lundi 31 mars 2014

Eef Barzelay

Eef Barzelay apparait en 1997 au sein du groupe de country rock alternatif de New-York Clem Snide. Après un premier et délicieux album You Were a Diamond, sept albums et une pléiade de concerts, Clem Snide se dissout à peine dix ans plus tard. Le groupe se compose essentiellement de quatre musiciens avec à leur tête, Eef Barzelay, artiste originaire de Tel Aviv en Israël. Doté d’un talent d’interprète et de composition inoui, il mène depuis 2006 une carrière en solo, installé à Nashville, où il écrit trois albums dans la veine du folk acoustique, offrant des balades pharaoniques ornées de guitares, basse, tambourin, accordéon, piano. Barzelay donne à ses chansons une fibre de narration, il conte des histoires, il est un pionnier dans ce genre musical pop-folk. Après une courte séparation en 2006, et l'album ficelé et persillé, Hungry Bird, prêt à sortir du studio d’enregistrement et qui aboutira finalement aux oubliettes, Eef Barzelay retrouve en 2009 ses amis du début, Pete Fitzpatrick (guitare et banjo) son cousin Brendan Fitzpatrick (basse) et Ben Martin (batterie). Ils décident de repartir en croisade, avec en leur compagnie Franz Wright au chant, poète renommé qui remporte le prix Pulitzer, Tony Hamel au piano, accordéon, orgue et Roy Agee au trombone et Hungry Bird renaît donc de ses cendres en février 2009 avec de l’harmonica, trombone, piano, guitares, du kazoo en bonus.

L'homme se marrie, devient papa de deux enfants et sa mère, malade d'un cancer, disparait. Le musicien déménage du East village et change sa façon de composer, d'aborder la composition tout en demeurrant aussi perfectionniste et méticuleux. En 2011, Eef Barzelay rend honneur à la chanteuse de Seattle Terri Tarantula, également auteur-compositeur et batteuse des Walkabouts, en reprenant 6 titres sur Black Tin Rocket (Songs of the Transmissionary Six), assurant le chant, la guitare, remodelant le tout à sa manière. Année prolifique, le musicien revisite l'album Bitter Honey de 2006 pour bandcamp, dans une veine folk et acoustique, une série de titres ornés de narration et de sonorités traditionnelles splendides, puis avec Clem Snide, Barzelay enregistre Clem Snide's Journey. Suit un album magnifique de reprises, en deux volets, Fan Chosen Covers, comprenant le Velvet Underground, Lee Hazelwood, Bob Dylan, Bee Gees, etc titres choisis par les fans d'Eef Barzelay. En 2013, le groupe signe We Leave Only Ashes comprenant les bonus tracks des singles puis Songs we Made, part 1 et part 2 comptant 10 titres chacun portant des prénoms féminins. Après 2 années d'absence, le ménéstrel s'envole pour l'europe et assure une jolie tournée en Angleterre, puis  offre l'EP All the Way quatre nouvelles chansons le 14 février 2014 en annonçant une tournée américaine. Amoureux de Nick Drake et de la comédie musicale The Sound of Music, Eef Barzelay est un acteur majeur dans le milieu de la pop underground tant par sa musique, son interprétation, ses textes que par sa personnalité et sa franchise. C'est après avoir festoyé autour de poulets rôtis et de bières avec ses amis à Nashville que leur interet pour Julie Andrews est né, comme the Ghost of Fashion de 2001 sorti après les attentats de New-York qui ébranlent les musiciens. Loin de soucis nombrilistes, les chansons d'Eef Barzelay ont autant le profil de chroniques et d'articles sur les événements, la société contemporaine que la qualité d'intemporalité comme sur History, inspirée d'une toile de Michel-Ange. Avec son élégance et son savoir-faire, il alerte sur certains sujets, où invite à la nostalgie, la poésie en chantant et jouant à la guitare sans se soucier d'arrangements secondaires qui pour lui sont superflus et pas nécessaires à une belle chanson. Aimant les mots et les mélodies, Eef sait décrire son époque mais aussi passer les frontières du temps et des pays, ayant toujours voyager avec ses parents, il se décrit comme un perpétuel immigrant à l'écriture anachronique. La voix de bariton, vibrante et envoûtante, prophétique, accompagne les excellentes mélodies d'Eef Barzelay que j'écoute fidèlement depuis plus de douze ans et qu'inévitablement je conseille à ceux qui ne connaisse pas encore.
Clemsnide
ClemsnidePiggledyPop2009





