dimanche 24 mars 2019

Tugboat Captain


Véritable groupe indie-pop de Londres, la clique de six musiciens apparait en 2016 avec le mini-album Tugboat Captain EP, suivi de l'album Tugboat Captain et d'une suite colorée d'EP édités sur l'album Everybody Seems To Think That I'm A Raincloud (Bonus Edition) de 2017. Enregistré lo-fi, les musiciens précisent avec humour que depuis ils ont acheté un autre microphone. Ce qui caractérise la troupe c'est l'atmosphère de scoutisme, satellite fourni d'amis et de la famille, l'utilisation de multiples instruments violon, accordéon, banjo, cornet, maracas, basson etc, ainsi qu'un bien bel esprit indie fleuri de simplicité et de drôlerie qui anime leurs chansons.



Tugboat Captain, The Captain (Alex Sokolow) qui chante, écrit et compose, sa soeur Honeyglaze (Anoushka) Jesus Big Boy (Josh) à la basse, Sloppy Giuseppe à la sitar et basson, Boatswain Joe à la batterie, Papa Isaac à la guitare, ne cesse de produire des titres solides et trace sa route infiniment pop. La joyeuse ambiance des enregistrements clopes-guiness à la maison dissimule de la créativité, de la finesse et du travail. Le groupe est sur la route depuis quelques jours pour une tournée qui sillonne le Royaume-Uni, tout en continuant leurs études et autres activités en parallèle.
A l'écoute de True Love paru en 2016, se distinguent des influences allant des Beatles au Guided By Voices, notamment les techniques d'enregistrement de Sgt Pepper, avec la simplicité de la mélodie, des paroles qui sonnent musicalement tout en ayant du sens, et des arrangements orchestraux, variés, fournis et limpides. L'harmonica et le banjo de Ikea Mirror conduisent la mélodie qui malgré les moyens d'enregistrements pas encore lissés, dessine à l'oreille un talent évident à la composition. C'est en 2017 que le tournant se fait côté son avec une qualité des pistes et des bandes enregistrées.



Dès l'arrivée de Don't Want To Wake Up On My Own, du formidable Until Now avec ses cuivres rutilants ou les guitares merveilleuses de Rabbits, les effets saturés créent une intimité charmante réussie. Artifiacially qui suit la même année séduit de la même manière avec ses deux titres blindés d'harmonies qui zigzaguent, tournoient sur la voix d'Honeygaze qui profile le titre façon Camera Obscura ou Pastels comme pour la seconde chanson Sundried Tomatoes au tempo pop mené sublimement par les guitares, batterie et claviers. Grace suit en octobre 2017, proposant trois titres incroyablement beaux. L'écriture brit-pop indie et l'ambiance traditionnelle mêlées modèlent un ensemble mélodique offensif et lyrique avec des vagues de romantisme et d'humour dans les mots qui montrent une sacrée maturité et de l'esprit franchement appréciables. What Comes Next fait partie de ces titres somptueux, intemporels, qui rappellent The Smiths, Orange Juice, Belle and Sebastian, The Orchids, The Trash Can Sinatras, tous ces groupes indie-pop qui feraient muer les amateurs du genre en monstres sanguinaires la nuit tombée.





En février 2018, Tugboat Captain continue la croisière pop avec l'excellent deux titres Distance et 1003. L'EP fait danser sur l'amoureux Distance et ses guitares taquinant le clavier, la basse faisant des bonds de kangourou sur les cymbales, avant l'émouvant jeu des guitares de 1003 qui à lui seul, avec ses ondes onctueuses et éminentes de pop-song, se classe dans le panthéon des chansons Piggledy Pop.
Ce mois de décembre 2018 sort Record Time, cousu d'or, aux thèmes propres à la joyeuse troupe, la mer, l'amour, la musique, avec des arrangements géniaux, dans l'ensemble plus typé rock. Les cuivres et les cordes alliées sur des compositions alternatives accrochent et restent en tête un bon moment. Depuis le 15 mars 2019 et la sortie de Be Strong, Smoke Less, Tugboat Captain surfe, swingue, sautille sur la route du succès, en étant joué par des centaines de milliers d'internautes mais aussi en apparaissant sur la bande-son de la série japonaise de Netflix Terrace House. Ne lézardant pas, jouant quasi quotidiennement de Manchester, Glasgow, Brighton à Cardiff jusqu'à cet été, Tugboat Captain qui se qualifie de DIY Band est à découvrir absolument en live et/ou sur vos platines.
TugboatCaptain





