vendredi 28 février 2020

Saratoga


Saratoga est un duo constitué de Michel-Olivier Gasse et Chantal Archambault, auteurs compositeurs interprètes de Québec. Ensemble, ils détricotent les mots, jonglent et jouent avec eux à la façon espiègle des frères Goncourt, leur ajoutant une saveur d'antan. La rythmique est apportée uniquement dans le chant, la guitare, la contrebasse, la flûte, la harpe et le piano, offrant un savoureux et charmant ton suranné de mélopées de troubadours, exalté par les mots poétiques et la manière romantique de les chanter.



Comparable à l'univers artistique des Américains Innocence Mission et des Russes Malish Kuma, Saratoga est un travail à quatre mains et à deux voix en osmose. Le domaine amoureux mis en exergue y est dessiné avec l'exquis emploi de métaphores du corps, de la nature et du temps qui passe. L'ambiance est à la passion et à l'insouciance que procure la force des sentiments, la complicité dans un couple uni. Sur des arrangements langoureux, calmes et posés, l'excentricité et l'amusement glissés dans les paroles déposent le sourire sur les lèvres.
Après un premier EP en 2015, on peut accueillir l'album Fleur en 2016. Le titre Les vieux dimanches de 2018 présage le sublime Ceci est une espèce aimée paru ce mois de novembre 2019.



Le rideau s'ouvre sur Espèce I, court instrumental qui nous plonge dans un bain de torpeur acoustique où la contrebasse, la guitare et le violon batifolent dans les bulles. Le décor est magnifiquement planté quand suit Morceaux, le corps s'y découvre sur les parcelles d'instrumentations. Michel Olivier au chant et contrebasse lié à Chantal au chant, guitare et piano, sont accompagnés de Fany Fresard au violon, Marilène Provencher-Leduc et Aleks Schürmer à la flûte, Guillaume Bourque à la guitare, au piano et Éveline Grégoire-Rousseau à la harpe qui étincelle sur Passer l'âge. Les cordes vibrent et sont taquinées, effleurées sur Existe-toi, effeuillage littéraire où les plumes d'Antoine Corriveau et de Luc De Larochelière qui participent aux textes font briller les mots comme sur L'embellie.



Les frissons s'accrochent au fur et à mesure d'Un sentiment de vieux dimanche déclamé avec délicatesse par Michel-Olivier sur un fond sonore de vieil électrophone. Le paysage se fait printanier sur le piano et la guitare de Amour de passage où l'amour gagne les distances et se fait lancinant et aérien sur la harpe de Le code et la manière. Espèce II interlude coloré de bruits familiers précède Grand Accord qui continue l'enchantement romantique évoquant des pôles aimantés, deux êtres qui ont une histoire à géométrie variable mais malgré tout, sont toujours attirés, sur des harmonies de piano et de flûtes majestueuses. Beauté, Beauté joue une mélodie élégante, ornementée de voix qui ondulent entre les notes féeriques, créant un titre sucré et doux. La fin du disque est sublime avec le duo  qui parle du fruit de leur amour, leur Petite Paix pour clore sur une note de vive sérénité qui règne sur Ceci est une espèce aimée, excellent et précieux.
Saratoga



mardi 25 février 2020

Erland Cooper

Gawain Erland Cooper est un auteur-compositeur multi-instrumentiste écossais et désormais producteur au sein de son propre studio d'enregistrement. Il est originaire des îles Orkney, en français les Orcades, un archipel subarctique de 67 îles situé au nord de l'Écosse, annexé par le royaume d'Ecosse au XIIIème siècle qui compte désormais 20 000 habitants.



Erland est actif depuis des années sur la scène indiepop, tête pensante de deux groupes : The Magnetic North, avec lequel il compose deux magnifiques disques dont le concept est l'histoire de la population des îles Orkney et le second, Erland and the Carnival, avec qui il signe cinq superbes albums. Son fief est omniprésent dans son inspiration, sans cesse nourrie de son pedigree mais aussi des autres habitants, de la nature et des légendes. Pour conduire le projet Magnetic North, Erland s'entoure de Hannah Peel, fabuleuse artiste irlandaise, qui chante, joue du piano, du violon et du trombone et de l'anglais Simon Tong qui est guitariste et claviériste au sein de the Verve, Gorillaz, Blur et The Good the Bad and the Queen.



