lundi 25 août 2014

Graham Nash / Songs for Beginners

Légende vivante de la musique, Graham Nash nait en 1942 à Blackpool. La vie difficile d'après-guerre, le nord de l'Angleterre qui tente de se reconstruire développera chez le jeune homme la passion de la musique qui apprend la guitare très tôt. Avec Allan Clark, ils ont 14 ans quand ils jouent sous le nom de the Fourtones dans les pubs locaux. Ils rencontrent plus tard Tony Hicks pour monter le groupe The Hollies en 1962 qui sera signé chez Parlophone (label des Beatles) et enregistrent leurs disques à Abbey Road. Tous les trois se partagent la composition, l'écriture, le chant, s'entourent de Bobby Elliott à la batterie, Peter Howarth au chant, Bernie Calvert à la guitare électrique, Terry Sylvester à l'acoustique et connaissent un succès fulgurant jusqu'en 1968 quand Graham Nash quitte le groupe.

Etouffant, se sentant enfermé dans la renommée des Hollies qui fait des tournées jusqu'aux Etats-Unis, Graham y rencontre d'autres musiciens et rêve d'autres horizons. C'est pour Los Angeles qu'il part les retrouver pour fonder sa nouvelle carrière. Mais la côte ouest appelle Graham Nash pour une autre raison, l'amour, celui qui sera le plus marquant de sa vie d'homme et d'artiste et pour lequel il écrira les plus belles de ses chansons. Cet amour porte le nom de Joni Mitchell.
Extrait de l'autobiographie Wild Tales (également nom de son album de 1973) : "My band, the Hollies, and I had come to an impasse. We had grown up together, spent many years making music, writing songs, drinking and larking about; we’d had a fantastic string of hits, incredible success—but from where I stood we were growing apart. I’d moved on, I was headed in an exciting new direction, and my heart and soul weren’t in the Hollies anymore. The same with my marriage. My wife, Rosie, and I had been drifting for some time. We both knew things were coming to an end. In fact, for the last six months, we’d started seeing other people. Now she was off in Spain chasing another man, and I was on my way to Los Angeles to visit a woman who had captured my heart... my life had gotten complicated. I was at a hell of a crossroads. There were plenty of unanswered questions. My plight became more apparent as I got off the plane and headed to the taxi stand. There was no point stopping for baggage. I had my guitar, that was it, that was all I had come with. Nothing else mattered. I was in America. I was going to see my new girlfriend, to be with Joni."
Peu après l'acquisition d'une petite maison à Laurel Canyon au printemps 1968 qu'elle achète avec les bénéfices des ventes de son premier album Song to a Seagull, Joni rencontre Graham en tournée sur le sol américain . C'est le coup de foudre et en Juillet, Graham quitte tout : son pays, sa femme et les Hollies pour emménager dès Juillet dans cette maison. L'endroit l'inspire pour ses chansons, Our House nait lors d'une nuit blanche de musique au piano entre Joan, vrai prénom de Joni Mitchell, comme l'appelle Nash et son Willy, surnom donné à Graham Nash par Joni "I'll light the fire, you place the flowers, In the vase that you bought today, Staring at the fire for hours and hours, While I listen to you play your love songs, All night long for me, only for me".

C'est au coeur de cette maison aussi que la rencontre avec David Crosby, ancien Byrds et le guitariste devenu une légende de l'underground très tôt, Stephen Stills, membre de Buffalo Springfield, qui joue parfois avec Eric Clapton et Jimi Hendrix se fait. Immédiatement, le groupe Crosby, Stills & Nash est crée. Stills ayant joué sur l'opus de Joni Mitchell et Crosby l'ayant produit, les deux musiciens sont d'excellents amis qui séjournent souvent à Laurel Canyon, endroit qui inspire aussi sa propriétaire pour ses albums Blue, For the Roses et surtout Ladies of the Canyon de 1970 qui contient le titre Willy évoquant la séparation du couple "Willy is my joy, he is my sorrow, Now he wants to run away and hide, He says our love cannot be real".
Graham Nash ne se remettra pas de cette séparation et traumatisé par la rupture, il écrira un des plus beaux albums en solo Songs for Beginners, dont je suis fan et qui ravit à sa sortie nombre de personnes, de médias, se classant 15ème au Billboard. Sur l'album joue son ami Bill Crosby qui le suit en tournée en Europe pour présenter l'album. Devenus inséparables, les Graham Nash David Crosby signent un premier album éponyme en 1972, deux autres suivront Wind on the Water en 1975 et Whistling Down the Wire en 1976 ainsi qu'une collaboration avec Neil Young pour la chanson War Song. D'ailleurs sur Songs for Beginners, Neil Young joue au piano sur deux titres comme Jerry Garcia (guitariste de Grateful Dead) Joel Bernstein et Rita Coolidge, Calvin Samuels et Phil Lesh (fondateur des Grateful Dead) à la basse, David Crosby à la guitare électrique, Dave Mason (guitariste des Rolling Stones et de Traffic), le batteur John Barbata des Jefferson Airplane, Bobby Keys au saxophone, David Lindley au violon, Seemon Posthumas à la clarinette et Dorian Rudnytsky au violoncelle.