mercredi 19 mars 2014

C+C=Maxigross

La joyeuse clique italienne de C+C=Maxigross n'a pas un profil commun. La troupe de troubadours tire sa particularité de la route qu'elle sillonne sans cesse dans son van blanc, alignant des dates de concerts spontanés ou préparés, dans des salles ou autour d'un feu, de Rome à New-York. Sous leurs tignasses de hippies, aussi fournies et impressionnantes qu'on peut se demander ce qu'ils mettent comme assaisonnement dans la polenta, les membres du groupe, tous musiciens et chanteurs, sans leader, composent et jouent une pop psychédélique riche. Mêlant des guitares, acoustiques, folk à l'harmonica, aux violons, cuivres, tambourins, leurs compositions sont magiques. C +C=Maxigross ont cet amour de l'aventure qui passe les frontières et les barrières du temps, explorant dans leurs titres la langue italienne biensûr, mais aussi française, espagnole, anglaise et cimbre, dialecte ancien (100 avant JC) qui tient ses racines de l'allemand et parlé dans les montagnes au nord de l'Italie.

C'est dans leur maison à la montagne que commence le travail de composition et d'enregistrement du premier EP Singar en 2009. Ils sont surpris du succès de leurs chansons qui passent de radio en radio, de blog en blog et décident de partir jouer dans tout le pays tout en concoctant de nouveaux titres. En 2012, alors qu'ils gagnent une récompense au festival Arezzo Wave, ils s'envolent pour les Etats-Unis assurant une tournée avec comme étape le CMJ Music Marathon de New-York. En avril 2013, l'opus Ruvain avec ses 14 morceaux sort et les C+C=Maxigross dévoilent leur univers fleuri de notes pop psychédélique et folk jouée avec des instruments très variés dans la veine musicale américaine et anglaise traditionnelle, où s'entendent Neil Young ou Nick Drake. Le fabuleux collectif joue tous les instruments et chante en choeur, s'amuse et ne se prend pas au sérieux, bien que leurs chansons soient soigneusement travaillées et ficelées. Les excellents musiciens de C+C=Maxigross, Francesco Ambrosini, Filippo Brugnoli, Carlotta Favretto, Tobia Poltronieri, Mattia Tramonti, véhiculent la bonne humeur et divertissent avec une apparence légère qui cache un grand talent de composition et de technique. Inspirés par la nature, les montagnes, les voyages, les rêves, la mer, l'histoire, leurs chansons ressemblent à des cartes postales, un keepsake pop, boisé, oxygéné et mélodieux. La balade Pamukkale in E ouvre le pas de manière délicate quand la batterie et l'accordéon se mettent en marche pour le poppeux et dansant Charleroi Poulet et sa guitare électrique facétieuse. Le chant aussi frais et pétillant qu'une pastille des Alpes aligne les harmonies savoureuses sur Uno Tempo, avec sa flûte qui ondule sur des paroles débordantes d'humour comme sur les choeurs de Hills, Hills, Hills arrangé au clavier et avec l'esprit des Beach Boys. Parés pour l'escapade ayant des données météorologiques et géographiques, nous continuons à flâner avec C+C=Maxigross en écoutant les tambourins aussi diablotins que les cordes des guitares et les tam-tam rugissants qui aurait fait se déhancher frénétiquement Moïse sur les tables.


L'harmonie magique de Lesha!Keyoo!See-Ya! chanté en cimbre semble venir des temps anciens avec des notes sucrées et dansantes. Puis le très italien L'attesa di Maicol fait une virée dans un univers typique transalpin grâce à la mandoline, les guitares, délicieusement proches du folklore croate ou du klezmer. Ten Dark Wednesday est une balade au tempérament ménestrel, pastoral, alternatif et surprenant, à l'image du groupe qui enchaine avec No One Calls Me (The Time of The Time of The Season), sussuré, chuchoté de façon polichonne et sixties. Najhladnija Luka Pule rend hommage à la famille du chanteur sur une basse et un harmonica mélancolique et magnifique. Puis le old- fashioned et très stylé Josè entraine à la danse sur son tempo puissant, sa flûte dynamique et un chant qui rameuterait tous les troupeaux des Dolomites. Le langoureux Holynaut suit, offrant un moment de grâce et de douceur, dont les arrangements brillent comme un vol élégant de lucioles musiciennes. Aux manettes de l'album, il y a le producteur Marco Fasolo, ami des C+C=Maxigross et qui sait bien ce qu'il fait en studio puisqu'il est aussi auteur-compositeur du fameux groupe Jennifer Gentle, référence dans le milieu indie-pop. Ruvain se termine avec ses deux titres psychélédiques, superbes, Testi's Baker-Jung Neil et Wait Me to Arrive, à la mélodie solide, aux textes majestueux et ingénieux, à l'instrumentation simplement belle d'histoire et d'âme. A se procurer chez Vaggimal Records qui signe aussi les excellents Klein Blue.
C+C=MaxigrossBandcamp
VaggimaleRecords


