dimanche 26 novembre 2017

Brighton

Brighton nait suite à l'invasion des saxons en 450 après Jésus Christ. Pendant le Vème siècle, ce peuple germanique fonde sur l'île trois royaumes, l'Essex, le Sussex et le Wessex. Pour le reste de l'île, habitée par les bretons dirigés par le roi Vortigern et des peuplades indigènes, ce sont les Angles, autre peuple germanique formé de mercenaires sanguinaires, qui arrivent au Vème siècle. Les anglo-saxons posent alors leurs valises, l'Angleterre prend forme... jusqu'à l'invasion normande (vikings ) au Xème siècle. Etant normande, notre Histoire est intimement mêlée, grâce à Guillaume-le-Conquérant et Richard 1er dit Sans-Peur.
Pour situer l'époque par rapport à notre Astérix, c'est un peu après les gaulois, dixit la page de garde de la BD : "Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non. Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours et à l’envahisseur…".




Donc Brighton, connait quelques invasions, quelques dommages, d'abord naturels, avec l'érosion de ses falaises, puis collatéraux, avec les français qui brulent la ville au XVIème siècle. La magnifique bourgade se remet debout et des maisons à pans de bois fleurissent. La pêche ravive les âmes et le quartier des pêcheurs avec le Regency Terraces connait une belle notoriété. Le XVIIIème siècle sera donc pour la jolie Brighton une période de prospérité. Les bains s'y développent, le bâtiment le plus fameux, le Pavillon, est érigé par le prince Régent en 1783 (toujours selon le calendrier grégorien) et petit à petit, son profil se dessine. Brighton devenue station balnéaire prend le nom de la 'Fulgurante'.




Bien que certains la surnomment 'la Londres du bord de mer', au fil du temps, les artistes quittent la capitale et s'installent à Brighton. Pour bien connaitre les deux villes, j'avoue ne pas comprendre cette appellation. Les deux villes n'ont absolument rien à voir. L'une est clairement orientée sur le profit de manière sombre aux dépens du passé, l'autre fait rayonner ses valeurs, son histoire, son air iodé et ses blanches falaises. Le chemin de fer installé en 1841 aide beaucoup. Le siècle qui suit voit sa population passer de 7000 habitants en 1800 à 120 000 en 1900. En 1850, la ville comptabilise 250 000 touristes par an et la Sunshine Line prend son envol. La très connue West Pier est construite en 1866 et la Palace Pier en 1899. La première a été éprouvée pendant la tempête de 2002, puis incendiée (décidément!) en 2003 pour finir en morceaux dans la mer sous l'épreuve du climat, de l'apathie, voire du mépris. Il subsiste des ruines aujourd'hui et sa grande soeur, la Palace Pier, est la jetée la plus renommée d'Angleterre.



Le parc national des South Downs constitue un des charmes de la région avec ses falaises dont les plus attrayantes sont les Seven Sisters avec ses villages, ses cottages, ses boutiques vintage, ses antiquaires et son petit secret bien gardé et privilégié : sa dégustation de vin blanc pétillant au coeur des vignes qui jalonnent les falaises de Ridgeview. Ses collines recèlent d'autres secrets comme ses caves à fromage où les babines explosent de plaisir avec le Blue Brighton qui va comme un gant au blanc de blanc Ridgeview. Le Brighton & Hove Food & Drink Festival a lieu tous les ans début novembre. Un des villages pittoresques à visiter est celui de Rottingdean avec ses maisons à colombages du XVI et XVIIème siècle où Rudyard Kipling trouve du calme pour sa famille et l'écriture de 1897 à 1936 (Le livre de la jungle).



