mardi 11 février 2020

Kyle Forester

Kyle Forester est un auteur-compositeur new-yorkais, multi-instrumentiste, apparu sur la scène indiepop dans les années 2000. Depuis 2006, il est en parallèle guitariste dans les groupes Ladybug Transistor, O/R/F, People et Crystal Stilts tout en accompagnant ponctuellement d'autres artistes dont Pale Lights et Simon Love. Prolifique, incroyablement doué à la guitare, à la basse et au piano, il aborde un travail de composition et d’interprétation en solo dès 2009 en composant la musique du film Breaking Upwards, puis en signant Forester Sings Stein, un disque en collaboration avec le journaliste et critique culinaire Joshua David Stein
Son premier formidable album Kyle Forester en 2016 montre l’étendue de son talent. Il sculpte des titres splendides en les enregistrant dans le studio de son ami Gary Olson des Ladybug Transistor à Marlborough Farms. C’est aussi là que Kyle et Gary travaillent de concert sur l’album de Nick Garrie en 2017 The Moon And The Village.
GaryOlson
SimonLove
PaleLights



Ce 21 février 2020 paraîtra l’excellent deuxième album Hearts in Gardens. Kyle Forester signe un sublime disque doté de sonorités pop psychédéliques mais aussi de son style propre, comptant des arrangements variés et colorés à l’image de la pochette signée Jay Pluck. Le chant mélodieux, les mots judicieux, la présence charismatique du musicien plane sur la platine offrant un agréable mariage de sensibilité, de fantaisie et de pragmatisme. Les mélodies sont finement cousues de lignes de guitares, de basse, de rythmiques sur des claviers resplendissants et la voix envoûtante de cocasserie et de romantisme.



Le disque somptueux s’ouvre, sans hasard, sur Know What You're Doing qui confirme la ferveur et la passion que met Kyle dans la musique. La basse marque le tempo avec la batterie discrète pour enlacer les mots délicats mais déterminés. Marigold enchaîne logiquement quant au thème, celui du courage nécessaire pour la prise de décision et surtout la force que cela demande après de l’assumer. Les guitares et les claviers s’embrassent sur le swing élancé de Strange Vision qui continue d’enchanter et de charmer avant que Hearts and Gardens dégaine ses notes sautillantes sur le chant de Kyle souriant et entraînant. Turn Of The Century poursuit cette grâce pop et l'envie de danser, sur les cuivres de Sam Kulik qui transporte en apesanteur sur les guitares alternatives et subtiles. La rythmique repart au galop avec ses lignes de cordes et de claviers électriques et énergiques, presque Sonic Youthiennes, délivrant un Another Day virevoltant.



Puis Up Their Sleeve évoque des idées et des pensées dissimulées dans des écrits, délicatement accompagné d’une mélodie réussie et émouvante comme celle de l’interlude psyché dévorant et hypnotisant qui précède Lily. Ce titre au tempo chaleureux et spontané adresse une pléiade de questions à Lily tout en délivrant une orchestration pop harmonieuse et malicieuse. Le son des synthétiseurs allié à la harpe magique de Mary Lattimore sur On The Way Down est un océan de notes cristallines qui font corps avec le relief mélodique de l’ensemble du disque. La fin de l'écoute plonge dans un écho lointain qui s’enfuit dans les profondeurs. Tout au long du disque, l’instrumentation est en mouvement, chaleureuse et distinguée, bondissante, montrant l’inspiration variée et riche de l’artiste. Hearts in Gardens est un petit chef d’oeuvre d’une force mélodique évidente ornée de l’interprétation prodigieuse de Kyle Forester, classé au panthéon des disques Piggledy Pop et savouré, usé, surchauffé par le nombre d'écoutes.

KyleForester


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dimanche 9 février 2020

Radio Dept.

Radio Dept. nait en 1995 en Suède sous l’impulsion de Johan Duncanson, auteur-compositeur, chanteur, guitariste et pianiste, qui forme les contours du groupe réellement en 1998, s’alliant à Martin Carlberg à la guitare et au clavier, Per Blomgren à la batterie et Lisa Carlberg à la basse et au piano. En 2002, ils sont chez deux labels Rex Records et Labrador, pour signer les deux EPs Annie Laurie et Against the Tide. Le succès est fulgurant. Dans l’année qui suit, les suédois offrent le premier enregistrement studio Lesser Matters.

