dimanche 21 avril 2019

Marker Starling

Marker Starling est le nom d'artiste de l'auteur-compositeur interprète canadien Chris Cummings qui auparavant signait ses disques sous le pseudo Mantler, dont le premier de 2000 Doin' It All, suivi de Sadisfaction en 2002, Landau en 2004, Monody en 2010. C'est en 2013 que Cummings décide changer de nom et apparait désormais en tant que Marker Starling. Rosy Maze parait en 2015 et la reconnaissance doublée d'admiration de ses pairs ne cesse d'accroitre. Le second album I'm Willing sort en 2016, puis Anchors and Ampersands en 2017 suivi en janvier 2019 du magnifique Trust An Amateur. Cummings s'entoure de ses amis et collabore à nombre de projets avec d'autres musiciens comme Junior Boys, Von Spar ou encore Laetitia Sadier (Stereolab) avec qui il partage un duo sur l'album I'm Willing, enregistré à Paris.



Chris Cumming fait ses armes au piano de 7 à 20 ans avant d'entrer à l'école de production de films de Toronto, autre corde à son arc qui lui vaut d'être souvent invité dans les festivals de films comme celui du Toronto Underground Cinema où il offre un concert en 2012 aux côtés du groupe Yo La Tengo. Ses compositions sont riches de notes de piano, de Wurlitzer, stylées pop sixties, ornées de groove et de bossa nova, d'une douceur et d'une élégance infinies qui plairont aux amateurs des Beach Boys, Sergio Mendes, Brent Cash etc.



Du haut de ses cinquante ans, l'artiste brille de simplicité et de lucidité. Son univers intimiste est intentionnel. Parce qu'il dépose sa voix cristalline, chaleureuse sur ses notes sucrées de clavier aux allures brésiliennes comme un peintre colore sa toile avec ses pointes de soie et ses couteaux, le résultat peut sonner aussi mélancolique qu'ensoleillé. Il évoque de manière brillante, toujours humble, sa vie de musicien avec ses amis et sa vie de père comme sur Silver Morn qui ouvre le disque. Les partitions de Marker Starling offrent des particules pop typées également seventies, voltigeant sur la boite à rythmes et sur ses savoureux sarcasmes qui glissent légers sur les voix chorales angéliques comme sur Three Cheers / Stony et sur le somptueux Fly Away. Fort émouvant, le titre est dédié à son ami Dennis Frey, acteur et chanteur mort en 2012 avec qui il l'avait composé en 1998.



La délicatesse et les métaphores poétiques sont habillées d'une jolie âme créatrice comme sur Ancestor qui donne un caractère sobre, factuel, comme le souhaitait son auteur lors de l'enregistrement à Berlin avec la complicité du producteur Guy Sternberg. Cummings décrit le titre Mistaken I.D / Crosstown Bulletin comme un reportage 'it’s like a little news bulletin observed from a bicycle rider going across town'. La mélodie et les mots mordants de Trust An Amateur emmène dans le monde sournois et du coup, peu pérenne, du business de la musique. Le chant nacré de Cummings est admirable et à propos pour décrire ce milieu sans pour autant être touché ni concerné, conservant ses distances. Hold No Desire / Leavetaking / Mass Market Paperback suivent pour sept minutes de rêves, de zigzags sentimentaux dans le temps et les époques mais aussi dans la construction alternative fournie de décors, d'ambiances. Sa voix si belle avance majestueuse, enchainant les trois morceaux et Lost Rooms qui boucle gracieusement et finement l'écoute. Ce merveilleux album solo Trust An Amateur de Marker Starling est plus que jamais intime, équilibriste, garni d'émotions brutes, sans artifices, donc très touchant surtout quand on connait l'esprit plein de drôlerie de Chris Cummings, dont toute la discographie est dorlotée par Piggledy Pop.
MarkerStarling



dimanche 14 avril 2019

Saltwater Sun

Saltwater Sun est un groupe de Reading qui comprend cinq musiciens. Dan Kingham l'auteur-compositeur, chanteur et guitariste, Joel Neale guitariste et ingénieur son, Ben Chandler à la batterie et percussions, Robert Carter à la basse et la chanteuse Jennifer Stearnes se connaissent depuis l'enfance, et ont une expérience solide de la scène . Le travail de création est commun, Dan apporte une mélodie, des accords et partitions puis chacun du groupe y apporte sa pierre en matière d'arrangements et Jennifer écrit les paroles. Ils apparaissent en 2015 avec leur premier single Habit On My mind suivi du EP Wild en 2016. En 2018, le groupe signe des mélopées qui accroche illico mon attention. Rock alternatif en béton, les sonorités britpop postpunk inondent les mélodies laissant penser que le club des cinq a été nourri au biberon avec les Blur,  Who, Arctic Monkeys, Cardigans, Black Sabbath, et aussi The National, David Bowie qu'ils aiment ou encore Echobelly offrant un mélange pop des années 80 et années 90.