samedi 23 mars 2019

The Fisherman and his Soul

The Fisherman and his Soul est le magnifique projet de Sebastian Voß qui vient de faire paraitre ce 20 février 2019 l'album Lakatos. Une belle amitié nous lie avec Sebastian et avec ceux qui participent au disque. J'ai eu l'honneur d'assister au process avec confiance et coeur mais cela ne compte pas pour être capable de formuler un avis objectif dans cette chronique. Les proches le savent puisque je ne chronique pas systématiquement sous prétexte d'amitiés. C'est la politique claire de Piggledy Pop mes 'petits lapins' et elle offre l'avantage de ne pas avoir besoin d'envoyer l'armée.




J'évoque le travail de Sebastian l'an passé ici au sujet du groupe Nah... : "Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate. Sebastian est inspiré, fertile à souhait, sur la scène depuis 1992 avec son premier groupe Stars Play Music, suivi de The Grindcore Poppies en 2000 crée avec son ami et complice musicien André Bosse. Viendra le groupe The Delicious en 2002 où Sebastian assure de façon fantastique les instruments. A côté de tout cela, il est aussi bassiste et batteur pour Lancaster, dans le sillage des Wedding Present et Pastels. Il met en place son superbe projet synth-pop The Fisherman and his Soul et offre le dernier album en date A Certain Kind of Hug en 2017." Nah...PiggledyPop



Lakatos comporte tout ce qui me plait. La qualité, la singularité, un son net et propre qui signe l'univers artistique du multi-instrumentiste, une âme européenne avec la présence de l'italienne Maria Capozzi qui chante et écrit les paroles pour deux titres, la présence délicieuse d'Estella Rosa sur un titre, l'auteur-compositeur anglais Ed Ling et un autre du clan est présent pour la pochette, l'anglais Percy Stewart. Imre Lakatos qui apparait en photo sur le volet du très joli objet est un épistémologue hongrois, logicien, philosophe des mathématiques du début du XXème siècle, disciple de la mathématicienne russe Sofia Yanovskaya. Illustre chercheur physicien, sa vie tumultueuse, son courage inspirent le disque à Sebastian qui utilise des claviers, des samples, sirènes, bord de mer, clochers d'églises, dans une ambiance stylée sixties, psyché ou orchestrale ornée de sons de machines funky, soul et dance élégantissimes. La formidable vague easy-listening arrive aux oreilles dès l'ouverture de cinq minutes maritimes via And with the silence all over the place...Theme from Lakatos avec la voix excellente de Kev Robertson. Les mots y sont aussi sensuels que le son de la guitare acoustique sur des synthétiseurs cold wave, soufflant le chaud et le froid dès l'ouverture des rideaux. Le décor est planté et il n'est pas mielleux.



Arrive le tempo trottinant The Machines #1 (La Piazza) avec Maria qui chante en italien laissant percer le soleil. L'effet continue avec la mandoline, les cuivres et la basse de Ekki Mass qui font fondre les claviers atmosphériques. Le rythme évolue encore davantage avec Spark on boxing day où Ed Ling ajoute son groove dans la voix sur le beat disco seventies aux formes généreuses, dignes d'un Moroder, signé de Sebastian montrant de manière décisive son talent de compositeur. The Machines #2 (Crisis) et les 'papapa' sucrés d'Estella amorcent la superbe On the shore, dansante, gonflée de reliefs, du chant pop et élancé de The Fisherman and his soul. La synth-pop poursuit ses montagnes russes sur l'instrumentale Trainride et How to stop a machine, formidable titre à l'architecture groovy où Pelham Super Hero assure un chant loin d'être farouche. Dans le même esprit The Machines #3 (A Beach Beauty) suit avec Maria Capozzi pour la partie vocale et les harmonies de Sebastian Voß qui redonne ses titres de noblesse à l'easy-listening en faisant claquer les synthétiseurs, vibrer basse, guitares, cymbales, apportant par petites touches torrides une envie sévère de danser. Le savoir-faire de Tobias Mennemeyer au mixing, les arrangements et la production de Sebastian forment un bolide de haute qualité avec le dernier titre amphétaminé Holy Lights, Holy Lights! qui termine de séduire et d'envelopper l'attention. Clavier, batterie, basse, flûte et guitare s'harmonisent pour un cocktail splendide, une harmonie musicale à la logique mathématique brillante. L'agencement contemporain de The Fisherman and his soul distribue aussi des particules sixties, seventies, soul, groove, funk, pour un Lakatos electro-pop aux allures rétro minutieuses. Les éclats cristallins de Lakatos, imbibés de tendresse, taillés dans le brut, s'enchainent pour former une pierre précieuse pop qui se faufile donc dans le top 10 des disques Piggledy Pop 2019.
TheFishermanAndHisSoul



