mardi 23 juillet 2019

Kevin Morby

L'américain de Kansas City, Kevin Morby, signe le double album splendide Oh My God, où trône sa foi et son rapport à Dieu. Clair comme de l'eau de roche, cette volonté d'écrire et de composer sur un sujet qui le touche, s'apparente en 2019 à une belle attitude rock'n roll. L'idée de ce petit chef d'oeuvre lumineux lui vient en 2016 en chantant Beautiful Strangers, titre évoquant les attentats du Bataclan à Paris. Kevin Morby, la trentaine, connait notre pays et sa capitale pour y avoir offert de nombreux concerts en promotion de ses quatre albums concoctés en à peine cinq ans. Son style folk-rock, sa plume rebelle, sa foi vivante qui sillonnent ses albums depuis 2014 sont des pilules pop énergisantes.



Il dit "Je suis fasciné par les églises et les cathédrales. Les vitraux, les peintures et l’imagerie qui s’en dégagent sont superbes. Mais je les apprécie de la même façon que quelqu’un aimant les peintures sur la conquête de l’ouest." Son attrait pour la bible l'inspire diablement, l'investit et lui fait composer ce grandiose Oh My God, paru le 25 avril 2019, dix jours après le violent incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Guitariste et pianiste, il souhaite donner un profil musical de cathédrale à son disque et s'entoure d'une chorale, écrit des partitions d'orgue, viennent se joindre à l'ensemble des chanteurs et un orchestre de chambre. Les musiciens sont Mary Lattimore à la harpe, Jared Samuels à l'orgue (Goastt, Okkervil River, Shins, Martha Wainwright, Yoko Ono, Joan As Police Woman), Stuart Bogie et Cochemea Gastelum aux saxophones et flûtes, Elvis Perkins au synthétiseur, Dave Smoota au trombone, Jon Shaw à la basse (Cass McCombs), Nick Kinsey à la batterie et Sam Cohen à la guitare, à la batterie et à la production. C'est une très fine et talentueuse équipe qui occupe le studio d'enregistrement et toutes les pistes du double album. Christopher Good monte à bord du vaisseau pop pour confectionner les vidéos attenantes.




La sacrée belle pièce ouvre sur le piano chaleureux, aux touches légères et sautillantes de Oh My God qui avec les voix en élévation met doucement dans l'ambiance avant que s'avancent le clap-hands, la flûte, le saxophone de No Halo qui évoque le regret de Morby de ne pas avoir grandi avec une éducation religieuse. Son ouverture tardive à la religion est d'autant plus renforcée comme il le dit lui-même, sans avoir été formaté dès son plus jeune âge, sa spiritualité est discernée, ressentie et volontaire comme le montre le balancement du texte de Nothing Sacred. Les guitares électriques de OMG Rock And Roll débarquent énervées, résolument dynamiques comme un chant liturgique révolté pour une croisade contre l'ennemi. Puis Seven Devils, sublime, dégaine une mélodie en mouvement, jouée au piano, basse et cuivres dessinant la métaphore du train qui roule avant que le claquement de doigts lance une guitare électrique décidée et impitoyable.



La ballade folk Hail Mary, alternative, est porteuse d'espoir, de luminosité dans le chant est comme Piss River, un titre qui me grignote parce qu'arrangé avec finesse, orchestré en ascension, révolté et amoureux, égrenant avec équilibre des questions et leurs réponses. Idem pour le parallèle entre la vie et la mort sur Savannah et son clavier solennel pour un hommage émouvant. Storm (Beneath The Weather) qui suit est un sample d'orage avant le cynique Congratulations, appuyé par une batterie agacée suivi du sulfureux I Want To Be Clean où la protagoniste se liquéfie. Suit la soul et le blues de Sing A Glad Song, petite prouesse musicale fournie des éléments chéris par Kevin Morby comme 'weather', 'chest', ses peines, ses joies, à genoux avec la tête pleine de voix, sur son chant qui claque et conforte. Le jazzy instrumental Ballad Of Faye fait place au dernier titre O Behold, humble, aérien,  avec la batterie brillante d'obédience, le clavier d'Elvis Perkins dont la mère a été tuée dans les avions le 11 septembre à New-York, réanimant inévitablement les émotions. Kevin Morby griffe un puissant Oh My God de son immense talent de compositeur orné d'âme et de personnalité.
KevinMorby