Graham Nash compose seul l'album au titre parlant Songs for Beginners, écrit, chante, joue de la guitare acoustique, de la basse, du piano, du tambourin et de l'orgue. Le premier titre Military Madness, autobiographique, plante le décors. La sublime oeuvre dépeint la naissance d'un musicien, ses états-d'âme, ses aventures, ses opinions. L'album s'ouvre donc sur l'histoire d'un enfant mis au monde dans un hôpital du nord de l'Angleterre, en 1942, quand son père est éloigné par la guerre "In an upstairs room in Blackpool, By the side of a northern sea, The army had my father, And my mother was having me". La mélodie folk entrainante, au tempo dansant et aux choeurs fournis précède Better Days, Graham au piano émouvant et intime pour évoquer la séparation "When your love has moved away, You must face yourself and say, I remember better days" avec son chant écorché accompagné par la clarinette de Seemon Posthumas. Toujours dans l'ambiance acoustique, Wounded Bird est une ode à la déception amoureuse, jouée à la guitare avec la voix splendide de Nash. Cupidon ayant fait demi-tour, I used to be a King orné de batterie, guitares, piano, basse, est arrangée en balade folk magnifique constate les dégâts sentimentaux. Dans la veine de Donovan, Paul Simon, la qualité des harmonies est somptueuse, le chant de Graham Nash est lumineux, ses textes poétiques sont aussi tranchés et directs mis en valeur par des choeurs riches sur Be Yourself. Simple Man suit comme un hymne à l'amour, magnifique et emblématique, écrite l'après-midi même de la rupture avec Joni Mitchell. Le musicien est un homme qui même le coeur brisé s'accroche à la musique. Man in the Mirror, alternatif, folk psyché, avec Neil Young majestueux au piano, se fait léger et moins grave, souligne que la vie continue malgré les chagrins d'amour comme sur There's only One, avec sa chorale bluesy et groovy. L'intimité revient délicatement dans Sleep Song, où violoncelle et guitare se mêlent sur la voix magique de Graham . L'orgue rythmé, la batterie et les voix puissantes de Chicago se lient au texte musclé et politisé évoquant les émeutes de 1968 et du procès des Huit de Chicago. Puis le piano virevoltant et la basse taquinante continuent la mélodie de Chicago sur We can change the World, apportant une jolie note positive pour conclure l'écoute. Songs for Beginners est je pense une pièce maitresse des seventies à avoir dans sa discographie.
GrahamNash
Simple Man apparait sur la bande originale du film Reign over Me de Mike Binder avec Adam Sandlers que je conseille.

vendredi 22 août 2014

Miss Mary

En 1998, les deux frères Jeff et Joel Mellin créent à Boston le label Stereorrific, pour signer et produire dans un premier temps leurs propres disques. Tous deux musiciens brillants, Joel déménage à New-York pour ses études et lance The Oscillators quand son frère ainé compose ses titres et joue en solo. Les deux premières productions de Stereorrific seront les deux albums de The Oscillators, Let’s Rock Instead en 1998 et In-cog-neat-o en 1999, année durant laquelle Jeff signe son magnifique album solo Jeff Mellin Saves the World Parts 1 and 2. The Oscillators commencent à jouer en 1996 avec Wendy Morrill à la batterie, Matt Saunders à la basse, la chanteuse Samantha Blake et la guitariste, chanteuse et auteur-compositeur du groupe, Mary Stopas (Mary Saunders épouse de Matt depuis). Après l'université, Jeff revient à Boston et cherche à étendre l'activité du label. La jeune musicienne Mary Stopas qui compose des mélopées jangle-pop et garage-pop y signera son opus Hey Blue sous le pseudo de Miss Mary en 2000. A ses côtés, en studio, biensûr les frères Mellin, Jeff joue de l'harmonica, Joel de l'orgue, de la guitare et produit l'album, Greg Porter est à la batterie, Todd Jones au banjo et il y a la présence notable du bassiste Peter Weiss, musicien de la scène locale de Boston qui sera connu plus tard pour son projet The Weisstronauts et deviendra la troisième tête décideuse de Stereorrific.

