dimanche 30 juin 2019

Cuverville

Cuverville est un groupe de Toulon, conduit par le maestro de french-pop, Alex Telliez-Moreni, également responsable du label Toolong (jeu de mot là...vu?). Déjà actif au sein de El Botcho depuis 2012, l'auteur-compositeur interprète décide de galoper en solo pour la composition sous le pseudo Cuverville et d'écrire en français. Le résultat est si beau et bon que son album Dans le vent, paru ce 31 mai, est à mes oreilles le meilleur album de pop française 2019.

Ce qui percute au prime abord ce sont les guitares rock'n roll, le tempo pop sixties, l'écriture ensoleillée et maritime, amoureuse, offensive, quoi qu'il en soit percutante. Les mots glissent joliment comme ils attrapent l'attention, tout en sonnant parfaitement pop en osmose avec les mélodies. Ce disque grandiose de huit titres contient du XTC, Smiths, Teenage Fanclub, Beta Band ; Il me plait davantage parce qu'Alex nous emmène dans ses mélopées magiques aux histoires variées avec un bel humour et un français plein de charme.



Low, shiny, noisy, power, l'indie-pop y est saupoudrée de ces différentes mouvances pop avec un dosage malicieux. Les mots souriants, francs du collier, sont aussi pop par leur sens que par la voix du musicien, juste et belle quand elle sautille et surfe sur les lignes de guitares. D'emblée Dans le vent fait danser et vriller comme une toupie nirvanesque sur le tempo dynamique et gaillard, ses choeurs power-pop, ses métaphores dynamiques. Le ton est donné et surtout le mouvement. La vie, l'enfance, la nostalgie est frontale, magistrale, dans Le passé. La mélodie vibrante et virevoltante est menée par la basse, guitares, batterie dans une osmose musclée qui alterne avec le chant royal. Le petit chef d'oeuvre frenchy poursuit avec Le silence que je bois comme du petit lait. Comme je suis gourmande, je le passe en boucle. Rock énervé justement exécuté avec une basse splendide, le message est bien vu, tape dans le mille et forme un régal pop qui exige de monter les décibels. Une page suit sautillante et, avec une classe infinie, évoque le passé pour mieux avancer dans un paysage maritime rafraichissant quand Le combat vient à l'abordage, pour vivement séduire.



Les cordes électriques tournoient éclatantes sur un texte solidement offensif, formant un titre homogène qui sans faille marque et envoûte. Le titre Nuit blanche me séduit illico avec ses guitares saturées pour un grunge sensuel à l'image d'un marin au long cours accroc à sa belle inconnue. Logiquement, Jeux ingrats fait suite sur un tempo enflammé pour une prise de conscience sentimentale fort joliment écrite via un thème de cartes à jouer. Les arrangements comptent une pléiade de guitares rutilantes qui se marient absolument à la voix lumineuse et énergique d'Alex. Je souris à l'écoute du mordant et amusant Les mexicains, où batterie et guitares font rayonner les harmonies pour offrir 5 minutes de bonheur pop. Les dernières notes s'envolent majestueuses et le dernier mot de Dans le vent 'heureux' sied à merveille à l'esprit engageant, convaincant et irrésistible du disque. Au panthéon Piggledy Pop et en ligne droite.
ToolongRecords



samedi 29 juin 2019

Electric Sheep

Electric Sheep est un groupe originaire de Chicago mis en place en 2016 par le duo d'auteur-compositeurs Devin Nolan et Jonathan Extract. Après le premier opus The Exciting Sounds of Electric Sheep, les musiciens de génie viennent de signer en décembre 2018 The River Lethe. Des morceaux comme Oh Boy me font sautiller comme un cabri même par 40° celsius. Les guitares au son magistral accompagnent les mélodies solides et d'une auguste pop. Les arrangements y sont intelligemment pop sixties, bossa, folk tout en gardant le style et l'empreinte rock du groupe. Les deux musiciens se partagent l'écriture et l'interprétation ce qui donne un profil original et irisé au disque. D'une ambiance langoureuse, on saute et bondit dans une autre plus psychédélique pour in fine, offrir un résultat distingué, hautement inspiré et techniquement épatant.



Avec le duo d'auteurs, guitaristes, il y a à la basse Leon Nguyen, resplendissant de charisme et le bouillant tempo maitrisé par Anthony Wojtal à la batterie. Etonnemment, une fois de plus, Electric Sheep fait partie de ces groupes indéniablement brillants qui ne récoltent pas de retour des médias. Comme je ne partage plus les mêmes mauvais goûts du tout-venant 'musical' actuel vantés par la presse rock, évantée, je trouve qu'un profil confidentiel apporte un charme supplémentaire.
La rivière Lethe est présente dans la mythologie grecque comme elle existe en Alaska. Le titre The River Lethe est somptueux, ouvrant ingénieusement sur un paysage lancinant et électrique par ses guitares, ses cymbales et son tambourin. Il y a dans la composition juteuse des allures qui raviront les amateurs des Dandy Warhols ou ceux des irlandais Hal. Heaven continue dans le style langoureux, bossa et hautement mélodique. Chant et guitare se donnent la main pour gambader joyeusement sur les arrangements groovy.