Au mitan de sa vie londonienne nécessaire pour développer l'activité de son studio Phases Records, Erland se sent envahi de claustrophobie en ville et se met à composer en 2018 le disque Solan Goose. Cet album plein d'oxygène, premier travail en solo, est issu de sa mémoire d'enfant, des paysages où il grandit, des bruits qui l'habitent comme ceux fort riches de l'écosystème de l'archipel. Il décline une série de mélodies dédiées aux oiseaux, qu'il nomme chacune avec les noms des amis à plumes de ses iles : solan goose (gannet ou fou de bassan), shalder (oystercatcher ou huîtrier), tammie norie (puffin ou macareux moine) et cattie-face (short-eared owl ou chouette à oreille courte, chouette écossaise typique de l'île d'Arran).



L'ambiance, l'univers naturel et étendu de Orkney explose majestueusement dans les arrangements et les orchestrations. Le musicien prolifique poursuit son entreprise de création en 2019 en signant le deuxième bijou Sule Skerry. Dans la même veine traditionnelle, la même perspective de transmission, il fait resplendir les trésors passés et présents de la vie locale cette fois-ci aérienne et maritime. Ses études de musique classique, son goût pour le folklore du pays, sa personnalité artistique et ses connaissances technologiques à la pointe, sont savamment liés dans Sule Skerry qui absorbe tous les sens et invite à l'évasion. Ce travail instrumental charmant et rafraîchissant, comme les productions antérieures de Gawain Erland Cooper, grand sculpteur de son, sont à découvrir absolument. En bonus, le titre Birth of a Nation de Erland & the Carnival, qui compte le grand Paul Weller à la guitare.
ErlandCooper






jeudi 20 février 2020

Jeremy Dutcher

Le Wolastoq est un dialecte qui signifie beau fleuve dans la langue du peuple Malécite, peuple autochtone d’Amérique du nord, au Canada ( au Nouveau-Brunswick et au Québec). Les Malécites existent depuis des siècles, connus par nos navigateurs européens seulement depuis le XVIIème siècle. Ils vivaient dans les plaines, longeant le fleuve Saint-Jean qui forme un arc de cercle au travers des montagnes Notre-Dame.

Au début du XVIIIème siècle, les français ont déjà colonisé ces vallées et l’entente entre les deux camps est cordiale, même amicale. L’harmonie est telle que les Malécites s’allient aux français dans la guerre d’oppression menée par les anglais pour prendre possession des territoires français. Les malécites gardent aujourd’hui en mémoire cette amitié avec la France et n’oublient pas cette guerre menait par les anglais qui ont massacré et exterminé leur peuple. Après le traité de paix signé en 1725, les Malécites ne cesseront d’être chassés et tués par les britanniques et ce, malgré aussi le traité de Londres en 1794 qui leur octroie le droit de circuler en Amérique du nord. Jusqu’au départ des anglais vers 1870 par le rachat de ces terres du Québec français, les Malécites sont une tribu libre mais affaiblie, meurtrie d’acculturation, presque éradiquée. Ils étaient 1000 en 1800 et sont aujourd’hui 5000. Parmi eux, il y a un musicien, pianiste et chanteur ténor du nom de Jérémy Dutcher qui signe en 2018 un album hommage à ses ancêtres, sur lequel il travaille pendant cinq ans, à plonger dans ses racines, à puiser dans tout son être la belle inspiration qu’il offre en signant Wolastoqiyik Lintuwakonawa chanté dans cette langue nationale .



A la première écoute, sans même comprendre les paroles, j’étais absorbée par la musique somptueuse qui accompagne le chant puissant et émouvant. Depuis aimablement le label Valéo Arts et l’équipe de Guillaume Decouflet m’ont transmis l’explication des textes de Jeremy Dutcher. Etrange de s’apercevoir qu’avec le bandeau sur les yeux, mon ressenti n’était pas si loin du sens réel . La musique est un langage, comme la maniait Chopin ‘Je ne cherche qu'à exprimer l'âme et le coeur de l'Homme’.

Wolastoqiyik Lintuwakonawa est un recueil de mélodies enivrantes, loin du désir de victimisation (à la mode en ce moment), il est lumineux. Le disque est un relai de la culture Wolastoq mais aussi un livre ouvert des traditions malécites . Il est beau, touchant, plein de paysages, de fêtes et de tendresse. Le décor est planté avec Mehcinut qui est une très ancienne chanson transmise de génération en génération sur laquelle on entend la voix de Jim Paul, ancêtre respecté. La chanson garnie de métaphores poétiques avec l’image de la graine de blé qui se transforme en plante évoque l’histoire du cycle de la vie.



