vendredi 23 mai 2014

Snails

Snails est un duo de Bristol composé de Dan Weltman alias Hollowbody et de Mog Fry membre des The Wraiths. En 2011, les deux musiciens s'allient pour composer des airs savoureusement pop, arrangés avec Holly McIntosh du groupe Schnauser à la basse et Steve Dixon des Shortwave Set à la batterie. Tantôt pop sixties, chamber pop, où Mog chante dans la veine de Nico et de François Hardy, tantôt pop-folk psychédélique quand les voix de Weltman et de Fry se mélangent sur un banjo, des tambourins et des guitares, leurs influences sont variées et élégamment, discrètement présentes.

Dan Weltman n'est pas un débutant après son projet Dan Weltman Band qui signe l'album Breaking the Surface en 2007, puis Inside the Wolves sous le nom de Hollowbody en 2008, splendide album acoustique qui offre des guitares, harmonica, trompette et batterie pour habiller des mélodies luxuriantes, un chant touchant et des textes émouvants. Le don pour la composition et l'écriture s'orne de références pour le projet Snails. Moins acoustique, les harmonies sont riches de flûtes, d'instruments à vent et d'ensemble de cordes. Quant à Mog Fry, elle arrive dans l'indie-pop  via le projet The Wraiths avec le multi-instrumentiste perfectionniste Joe Hunt qui délivre une pop mélancolique sur des textes lyriques, dont la poésie fait renaitre Blake et Keats. The Wraiths dorlotent les poèmes comme Bright Star de John Keats, welcome stranger to this place de William Blake, Merioneth de Lionel Pigot Johnson, November (and the birds were singing) de Flint etc sont vraiment mis en musique comme dit Mog, avec aussi parfois l'influence de Morrissey. Les harmonies que concocte Hunt sont fabuleuses, proches des airs des troubadours du Moyen-Age, des airs folkloriques traditionnels mixés à une ambiance pop.



Dan Weltman et Mog Fry se sont trouvés, tous les deux excellents musiciens, compositeurs et auteurs pour enregistrer un nouveau single bientôt, avec une sortie prévue cet été 2014; Piggledy Pop sera de retour pour l'évoquer. Dans l'attente du nouveau Snails, l'écoute de Hollowbody et des Wraiths est chaleureusement conseillée.
Snails

mardi 20 mai 2014

California Snow Story

California Snow Story est un groupe écossais conduit par l'auteur-compositeur interprète David Skirving qui sur scène joue de la guitare accompagné au chant et à la flûte par Anna Barrek, Gary Thom à la batterie et Garry Hoggan à la basse. Le label Shelflife Records signe l'EP One Good Summer en 2002 et le groupe participe avec une reprise de Brittlestars This trip sur la compilation du label You're Still Young At Heart en 2003 aux côtés de Majestic, Souvenir, Simpático, The Maybellines etc. Puis quatre ans plus tard, en changeant de label pour Letterbox Records, California Snow Story offre l'album Close to the Ocean qui à mes oreilles est une pièce maitresse dans la discographie indie-pop de ces dernières années. David s'entoure d'une nouvelle troupe pour le disque, de la chanteuse Sandra Belda Martinez ex membre du duo espagnol Superété, de la pianiste Madoka Fukushima et de son frère Alan Skirving à la batterie.

David Skirving crée California Snow Story après avoir quitté Camera Obscura en 2001 pour qui il était guitariste principal depuis les débuts en 1996, participant à l'opus du groupe de Glasgow Biggest Bluest Hi Fi produit par Stuart Murdoch des Belle & Sebastian. Le musicien aux doigts d'or et à la voix de velours commence à prendre des leçons de piano à 11 ans, sans grand enthousiasme et c'est avec sa première guitare à 18 ans que la passion de la musique le prend. Ses parents lui feront découvrir les Beatles, Astrud Gilberto, les Monkeys, les Beach Boys et les Carpenters, puis prenant ses marques dans le milieu pop underground, il s'intéresse dans les années 80 au Velvet Underground, Jesus and Mary Chain, New Order, Pastels, et Stereolab. En répondant à une annonce de Tracyanne Campbell qui veut monter un groupe, il devient guitariste de la bande en lui trouvant le nom de Camera Obscura que Tracyanne adopte de suite. Puis l'atmosphère au sein des Camera change. David écrit deux chansons pour l'album Biggest Bluest Hi Fi, non parues, dont Snow in Summer au nom originel Soon It Will Be Snowing, qui n'aura pas été enregistrée, mais sera pourtant chantée par Camera Obscura sur la scène au Bowlie Festival.