dimanche 17 mars 2019

Le jeans

Il était une fois au XVIème siècle, en Italie, dans la république de Gênes, une toile de lin tissée avec de la laine, de couleur ocre et brune, qui servait à la fabrication des voiles pour les bateaux. Cette étoffe croisée vient de la futaine qui elle date en Europe du XIIème, sera utilisée dans la confection de certains vêtements d'extérieur au XIVème siècle. Dès le XVème siècle les étoffes génoises voyagent sur les routes maritimes jusqu'à Londres où le vocable 'Gênes' est prononcé 'Jeanes'. Puis certaines de ces étoffes seront acquises un peu plus tard par Henri VIII, et seront après sa mort inventoriées au nom de Jeane, faisant référence précise au lieu d'origine de fabrication. L'expression apparaît sur nombre de documents du commerce dès le XVIème siècle comme par exemple sur l'acte d'achat d'une propriété du Comte d'Oxford à l'italien Benedict Spinola dit 'merchant of Jeane' (marchand de Gênes).
Certains historiens s'accordent à dater le 'blue jean' dans la première moitié du XVIème grâce à la toile utilisée en 1538 par le peintre Teramo Piaggio pour son récit de la Passion du Christ sur toiles bleues en fibre de lin teintes à l'indigo. 



Elle sera par la suite fabriquée en France, notamment à Nîmes. Cette toile italienne à l'origine, devient la 'toile de Nîmes' ou sergé de Nîmes aux fils de coton croisés, qui voyage et arrive en Angleterre où on la nomme 'denim'. Ce n'est que bien plus tard, au XIXème que cette toile, alors nommée 'jean' en Europe depuis des siècles, fait une entrée outre-Atlantique, notamment via le commerce du bavarois Lévi Strauss en 1860 qui en fait venir du vieux continent jusqu'à San Francisco pour faire du vêtement.

J'écoutais hier un jeune et sympathique avocat, sensiblement de droite conservatrice, qui vantait une préservation de l'identité et de la culture française, face à l'américanisation de l'Europe en lui donnant comme exemple le port du jeans. Un petit désarroi m'a inspiré cette petite chronique.
Primo, parce que l'art de la mode, de la confection de tissus (Jouy, Mayenne, Nîmes) fait partie de notre culture et qu'il est plus classe de le connaitre. Secundo parce que les américains, sans leur manquer de respect, n'ont rien inventé du hamburger (allemand) au donut (français), de la voiture, du train (Angleterre) à l'aviation (France). Manger un burger en portant un jean ne tient pas du fantasme américain. Tertio, cette sensibilité au vêtement, matérielle et moderne, me fait sourire. L'habit ne fait pas le moine, comme la casquette NY ne fait pas le fiché S.













The Loch Ness Mouse II


Extrait de mon billet l'an passé : "The Loch Ness Mouse est un groupe mené par un maestro de la pop norvégien Ole Johannes Åleskjær. Loin d'être débutant, Ole est un actif sur la scène indie depuis plus de 18 ans et cette année, il signe son cinquième album éponyme The Loch Ness Mouse, véritable keepsake musical qui marque notre époque, dessinant l'actualité avec poésie et des mélodies galbées, sculptées pour danser. Ole compose des airs alternatifs, pop, rock d'abord dans un premier groupe formé en 1992 avec son frère Jørn Åleskjær et dès 1999 sous le nom The Loch Ness Mouse avec Christina Høgetveit qui l'accompagne magnifiquement au chant, ils signent l'album Flair for Darjeeling, suivi en 2002 de Key West, en 2004 Cargo-An Introduction To The Loch Ness Mouse puis New Graffiti en 2009. Jørn signe en 2014 un bien bel album vinyle à découvrir, I´m So Glad I Spent This Day With You, produit par Ole, sur lequel il invite des amis en duo comme Gary Olson des Ladybug Transistor et les musiciens de I Was A King. Jørn offre ce mois de juin 2017 la très belle reprise du titre Shouldn't Have To Be Like That de Fra Lippo Lippi qui plaira inévitablement aux amateurs des années 80."
LochNessMousePiggledyPop2018