lundi 15 juillet 2019

I Saved Latin - Tribute to Wes Anderson


Le réalisateur américain Wes Anderson nous fait planer sur un nuage pop à chaque fois que sort un de ses films. Comme son dernier de 2018 Isle of Dogs, les fameux The Darjeeling Limited, The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom, La Vie aquatique, La Famille Tenenbaum, Fantastic Mr Fox (FantasticMrFoxPiggledyPop2010) ou encore ses court-métrages comme Hôtel Chevalier tourné à Paris. Ses origines suédoise et norvégienne sont présentes dans son attrait pour la brit-pop au style et aux racines bien ancrés dans le vieux continent. L'artiste est sacrément amateur de pop et fleurit ses long-métrages d'un esthétisme peaufiné, élégant, visuel et sonore. L'âme de la pop underground nourrit ses images, ses acteurs et la compilation I Saved Latin de 2014, intemporelle, se doit d'apparaitre sur Piggledy Pop dont l'esprit est ex aequo.
Dans la jolie collection de films, le prochain évoque l'aventure de journalistes américains correspondants à Paris The French Dispatch tourné cette année à Angoulême, prévu dans les salles  en 2020.






La compilation I saved Latin compte 26 reprises dont les originaux garnissent la filmographie de Wes Anderson depuis 1996. Elle ouvre les rideaux, légère, sur un premier disque avec le groupe du Missouri Someone Still Loves You Boris Yeltsin et son Margaret Yang's Theme. Il est suivi de Saint Motel, groupe de Los Angeles qui joue le titre de 1966 A Quick One While He’s Away écrit par Pete Townshend. La promenade continue avec le délicieux These Days de Jackson Browne repris par Matt Pond, le génial Let Her Dance de Robert Fuller honoré par les new-yorkais Freelance Whales et Tomo Nakayama s'offre le I Am Waiting titre des Rolling Stones. Arrive le vibrant William Fitzsimmons qui revisite The Wind de Cat Stevens, le talent émouvant de Juliana Hatfield qui s'approprie Needle In the Hay d'Elliott Smith suivi des excellents Generationals et Making Time des Creations. L'envoûtante et amoureuse The Way I Feel Inside des Zombies est interprétée avec brio par Phox avant l'excellent This Time Tomorrow des Kinks assaisonné par les Telekinesis pour enchainer dans la famille Davies avec Dave, et le titre Strangers remodelé par Escondido.



Le second disque est tout aussi fleuri de sonorités indie-pop, rock et sunshine ouvrant le bal avec le sensuel Alone Again Or de Love revu soigneusement par Sara Lov avant le rock enveloppé des violons des Solvents qui revisitent Nothing In This World Can Stop Me Worrin' Bout That Girl des Kinks et la fraicheur du duo féminin Tea Cozies pour une reconversion de Here Comes My Baby signé de Cat Stevens. Puis Kristin Hersh assure de son talent l'interprétation de Fly, titre de Nick Drake, moment de délicatesse poursuivi par Margot & the Nuclear So and So's chantant Ziggy Stardust de David Bowie. Les Elk City sont de retour pour la reprise du titre des Rolling Stones Play with Fire avant le fabuleux Stephanie Says de Lou Reed joué et chanté par Tele Novella.



Le régal continue avec l'âme de John Lennon et son Oh Yoko remis au goût du jour par The Ghost In You. Dans le sillage de notes magiques, Trespassers William offre sa voix de velours pour cristaliser le Fairest of the Seasons originellement écrit par Jackson Browne et Greg Copeland. Puis les guitares rock reviennent via Tomten qui reprend la chanson 30 Century Man de Scott Engel alias Scott Walker. Je conseille au passage le film documentaire sur Scott Walker qui porte le nom de la chanson, filmé par David Bowie et sorti en 2006. Le rock'n roll fait des envolées sur la reprise de Mike Watt & The Secondmen et le musclé Street Fighting Man des Rolling Stones. Puis Santah interprète Five Years de David Bowie (quand on parle du loup), pour inviter Françoise Hardy et Le Temps De L'Amour revu par Marianne Dissard et d'enchainer avec les airs sixties des Tele Novella qui agrémentent Let Her Dance de Bobby Fuller et Joy Zipper, le Ooh La La des Faces. Cette relecture indie est réussie et cohérente, une panoplie séduisante de mélodies qui attise l'envie de revoir les films du grand Anderson.
ISavedLatin



