samedi 27 avril 2019

Talkboy

Les jeunes anglais de Leeds viennent de signer quatre titres, efficaces et accrocheurs, comme toute la presse spécialisée s'accorde à le dire. Talkboy : Calum Juniper et Katie Heap au chant, Jake Greenway à la batterie, Tim Malkin à la guitare, Tom Sargent à la basse et Charlotte Jones au clavier se produisent sur les scènes ce printemps et cet été dans tout le Royaume-Uni, présents sur les festivals et le Great Escape de Brighton le 9 mai prochain. Ils apparaissent en juillet 2018 avec le single Mother, suivi de Over & Under et Someone Else For You cet hiver 2019. La joyeuse équipe du Yorkshire continue son épopée avec le formidable Wasting Time paru le 20 avril 2019. Ils signent des titres rythmés, alternatifs, psychédéliques avec des riffs rocks ou des harmonies sixties, un ensemble bien sanglé, maitrisé, qui contient l'âme des grands groupes anglais qui ont dessiné l'histoire de la pop.



Mother est fourni en arrangements vintage, sur un tempo galopant et des voix entremêlées qui font rayonner les harmonies quand Over & under évoque les relations, amoureuse ou amicale, ses finalités parfois superficielles avec ses atours rock, son clavier vif, absorbant et ses riffs de guitares épiques. Someone Else For You poursuit dans la tonalité mordante, assurant une belle tension dans les cordes comme dans la batterie. La mélodie solidement dansante est colorée d'un fin psychédélisme, d'un schéma indie accentué par la voix de Katie qui éclabousse de sa belle énergie, accompagnée de Calum, aussi époustouflant à la guitare sur le tout nouveau Wasting Time. A découvrir absolument!
Talkboy



vendredi 26 avril 2019

Hafdis Huld

J'évoque le travail de Hafdis Huld il y a quatre ans sur Piggledy Pop : "Tout comme ses compatriotes Benni Hemm Hemm, l'artiste Hafdis Huld, nous offre un univers islandais à travers ses compositions qu'elle qualifie de 'cosy'(...) Dans cette atmosphère essentiellement acoustique, elle réussit à saupoudrer ses titres d'excentricité, de sourires et de fraicheur tout en revenant dans ses textes sur ses expériences passées. Née en 1979, elle intègre à 16 ans le milieu de la musique avec le groupe pop-electro GusGus. Quittant l'aventure en 1999 pour se consacrer à son projet solo, elle signe un premier album en 2006. Dirty Paper Cup, qui comporte 13 titres dont la cover du Velvet Underground Who Loves the Sun, est récompensé dans la foulée avec l'award islandais du meilleur album pop de l'année.



Hafdis part sur les routes européennes et américaines présenter son album. Présente sur les principaux festivals, Glastonbury, The Secret Garden Party (UK), Airwaves (Icelande), Hultsfred (Suède) (etc...) elle forme un groupe de musiciens qui l'accompagne sur scène : Sarah Croft, Alisdair Wright (son mari) et Steve Ling. Contrairement aux grosses cavaleries qui fabriquent du bruit, la troupe resplendit sur les plateaux devant des milliers de personnes avec seulement une guitare, un ukulele, un clavier, un banjo et un xylophone. Aimant faire des reprises de Lou Reed, Sam Brown avec Stop! et Creep de Radiohead, Hafdis Huld a un réel don pour la composition. Douée pour nous dévoiler son univers personnel avec pudeur et poésie, elle dissimule sa grande sensibilité et les évènements tristes de sa vie derrière un sens de l'humour croustillant et une espièglerie adorable. En 2009, elle signe son deuxième album Synchronised Swimmers, qui gagne un beau succès. Le thème du sport y est décrit avec beaucoup de drôlerie, comme dans Kongolo, qui signifie 'araignée' en islandais et parle d'Alain Robert, le grimpeur français qui escalade montagnes et buildings.
Le troisième volet Vögguvísur sort en 2012, année de naissance de sa fille. L'album est composé de berceuses, de mélodies pour les enfants. Puis Home, ce somptueux quatrième album voit le jour en 2014. Après des albums de pop bondissante aussi fantaisiste dans le textes que délicate et faussement naive, Hafdis nous propose un Home intime, avec un peu de tristesse, de nostalgie mêlées toujours à son caractère optimiste et rayonnant."