I wash My Hands avec ses cordes de basse tendues augmente le tempo sixties mutin maintenu par des loops et des effets de voix. La cascade de guitares revient sur Fallen Soldier où le tandem donne matière et fait résonner de manière fort gracieuse une belle pop alternative. Starry Eyed In Denver et ses deux voix déplie une mélodie magnifique pour orner le thème intime d'une relation à distance quand le virevoltant I Do relance la cavalerie pop rock psyché, comme Telstar qui suit, sacrément galbé pour se trémousser. L'excellent Sunday Comedown ou le petit-déjeuner ressemble à un diner arrive sur la platine avec une basse, guitare, piano et un chant sensuel pour un moment de répit. Idem avec le délicieux She Don't Get Me High tout aussi voluptueux. Les accords de guitares sur Just a Boy jouent une mélodie touchante pour une confession délicate avant que la batterie ouvre la route aux cordes formidables de Lean In. Quand Georgia Guidestones ferme l'album on songe à Harry Nilsson et aux Beatles tant la qualité de la mélopée est de mise avec son texte d'une poésie infinie pour suggérer une fin d'histoire sentimentale. Le titre et ses cinq minutes luxuriantes est enchanteur comme l'ensemble de The River Lethe que je classe dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
ElectricSheep

Freedom Fry

Freedom Fry est un duo franco-américain qui apparait sur la scène indie-pop en 2011 avec l'EP au nom évocateur Let The Games Begin, année où la parisienne Marie Seyrat travaille en tant que styliste sur une vidéo du groupe Blondfire mené par l'américain Bruce Driscoll. De cette rencontre suivra un mariage et une belle collaboration artistique. Dans leur propre studio, Cactus Garden, où Driscoll est ingénieur son, mixeur, producteur, il compose et écrit des mélopées au panache pop brillant. Le deuxième single Earthquake paraitra pour la saint-valentin 2012.



Ca roucoule fort chez les Freedom Fry, ça travaille tout aussi ardemment. Les singles et EP s'enchainent dès lors, Outlaws, Summer in the City en 2012, The Wilder Mile, Shaky Ground (Hey Na Na Na) en 2014, 21 en 2015, Awake, Strange Attraction en 2017, Girl On Fire en 2018 suivi de la sortie du premier album Classic en juin. Le couple aime aussi l'exercice des reprises qu'il assure avec talent et inspiration, rendant hommage à The Smashing Pumpkins, Simon & Garfunkel, Nirvana, Strokes, Alanis Morissette, Elton John, Cranberries, Tom Petty.



Classic s'ouvre avec l'âme nostalgique pop sixties agrémentée d'envolée de cordes et de cuivres sur la batterie rayonnante de punch. Arrangée de manière subtile, dansante, les poppeux 'na na na na' des deux tourtereaux sont efficaces. Les mots colorés et ensoleillés de références californiennes proposent une ambiance bikinis et surfers à gogo. Awake et For You suivent avec un tempo vaillant, des paroles fleuries de sentiments amoureux et d'espoir alliées aux cordes vitaminées de guitare et de banjo. La magnifique alliance de leurs voix rappellent à Lee Hazelwood & Nancy Sinatra avec des envolées pop façon Polyphonic Spree. Cold Blooded Heart et Die Trying généreusement enthousiastes continuent la promenade country pop sur des partitions de cordes chaleureuses et des voix en chorale flamboyantes. Tandis que la batterie mène la danse sur Wild Child, les orchestrations de cordes se font élégantes sur Tidal Wave, pour se rencontrer encore plus puissantes sur Past Lives.



Everybody Thinks The Love Is Gone est somptueusement arrangé, offrant des boucles et des virages dans le mixing sur un ensemble de violons virevoltant sur la chorale fournie avant le piano émouvant de Old News, une touche intime dessinant une vieille complicité. Ticking nous emmène en voyage, pour un hiatus dans le temps et pour danser sous les tropiques sur une mélodie idéale pour les vacances. Loin du monoi, Easy Street, avec sa basse et guitare envoûtantes, fait le point sur l''american dreams' pas forcément mirifique pour tout le monde. Freedom Fry propose un Classic superbement ficelé, avec des titres cartes postales comme le duo sait si bien les faire, rythmés et chaloupés, à emporter sur les routes cet été!
FreedomFry





dimanche 23 juin 2019

Kishi Bashi

Kaoru Ishibashi alias Kishi Bashi, multi-instrumentiste, est un maestro américain d'origine japonaise qui fait resplendir le genre indie-pop orchestrale. L'artiste a comme instrument de prédilection le violon avec lequel il excelle au sortir de Berklee College of Music, accompagnant sur scène d'autres musiciens comme Of Montreal et Regina Spector . Arrangeur, ingénieur, il écrit, compose pour son premier groupe Jupiter One en 2003 à New-York puis commence l'aventure solo à Athens où il vit en signant son premier galop, l'EP Room for Dreams en 2011, suivi du vinyle 7" Box Set dont les six titres comprennent une reprise des Talking Heads. Dès l'arrivée de l'opus 151a, la reconnaissance et l'admiration sont au rendez-vous. Lighght, le deuxième volet est signé en 2014, puis Sonderlust en 2016. Kishi Bashi, lancé sur sa route, frappe encore plus fort de disque en disque. Depuis ce 31 mai 2019, le troisième album Omoiyari est paru, un bijou pop symphonique absolu, désarmant de qualité.



