hommage à l'éternel compositeur et arrangeur, l'impatient, le joueur, l'exceptionnel chef d'orchestre, le pianiste au sourire mutin, le chanteur à la voix captivante et émouvante. Le créateur légendaire de la musique de Peau d'âne sera la voix chantée d'un jeune comédien nommé Michel Colucci qui y joue un garçon de ferme, première apparition à l'écran de Coluche.
Ce sont les fugues de Peau d'Ane que Michel Legrand qui vient d'obtenir son brevet de pilote en 1970, chantonne dans le cockpit, accompagné de son ami Jacques Demy, en faisant des piqués sur les tours du château de Chambord. Cette âme d'enfant, cet adulte dont l'enfance aura été selon ses mots 'fort grise', taquine, ébranle, percute, empoigne la musicalité, l'élégance et la poésie pour nous mettre en état de grâce. Notre timide et merveilleux Michel Legrand continuera d'exprimer ses émotions dans ses notes et ses mots parce que celui qui aimait tant s'amuser en composant est entré hier dans l'histoire de la musique.


Un grand merci à mon complice dans les plus beaux 'méfaits' comme dans les pires 'bonnes actions', Cyril, pour les images collées et montées avec magie, pour ta présence dans ce billet hommage à Michel Legrand que nous aimons tant tous les deux.



















samedi 26 janvier 2019

Half Cousin

Half Cousin est un groupe de derrière les fagots, qui se conserve et prend de l'ampleur avec le temps. C'est sous l'impulsion des deux écossais Kevin Cormack, auteur-compositeur multi-instrumentiste et la complicité de l'ingénieur du son et multi-instrumentiste Jimmy Hogarth que nait le projet il y a 15 ans. Les deux amis sont des Orkney, les Orcades étant archipel subarctique de 67 iles situé au nord de l'Écosse à 16 km de la côte de Caithness, annexé par le royaume d'Ecosse au XIIIème siècle qui compte désormais 20 000 habitants.



C'est là, dans les iles Orkney, que les deux amis grandissent, apprennent la guitare à 10 ans et au lieu de télévision, font de la musique et se tiennent chaud en jouant Deep Purple et Iron Maiden dans un premier groupe qu'ils forment alors âgés de 16 ans. Puis ils partent faire des études à Glasgow où ils continuent de se produire dans les bars. Leur particularité est l'utilisation d'objets recyclés, boites en fer, sonnette de vélo, rythmique faite avec les pierres des côtes nord écossaises, mais aussi de la clarinette, de l'accordéon, de la guitare et du piano. Dans les mélopées des Half Cousin rôde l'âme de Syd Barrett, brodant des mélodies lyriques qui m'envoûtent, des textes poétiques chantés avec une grâce rock et pop divine, le tout arrangé de manière psychédélique et alternative fort intelligente. Cette finesse et leur inspiration sont remarquables sur la première production de cinq titres, l'EP German qui parait en 2004.



Peu étonnant de connaitre le parcours brillant et renommé des deux musiciens depuis à Londres, devenus producteurs dans leur studio londonien de Queens Park où ils signent des groupes qu'ils encadrent artistiquement et techniquement comme par exemple Sia, James Blunt, Suzanne Vega, KT Tunstall, Amy Winehouse etc.