Lachlan Denton

L'auteur-compositeur Lachlan Denton et son frère Zachary Denton déménagent de Wagga Wagga à Melbourne en 2012 et intègrent le groupe d'indie-pop The Ocean Party. Celui-ci gagne un succès fulgurant et signe huit albums détonants jusqu'en 2018 quand Zachary meurt subitement d'un avc à l'âge de 24 ans. Le jeune artiste, batteur, chanteur, également ingénieur et arrangeur, qui forme le projet Ciggie Witch en 2014, parallèlement à Ocean Party, laisse un grand vide. Cette année, le groupe sort l'album The Oddfellows’ Hall qui contient deux titres signés par Zachary décrits comme "two of Zac’s most beautiful songs to date in Home and Rain On Tin". 
Son frère Lachlan lui écrit et dédicace l'album A Brother qui sort aujourd'hui 15 juillet 2019.

Zachary/ Chant, Composition


Ecrit et composé dans les mois après la disparition de Zachary, le disque contient l'émotion vive éprouvée par la famille, la difficulté à poursuivre parmi les autres qui ne connaissent pas cette épreuve. Les neuf titres rendent hommage à la complicité entre frères, explorent et décrivent la peine, l'absence. Les mélodies sont si belles qu'elles ravivent la blessure de ceux chez qui la cicatrice est gravée et toucheront aussi les autres, inévitablement. Lachlan, accompagné par les musiciens amis de Ocean Party ne s'étend pas, ses chansons dignes et élégantes, ne tendent pas à s'apitoyer. A brother est un partage, dessine le 'nous' endeuillé sur des partitions poignantes et dépeint gracieusement la chère intimité de la fratrie, de la famille. Autour de Lachlan Denton, à la composition, chant, guitare et batterie, il y a les talentueux amis Liam Halliwell à la basse, Ambrin Hasnain au clavier, Anila Hasnain à la basse, Rose Kean et Dainis Lacey aux guitares.

Calf ouvre sur la guitare electro-acoustique délicate et la notion de naissance 'i don't remember the day you were born but it changed my life all the same', offrant un morceau cristallin et noble où la voix de Lachlan fait résonner la présence de Zachary jusqu'au magnifique This Christmas, ballade qui décrit sur le tempo de la batterie et de la basse ce moment de l'année, la tradition familiale où la mémoire des êtres chers est ranimée.



Puis c'est l'appréhension du futur sans l'être aimé A brother . Lachlan implore 'you got to carry me' tout en rappelant que lui aussi digne, porte le sang de son frère et se doit de tenir. Do It All Again est sur l'accordéon et la guitare une déclaration dans laquelle Lachlan dit l'avoir aimé chaque jour et qu'il ne changerait rien des rires et des joyeux moments partagés. La batterie menée par Lachlan qui prend les baguettes de son frère battent comme un coeur sur l'excellent et entrainant The Time We Had, marquant l'exercice difficile d'écrire et chanter seul quand cette passion est vécue à deux depuis l'enfance : "The time we had is worth more than anything, Far greater than its length, And for that it’s you I thank". La voix de Lachlan nous apostrophe sur Watching My Back qui évoque le conciliabule de la création musicale à quatre mains, au tempo plein d'espoir quant au regard bienveillant de Zachary, où qu'il soit. La clarté des harmonies subjugue sur Last Year, titre cristallin avec deux pistes de guitares en parallèle qui zigzaguent et se rejoignent comme une escorte perpétuelle. Take It As It Comes joue un air sublime au clavier orné du timbre de voix intime qui égraine les étapes du chagrin et établit avec sagesse l'acceptation de cet état. Sachant la tragédie entrée dans son quotidien, Taking Care et son rythme sautillant rassure et annonce qu'il prendra soin de la famille. Lachlan termine avec Spat Out, chanson écrite par son frère sous l'alias Hobby Farm, éminemment émouvant quand Lachlan chante les mots 'please don't cry, i'll be your eye, you know i love you' écrits et composés par Zachary pour son disque solo Braeside paru en 2015.



