mercredi 21 février 2018

Scott Gagner

Je l'écoute depuis qu'il est paru en octobre 2017 et je demeure sur mon avis de fan pas objective: Pins & Needles est un des meilleurs albums de l'année. Troisième album du californien Scott Gagner, il est orné de pop, de soul, de lignes de guitares rock et folk avec un tambourin et des choeurs sixties à empourprer les lobs d'oreille. Scott invite en studio pour peaufiner ses chansons raffinées et tempétueuses, des pointures au don ardent, Ken Stringfellow (The Posies, Big Star, R.E.M.), Michael Urbano (Todd Rundgren, Sheryl Crow, Paul Westerberg), Pete Thomas (Elvis Costello, Ron Sexsmith, Matthew Sweet) dont Tom Waits dit de lui qu'il est « l'un des meilleurs batteurs de rock encore en vie », Arnie Kim, Jason Weinheimer, Omega Rae, Courtney Browne, Joel Kustka, Chris Michaels, Mark Calderon.

'Scott Gagner est un auteur-compositeur qui à San Francisco évolue depuis des années sur scène en gagnant une belle renommée et une estime des musiciens en les accompagnant à la batterie. Il se lance en solo en 2007 avec l'EP de 5 titres, Cartographer puis continue son aventure en 2011 signant l'opus Rhapsody in Blonde, rock, pop coloré et varié mariant le psychédélisme et la power sur des mélodies fabuleuses . En janvier 2014, le musicien opère un bien bel album plein de sensualité et de sucreries sonores nommé Rise & Shine.' ScottGagnerPiggledyPop2014



Someone ouvre ce bal de mélodies avec guitares, batterie, clap-hands, clavier sensuel et funky sur des paroles amoureuses qui illico attirent et séduisent . Ken, auteur-compositeur et guitariste est aussi un batteur qui a d'antan fait ses preuves aux baguettes avec Jayhawks et The Replacements. Il dépose sur Heart Attack une rythmique à défier les dieux de la batterie. Tandis que le précèdent album Rise & Shine était essentiellement dédié à la naissance de sa fille, Pins & Needles revient sur son expérience et ses influences. Heart Attack qui parle d'une 'victim of love' est suivi de El Rancho Inn qui décrit une histoire de culpabilité sur tempo musclé. L'ambiance power-pop ensoleillée poursuit sur la ballade envoûtante The Ghost of Me & You, véritable joyau joyeux pop qui trace un bilan sur ses choix de vie.

Le style taquin, délicieusement acerbe et sarcastique continue sur les harmonies de How Low Can You Go? avec ses arrangements de voix lumineux pour lesquels Scott utilise trois pistes de vocoder différentes et Ken Stringfellow gère les harmonies vocales. La chanson à l'humour noir est venue à l'esprit de Scott dans sa période obsessionnelle Warren Zevon, autre auteur-compositeur américain, connu pour son franc parler et son second degré. Scott :  “I was inspired by his use of pitch-black humor and non-autobiographical subject matter (...) In this case, the character is continually wondering how far they’ll fall, eventually ending up in an armed standoff with the police at a liquor store.”



Suit la douceur rafraichissante de By the Waters of Minnetonka, suave, au profil duveteux et psychédélique dessiné par des bruits de torrents, de vent dans les pins et d'envols d'oiseaux sur un sifflement de cow-boy. La même ambiance poursuit sur Lazy Afternoon avec sa section de rythmiques onctueuse sur la voix cuivrée de Scott, impeccable et vibrante. La cavalcade de guitares reprend du service sur Strawberry Hill à la rythmique galopante et alternative et ses effets de voix flamboyants comme sur la grandiose You Don't Know, solidement dansante. Même le grain de voix devient brut, comme la batterie qui fait culminer le son mature et expérimenté sur les cimes rock'n roll. Place in This World est plus grave, évoquant le suicide, sur un piano délicat, violon et violoncelle, qui donnent de la profondeur au titre. Quand le picking de la guitare acoustique vient frotter son bois au piano, aux voix en chorale pour finir de manière gracieuse, Scott Gagner rend hommage à son Amérique, grande et belle, avec America the Beautiful.
Pins & Needles est un voyage pop magnifique à savourer!
ScottGagner