Cette même année 2004, les deux Half Cousin nés en 1974 signent le premier album The Function Room, magnifique, intemporel, une pièce pop suprême. Tout l'album est somptueux. Il est inspiré d'un roman de Janet Frame. La romancière de Nouvelle-Zélande est une muse pour beaucoup d'artistes, laissant derrière elle 11 romans et cinq recueils de nouvelles, dont An Angel At My Table, adapté en 1990 au cinéma par Jane Campion. Grande poétesse, écrivain grandiose, Frame, inclassable, rebelle, connaitra le même sort que Lou Reed, internement dans un asile à la fin de son adolescence pendant huit ans et deux cents électrochocs, échappant in extremis à une lobotomie avant que le psychiatre qui la soignait pour schizophrénie soit déclaré incompétent. Elle se remettra à vivre grâce à la littérature, l'écriture et The Function Room est une ode à ce courage, blindé d'une instrumentation fine, délicate, de textes irisés, fragmentés, extraits de la plume de Kevin, piquante d'esprit et bordée de l'âme sensible écossaise. En 2007, suit le génial album Iodine grandement inspiré lui par les iles Orcades où plus que jamais, la voix de Cormack resplendit d'excellence sur des harmonies électroniques et folk traditionnelles. Absentee, remixée par le duo de Londres Fujiya & Miyagi, aussi poppeux que Jim's Crash Memory, est accompagné des tumultueux Big Chief, Police Torch, des expérimentaux Charity et Rat Pack Dad, des touchants Abide, Home Help et évidemment de Your Name. On peut également se délecter du mini album de 2012, Fantasy Belt, aussi succulent et marqué de l'empreinte folktronica. Une future réunion des Half Cousin serait un cadeau splendide et en y rêvant pour l'instant on peut choyer leurs deux albums d'une qualité qui passe le temps et les modes.
HalfCousin





jeudi 24 janvier 2019

Bart & The Bedazzled

Bart & The Bedazzled est l'ensemble que forment Bart Davenport, auteur-compositeur, guitariste, chanteur et ses musiciens, Jessica Espeleta à la basse, Wayne Faler à la guitare et Andres Renteria à la batterie. J'écris en 2013 sur le musicien californien qui fait rayonner l'indie-pop depuis le début du second millénaire.
"Ce brillant auteur-compositeur californien aurait pu écrire le Da Capo de Love dans une autre vie. La voix de Bart Davenport rayonne de sensualité sur ses compositions velvetiennes, folk, pop, bossa teintée de lounge. Prolifique, inspiré, ses débuts sont des bolides et il signe sur des chapeaux de roue 3 albums en 3 ans : son opus éponyme de 2002 signé sur le label Paris Caramel, le génial Game Preserve de 2003, album sucre d’orge pour l’été puis en 2005, Maroon Cocoon, grandiose, tous deux signés chez Antenna Farm Records. Cette collaboration permet de pérenniser le travail d’orfèvre de Bart avec l’excellent Palaces qui parait par la suite. Les mélodies qu’il griffe de sons influencés des Beatles, The Incredible String Band et Donovan, sont une tapisserie d’harmonies qui rendent hommage aux sixties et aux seventies.



Bart Davenport commence la guitare à 8 ans et compose très tôt , travaille aux arrangements de cordes et des rythmiques pour ses albums et part à la conquête des scènes en solo au travers des Etats-Unis jusqu’en Europe. Esthète de la pop musique, compositeur et interprète, arrangeur et producteur de ses albums, il devient en bonus un parfait showman lors de ses concerts. Bart n’est pas un débutant car il brûle les planches depuis les années 90 tout d’abord au sein du groupe de San Francisco The Loved Ones où il joue de la guitare et chante, puis dans The Kinetics qu’il met en place avec son ami d’enfance Xan McCurdy, membre de Cake.
En 2000, tandis qu’il officie comme bassiste pour les Persephone’s Bees, il présente en simultané ses compositions lors de lives partagés avec d’autres amis, Eric Shea et Devendra Banhart. C’est alors qu’il entre en studio, enregistre ses premiers albums et repart sur les routes, recevant Peter Bjorn and John en Californie, allant jusqu’en Espagne et en Allemagne pour la première partie des Kings of Convenience. En 2006, ce Mozart de la pop à la voix suave de baryton qui rappelle Bert Jansch dont il est fan, intègre la formation The Honeycut en tant que chanteur et compositeur et signe l’opus The Day I Turned to Glass en 2006 qui remportera illico un franc succès. Les festivals et les médias internationaux accueillent la tournée des Honeycut ce qui pour autant ne détourne pas Bart Davenport de l’écriture en solo de Palaces signé en 2008.