Tandis que les titres Pulling Our Weight, Keen on Boys et I Don't Like It Like This apparaissent en 2006 sur la bande-son du film de Sophia Coppola, Marie-Antoinette, les musiciens s’attèlent déjà au deuxième album Pet Grief, plus shoegaze et electropop, la bassiste et le batteur ayant quitté le groupe. Duncanson et Carlberg peaufinent à quatre mains Clinging to a Scheme en 2010, avec la participation de Daniel Tjäder aux claviers et du batteur Blomgren qui joue sur un titre.



Le quatrième magnifique album Running Out of Love mettra un peu de temps pour paraître à cause d’une sombre bataille de droits et d’entente avec le label Labrador. Le disque évoque la vie actuelle en Suède, l’ambiance qui règne et le ressenti du groupe. Les quatre singles Occupied, Swedish Guns, We Got Game et Teach me to Forget annoncent par ricochets pendant l’année 2016 le disque à venir. Malgré le rififi fait par le label, le groupe avec son travail récolte de belles récompenses, désormais reconnu par les fans, la presse et les professionnels comme un des meilleurs groupes de musique indépendante au monde.



Si vous tendez l’oreille, vous découvrirez derrière les partitions de claviers toujours impeccables et un chant posé, un message à contre courant de la vague dominante et une âme rock’n roll. Radio Dept. toujours inspiré depuis 25 ans, continue son avancée mélodique avec la signature du titre The Absence of Birds ce 7 février 2020. Duncanson et Carlberg nous concoctent un album à venir, orchestré et fleuri d’une pop alternative que l’on pourra découvrir sur scène lors de la tournée qui commencera au printemps sur le continent américain. A vos ardoises.
RadioDept



jeudi 6 février 2020

SivarT

Toronto dans l’Ontario est devenue un centre névralgique culturel avec la musique, le théâtre et le cinéma, toujours présente dans le classement mondial des villes où règne la meilleure qualité de vie. Pour vous donner une échelle, elle compte comme Paris 2 500 000 d’habitants mais avec 4 300 habitants au Km2 contre 20 700 à Paris. Côté musique, c’est un centre important de production et de concerts, d’où viennent Neil Young, Crystal Castles, The Bycicles, Holiday Crowd, The Elwins et SivarT.

SivarT est Travis Dane Stokl, batteur depuis des années du groupe Elwins. Travis décide en 2016 de tenter l’aventure en solo. Il a quelques chansons dans sa besace, joue en plus de la batterie, de la guitare, du banjo, du piano et de la basse. L’oreille affûtée, inspiré, il signe un premier disque nommé .



Ce premier galop est incroyable, un petit chef d’oeuvre sunshine pop à tendance bubblegum dont Brian Wilson pourrait être friand ainsi que le héros de Travis, Sean O’Hagan des The High Llamas. Ses chansons sont des bonbons, croquants ou fondants, orchestrées avec idée et originalité. Alternatives, elles fluctuent, oscillent entre arpèges, diapasons, rythmes et font voltiger les mélodies sur les instruments et son chant sublime.

Un an plus tard, SivarT signe le titre Sweet Scent tout en préparant son album pour l’été 2019 et savamment nommé Drummer Have Songs. Là encore, le disque est un coffre à trésors, d’une qualité de composition et d’interprétation supérieure. Le capitaine Travis embarque avec lui sur le navire son ami Derek Hoffman avec qui il écrit et compose. Derek est aux percussions, clarinette, piano et aux guitares. Sont aussi à bord, Matthew Sweeney (chanteur et guitariste des Elwins) au piano sur un titre et aux percussions sur un autre, Francesco Figliomeni sur un titre à la guitare électrique et l’ensemble de cordes et cuivres dirigé par Clay White: Jillian Sauerteig au violoncelle, Sarah Weibe et Andrew Chung aux violons, Emily Steinwall à la flûte, Quentin K au basson et Jeff LaRochelle à la clarinette.



Comme ses pairs et ses références, SivarT pose ses jalons intelligents dans ses mélopées, déclinant sa curiosité et ses désirs d’explorations musicales. Maestro du tempo, l’artiste démontre son talent sur Me About You qui voltige dans les rythmes, distribués par les instruments mais aussi par le chant accrocheur. Même si la ritournelle efficace semble spontanée, c’est pourtant une des premières chansons écrites, qui hantait le musicien depuis des années sans trop savoir comment la mettre en forme. Le résultat est formidablement réussi et ouvre le disque qui ne cesse de subjuguer quand suit Field Trip, confiant et offrant du rock électrisé indiepop. Loyal to the Bone poursuit, avec ses caisses de batterie qui résonnent et prennent de la hauteur sur un texte romantique destiné à une partenaire particulière quand Tilikum forme un régal mélodique où Matthew excelle au piano accompagnant Travis et Derek, tous deux aux guitares, stimulants.