mardi 20 février 2018

Last Leaves

Last Leaves est un groupe de Melbourne et pas des moindres. Il contient quatre musiciens que l'indie connait très bien et dont la scène pop australienne pourrait difficilement se passer. Last Leaves est l'ancienne formation des Lucksmiths, comptant Marty Donald au chant et à la guitare, Louis Richter à la guitare et Mark Monnone à la basse, accueillant Noah Symons à la batterie. En Octobre 2017, les amis signent un génial Other Towns Than Ours, écrit et composé par Marty, débordant de mélodies rehaussées par son chant soyeux et abondant d'élégance. Cette réunion des Last Leaves depuis la fin des Lucksmiths est une réussite. Other Towns Than Ours débute avec une rythmique propre aux musiciens, reconnaissable à la tension de la peau de la caisse tendue avec excellence par Noah. Pour les fans dont je suis, c'est une signature chaleureuse qui manquait depuis toutes ces années.



Love and the World Well Lost est d'ailleurs en introduction un titre flash-back qui se rapporte au passé du groupe. Ce clin d'oeil est puissamment construit sur la montée des lignes de guitares qui offrent un sacré frisson. La pop sautillante fait son entrée avec Other Rivers et la basse magnifique de Mark, la guitare électrique en zigzag délicieux, la voix enflammée de Marty déclinant les saisons, les mois, un départ pour un voyage. Puis le tempo devient langoureux sur le romantique The Nights You Drove Me Home, ses tourbillons de notes avec la guitare intense et acrobatique de Louis. Thin Air et son style narratif, s'adapte aux paysages que Marty a sous les yeux 'These were the first songs I wrote after moving to the hills just outside Melbourne a few years ago, in my studio overlooking the treetops and rooftops of the valley below, so I guess it’s not surprising that they largely forsake my familiar inner-suburban milieu for the open spaces beyond — for coastal hamlets, country highways and mountainside motels'. La mélodie entêtante et dansante accompagne un texte magnifique sur la nature et le ciel, rond de sérénité et de pureté. Third Thoughts donne de la matière avec son carrousel de cordes harmonieuses, son rythme optimiste résonnant qui devient rock'n roll sur The World We Had. Les mots amoureux sont aussi solides que les montagnes environnantes et la force vocale pop de Marty se marie à la perfection à la guitare pleine de vivacité quand la mélancolie devient saisissante sur les accords voluptueux de The Last of the Light.



Something Falls galope, joyeux, sur des paroles pourtant fortes en émotion, rappelant un drame cruel qui se passe plusieurs mois auparavant dans une ville très loin et auquel Marty rend hommage. La mémoire poursuit son exercice, la nostalgie sa trajectoire sur l'air jangle pop brillant de Hinterland. Le chant resplendit, touchant, et la guitare électrique sur la basse majestueuse s'allient à la batterie énergique pour accueillir le dernier titre Where I Lived and What I Lived For. Celui-ci, à l'image de l'esprit des Last Leaves, sentimental et guerrier à la fois, montre dans les arpèges, les mots et la voix beaucoup de sensibilité et d'intelligence. Le temps y est égrené, les jours, les mois, les années pour s'envoler avec les cordes de la guitare échauffée et grandiose qui gagne tout l'espace, se retournant sur le titre choisi de l'album Other Towns Than Ours. Je tire mon chapeau à Gareth Parton et son travail d'ingénieur, producteur de The Go! Team, Foals et des Breeders ainsi qu'aux deux labels que j'aime les australiens Lost And Lonesome conduit par Mark Monnone et les américains Matinée Recordings qui firent leur tout premier concert en 1999 sur un bateau, à Paris. Le monde de l'indie-pop, déployé aux quatre coins du monde, est petit mais magique.
LucksmithsPiggledyPop2008
FredAstereoPiggledyPop2008
Math&PhysicsClubPiggledyPop2018
Lost&LonesomePiggledyPop2010