Ce que j'aime particulièrement chez The Loch Ness Mouse, c'est que quelque soit le disque, son profil, les personnalités qui gravitent autour de Ole Johannes Åleskjær, l'écoute de ses chansons me fait systématiquement l'effet d'ouvrir un roman. J'apprécie ce côté charmant littéraire qui émane des mots, le tempo pop chaloupé et dansant des arrangements et la limpidité de la production comme des voix. Le travail de création de Ole est toujours plein de l'âme scandinave, de chaleur simple et harmonieuse dans les mélodies stylées eighties, d'instruments panachés, d'un immuable résultat fort élancé. Le 15 mars 2019, l'artiste norvégien signe The Loch Ness Mouse II un album reprenant d'anciens titres remodelés, revisités et des nouveautés formidables. Le chapitre s'ouvre sur The Tea House (Teehaus Im Englishen Garten), onctueux, foisonnant de cordes duveteuses et soul, offrant un tempo futé et alternant avec des loopings de voix qui accrochent l'oreille. La nouveauté sucrée Dee C.Lee avec la voix magique de Christina Høgetveit et la basse somptueuse, taquine nos sensibilités nostalgiques des années 80 : Clin d'oeil à l'année 87 et au groupe Style Council formé et conduit par Paul Weller avec son épouse, la chanteuse Dee C.Lee.



Dirty Realism continue de nous faire tomber amoureux sur la voix mélodique de Ole, le clavier et la batterie alliés à la guitare délicate. L'envie de danser ne prévient pas quand le saxophone joue sa mélodie soyeuse. Puis Hayland paru en 2000 est ici revu sur un orgue, piano et basse glorieux pour muer en un petit canon esthétique et sophistiqué. La chanson fait voyager dans le petit écrin boisé et préservé de Skulerud où les Loch Ness Mouse ont grandi. Simple Song for a Suzuki est une courte embardée avant qu'attaque la rythmique pétillante de Unwarranted, originalement plus down tempo sur l'album New Graffiti, resculptée ici avec une fougue persistante pour ce retour charmant dans le passé et l'évocation de souvenirs. Puis on revient dans le présent avec le nouveau titre Evelyn et ses notes de guitares fulgurantes, ses références à James Joyce, l'ambiance fleur-bleue d'une rencontre  lors d'un voyage entre Liverpool et Manchester. Les arrangements pop blindés me séduisent et plairont aux amateurs du grand Loyd Cole. La promenade se poursuit avec By Piccadilly Station I Sat Down And Wept, magnifique reprise du titre de Tracey Thorn de Everything But The Girl qui maintient l'idée du voyage en train et offre la présence du guitariste Rhodri Marsden membre du groupe anglais post-punk des eighties Scritti Politti.



La balade pop trottine vers sa fin avec A Name For 2002 (komorebi) où la chanteuse japonaise Miori qui prête sa voix rappelle que l'album The Loch Ness Mouse II est signé sur le label norvégien Voices Music & Entertainment mais aussi sur le japonais P-Vine. Pour terminer en osmose avec les années 80, le dernier coup d'oeil dans le rétroviseur est Curt & Roland, titre qui fait référence aux deux musiciens des Tears for Fears. Les cordes, les cuivres et les flûtes mariés au grain de voix de Christina qui accompagne l'harmonica brillant et les guitares grandioses bouclent l'odyssée pop The Loch Ness Mouse II. L'ensemble gracieux et précieux est dû au travail de Gary Olson des Ladybug Transistor, de Nick Terry (Primal Scream, Bernard Butler, Epic Soundtracks) et de Paul Savage des The Delgados au mixing. Tout le talent de Ole Johannes Åleskjær sans cesse renouvelé depuis vingt ans resplendit dans les pépites pop de Loch Ness Mouse II dont la couverture d'album est une peinture faite en 1954 par l'artiste suédois Olle Zetterquist, aujourd'hui âgé de 91 printemps.

2 Conseils de Piggledy Pop soufflés à vos petites oreilles affûtées : l'écoute de l'EP de 2003 Friends & Fenders que j'adore, produit par Gary Olson et derechef, l'album I'm So Glad I Spent This Day With You du frère de Ole, Jørn Åleskjær, blindé de groove et de soul et dont je suis fan! LochNessMouse







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