I’m Jumping nous fait sillonner les routes et pique-niquer sous le soleil de la côte Ouest avec un enthousiasme amusant dans les mots et les guitares rutilantes qui se dandinent aussi joviales sur Hand-held Horror, clin d’oeil aux films du genre. La courte et magnifique Tempting Delays et ses particules psychédéliques minimalistes rappelle avec malice Syd Barrett. La délicatesse dans les changements de gammes de Shadows In The Shade ranime le style de Kevin Ayers pour sa forme courtoise ficelée baroque ornée de castagnettes, de kalimba et de banjo. La dynamique Jade Queen, arrangée et orchestrée avec dextérité est suivie de Hospital, alternative, arrosée de notes énergiques et d’une instrumentation finement excentrique. Song For Victoria, véritable petite merveille orchestrée ranime l’âme des Kinks avant le somptueux final, quintessence de la pop, On A Hill We Will. Ce dernier titre et l’ensemble du disque respire cette qualité de vie torontoise offrant un équilibre entre la culture et la nature où le musicien SivarT plante son étendard de batteur compositeur conquérant. Drummer Have Songs est à déposer dans toute discographie de bon goût et surement classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
SivarT



mercredi 5 février 2020

Pony Del Sol

Artiste suisse originaire de Fribourg, Gael Kyriakidis grandit dans une famille soudée, influencée par son grand-père grec pianiste. Avec son frère, elle monte un premier projet profilé electro-pop nommé Beaumont puis, au retour d’un an de résidence à la cité des arts de Paris, elle oublie vite la grisaille en créant en 2013 un nouvel univers coloré, onirique et poétique qu’elle appelle Pony del Sol et signe un premier disque du même nom.

Avec à son actif des musiques de films (Dimanche, Le Rose et le Vert, Réveil sur Mars), les chansons de Gael content des histoires et nous emmènent par la main et les oreilles dans un monde merveilleux. Les personnages et décors, rois, reines, animaux, forêts, villages aux clochers d’églises, se côtoient de manière épique. Le lyrisme de Pony del Sol est émouvant, imagé, métaphorique, et distingue entre les lignes une méfiance face à un monde qui peut se faire ennemi. Août 2019, parait l’ep de six titres, Sauvagerie.



Les arrangements électroniques sont ornés de basse, de guitare, d’une rythmique fondante, dansante et de la voix magnifique. Emanent des mots et du chant une personnalité teintée de sensualité et d’adversité aiguisée et une féminité sensible mais dotée d’une ferme combativité .

Sauvagerie séduit dès les premières notes. Les arbres menteurs déploie son synthétiseur qui ouvre le rideau sur la voix cristalline décrivant la fragilité de deux âmes soeurs au coeur d’une ville hostile en feu. L’histoire poursuit sur le thème du secret et du déguisement avec Ville Magnifique où le tempo s’avance offrant des lignes de batterie et de basse sur la guitare électro-acoustique envoûtante jouée par Gael qui entonne avec une élégance touchante "il y a des fleurs cachées sous la misère loin des paroles non tenues de ses rois" .



Ma maison suit, intime et précieux, évoquant une évasion par le rêve sur une orchestration atmosphérique, des voix en écho avant la fabuleuse Caresse, ses samples d’orage, son piano mélancolique et intense. La caresse y est amère et dangereuse "le temps troué partout, neutraliser son visage, elle prendra nos âmes nos bijoux, les rêves, les peurs mais n’aura jamais mon coeur". L’ambiance nocturne sur Le Fantôme, offrant la présence de loups et d’éclairs sur les cordes délicatement pincées de la guitare continue l’exploration et la contemplation de la nature . Pleine d’un héritage artistique où la littérature côtoie la musique, Pony del Sol sème des petits cailloux sur L’amour argent qui déroule une mélodie pop lumineuse pour régler ses comptes avec classe. Le titre dansant à l’image du disque ennoblit la langue française que Gael manie et chante avec beaucoup de grâce. Tel un roman avec son héroïne, Sauvagerie nous invite à suivre ses aventures, ses amours, ses regrets et en filigrane, son honorable pudeur. L’auteur-compositeur brille en glissant les impulsions de son coeur sur partitions et en mettant de l’ardeur dans les mots et sa voix.
PonyDelSol

Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...