lundi 19 février 2018

Paul Hogan / Frances

Frances est un groupe new-yorkais mené par l'auteur-compositeur multi-instrumentiste Paul Hogan depuis 2005 et qui aujourd'hui est sorti des radars. Le premier album en solo est un petit chef d'oeuvre pop d'orfèvre avec neuf titres fantastiques garnis de guitare, piano, banjo, harmonica et batterie. La voix de Paul y resplendit. L'EP Night Light fourmillant de mélodies grandioses, orné d'instruments à vent et cordes est suivi en 2008 de l'album All the While. Sunshine, orchestral pop, l'album magnifique de Frances est garni d'une instrumentation virevoltante intemporelle. Paul au piano, clavecin, clavier et chant est accompagné de son ami Brian Betancourt à la guitare, Stephanie Skaff aux choeurs, Nick Anderson à la basse et Tlacael Esparza à la batterie. Avec eux, il y a Mike McGinnis à la clarinette, flûte, Rob Mosher à l'oboe et cor, Justin Mullens à la trompette, Louis Schwadron au cor, Max Seigel au trombone et tuba, Jonathan Chu au violon, Benjamin Geller à l'alto. Comme l'opus solo, les chansons 'cartes postales' pop font voyager des phares du bord de mer de la côte Est vers dans les rues de Brooklyn. Paul Hogan nous embarque dans des histoires d'un autre temps d'une manière élégante, gracieuse, glorieuse et symphonique.



L'orchestration est arrangée avec délicatesse, chaque instrument y a une place pour envelopper les textes intimes et timides et les transformer en titres symphoniques comme Telephone, Tomorrow Gold et Locket qui donne envie de gambader et de faire des pas de Madison survoltés. All the While est signé chez Gigantic, label de The Walkmen et de Kevin Ayers entre autres.
La chamber-pop de Frances brille de mille éclats sur l'EP de 2010 Celebration Station et les deux titres inédits B-sides de 2013. A l'écoute de Between Us, la sophistication de l'instrumentation chatoyante et la finesse de la mélodie plairont aux amateurs de pop souriante et dansante qui fait prendre des coups de soleil sous le casque comme à l'écoute de Lawn Party. Good Fortune fleure bon les sixties, inspiré, décidé, il séduit et charme comme le psychédélique et alternatif Olden Times, ode à la pop musique. La guitare électrique se déguste sans modération, le chant et l'harmonium de Paul se lient façon Brian Wilson pour sculpter un trésor pop qui gagne toute mon admiration.




En 2013, Frances prend le nom de Paul Damian Hogan the Third pour signer l'album House. Paul Hogan à la composition, chant, piano et basse s'entoure de Matthew Meade à la guitare, Kyle Olson à la batterie et toute une troupe de musiciens assurant violon, saxophone et clarinette. En 2017, sieur Hogan signe une bande originale dédiée au film Birders, de Jeffrey Kimball sur les oiseaux de Central Park. Les 19 morceaux nous embarquent de manière mirifique et splendide au coeur du parc de Manhattan pour une balade fascinante atmosphérique, pleine d'instrumentaux magiques, nommé au News and Docs Emmy Award pour la meilleure musique et sons. L'artiste poursuit l'exercice en signant la bande son du documentaire Shored Up en 2017 de Ben Kalina sur la vie des habitants de la côte, leur rapport à la mer, du nord de la Caroline au New Jersey balayant tous profils, des surfers, politiciens, scientifiques au simple résident.