A Brother est un hommage magnifique, Lachlan signe un album exploit entièrement dédié à son frère, ce qui à ma connaissance n'existe d'aucune autre manière dans les productions indie-pop. La difficulté est d'autant plus honorable qu'en plus de l'amour sanguin, de la complicité fraternelle, la passion de la musique liait les deux garçons dans l'absolu. A Brother de Lachlan Denton & Studio Magic est rempli de mélodies somptueuses, d'harmonies affectives qui font vivre l'âme de Zachary non pas dans la douleur mais de manière lumineuse. Il tourne une page en continuant courageusement. Amenuisant le bruit du choc, de la fatalité, comme un souffle de tendresse permanente, une douce mesure du temps, A brother est un album d'amour fraternel vibrant. Merci à Gonzalo du fabuleux label Bobo Integral pour son travail précieux qui fait rayonner A Brother de l'Australie, via l'Espagne jusqu'en France, aidant à passer le syndrome de Stendahl à l'écoute de la merveille. 
Je conseille chaleureusement l'album Two Months In Ben Woolley's Room que signe Lachlan Denton en juin 2018, disque que j'écoute en boucle depuis un an.
LachlanDenton



dimanche 14 juillet 2019

Generationals

Edward (Ted) Joyner et Grant Widmer forment le duo Generationals en Louisiane en 2008, signant le premier excellent album Con Law. Il sera suivi en 2011 de Actor-Caster puis en 2013 de Heza et dans l'élan en 2014, Alix. Les quatre sont vraiment épatants. Imbibées de jangle-pop, garage et soul, les mélodies sautillantes et dansantes de Generationals sont tout simplement efficaces, accrocheuses, à l'image de leur débutant single de 2009 When They Fight, They Fight.



Après un hiatus de cinq ans, les Generationals nous offriront le 19 juillet 2019 un somptueux Reader As Detective, encore chaud sorti des matrices. Comme le précédent, l'ambiance synth-pop bat son plein avec des claviers bouillonnants qui inondent la platine d'harmonies eighties. Les mélopées dynamiques évoquent pourtant des thèmes plus graves, intimes, comme le single Breaking Your Silence paru ce mois de juin. Les deux musiciens sont avant tout guitaristes et de géniaux interprètes au panache convaincant. Quand ils reprennent le Making Time des Creations, leur brio s'affiche au faîte de la pop.



Les deux amis qui composent des pépites savamment rythmées depuis leurs premières mélopées signées quand ils ont 15 ans, gagnent en maturité de son, arrangements et en expérience scénique. Aimant les Spoon et les Shins, leur style évolue et varie en fonction des disques gardant une base stable d'harmonies ensoleillées dans les voix et dans les guitares. Comme le fabuleux Breaking your Silence, l'autre single I Turned My Back on the Written Word du 7 juillet dernier met l'eau à la bouche et les oreilles en état de frétillement. Les deux musiciens expérimentent en studio de nouvelles palettes. Le résultat au tempo enfiévré fonctionne et délivre une belle énergie.



Gatekeeper, troisième single qui maintient l'envie irrésistible de danser est griffé, alternatif, ascensionnel en tempo et puissant en groove. Comme à l'accoutumée, les paroles épluchent les sentiments, les paysages, les villes mais cette fois-ci le thème éclot d'une rupture. Les notes voltigent performantes pour former des titres tenaces validant leur talent et fleurissant leur parcours qui les mène sur les routes américaines tout l'été pour des concerts quotidiens. Il faut bien que leur label serve à quelque chose parce qu'en matière de communication presse, il est piteux. Generationals, eux, sont stables en inspiration, persistants en travail exécuté main dans la main avec le brillant producteur Richard Swift. Idéal pour l'été!

Generationals



Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...