vendredi 31 mai 2019

Barry Bays

Apparue l'an passé avec le single Dynamite, titre qui lui va comme un gant, la clique de Melbourne est composée de Jack Foy, d'Erik Scerba et de son auteur-compositeur chanteur Harry Hayes. Ces garçons qui ont de l'or au bout des doigts jouent dans d'autres groupes, avant de réunir et concentrer leurs talents respectifs en l'association Barry Bays. La légende raconte que Harry écrit et compose au fond du jardin, entre pioches, râteaux et brouettes. A l'écoute du deuxième single Water Your Plant, je ne me sèvre pas à y croire. Les artistes ajoutent ces deux titres au génial album Sheds qui sort en septembre 2018.



Spanakopita, morceau de 53 secondes ouvre l'album en désignant délicatement le leitmotiv des textes, la rupture sentimentale. C'est sur des accords de guitare doux et subtils, que la dulcinée concernée va en prendre pour son grade. Ce qui ne tarde pas à arriver avec Dynamite qui suit. Harry Hayes, multi-instrumentiste et producteur remplit les mélopées de sa veine psych-pop, en jonglant facilement avec les styles, montrant sa dextérité technique et son brio inné pour composer. Dedhed, fleuri d'une instrumentation riche et de voix en chorale entêtante, offre une pépite pop sculptée de cordes et de claviers, d'une rythmique sublime exécutée par Jack. La construction alternative se mue en air psychédélique hypnotique façon Syd Barrett, où le clavecin seventies repart en croisade rock sur White Shoez N' Tattooz. C'est alors que s'immiscent des harmonies géniales sixties, un groove explosif juste fait pour danser. Dans le sillage de ce tempo puissant, Barry Bays poursuit l'enchantement avec Water Your Plant.



Ironie et sarcasmes se retrouvent dans les métaphores du jardinage ou de la mer mais aussi dans l'instrumentation rythmée à la douce saveur groove. Les arrangements font des loopings délicieux sur les cordes de la basse, des guitares et sur la batterie souriante. Quand Active Apparition se glisse dans les oreilles, le même ton incisif prend la forme du marteau, sur une mélodie ascensionnelle, parsemée d'accords grandioses groovy et pop. La mélodie langoureuse bombarde des paroles aiguisées qui me donne envie de chanter à tue-tête : 'i’m still here, i’ll keep my distance, a sentence on myself since the judge hit the hammer, im ima ima ima ima...i’m fine where i stand cause i know my ground well, i’m fine in my hand cause i ain't bound to your spell'. Il arrose le tout avec un dernier morceau magistral de 11 minutes, Turn. Le titre avec ses notes mellow, sensuelles gagne un éclat psychédélique au fil des notes pour offrir un dernier chapitre monumental instrumental agrémenté de bruits d'océan, d'oiseaux. La production raffinée est époustouflante. L'ambiance galvanise, la symbiose des titres est parfaite, Sheds des Barry Bays est un chef d'oeuvre pop flamboyant qui me cueille et se place sur les étagères de Piggledy Pop, naturellement.
BarryBays

jeudi 30 mai 2019

Lydia Képinski

Lydia Képinski est un artiste de Montréal qui apparait avec un EP en 2016 orné de quatre titres déjà soignés et inspirés, pour revenir en avril 2018 avec un album de feu, nommé Premier Juin. Ce cadeau printanier est une météorite. Plus que singulier, il comprend une belle écriture de textes qui font mouche, des arrangements rock et pop alternatifs qui accrochent et la voix de Lydia dont l'interprétation est aussi belle que tranchante. Auteur-compositeur d'origine franco-polonaise elle apprend à jouer au piano enfant puis à la guitare adolescente, en étant touchée par de multiples formes d'art, littérature, cinéma qu'elle étudie en université. La colère et l'esprit révolté sont palpables dans les mots. Son talent est concrétisé sur les neufs titres, majestueux. Lydia se penche sur la période de l'adolescence, imaginée ou vécue, comptant ses expériences de deuil, de relations amoureuses destructrices et d'épreuves qu'elle surmonte et partage via son disque.