La Brighton de Lord Alfred Douglas est romantique, électrique, bourrée de charme et ses maisons offrent un cadre de vie de qualité. Le climat est aussi doux que passionnant. Les écrivains, peintres et musiciens aiment y vivre. La ville les inspire. On y trouve des galeries d'art, des lieus pour résidences, des ateliers de céramiques, de bijouterie, de peinture, de sculpture, de couture. La création y bat son plein. En ce qui concerne la pop musique, des figures du style y ont leurs dépendances comme Nick Cave, Paul McCartney, British Sea Power, Primal Scream, David Gilmour des Pink Floyd, The Go! Team, The Maccabees, My Federation, The Electric Soft Parade, Emiliana Torrini, Noel Gallagher, l'excellent Gaz Coombes de Supergrass. En 2001 le festival Big Beach Boutique point et on invite l'enfant du pays Fatboy Slim pour inaugurer cette fête sur la plage. La nuit tombée sur la station balnéaire, Fatboy en 2002 réunit sur la plage de galets 250 000 personnes. Comme pour Copenhague, je trouve un air pop à Brighton et les villes qui m'inspirent d'aussi bonnes sensations seront sur Piggledy Pop. Copenhague



samedi 25 novembre 2017

Talma

Talma est un jeune groupe qui vient d'éclore avec un premier EP en 2016 All Roads Lead Home et depuis hier, le nouveau single Lifeline. Originaire de Londres, les cinq garçons, James Creed à la guitare, chant et clavier, Henry Adams au chant, Jack Louis Rennie à la guitare et chant, Pete Warren à la basse et Jonny Harrison à la batterie font revivre et vibrer ce rock anglais qui avait rangé les guitares au placard. Ils sillonnent les scènes et subjuguent en live. Amateurs des Smiths et de Bowie, il y a dans leur style des réminiscences de ces artistes, comme un témoin lyrique et rebelle passé de main en main. Surtout, ils remettent au goût du jour le genre britpop chargé de guitares, gavé d'énergie, du pur rock'n roll. Depuis une semaine, Talma est de retour en studio pour offrir de nouvelles mélopées décapantes dans les jours prochains.



Les thèmes évoqués oscillent entre la mémoire, les temps passés et l'actualité parfois agressive comme souligné sur Lifeline ; Adam: "Lifeline explores the juxtaposition of being surrounded by millions of people – for us, in London – but still feeling a sense of loneliness every day. There are moments where it seems no-one can see you, yet everyone is watching you. This paranoia can drive people away from the city, and so we look for lifelines to tether us to the places we try to call home". En juin 2017 sort Heads Down, court, incisif, efficace sur à peine deux minutes. Les anglais dégagent une énergie fracassante sur un temps restreint. Un coup de 'masters' qui suit Semaphore, Figures, Standing Around, Cave, All Roads qui constituent All Roads Lead Home et préfigure, augure une suite bien brillante que je suivrai, évidemment.
Talma





dimanche 19 novembre 2017

Le parapluie

Le parapluie n'est pas un groupe de pop mais un objet portable qui comporte une canne et un dispositif à baleines. Son existence remonte à la Grèce antique. 
Les ombrelles fleurissent plus tard à Rome pour se protéger du soleil. Objet précieux, n'a pas une ombrelle (ombrello en italien est une petite ombre) qui veut. Le mot grec "para" signifie "se protéger contre" et le nom "pluie" vient du mot latin "pluvia".



Le parapluie est surtout utilisé en France dès le début des années 1620. Contrairement à la légende, nos cousins gentlemen anglo-saxons, l'adoptent un siècle plus tard. Jusqu'à la fin du 18ème siècle, c'est en France que l'ombrelle qui sert autant pour le soleil que pour la pluie, connait un grand essor. C'est encore un français, Jean Marius, qui invente le parapluie pliable en 1705. Toujours côté français, la fabrication des parapluies est à son apogée en 1850 en Auvergne, à Aurillac et outre-Manche, c'est à Sheffield que Samuel Fox confectionne le premier l'instrument, vers la fin du 19ème avec peine car le dédain des anglais pour le parapluie est tenace très longtemps.