Les titres Now or Never, Making Eyes, The Wire, Hot Mess seront suivis par les titres récents de 2019 Blood, Trying et The Great Deceiver sorti il y a six jours. Produits par les Saltwater Sun et leur compatriote James Bragg  alias Gengahr, les chansons sont dansantes, rythmées, superbement jouées.
"Apathy vs. rage, A symptom of our age, Been living out our days, Observers not the actors" : Le texte de Wire est aussi musclé que ses harmonies de guitares, ses mots clinquants sur le tempo vitaminé de la batterie. Rob brille à la basse, essentielle et élancée. Tandis que Trying évoque les effets secondaires de produits toxiques qui peuvent dissoudre une relation, terminant sur une note positive, les guitares offensives et la batterie combattante de Blood accompagne un texte qui parle de la mort du père de Jen il y a dix ans, également sans complainte. La sensiblerie ne rôde pas chez les Saltwater Sun qui transforment toute expérience en arme et en atout.
Leur vitalité et leur belle réaction s'entend dans The Great Deceiver aux guitares magiques, à la basse et batterie révoltées exquises sur la voix de Jennifer que j'adore tellement elle resplendit de charisme. Son grain de voix, singulier, habille les lignes de guitares, orne la rythmique élégamment avec ses particules punk et sensuelles à la fois. Saltwater Sun offre une signature qui se classe sur le podium 2019 de Piggledy Pop, parce que addictive et explosive façon puzzle pop.
SaltwaterSun





samedi 13 avril 2019

Golden Daze

Golden Daze formé en 2013 est un duo américain originaire de Los Angeles constitué de Ben Schwab et de Jacob Loeb. Pour d'emblée tenter d'aiguiller sur le genre de leur univers pop, je citerais comme noms Ultimate Painting, Jon Brion, The Clientele et comme adjectif élégant, intime, sucré et éthéré. Le premier album Golden Daze parait en 2016 suivi ce mois de février 2019 du génial Simpatico, cousu d'or harmonique et mélodique. Leurs deux voix à l'unisson touchent, leurs guitares mariées à la basse et la batterie, marquent un tempo chaleureux qui met dans le mille. Le mélange est somptueux, homogène et fichtrement limpide à l'oreille. L'album déploie ses mélopées de manière brillante, voire astrale. Les cordes de violons et la peau du tambourin s'invitent parfois, discrètement pour effleurer les arpèges de guitares et le chant cristallin montrant que les deux artistes sont doués pour non seulement la création mais aussi l'instrumentation et l'interprétation. Quand ce cocktail est réussi, il reste sur la platine une petite tuerie pop.



Ce qui m'a séduite à la première écoute, c'est la basse qui swingue, qui offre de l'ampleur aux guitares et se promène sur tout le disque en le portant avec gaillardise à bout de chevalet. Les mélopées s'ouvrent sur Blue Bell qui sonne le glas de la délicatesse et du temps qui passe, plantant un décor doré de notes romantiques et de voix duveteuses. Amber enchaine sans blanc maintenant cette sensation de matière avec ses métaphores saisonnières impeccables. La chanson remplit l'attention dès l'arrivée de la basse grandiose pour évoquer une relation vibrante dont Flowers crée une continuité forte et efficace. Le titre au groove subtil se fait plus insistant et persistant sur une ritournelle en guise de bouquet de fleurs, puis sentimentale sur Took a Fall où la distance amplifie l'amitié ou la fraternité. Les images physiques, géographiques, en mouvement se font langoureuses sur Lynard Bassman avec sa mélodie pleine de fulgurance et ses arrangements enrichis de cordes. Wayward Tide avance majestueux sur ses accords et arpèges de guitares fins où l'on entend tout le travail de sculpteurs de Ben et de Jacob, idem pour l'excellent Within qui croise divinement l'art de la composition à celui de l'interprétation.