Il y a dans ses paroles une jolie hargne et de la vitalité qui montrent qu'elle a rebondi, souhaitant que cette énergie passe à ceux qui en ont besoin. Sa plume se frotte à la langue de Molière pour l'instant car le marché français lui tient à coeur. Ecrire dans sa langue maternelle apporte un aspect naturel et franc à son message. Au côté de son complice Blaise Borboën Léonard à la réalisation, le travail fini est envahissant, gorgé d'émotions comme sur le titre Les routes indolores qui ouvre l'album. La basse fait une entrée grave mais grisante, scandant la rythmique sur la voix magnifique de l'artiste qui dresse un constat de désarroi, utilisant ses termes favoris, le feu, la mer, les nombres et le vent. Le tempo de Premier Juin galope sur des arrangements dansants electro-pop jusqu'à l'ambiance épique de 360 jours avec des harmonies de cordes fantastiquement exécutées par Blaise. L'écriture de Lydia poétique est splendide, forme des saynètes de vie, pleine de sensations.



Maia, et son tempo rock, auréolée de ténacité et d'adversité, évoque la mort de son père et l'abandon d'une amie d'enfance avant les grandioses Beaumont et Les balançoires qui subjuguent par l'excellence lyrique glissée dans les mots et la voix qui les propulse, forte et fébrile à la fois. Sur la mélamine déploie une vivacité dans les notes de claviers et le chant qui bondit, surgit et frappe le rythme avec sensualité quand Pie-IX vient conclure l'écoute et transporter dans une grâce glaciale et noire. L'ensemble de l'album touche par ses mélodies résolues, ses mots à la force d'âme certaine et surtout, par la voix de Lydia Képinski, remplie d'ardeur et de résistance. Premier juin est un bijou pop qui, les critiques sont toutes d'accord, promet une suite artistique solide et de caractère!
LydiaKepinski

dimanche 19 mai 2019

Ta Toy Boy

Ta Toy Boy, groupe grec, fait partie de ces petites tueries pop que j'écoute depuis la sortie de This Town en février 2018 sans avoir encore utilisé ma plume pour l'évoquer. Le projet est conduit par deux musiciens prolifiques et actifs : George Begas, également aux manettes des groupes electro pop Liebe et Five Star Hotel, et d'Elias Smilos qui crée le projet Mary’s flower Superhead. Au sein de Ta Toy Boy, George est auteur-compositeur, assure le chant, les claviers et Elias est aux guitares et choeurs. Influencés par la scène d'avant-garde anglo-saxonne de Creation Records mais aussi par l'indie pop du mouvement C86, ils offrent des mélodies qui mêlent synthétiseur et guitares typées années 80 saupoudrées de funk et de soul. Leur dernier album offre pêle-mêle des ambiances pop nostalgiques, dynamiques, atmosphériques, néo-disco comme sur les deux instrumentaux Aphrodite In Venus qui enflamme mes petites oreilles d'helléniste et Fresh Kiss qui ouvre savamment l'album. Avec l'escadron de rythmes dans les esgourdes, mon imagination nourrie de l'Iliade et de l'Odyssée n'a besoin que de peu pour dessiner des muses et harpies trottinant en poppeuses délurées.



Le tempo galbé et éminemment dansant ne freine point sur This Town où les deux compères sont rutilants. George illumine les notes au clavier et Elias remplit la mélodie d'énergie en tendant ses cordes de guitare, radieuses et absorbantes sur Day Night Tomorrow. Le titre, typique du style indie, propose des paroles qui font voyager dans l'espace et le temps. La poésie est de mise sur Fields of summer qui reprend le thème de la chaleur et de la campagne pour des jeux amoureux champêtres sur une rythmique qui alterne et déboutonne élégamment les arrangements entêtants. Puis le captivant Beautiful in Furs accélère le tempo, monte en allure et en harmonies pour décrire une rupture sentimentale. La même rupture est soulignée de manière plus sombre sur Blue Blood où les paroles ravivent froidement la mémoire sur un air magnétique quand la vivacité plus frontale et pop psyché de Sunday Afternoon, où George botte le train au couple, annonce clairement que la séparation est bienvenue.