Aux côtés de Jeremy Dutcher magnifique au piano, il y a Sierra Noble à la flûte, Ian Gibbons et Justin Wright au violoncelle, Brandon Valdivia aux percussions, la soprano Teiya Kasahara, Devon Bate aux effets électroniques, Kate Maloney et Taylor Miltz au violon, Lucas Blekeberg à l’alto et Alex K.S. à la contrebasse. L’équipe est époustouflante, les arrangements cristallins et saupoudrés avec majesté comme sur Essuwonike, ils galopent gaillards pour s’envoler sur la voix envoutante et charismatique de Jeremy. La chanson qui commence par un mot en français parle de l’entente entre êtres humains, de l’accueil fait à l’étranger qui arrive sur une terre en partageant et lui  expliquant la culture locale, Essuwonike signifiant ‘parlons ensemble’ ou ‘échangeons’. Eqpaha, littéralement ‘ile sauvage’ est un endroit prisé, cher aux Malécites, où se déroule chaque année un festival dédié à la tradition du peuple indien. Le titre chaleureux est animé par la voix de Nutakehkimet qui est une professeur de Jeremy.



L’enchantement poursuit avec le frissonnant Ultestakon qui est une berceuse ancestrale transmise par les parents de Jeremy qui l'entendaient eux-mêmes chantée par leur grand-mère. Jeremy l’orchestre avec du piano, des cordes vibrantes et une rythmique fabuleuse qui il y a des lustres, était faites de bout de bois remplis de grains de blé secoués. L’émotion continue avec un très vieil enregistrement de chant, 'kotuwossomikhal, déniché dans les archives, ici délivré intact et éminemment absorbant. Il faut dire que c’est une ‘chanson à boire’.
Sakomawit agrémenté de violons et d’un piano fantastiques sur la voix princière est un chant traditionnel entonné pour l’accueil d’un nouveau chef dans une communauté, lors de la cérémonie de sa prise de pouvoirs et de responsabilités. Il est suivi de Oqiton qui signifie 'canoë', magnifique chanson qui narre la vie des ancêtres sur ce beau fleuve, source de vie pour eux qui y buvaient, s’y nourrissaient en pêchant et vivaient sur ses rivages. La chanson est comme une prière qui honore la relation sacrée qu’avaient ses aïeux avec cette belle Wolastoq. Alors que l’ambiance prête à imaginer le feu, les plumes, les mustangs courant sur les plaines, Nipuwoltin, chanson de mariage, nous emporte dans un esprit de fêtes et donne envie de danser sur la mélodie fabuleuse et ses rythmiques joviales.



Suit Pomok naka Poktoinskwes pleine de spiritualité, d’incantations, chant traditionnel des pêcheurs et divinités de l’eau implorées pour soigner d’une maladie ici campée par la voix de Teiya. Le disque s’achemine avec élégance vers la fin avec un chant d’accueil populaire chez les Malécites, Qonute, que Jeremy revisite avec des contours électroniques et rend sublime par son chant limpide, d’une puissance incroyable, tant elle vogue et se faufile grandiose sur les cîmes. La fondante et poétique Koselwintuwakon est une chanson d’amour interprétée avec du coeur et de la tête, donnant l’impression que désormais Jeremy Dutcher est légitimement devenu le chef de la communauté. Son travail titanesque de recherches dans les archives, d’échanges avec ses parents, d’écriture de mélodies et arrangements sont salués l’an passé par les professionnels de la musique au Canada qui lui ont remis le prestigieux prix Polaris.

Mais par dessus tout, j’admire son courage. Il reprend des airs traditionnels qui ont des siècles, les chantent dans leur langue d'origine et il délivre, ténor de formation, toute son âme et ses tripes à un public non averti pour clamer sa nation. Sa prise de risque est très honorable et vaut son pesant d’or en qualité artistique. C’est aussi émouvant d’y entendre des mots en français parsemés discrètement, hommage qui invite à avoir une pensée pour ces ancêtres français morts à leurs côtés. Je l’écoute en boucle et ne m’en détache pas, le classant dans le top 10 des meilleurs albums sur Piggledy Pop.
JeremyDutcher



vendredi 14 février 2020

Saint-Valentin L'Amour à la française


https://i.pinimg.com/564x/d2/e7/5d/d2e75db98ec04c1a10c08e1dde0a5223.jpg
Minuit - Goût du sel


Stefie Shock - L'amour dans le désert


Yvon Chateigner - Rien dans les mains


Doriand - Dans ta playlist


Benoît Bourgeois - L'essentiel


Marie Modiano + Peter von Poehl - L'amour à rebours


Yann Destal - Je t'aime


Voyou - Les humains


Vincent Delerm - Pardon les sentiments


Philippe Katherine - Stone avec toi


Laurent Lamarca - Kleptomane


O Olivier Marguerite - Mon écho


Fugu - L'Allemagne


Charlotte Rampling - God save l'amour


Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...