Toute cette clique talentueuse met en exergue les compositions de Mary qui chante avec une énergie stylée pop des années 60 qui pourrait se glisser dans le genre de Margo Guryan, Jonathan Richman ou plus proche dans le temps, The finishing School, Softies, Dressy Bessy. Sur les 9 titres, Miss Mary s'offre en guise de clin d'oeil aux sixties la reprise de Lee Hazlewood, My Baby Cried All Night Long. Dans son style rétro-pop, Mary signe des mélodies dansantes, à la trame dévergondée et aux réminiscences punk de la scène lo-fi new-yorkaise d'où elle est originaire. Elle écrit des textes naifs et courtois qu'elle interprète avec brio de sa voix sucrée et sensuelle. L'ensemble est harmonieux, solide, de That's How I Feel qui sera repris des années plus tard par Pete Weiss à The Cutest Boy, les arrangements d'orgue, de cuivres, de guitares garage sont fort ravissants.
5 ans plus tard, Miss Mary revient en studio pour signer le génial album de 14 chansons, Ready 2 Pop, s'entourant de la même excellente équipe d'amis musiciens, Joel Mellin à la guitare, orgue, batterie, piano et arrangements, Matt Saunders qui est époustouflant à la basse, Kristin Mueller à la batterie, Jeremy Abbate au violon et Mary à la guitare et chant. Les deux frères Mellin offrent aussi des compositions et signent les titres I Don't Mind (If You Stay Over), Ordinary, All the Same, Silly Boy, Don't Be So Sad et Dreaming of You.

Avec son style "brute de pomme", ses mélodies immédiates, ses pulsions aussi punk que candy-pop candide, Miss Mary est une comète pop dans un milieu souvent masculin. Ses harmonies garage rondes de fuzz de guitares s'allient fort bien à ses textes ingénus. Déjà au coeur des The Oscillators la belle aux boucles d'or ne rougissait pas de composer des airs musclés et stylés rock psychédélique que Jeff Mellin se faisait un plaisir d'accomplir à la sittar en y greffant du cor et de la trompette. Je conseille cordialement l'écoute de ces deux albums de Miss Mary, profilés pour l'été qui ne prennent pas une ride. joelmellin.com


jeudi 21 août 2014

Franklin's Kite

Commençant sa carrière d'auteur-compositeur dans les années fin 80 début 90 avec la formation Bulldozer Crash, Marc Elston apparait avec le nouveau groupe The Liberty Ship en 2003 à Nottingham signant l'opus Tide chez Matinee Recordings en 2004 inspiré de la veine Sarah Records. Marc est accompagné de Rachel Eyres à la guitare et au chant, Steve Mietlinski à la batterie et Tim Wade à la basse pour signer 12 titres mélodieux, arrangés avec délice comprenant du tambourin, des guitares gaillardes, un chant porté par Marc et Rachel avec grâce, des textes poppeux en diable et un harmonica de feu pour couronner le tout ; 12 morceaux de choix entre Baseball Caps And Novas, Cabin Fever ou encore Stars Above.