dimanche 16 mars 2014

Donna Regina

Les Donna Regina sont depuis les années 90 le duo electro-pop le plus bossa et ensoleillé d'Allemagne. Couple à la vie, à la scène, Regina et Günther Janssen offrent une pop dans la lignée de Stereolab, Lali Puna et Saint-Etienne dont l'élégance et la préciosité, la précision dans leurs compositions electro-pop me touche. Etant une grande admiratrice de leur univers musical, de filmographie et littéraire, je suis encore séduite par leur nouvel album au joli nom Holding The Mirror For Sophia Loren, sorti le 28 février 2014.
Extrait Piggledy Pop de 2010 : Donna Regina qui aime chanter Avec le Temps de Leo Ferré est vite repéré par le label Rough Trade et sort l'opus Lazing away en 1992. Le duo downtempo passe les frontières de Cologne. Suit en 1993, Almaty sur lequel ils reprennent La Madrague, 1994 parait For her Beautiful Heart avec également des titres en français comme Loin de Moi et On dirait.
Regina et Günther rencontrent en 1996 leur nouvel acolyte multi-clavieriste Steffen Irlinger. Leur style electro low-fi fuse et de vrais instruments comme le piano, les guitares, mandoline, métallophone, cuivres complètent les mélodies organiques. La voix cristalline de Regina voltige de plus belle dans A quiet Week in the House de 1999 et ses titres splendides comme Star Ferry II.

2002 est la sortie de leur cinquième disque Northern Classic et le trio passe le Rhin, direction la France. Alors que Regina s'amuse à reprendre C'est la Ouate de Caroline Loeb, le trio présente Late en 2003 à son public de fans naissant et joue sa pop mélancolique à Paris où le producteur du label Tricatel, Bertrand Burgalat, est accroché. Ensemble ils enregistreront le superbe et tricatelien album A Collection Of Little Secrets, sorte de carte postale sonore, un puzzle remixé des cinq premiers albums. Ces quatorze morceaux sont parsemés de rythmes chauds, de sons électroniques limpides et dansants.
Slow Killer apparait en 2005 et Regina continue ses prouesse vocales, oxygenées et aériennes. L'album reparait en 2007 en vinyle et le label Berlinois Karaoke Kalk qui s'occupe des intérêts du trio depuis 2000, concocte toute une vague de cds et vinyles réussis et probants ; Karaoke Kalk est un label prolifique qui ne manque pas de distinction avec Thorsten Lütz aux commandes.
The Decline Of Female Happiness sorti le 18 juin 2010, constitué de 10 titres pop dont Until you do, Perfect stranger, Lost Sunday et le sublime Diamond of the day, sont bossa et dansants. Les autres titres sont plus electronica et résonnent sur des paroles introspectives, féminines et sensuelles. Il y a du son analogue mélangé à du Kinks, du Velvet Underground, du Astrud Gilberto qui fait danser de Berlin à Bueno Aires et à Paris.
DonnaReginaPiggledyPop2010