Outre ses atouts infinis de musicien, Kishi Bashi sait écrire des partitions symphoniques en les arrangeant de manière pop alternative et en les couvrant d'une poésie lyrique sublime. Ce fils d'immigrés japonais a dédié cet album aux 120 000 innocents civils victimes de la barbarie américaine, enfermés dans des camps, entre 1942 et 1946. Un tiers d'entre eux japonais, les deux autres, des natifs américains d'ascendance japonaise. La traduction du mot Omoiyari vient de compassion et signifie empathie. Le message de l'artiste distribué, certainement pas introspectif, se penche sur l'histoire d'autres, signant des mini scenari en guise d'hommages. Chaque titre revient sur les aventures des êtres et des relations humaines de cette époque, dans ce contexte historique. Usant de magnifiques métaphores Kashi ouvre ce disque somptueux avec Penny Rabbit and Summer Bear, évoquant l'amour sur une instrumentation dosée et pourtant fournie, un chant sucré délicat lui aussi, envahissant. A ses côtés, il y a Nick Ogawa au violoncelle et le 1093 String players, offrant des partitions de violons, d'altos, éblouissants sur F Delano. Ce titre rappelle le contraste entre l'image lissée avec sa morale 'droit de l'hommiste' de Franklin Delano Roosevelt qui entretenait en parallèle les camps d'internement pour japonais. Marigolds déploie ses ailes chamber pop pour offrir un feu d'artifice de cordes et des voix magnifiques qui s'adressent à celle qui vient du siècle passé.



Puis le radieux A Song For You, aussi touchant et vibrant, fait répondre le chant et les instruments dans une orchestration fleurie grandiose pour évoquer la mémoire érodée par la séparation. Les guitares s'envolent et Pip the Pansy resplendit à la flûte, électrisant l'atmosphère romantique et folk comme sur Angeline qui souligne le sentiment d'un homme emprisonné loin de sa belle. Ce thème continue sur Summer of '42 qui accueille la section de cuivres et de cordes du Nu Deco Ensemble pour concocter un titre émouvant qui m'hypnotise. Ce titre d'une finesse exigeante délivre des arrangements de rêve pour évoquer ces hommes 'japs' enfermés et enrôlés dans l'armée américaine qui ne pourront jamais rentrer chez eux, ne plus revoir leur femme, leur famille. Kishi Bashi ne lâche pas prise. Son hommage devient intense et perturbant de beauté avec Theme From Jerome (Forgotten Words). La violoncelliste Emily Hope Price le rejoint, ainsi que son épouse Keiko Ishibashi pour assurer la voix japonaise de la mère éloignée et désespérée de ne plus jamais revoir son fils passé au Jerome War Relocation Center en Arkansas (comme les Relocation Center dans le Wyoming, Californie, Arizona, oregon, Hawai et Washington). Et les mélodies foudroyantes de beauté se suivent pleines d'émotion. Greg Hankins brille à la guitare A Meal for Leaves accompagné de l'ensemble de cordes, de la flûte, des voix divines d'Andrea DeMarcus, Claire Campbell, SJ Ursrey et sur celle de Kishi qui gagne toute mon admiration sur Violin Tsunami. Le musicien est éclatant de talent, au violon, au chant, en chef d'orchestre, sur ce titre qui tel un cri d'alerte rappelle à la vigilance contre la tyrannie qui frappe aux portes de l'occident.



La vidéo qui déroule les aquarelles du couple Julia et Mike McCoy va comme un gant au thème. La somptueuse chamber pop compte également Mike Savino du groupe Tall Tall Trees qui assure le banjo et la basse, Dave Kirslis l'orgue, Ryan Oslance la batterie et JoJo Glidewell, piano et Hammond. Tous sont alliés au banjola pour le dernier Annie, Heart Thief of the Sea, enregistré live en studio, montrant l'étendue artistique du musicien. Kishi Bashi, élégant, ne critique, ni ne se fend de morale ici mais peint simplement l'histoire, sans faiblir dans l'élégiaque en offrant un grand Omoiyari, keepsake pop symphonique efficace et respectueux des faits : Dans le top 5 des disques Piggledy Pop 2019. A venir, le film documentaire qui marie musique et histoire, la gestation du disque, sa création et le salut de ces milliers de japonais incarcérés aux USA pendant la seconde guerre mondiale effaçant leur identité et remplaçant leur culture. Le troubadour Kaoru Ishibashi nous invite à la piqûre de rappel avec le magistral Omoiyari the Songfilm prévu en 2020.
KishiBashi



Eli Moore

Eli Moore est un auteur-compositeur américain basé à Langley, Washington et actif sur les scènes indie-pop depuis 2005 étant membre du group...