Après Dare to Dream Small qui parait en 2017, magnifique album tout en charme et délicatesse orné de mélodies jouées et composées à la guitare, la musicienne reste dans ce registre avec Variations, paru en février 2019. Ce superbe album reprend des titres que Hafdis Huld aime et qu'elle revisite à sa manière, souriante.. Comme souvent avec les reprises acoustiques qui laissent plus de place aux paroles sans les noyer dans une grosse production bourrine, l'auditeur fait davantage attention au sens de la chanson. Par cet exercice, l'artiste islandaise rend hommage aux auteurs, malheureusement trop souvent ignorés, en leur redonnant les galons mérités. Le disque s'ouvre sur une chanson de Dolly Parton, Bargain Store, qui perd son profil country mais gagne en tempérament grâce à la guitare acoustique et au chant cristallin. Elle est suivie de One Moment in Time écrite par Albert Hammond et John Bettis, ici la version met en valeur le texte de façon élégante. C'est idem pour I Want To Break Free, écrite par John Deacon le bassiste de Queen, aussi à l'origine de The Miracle ou encore Under Pressure.



Le petit bijou poursuit l'envoûtement avec Songs Of Love écrite et chantée par Neil Hannon. Le résultat réussi est un régal dans les arrangements de guitares, de ukulele, de batterie, de basse qui vont comme un gant au chant précieux et féerique. La beauté dans la réinterprétation continue avec You're The First, The Laast, My Everything écrite par Barry White, Peter Sterling Radcliffe, Tony Sepe qui devient ici une mélopée sautillante de fraicheur avant la grandiose Simply The Best, signée de Holly Knight, Michael Chapman, connue grâce à Tina Turner qui ici est déclinée et déclamée avec douceur et raffinement, redorant le profil amoureux des mots, tout comme avec The First Time Ever I Saw Your Face composée par Ewan MacColl qui poursuit dans le domaine sentimental de manière harmonieuse. Puis Here Comes The Rain Again écrite par Annie Lennox et David Stewart surprend par son tempo plus langoureux pour là encore offrir une reprise parfaite et innovante avant le sublime Slow Learner de Boo Hewerdine et Tom Littlefield à l'origine habillée de bluegrass et enveloppée ici de tendresse dans les violons, la guitare et la voix .



Hafdis Huld offre un tour de chant subtil et lumineux au Take My Breath Away de Giorgio Moroder et Tom Whitlock. L'esprit des années 80 est omniprésent pour une pincée de nostalgie mais aussi, et on s'en rend compte à posteriori, parce que les chansons étaient encore porteuses de mélodies et de sens ce qui me semble évident à l'écoute de What Is Love, datant de 1993 où la rupture avec le savoir-faire mélodique est notable. Enfin, You To Me Are Everything, titre disco fameux de l'année 76 interprété par les Real Thing, écrite par des faiseurs d'or funk, Ken Gold et Michael Denne, est revue ici avec volupté dans le ukulele de Hafdis qui termine en beauté via le texte drôlissime de The Swimming Song écrite par Loudon Wainwright III en 1973. Avec des choix variés et symboliques d'une génération qui a dansé sur ces titres au siècle dernier, Hafdis Huld apporte sa grâce sur Variations ornée de sa bonne humeur et de sa personnalité inondée de soleil et de sourires.
HafdisHuld
HafdisHuldPiggledyPop2015



lundi 22 avril 2019

The Proper Ornaments

Je parle du groupe la première fois ici en 2017 pour la sortie de leur album Foxhole : "Les londoniens sont très bien ancrés dans le style pop qui nous anime depuis des décennies. Ce cocktail magique et essentiel des The Proper Ornaments est blindé de mélodies, de voix lo-fi, d'instrumentations sans artifice analogique (...) Le premier single Recalling parait en 2010, feuillu, solide, fort saisissant avec ses distorsions dans les guitares et son chant (...) Novembre 2011, The Proper Ornaments recharge le fusil pour délivrer le somptueux EP Taking the Gamble out of Buying où guitares, basse et batterie sont affranchies, ornées de voix profanes qui honorent cette pop naïve raffinée.



Aux commandes il y a un artiste qui plus le temps passe, se distingue et devient le parrain du milieu indie. James Hoare écrit sans anicroche des pépites pop, les interprète avec sa guitare et son grain de voix, nous mettant à genoux. Le génie de James resplendit dans d'autres projets qu'il mène d'une main de velours dans un gant de fer, Veronica Falls et Ultimate Painting (...) James est accompagné de Max Oscarnold du groupe Toy, autre maestro, qui écrit et compose tout en formant l'axe central du groupe. Avec eux, Daniel Nellis joue de la basse et Robert Syme assure la batterie, tels des dieux de la mythologie pop. 2014 annonce le premier album Wooden Head et ses 14 titres néo-psychédéliques fabuleux."
ProperOrnamentsPiggledyPop2017