A l'écoute du dernier Lost in The Light, je sauterais bien sur le Mont Olympe pour des pas de danse effrontés en chantant "where is the light, i can see nothing into this world, if there is something, let’s dance the night, lost in the sound, this is the time, you’re lost and found". Ta Toy Boy nous emmène dans le passé, pour une nuit sensuelle et passionnée, sur ces harmonies titanesques et ce mélange majestueux de sonorités rappelant Orchestral Manoeuvre in The Dark, Pulp, Morrissey, The Jesus and Mary Chain pour clore This Town classé directement, Grèce oblige, dans le panthéon des disques Piggledy Pop. Ce 9 avril dernier, le fabuleux duo nous concocte le nouveau single Goodbye qui je l'espère vraiment n'est pas un chant du cygne mais bien annonciateur d'un nouvel album.

TaToyBoy

Blue Jeans

Originaire du Michigan, Tim Sendra est l'auteur-compositeur de Blue Jeans, projet qu'il mène avec son épouse Heather Phares à la basse et David Serra à la batterie. Après Songs are Easy de 2016, le trio talentueux vient de signer un second album ce 17 mai 2019 nommé Adult Hits, produit par l'excellent Fred Thomas (cf Piggledy Pop). Le groupe loin d'être débutant est une fine fleur de la pop indépendante. Actifs depuis les années 90, Tim et son frère Scott, décédé en 2017, ont constamment offert des chansons magnifiques dans le sillage du label Sarah Records avec leur projet Veronica Lake. A la suite de la disparition de Scott, Tim et Fred ont décidé de compiler des titres hommage sur l'album Critically Acclaimed.
FredThomas



Adult Hits est paru il y a deux jours sur Loch Alpine label créé par les deux frères Sendra mais aussi sur le label de Fred Thomas, Life Like, pour un format cassette et sur un autre superbe label de Madrid, Bobo Integral, tenu par le louable francophile Gonzalo Marcos, pour un format vinyle. L'ensemble du disque, quelque soit son format est malicieux et somptueux. Chaque titre est unique, enregistré dans des dispositions singulières, rugueuses, à la façon underground des Archies bordée par l'âme de T-Rex, ce qui offre une série de pépites panachées de rock et de britpop, indépendantes les unes des autres.

Adult Hits ouvre sur Goodbye Forever au son saturé troublant et au tempo mené par les guitares et batterie alliées qui déchargent une belle électricité, la même qui entraine sur We Hate the Summer. Le ton sarcastique marié aux lignes de guitares musclées pulvérise le mythe de la pop fragile et précieuse. Baby, You Can't Fake It délivre des instrumentations équilibrées qui brodent une mélodie gracieuse, amoureuse, suivie de la rythmique brillante et entêtante de Ricola Horns, enorgueillie par la guitare électrique. Le joli style rétro de Jenny, Am I Fading, nous plonge dans une ambiance sautillante et estivale quand Golden Goals, dans la même veine psychédélique et bubble arrive sur la platine tel un rayon de soleil.



Les amateurs de textes mordants sur des mélodies stylées tweepop naive à souhait seront aux premières loges à l'écoute de Apology Rejected où le chant et les arrangements garage sont éblouissants. It's All Happening est éclatante de charme et, à mes oreilles, le trésor pop de l'album. La voix de Tim suivie de celle d'Heather, créent une harmonie sincère sur la basse qui titille la mélodie, princière. Friends & Lovers comme dans la plupart des paroles de Blue Jeans, évoque les fans de pop et les musiciens avec casques sur leurs têtes, ceux qui font de la musique et des disques, honorés par Tim Sendra qui termine en chantant 'I love them all'. Cela tombe bien, parce que nous aussi nous l'aimons ! Adult Hits est gorgé de titres virevoltants, dansants et émouvants, à classer aux côtés des Go-Between et The Lucksmiths.
BlueJeans

Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...