Revoici cette année nos plus frenchy des musiciens allemands qui non seulement chantent en français mais s'inspirent pour leurs chansons de la culture française, comme de l'américaine, de la japonaise ou de l'espagnole. Dès les premières notes de Holding The Mirror For Sophia Loren, c'est l'immersion dans la délicatesse du chant, du texte et de la mélodie. Les claviers déroulent un tapis de synthétiseurs et piano romantiques qui s'allient dans un kaleidoscope de couleurs déclinées en français, inspirées par leur séjour à Paris et leur intérêt pour Le Corbusier. Puis le jazzy et sensuel Carlos fait entrer trompette, clarinette et harpe jouées par le berlinois Volker Griepenstroh, suivi de Cities qui évoque New-York, Londres, Paris etc sur un tempo enivrant et dansant et sur le chant noble et aérien de Regina. La guitare acoustique, le piano espiègle de Lift me up proposent une suave et optimiste transition avant le presque electro indus et planant Koyasan qui nous emmène dans les airs au-dessus des montagnes près d'Osaka au Japon où les Donna Regina ont une renommée très importante. For the Love of propose des synthétiseurs typés années 80 et des notes de piano mélodieux que Janssen utilise tel un maestro sur un texte amoureux qui se poursuit sur I wanna Know, rythmé et hypnotisant qui fait place au passionné Escuchame chanté en espagnol au clavecin voltigeant qui rend hommage aux écrits du berlinois Graw Böckler sur le Buenos Aires contemporain. I know how est un plongeon feutré et harmonieux qui change d'atmosphère, jouant une electro quasi pastorale avant le très Kraftwerkien Gatsby, inspiré par l'auteur F. Scott Fitzgerald, pour continuer avec In The Company Of Friends, mélancolique et joyeux à la fois. Le titre parle des amis parmi lesquels se trouvent Wolfgang Flur de Kraftwerk qui fait partie des férus admirateurs de Donna Regina, comme Andy Thoma et Jan Werner de Mouse on Mars. Leaving boucle le magnifique Holding The Mirror For Sophia Loren avec des arrangements délicats et oniriques orchestrés par le producteur polonais Michal Jacaszek, qui image bien les liens sacrés entre Donna Regina et la pologne où le groupe consacre toujours une grande tournée. Piggledy Pop est toujours aussi fan de la douceur de l'univers Donna Regina qui signe là encore un sublime et subtile Holding The Mirror For Sophia Loren.
DonnaRegina
KaraokeKalk



samedi 15 mars 2014

Cheers Elephant

Cheers Elephant est un groupe américain qui propose une pop ensoleillée et rythmée depuis 2008 avec son opus éponyme. Les quatre musiciens de Philadelphie sont liés, de vrais amis et cette osmose s'entend sur leurs productions qui sont signées de l'auteur-compositeur et guitariste Derek Krzywicki accompagné de Robert Kingsly à la batterie, de Jordan del Rosario à la guitare et Travelin' Mat à la basse. De manière solide et harmonieuse, les quatre chantent, forment des choeurs et arrangent leurs mélodies en symbiose. L'âme du groupe, l'amitié se glisse dans les titres et se constate sur le terrain quand ils assurent les concerts ou quand en chorale ils décident de faire leurs paquetages pour emménager à Los Angeles en 2013. Le quartet pop psychédélique peaufine un second album en 2010, bondissant, vrombissant et Man is Nature parait en 2011. Les harmonies de basse et le chant m'évoque un mélange de Darwin Deez avec Hal et passant de la power pop de Shark Attack au sunshine pop My Bicycle Ride, à l'écoute de Comment Allez-Vous à Captain Crowninshield les influences pourraient aussi être puisées chez les Byrds, Zombies, ou chez les Beatles. En se plongeant dans la bossa du titre California, les Cheers Elephant annoncent leur envie de s'envoler vers les chaudes contrées sud-californiennes. L'instrumentation fleurie et les arrangements colorés réapparaissent sur le dernier album Like Wind Blows Fire de 2012 qui devrait être suivi d'un nouveau cette année 2014, en préparation.


Like Wind Blows Fire offre trompette, tambourin, clochettes, guitares, basses et batterie qui se lient sur des choeurs presque Brian Wilsoniens avec des "hoohoohoo" des "lalala" et des claphands joyeux sur des synthétiseurs guillerets. Le dynamique Peoples nous plonge d'emblée dans un bain de notes dansantes et une ambiance sensuelle avec les paroles "Everybody's got to love someone sometime" qui au fil du disque se transforme en déclaration plus offensive comme sur Party on Darwin, ou en invitation au voyage sur Leaves "No place to call you're oh-oh-oh-own, You'll end up where you are, Have faith please drive a car". La guitare acoustique de Little Dog propose une balade alternative, catchy et solaire avec la voix de crooner ravissante de Derek où plâne le souvenir des Beach Boys quand arrive les voix d'indiens de Like Wind Blows Fire, transportant dans le paysage du grand Canyon. La basse de Travelin'Mat résonne et resplendit sur Thought and Commonsense et sur Doin'it, right quand Derek Krzywicki et Jordan del Rosario font scintiller les guitares electriques et acoustiques sur Get'ya. L'album entier est réussi grâce à l'excellence du tempo de Robert Kingsly, il fait vibrer, voyager. Les Cheers Elephant grandissent, font évoluer leur univers contemporain et moderne aux allures sixties avec un sens pointu des mélodies et des arrangements pop et rock. Dans l'attente de leur quatrième album qui sortira cette année, leur trois premiers volets sont un régal, un délice sonore assuré.
CheersElephant



Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...