Des ébauches de parapluie existent en Auvergne dès le moyen-âge où les dinandiers travaillent des morceaux de cuir pour les poser sur du bois des forêts cantaliennes. Au fil du temps, des passages des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, qui rapportent ce cuir aux auvergnats, ceux-ci iront même jusqu'en Espagne vendre des chevaux pour rapporter des toiles de coton. L'ombrelle se transforme en parapluie. Anne de Bavière le démocratise en 1712 et lance la mode dite des «parisiennes». Le parapluie est chéri en France, à Paris, où éclosent les premiers ateliers. On lui porte une bien belle attention quant à sa manipulation et à son entretien. Différents matériaux l'habillent au travers du temps, taffetas huilé, alpaga, dentelle, coton, soie et pour les cannes, du hêtre, du chêne, du charme, châtaignier et acier trempé pour le U de Paragon en guise de fanon de baleine.

Dans la capitale les parapluitiers s'activent dans leur travail artisanal, du fait main appuyé par celui des raccommodeurs. Légers ou résistants, les ombrelles, les parapluies, les parasols sont en demande pour plus d'élégance, de luxe, de fantaisie et bénéficient d'une grande popularité au sein de notre pays du 18ème à la fin de la seconde guerre mondiale. La parasolerie depuis perd de son panache en adoptant le polyester et des matières plastiques. Les pépins perdent de leur peps.



Il reste en France cinq ateliers de confection de parapluies. Ces métiers font partie intégrante de l'identité, de la culture française et ne doivent pas disparaitre. Du parapluie 'Paris sous la pluie' de Gustave Caillebotte, du 'Femme à l'ombrelle' de Claude Monet à celle qui flotte dans votre verre à cocktail, tout bon foyer français qui se respecte a son parapluie. ParapluieParis est une marque française qui résiste faisant encore à la main des objets magnifiques, la parasolerie Heurtault dans le XIIème, les deux fabricants aurillacois Maison Piganiol et Sauvagnat, Guy de Jean à Versailles, sans oublier feu Le Verel de Lyon, la marque 'parapluie de berger en France' de Pau et bien sûr, les ateliers de Cherbourg qui brillent d'excellence. Avant le film de Jacques Demy de 1963, Les Parapluies de Cherbourg, il n'y avait aucun parapluie à Cherbourg. Le succès du film a fait naître l'idée à Jean-Pierre Yvon d'installer des ateliers de fabrication en 1983 pour in fine déposer en 1986 la marque 'Le Véritable Cherbourg'. Y naissent des parapluies 'made in Cotentin' de matières nobles, de tissus luxueux, de manches en bois portant les armoiries de la marque.







samedi 18 novembre 2017

Morrissey

Morrissey grandit de jour en jour et devient un des seigneurs d'Angleterre en musique pop. Son nouvel album Low In High School sort hier le 17 novembre 2017. En citant une des répliques du film 500-Days-In-Summer, je dirais 'I love The Smiths'.
Morrissey dit 'Moz' nait en 1959 à Manchester et fonde le groupe The Smiths en 1982. Du haut de ses 23 ans, l'auteur-compositeur impose sa griffe. Avec Johnny Marr, immense autre seigneur de la pop avec qui il mène The Smiths jusqu'en 1988, ils ne cessent depuis presque 40 ans de chatouiller l'excellence. Amoureux de Jack Kerouac, Byron, Oscar Wilde, Moz est un des derniers artistes à écrire des chansons intelligentes, brillantes et touchantes. Rebelle élégant et sensuel, le romantique rock'n roll, le hooligan de la pop, écrit sa biographie en 2013 pour laquelle les fans feront la queue pendant 30 heures le jour de sa parution . Le film biopic England is Mine vient de sortir avec un prix au Edinburgh International Film Festival.