Parallèlement aux films et documentaires, Paul Hogan est fort demandé pour concocter des musiques de publicités et récemment, appelé par le cinéma pour composer la musique du film Approaching the Unknown de Mark Elijah Rosenberg sur les écrans en 2016. Le new-yorkais n'arrête pas. Fertile et enthousiaste, il nous offre des inédits grandioses pour les fêtes comme son Jingle Bells swing et soul ou encore les titres qui rendent hommage à son New-York, à la nature, à la danse et aux gens qu'il aime. A découvrir absolument.
PaulDamianHogan





dimanche 18 février 2018

Butterbeer

Le petit bijou dream pop Obliviate de Butterbeer m'a été offert en décembre dernier, signé chez le label chinois Boring Productions situé à Shenzhen, je le savoure depuis sans me lasser. Je pense qu'il aura aussi l'appréciation des lecteurs sensibles à la 'bedroom pop'. Je chouchoute d'autant plus mon 8ème exemplaire que le disque est épuisé (il reste des versions vinyle et cassette). L'univers du groupe féminin est aussi doux et chaud qu'une couverture de mélodies, qu'une bouillotte pop déposée par la voix cristalline de Rye, chanteuse de Atta Girl (nom d'un titre de Heavenly) et la guitariste, chanteuse Jovi du groupe Chestnut Bakery pour qui Rye écrit les textes. A leur écoute, on revisite la maison d'Emma des Field Mice, au bras de St-Christopher sous la voûte des Trembling Blue Stars. Savamment dosés, les arrangements fins et langoureux de claviers mêlés aux guitares font frémir. L'esthétique rétro nineties et l'élégance de l'orchestration font fondre. Les titres vaporeux sont dessinés au fusain, rappelant avec nostalgie un brin de naiveté et de pureté, amplifiés par l'exactitude des notes et l'utilisation d'instruments lo-fi alternatifs qui cueillent l'émotion. Obliviate est pop jusqu'au bouts des mots, des notes jouées, chantées, des harmonies et de la pochette montrant la photo du Petit Zinc, restaurant rue des Saints-Pères à Paris.



Le disque commence avec Secret, titre en chinois, habillé par le chant somptueux de Rye 'someday i will be a part of your diaries, when you read the lines about me...' et la texture musicale de Jovi dont la fragilité typée Sarah Records fait son effet. Le titre suivant, Platform, également en chinois, est aussi cousu de fil twee, niché dans une énergie lancinante avant Distance qui étend sa mélodie souple et élastique entre la terre ferme et le ciel. A la lumière de la bougie, les pensées voyagent sur les cordes de guitare, sur la rythmique trottinante qui prend son essor et s'envole. A ce moment de l'album, la guitare électrique de qualité mêlée à la voix délicate, intime, persuade que Butterbeer réussit surement et avec talent à redonner de la valeur au genre dreamy presque évaporé depuis quelques années. Introspective et hypnotique, Darkening Sky In Your Room est nimbée de lumière,  quand les filles déroulent les notes maitrisées montrant leur expérience et technique tout comme sur Phoebe's Oatmeal Cookies avec ses guitares saturées, puissantes et insistantes qui fusionnent pour convertir aux frissons. La luminosité ne quitte pas les harmonies ni les mots sur To The Stars qui effeuille les thèmes colorés du feu d'artifice, des fleurs, de la palette du peintre, des papillons pour une balade amoureuse. Le magnifique titre Listening To Another Sunny Day Makes Me Forget You qui fait inévitablement référence au grand groupe indie Another Sunny Day nous emmène pendant deux minutes dans un rêve pop habité par Harvey Williams. Le duo annonce ses influences, ses goûts colorés et salés de pop musique, terminant avec l'instrumental *Retrospective mélodique, mélancolique, qui étreint l'épiderme. Les Butterbeer envoûtent, savent écrire des chansons qui, je le précise pour les néophytes, ne sont ni tristes ni pour déprimés mais sur Obliviate, bien montées dans la sensualité à écouter en solitaire ou à deux, c'est encore mieux.

ButterBeer

Boring Productions distribue aussi nos amis russes les fabuleux Malish Kamu МалышКамюPiggledyPop2017





Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...