L’artiste qui connait bien l’Europe sillonne l’Espagne où désormais un groupe de musiciens l’accompagne, les Biscuit, ainsi que l’Allemagne où il retrouve son deuxième label de Hambourg Tapete Records ( Lloyd Cole, Lacrosse, Nom de Guerre, Next Stop: Horizon etc). Il continue d’écrire sans relâche pour un autre projet nommé Incarnations en chantant et composant l’album With All Due Respect en 2011, puis toujours pour Honeycut, sortant un deuxième album en 2012, Comedians."

L'artiste s'offre l'album de reprises Searching for Bart Davenport en 2011 puis signe de sa patte pop en 2014 l'album grandiose Physical World. Depuis quatre ans, l'ami Davenport manquait fortement mais c'était pour mieux revenir au printemps 2018 avec son nouveau disque, fraichement iodé, vitaminé, solaire et amoureux, l'excellent Blue Motel. Comme de coutumes, on retrouve l'immarcescible et classieux son des eighties tant aimé par le groupe, typé Prefab Sprout.



Dès l'arrivée de Blue Motel aux oreilles, la rythmique attrape l'attention, le chant limpide et vif s'unit aux guitares pour une tocade ensoleillée pop suprême. La basse dansante et joyeuse marque le joli tempo avec la batterie et le clavier géré par Aaron M. Olson, autre larron de talent qui participe aux arrangements de l'album. D'emblée la palette de couleurs comme le titre l'indique, crée sur la mélodie énergique une vivacité supplémentaire, avec du bleu, du gris, du doré, sur le lever du soleil au coucher, en ayant froid ou chaud. La ballade dans l'hôtel est réussie. Suivant la même idée, le nostalgique Halloween By The Sea fait voguer sa ritournelle jouée à la guitare électrique à l'effet envoûtant et velouté avant le trépidant What's Your Secret (Cleo), véritable petite pierre précieuse pop au coeur du disque où l'auteur évoque celle qui l'inspire en y ajoutant du beat et de la sensualité via la partition ingénieuse de saxophone assuré par Billy McShane.



Suit le langoureux et mélodieux Life Under Water avant les arrangements généreusement groovy de The Amateurs et ses guitares qui brillent de mille feux pour décrire des amoureux amateurs, licencieux et bêtement malsains. Les cordes foisonnent, le don de mélodiste de Bart Davenport est éclatant sur Your Sorrow qui reprend le même thème de la perdition dans les bars pour noyer un manque de personnalité avec le clavier somptueux de Robin MacMillan ; Idem pour The House That Built Itself avec sa cavalcade de guitares pour tenir la tonalité ironique et acerbe. Les harmonies soyeuses et élaborées de notes synthétiques appuyées par les guitares de Time Machine For Two vont comme un gant à la métaphore spatio-temporelle d'un voyage amoureux malicieux . L'ambiance voluptueuse se poursuit avec la pause instrumentale de saxophone Single Life. Le panache pop revient fougueux sur Grownups qui déroule des accords de guitares savoureux, dansants, sur la voix de Davenport puissamment mélodieuse qui s'achemine sensuelle et intime dans Vampire pour terminer le disque en douceur et optimisme sur le mot 'future'. Blue Motel est beau, galbé de sonorités seventies ou eighties, arrangé avec brio, parsemé de la voix de Nedelle Torrisi (Asthmatic Kitty). Bart & The Bedazzled apportent une jolie force émotionnelle aux onze titres raffinés et sophistiqués que je range fidèlement dans le panthéon Piggledy Pop.
A ceux qui ne le connaisse pas encore, je conseille l'écoute de Maroon Cocoon de 2005, un album 'pop' phare dans ma discographie.
Bart&TheDazzled
BartDavenportPiggledyPop2013





dimanche 20 janvier 2019

Crepes

Qui n'aime pas les crêpes? Les français les aiment, suzette, chocolat, miel, confiture...au sucre mais aussi salées au sarrasin ou façon pancakes nord-américains avec du mapple syrup. Les premières galettes sont préparées en Bretagne au XIIIème siècle et la tradition culinaire a, depuis, voyager. Car il y a aussi les Crepes australiennes et j'en parle en 2016 quand parait leur premier EP Deaf Ambitions que j'estime être la meilleure découverte de 2015, suivi du cinq titres Cold Summers en 2016 puis en 2017 de l'album Channel Four.