The Proper Ornaments est de retour ce 5 avril 2019 avec un troisième album en or pop brute, plein d'espoir et de luminosité, Six Lenins. Apologies ouvre le bal avec ses harmonies seventies époustouflantes pour une déclaration intime ronde de clarté d'esprit, un regard dans le rétroviseur, un coup de plume sur le passé, un bilan cohérent et lucide. Le son produit est nimbé de pureté comme sur Crepuscular Child où les guitares s'alignent gaillardes sur le chant certain, doucement appuyé et entêtant, droit sorti du coffre fort de James Hoare tel un petit miracle pop. La batterie et la basse partent au galop pour accompagner des mots mystiques mais plein d'affront, qui reviennent sur Where Are You Now. Tandis que le trait est fait sur le passé, les claviers resplendissent sur Song For John Lennon, hommage délicat au musicien qui flotte généreusement au milieu de métaphores naturelles et saisonnières. Can't Even Choose Your Name est la chanson phare à mes oreilles, spirituelle et dans le questionnement, et qui de manière très fine, reprend les thèmes des deux précédentes.



Please Release Me, titre doré façon Kinks et La's, est solidement addictif avec ses arrangements sixties psychédéliques où brillent les guitares, le piano et les cymbales au tempo hypnotique et langoureux. Suit le fabuleux Bullet From A Gun avec sa mélodie printanière, le chant chaleureux, la guitare somptueuse, pour parler d'abus de produits destructeurs avant d'enchainer sur Six Lenins qui avance mordante et brillamment railleuse, énumérant une liste d'instruments de musique pour toucher une personne en particulier, éminemment détestée. La délicatesse romantique revient dans les cordes de guitares et la voix duveteuse de Old Street Station, une balade du brit-troubadour excellente et inspirée. Les guitares rock saturées terminent en force l'album avec In the Garden où une force céleste attire 'i guess i try to see what's on the other side...'. Six Lenins, signé chez nos amis de Tapete Records, peut sembler calme mais il est tumultueux, fort et affirmé dans ses harmonies, dans son message pour lequel The Proper Ornaments sont brillamment convaincants.
ProperOrnaments



Jessica Pratt

Auteur-compositeur, la musicienne californienne apprend à jouer de la guitare à 15 ans. Son frère et sa mère à la maison sont musiciens et elle est entourée d'instruments. Elle enregistre ses premières chansons dès ses 16 ans et signera à 25 ans en 2012, son premier album Jessica Pratt. Il sera suivi en 2015 de On Your Own Love Again puis le 8 février 2019 du grandiose Quiet Signs. Arrangé avec finesse, le disque offre des instrumentations de flûte, d'orgue et de piano ; La guitare, à la présence absolue, forme une pop orchestrale délicate aux particules tantôt classiques tantôt folk à la façon de Nico ou de Margo Guryan.



L'attention est captivée illico à l'ouverture de Quiet Signs, un court instrumental presque énigmatique et mystérieux. Le ton est donné et la voix juvénile, angélique de Jessica éclatante de douceur fait une entrée remarquable sur As The World Turns. Les arpèges de guitare font frissonner tant les ondulations sont persistantes, en accord avec son chant nuancé et galbé. Fare Thee Well déroule un tapis de mots en guise de roses sur la guitare acoustique, évoquant les saisons, les oiseaux et la mer, avec une précision harmonique impressionnante et une flûte traversière accompagnée de l'harmonium au tact charismatique. Les instruments intelligemment dosés se répondent raffinés, se croisent aimables, avec des tonalités boisées et essentielles sur Here My Love pour parler d'un ancien amour et des souvenirs, de la mémoire tenace. Puis l'ambiance légèrement bossa de Poly Blue continue de charmer avec les habituels la-di-da-da-da de la formidable interprète qui habille ses compositions de sa voix panachée.



Les silences sont discrets mais obligent l'écoute du mariage guitare-voix. On plonge dans la fragilité poétique des mots comme sur This Time Around, dans sa vulnérabilité comme dans sa force pour combattre, sa spiritualité qui lui donne envie de pleurer 'This time around has it gone so grey, That my faith can't hold out? Haven't you heard there's a somber wind, Gets my head away now'. Les anges présents prennent forme dans Crossing avec l'écho merveilleux des voix qui parlent de chanter, du pouvoir d'une chanson, d'une voix et de ceux qui cherchent à la faire taire. La mélodie extrêmement efficace montre toute la complexité de l'art de la composition, poursuivant judicieusement sur le même thème avec Silent Song. Jessica Pratt capture nos oreilles en sautillant sur les accords et offrant des rythmes langoureux dans ses cordes de guitares ou dans sa voix subtilement élastique. Aeroplane, dernière plage, arrive avec son tambourin magique pour un titre voltigeant, magnifiquement aérien, aux contours d'une simplicité désarmante qui fait prendre de la hauteur et gagner de la perspective, de l'espérance. Quiet Signs de Jessica Pratt a du coeur. Classé dans les meilleurs albums Piggledy Pop 2019, il est à savourer absolument.
JessicaPratt



Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...