Sentimental Mind et son tempo indie solide poursuit l'ambiance ballades pop soyeuses, qui avancent en s'encastrant et se répondant parfaitement faisant perdre la notion du temps quand Drift sautillante, rythmée par le tambourin et les cymbales ajoute à l'intelligence et à la musicalité une sacrée dose d'optimisme. Arrive ce qui est à mes oreilles la perle du disque, la formidable Where You Wanna Be. Simpatico, chanson qui offre le titre de l'album est, pour terminer l'écoute, la chanson phare, par son sens et sa construction. Folk, lo-fi, indie pop alternative, tous les éléments sont là et bien malaxés pour créer un titre brillant. Le travail effectué sur les deux voix reflètent la complicité de Ben Schwab et de Jacob Loeb, ce qui est voulu et recherché. Le résultat élégant est atypique parce qu'il est rare de pouvoir savourer une telle pépite pop écrite à quatre mains traitant du thème de l'amitié. Golden Daze signe un Simpatico beau, musclé d'harmonies, lumineux de fraternité et équilibré de sentiments positifs. Je le conseille fermement.
GoldenDaze



samedi 6 avril 2019

Marius Ziska

Marius Ziska, auteur-compositeur des Iles Féroé, petit paradis autonome au royaume du Danemark, situé entre l'Écosse, la Norvège et l'Islande, où les indigènes aiment la nature, le rugby, la musique, mais pas trop les perturbateurs, signe son premier album Recreation en 2012 et son second en 2015, nommé Home/Heim. Son univers artistique est notable parce que riche de mélodies, brillant de technicité, joliment inspiré par l'amour de sa famille et de son territoire, orné de sa voix qui contient de la grâce et du charisme.



Les notes cristallines de Going Home qui ouvre délicatement ce deuxième disque font immédiatement voyager. Les mots somptueux sur les cordes élégamment titillées sont une invitation à découvrir ce pays magique, cet havre de grâce et de chaleur, discret et secret. 'The greeting clouds and naked hills are calling. Stones feel soft, hard rain is falling. The colours of home sets us all in motion, carried by the winds across the ocean...' Le disque qui contient des titres en anglais et en féroien est suivi en juin 2018 par le grandiose Portur, troisième volet entièrement en langue natale et locale. Le langage du gentilé est un mélange de danois et d'islandais, fort lyrique, il sonne musicalement et résonne magnifiquement. L'archipel qui ne compte qu'à peine 50 000 habitants est un vivier d'artistes, un endroit qui inspire les musiciens comme Gudrid Hansdottir ou Teitur et qui offre tous les étés le G! Festival pour ses milliers de festivaliers qui viennent de toute l'Europe.
GFestival



Marius Ziska est influencé enfant par son père avec qui il écoute beaucoup de vinyles et qui lui offre une batterie quand il a 9 ans, puis une basse, une guitare. Il formera son premier groupe au collège. Jouant sur scène désormais et arpentant les routes européennes (ce mois d'avril en Allemagne avec des dates quotidiennes), Marius Ziska a sans cesse besoin de rentrer aux iles, où il se ressource et puise son inspiration pour ses futures compositions. Portur qui est 100% féroien dévoile pour la première fois l'homme artiste grâce à sa langue maternelle qui permet d'ouvrir des portes plus personnelles, d'évoquer des sujets solides qui de manière immarcescible, sont plus émouvants qu'en anglais. La pépite pop Portur démarre sur la rythmique envoûtante et dansante de Silvurlín où claviers, batterie, basse galopent sur le chant somptueux qui évoque une mystérieuse et impénétrable Silvurlín décrite avec des métaphores de chevaux indomptables et de fleurs sauvages. Les textes aussi colorés qu'une palette de peintre et poétiques sont ornés d'arrangements finement brodés comme sur Góðvarin Mynd qui décrit le sentiment de bien-être sur ses terres, loin du cynisme et de la violence urbaine.



L'ambiance sereine poursuit excellemment avec le tempo pop sautillant de Til Kærleikan, duo formé avec les compatriotes des Féroé Guðrun & Bartal, génial groupe pop constitué de Guðrun Pætursdóttir Haberg et de Bartal Augustinussen. Suit le très touchant Longsul, sa batterie vibrante, offensive, qui fait marcher au pas sur les violons et les claviers mariés sur la voix combattante de Marius qui 'né dans l'ancien temps' demande et supplie 'Do you hear me now, call on you'. Les cuivres et cordes forment un alliage sacré sur le tempo synth-pop de Dansa í Náttini, alternative, en ascension, pleine de sonorités pop lumineuses qui parlent du profil noir et sombre du monde contemporain versus son monde plein d'espérances et de beautés, idem sur Flóttin qui suit avec sa douceur harmonique et lyrique. Le tempo reprend du service avec la batterie et le chant martelé de Vald qui signifie 'pouvoir' soulignant la petitesse des businessmen, sortes de coquilles vides à l'esprit rase-mottes. Portur vogue noblement vers la conclusion où Ongin Er Orsøk, arrangé intelligemment est interprété avec une splendeur raffinée. Marius Ziska signe un album de huit titres attachants, ronds d'espoir, aussi forts de poésie que d'idées fertiles pour les harmonies. Un plaisir mélodique certain et sans fin!
MariusZiska





Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...