"Originaires d'Australie, le groupe est conduit par son auteur-compositeur Tim Karmouche, au chant et à la guitare, accompagné par Nick Robbins à la batterie, son frère Pat Robbins à la basse, Jackson Dahlenburg aux claviers et Sam Cooper aux guitares. En 2009, Tim écoute une foule de groupes et inspiré, doué, se met à écrire des mélodies pop incroyablement belles et cintrées, dans la veine de Eels, The National, aux arrangements parfois psyché qui évoquent tantôt les MGMT tantôt Super Furry Animals. Après un premier groupe Hollow Everdaze, c'est la formation Crepes qui voit le jour en 2015 pour signer en avril le splendide EP Deaf Ambitions."
CrepesPiggledyPop2016



Le 23 octobre 2018, les Crepes font crépiter le nouvel album In Cahoots. L'album frôle les cimes de l'excellence avec ses mélodies pop psychédéliques subtiles et brillantes. La rythmique envoûte émanant des caisses de batterie et du synthétiseur, des guitares, de la basse et du chant calamistré. 'To be in cahoots' signifie être de mèche et cette pépite fait résonner une nouvelle fois l'entente parfaite qui règne au sein du groupe qui, après leurs journées d'enregistrement au studio Phaedra de Coburg, file piquer une tête dans la piscine du quartier pour se détendre, rire en écoutant les Kinks et Kevin Ayers. As You Go ouvre le bal avec un piano à queue en bonus dans l'orchestration dirigée par les producteurs talentueux John Lee et Zach Schneider à qui appartient le studio, multi-instrumentiste également membre de Totally Mild et Great Outdoors. Le groove du titre transporte, envahit, entête et fait opiner du chef fébrilement. Les guitares taquinent doucement les notes en offrant un délicieux moment de pickings de cordes et de tambourin légèrement excentriques. Puis la basse au taquet de Dark Demons annonce la couleur et sort l'artillerie des claviers pop psyché sixties et des guitares électrisées. Les effets chorale surfpop suivent les vibrations indie-rock de la voix de Tim Karmouche, impressionnante, qui tout en étant posée réussit à exalter.



Les pédales wah-wah sur High-time chantée par Sam Cooper offre un esprit soul à l'harmonie disco-pop seventies qui passe au rock plus noisy sur The Drag, saupoudré de synthétiseurs panachés de son eighties et d'une batterie qui a bu la potion magique. Après avoir resserrer les vis des cymbales, I Was A Kid déroule une mélodie pop savamment arrangée, idem avec Bicycle man qui suit, les deux se classant au top des titres de l'album. Comme chez leurs illustres pairs, The Lucksmiths ou Twerps, on y retrouve du charisme et de la délicatesse dans l'interprétation et dans les paroles. Le titre Life is Fast détend la mesure, offre une atmosphère mellow paradoxale et ironique sur des mots soulignant la vitesse et la précipitation des modes de vie contemporains. La ballade On My Own, intimiste, voluptueuse, reprend le thème des relations amicales ou amoureuses, sur les ondulations puissantes de la mélodie portées par la guitare. The World Ain't Too Far Away poursuit efficace et percutant montrant la dextérité et le talent infini de Karmouche. Les notes scintillent, les harmonies dans les voix font des loopings, la rythmique d'inspiration sixties sautille sur les touches de piano pour former un ensemble savamment pop. Le titre Grey Sea conclut avec les claviers atmosphériques, un texte nostalgique détenant un profil psyché façon Syd Barrett. In Cahoots est solide, d'une qualité sonore fournie de goût et de style, qui désormais place les Crepes dans la pile des dix meilleurs groupes indie-pop australiens.
Crepes

Eli Moore

Eli Moore est un auteur-compositeur américain basé à Langley, Washington et actif sur les scènes indie-pop depuis 2005 étant membre du group...