Cette année, Marc Elson souffle ses 10 bougies en se remettant en selle avec l'alias Franklin's Kite qui peaufine actuellement de nouveaux titres en studio. Je boue de hâte d'écouter ces joyaux pop qui promettent un beau moment comme à l'écoute du titre Mumble, orchestré avec la complicité du groupe Postal Blue qui parait sur la compilation de l'été d'Eardrums, Between Two Waves. De plus, le talentueux Marc Elston apparait cet été le 24 juillet dernier au festival Indietracks en Angleterre aux côtés de The Very Most, Cosines, Allo Darlin', The Just Joans, Spearmint etc..en nous offrant le titre splendide Everything You Say and Do. En attendant je conseille aussi les reprises et les inédits de The Liberty Ship sur les compilations du label Matinee Recordings comme celle de The Smiths sur Romantic and Square is Hip and Aware.
Franklin'sKite&PostalBlue
TheLibertyShipMatineeRecordings



mercredi 20 août 2014

The Postmarks

Ma chronique The Postmarks en 2012 : ThePostmarksPiggledyPop
The Postmarks, loin d’être plats comme des timbres poste, cravachent et galopent dans l’univers de la pop et l’arrivée de leur deuxième album Memoirs At the End of the World le 25 Août 2009... Le groupe s’auto-produit pour son disque éponyme de 2007, déjà solide et prometteur. Les médias en raffolent, la presse fait des ronds de jambe et un fan pas anonyme, Andy Chase, du groupe Ivy, leur propose en 2008 ses studios d’enregistrement et le label (Unfiltered) qu’il dirige pour signer le deuxième album. By the Numbers parait et contient 12 fabuleuses covers, reprenant Blondie, Jesus and Mary Chain’s, Ride, Astrud Gilberto, Bowie, Cure, Ramones, Byrds etc. Quelques mois et quelques scènes plus tard, les Postmarks accompagnent Album Leaf, Múm, Les Apples in Stereo et les New Pornographers. La particularité des Postmarks est en la jolie personne de Tim Yehezkely, qui écrit et compose les chansons avant de leur prêter sa voix. Le chant de Tim est sensuel et sucré, ramenant une vague sixties de Nancy Sinatra et Burt Bacharach saupoudrée d’une sonorité mutine pop de Camera Obscura et des Concretes. La composition des titres et les arrangements se font à six mains avec Christopher Moll et Jonathan Wilkins, qui avec Tim, forment la pierre angulaire Postmarks.

Depuis la pierre s'est effritée et roule désormais...dans des directions différentes, toujours intéressantes.
Tim Yehezkely originaire de Tel Aviv vit en Floride où elle rencontre Adam Rosenberg de I am Stereo et où ils décident ensemble d'allier leurs connaissances musicales et mettre en place le nouveau projet : Tim & Adam. Ils signent un premier album en mai 2013, electro-pop, dansant, où ils chantent à deux voix. L'ambiance y est plus atmosphérique, sonique et expérimentale que pop sixties. Il y a du synthétiseur à gogo, une griffe psychédélique ajustée et rodée et des arrangements dream-pop fort réussis. Spatial et stellaire. A découvrir!

Quant au multi-instrumentiste Christopher Moll qui concoctait des pépites chamber-pop pour The Postmarks, il poursuit sa route sous le pseudo The Lovers Key (nom qui vient d'un parc où il se promène). Ce projet soul est époustouflant d'inspiration, calibré dans le groove de Marvin Gaye, qui offre une collaboration géniale avec le chanteur à la voix d'or Maco Monthervil. Encore de la soul...me direz-vous..Oui, je ne m'en lasse pas. Ici le talent d'écriture et de composition pour le genre rétro-pop agrémenté d'orchestration jazzy de Christopher est en osmose avec l'interprétation habitée de Maco qui participe à l'écriture. La surprise dans le changement de style de Moll donne davantage d'apanage à l'album Here Today Gone Tomorrow d'avril 2014. Ca croone, ça balance de la soul pop de caractère, ornée d'orgue, de cuivres, d'arrangements élégants, raffinés et entrainants.
LoversKey

Pour le troisième larron de The Postmarks, Jonathan Wilkins, les occupations depuis le split de 2009 ne manquent pas. Producteur, scénariste pour la télévision, manager et arrangeur, il travaille avec l'auteur et chanteuse Jessica Glisson sur le projet Mathis International. Il participe aussi à l'album here & now du groupe The Neverendings qui est un ensemble de musiciens composés des franco-new-yorkais d'Ivy (Andy Chase, Dominique Durand et Adam Schlesinger). Avec deux pseudos, Jonathan travaille à la musique de films avec l'alias Grand Theft Otto et mène un groupe en parallèle The Concern avec le musicien Bruce Driscoll de Blondfire, duo qui passe notamment sur la BO de la série américaine Suits.
JonathanPhillipWilkins

Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...