Avec sa renommée internationale, sa carrière magnifique, Morrissey ne désarme pas et poursuit parce qu'il aime la scène, ils aiment ses fans, il ne peut pas vivre sans écrire des chansons. Peu me chaut si certains clament que Morrissey sans Johnny Marr n'atteind pas le niveau exemplaire de la discographie des Smiths, je deviens de plus en plus fan de Morrissey. Je le découvre tardivement, le vois toucher les cimes en matière de composition et de chant. Enigme, légende, guide, référence, leader, tous les adjectifs sont dégainés et quand j'écoute Low In High School, onzième album en solo, j'entends une analyse philosophico-politique, un point de vue sur l'actualité auquel j'adhère. Moz déroule sa clair-voyance et son caractère avant-gardiste sur 12 titres. Ils commencent par le grandiose My Love, I'd Do Anything For You qui pose le décor 'Teach your kids to recognize and to despise all the propaganda, Filtered down by the dead echelons mainstream media'. Les guitares électriques, les trompettes et trombone sonnent pour alerter sur ce qui nous pend au nez. L'album est enregistré à cheval entre Paris et Rome avec à la production, le remarquable Joe Chiccarelli. I Wish You Lonely est aussi combattante et rythmée. Les synthétiseurs sont éclatants sur Jacky's Only Happy When She's Up On The Stage. La mélodie y est révoltée, alimentée par des samples et une batterie haletante. Trompette et guitares sont de la partie pour accompagner le chant plein et solide. La fermeté et la fragilité se rencontrent sur Home Is A Question Mark, où Moz cherche toujours son endroit, son 'home' après des années passées loin de Manchester vivant entre Los Angeles et Rome.



Les claviers rivalisent sur Spent The Day In Bed où l'anglais préconise d'arrêter de regarder les news à la télé. Morrissey ne lâche donc rien. Il n'aime pas la bêtise, les idiots, qui nourrissent les médias et les gouvernants, une entité qui cherche le chaos. Son bel entêtement glissé dans des métaphores resplendit aussi dans le tempo. Les arrangements ficelés rock continuent sur le sarcastique I Bury The Living où les cordent électrisent la basse sur le grain de voix puissant et offensif. Ce titre est magnifiquement soutenu, alternatif, interprété avec un talent inoui. Ca balance et donne du mordant sur le piano et les échos inquiétants de In Your Lap où le sens critique de Moz apparait fort lucide, courageux. "The Arab Spring called us all, The people win when the dictators fall, I heard a bang and an almighty crack, And I just want my face in your lap, The people sing when the warlords all burn, Do not feel sad, it's simply their turn, They tried to wipe us clean off the map, And I just want my face in your lap". De manière logique, le titre The Girl From Tel-Aviv Who Wouldn't Kneel suit, typé tango où la danse évoque l'étrange insouciance et légèreté d'un pays qui vit entouré de pays amis qui distribuent du pétrole. Puis la pop fleurit sur la rythmique virevoltante, les guitares monumentales de All The Young People Must Fall In Love, splendide titre incisif et musclé d'ironie 'à la Moz'.



Quand When You Open Your Legs joue son air oriental c'est pour repartir à Tel-Aviv avec des violons qui ornent une instrumentation formidable. Le titre fulgurant Who Will Protect Us From The Police? poursuit dans l'orchestration animée de synthétiseurs, de cuivres, de guitares pour former une chanson incroyablement énergique grâce à un Morrissey plus passionné que jamais. Israel termine l'album d'une façon troublante et belle. Le texte beau, blindé de symboliques, est à comprendre absolument. Une fois le sens saisi, on ne peut que dire merci à Monsieur Morrissey pour sa finesse d'esprit, sa mélodie jouée au piano pour plus de solennité, de responsabilité et pour sa voix. Les dernières notes offrent en arrière plan, très lointain, un chant liturgique chrétien pour conclure Low in High School ; Un retour aux racines. Le grand Morrissey émeut, par sa force, son charisme, sa musicalité et sa résistance flamboyantes.
Morrissey



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