David quitte donc le groupe pour in fine enregistrer son génial EP qui comprend 5 titres et la fameuse magnifique Snow in Summer puis Close to the ocean et ses 10 titres. L'album propose des notes pop influencées par la french pop des sixties, des arrangements bossa nova chère au musicien qui est fan des Zombies, de Yo La Tengo, Roger Nichols mais aussi de groupes récents comme The Clientele, Sunny Street, Taken by Trees et Tenniscoats. Toutes ces jolies influences s'entendent et s'apprécient dès l'entrée du titre au nom évocateur, Begin Again et son instrumentation fleurie et fournie. Suit le splendide My life is only a daydream, à la rythmique ensoleillée et aux guitares qui se lient délicatement, de manière twee, à la basse et aux claviers à l'image du duo que David forme désormais aec Sandra. Mirifiques et gracieux, les thèmes amoureux sont imagés par les éléments de la nature, la lune, l'océan, la pluie et le soleil, présents également sur Brook Lune quand David et Sandra entonnent "The sun is the brightest start of the day, But you are the one that lights my way". Les "birds are singing" sur le soft Future is perfect, au piano mellow et à la guitare acoustique somptueuse qui se marient à la voix cristalline de Sandra. La douceur des arrangements et des textes créent une intimité tropicale proche de l'easy-listening. David parle de "secret history" sur Suddenly everything happens, dansant et joyeux où les deux voix dynamiques sur les "papadadapapa" s'unissent. Les claviers entrainants, les guitares habitées d'élégance jouent des mélodies accrocheuses et efficaces comme sur Consolation song et sur le grandiose A new light to guide you. Les 2minutes55 de Wishing well avec ses envolées lyriques langoureuses précèdent le spontané et musical You Set The Scene que Sandra habille de son langage en espagnol. Enfin l'écoute se conclut sur le sublime Once a Ocean dont l'harmonie qui suit la tradition alternative pop saisit et étreint. L'album Close to the ocean est un objet dosé entre le moderne et le suranné, bossa, twee, mélodique et poétique qui avec ses lignes de basse dignes de celles de Lou Reed, fige le temps et propose une pop intemporelle et belle.
californiasnowstory


vendredi 16 mai 2014

Constantin Veis

L'excellent label situé à Seattle, Jigsaw Records a la fine idée et le juste goût de signer Constantin Veis le 6 mai 2014 pour son nouvel album Resurrected Elsewhere sous le pseudo The Glamorous Life Savers. Constantin Veis qui grandit aux Etats-Unis, originaire de Grèce, est un as de la pop, auteur-compositeur qui fait swinguer les dieux de l'Olympe, apparait avec son opus Memory-la en 2002. Avec son frère Alexis Veis, Constantin forme le duo Fantastic Something dès 1983, concocte deux albums géniaux : l'opus éponyme en 1985 puis en 2001 le brillant et chaudement recommandé, Songs in a Small Room. A l'époque, c'est le label de Mike Alway, le fameux Cherry Red, qui au beau milieu de ses nombreuses bonnes intuitions, accueille les frères Veis. Les notes que déverse Fantastic Something sont estivales, sucrées et saupoudrées de mellow pop délicate et élégante à l'image du duo, dans la veine des Pale Fountains, The Monochrome Set, Blueboy, ou The Weather Prophets.

Constantin en solo quitte son nom cette année pour le pseudo charmant The Glamorous Life Savers qui effectivement, via ce nouvel album Resurrected Elsewhere, ressuscite le glamour avec sa griffe pop, mélodieuse, inspirée par ses expériences, la littérature comme sur son titre de 2002, Run Again Tom Sawyer. Sur ces 12 récents morceaux, il réussit là encore à compresser ses aventures et ses histoires bucoliques en carte postale musicale. Constantin est l'héritier spirituel de Burt Bacharach et de Harry Nilsson, imprégné des Beatles et de Simon & Garfunkel. On soupçonne dans ses textes une pureté dans les sentiments, une imagination fertile de qualité, un don pour l'orchestration. Le stylé ultra pop Sweet Hill Observatory ouvre le bal avec la voix chaleureuse de Constantin qui entonne "all my life i know there are feelings i won't show" sur des guitares fantastiques. La bonne humeur harmonieuse et dansante se poursuit sur True and Diamond, toujours aussi fournie de guitares et d'une basse balançant des notes bossa et indie à souhait quand Always been this Way déroule une rythmique efficace et un harmonica récréatif sur un texte mélancolique qui roucoule aux oreilles. Le titre Wish this Side was Gold véhicule l'âme de Simon & Garfunkel avec de l'excellence dans les arrangements.


La performance vocale est offerte comme un bouquet de pop. Constantin brille dans l'interprétation sur The First World i ever Made, plein de fraicheur et de poésie médièvale emmenée par la flûte, la guitare classique et les choeurs. L'esprit classique continue avec la trompette et la mandoline du sublime Excess Rings Of Mellow Tones qui fait penser à Nichols et à Donovan. Puis sur Swing The World By Its Tail, les orteils et les hanches se tortillent, avec une basse qui taquine, un rythme pop disco enveloppé d'une batterie et de guitares électriques démoniaquement subtiles. Sur la géniale Everybody Calls Her The Same Love, le groove continue avec du mélodica et une basse volcanique qui ferait sauter les tresses de Stevie Wonder quand le sunshine pop Barb Wire Cults résonne beatlesien avec une finesse dans la mélodie, dans le jeu de cordes où les harmonies sont parfois garage ou surf pop. Le soleil brille et les UV percent toujours sur la balade One Night Between Two Days et ses arrangements orchestrés folk avec le piano travaillé, précieux, qui arrive dans le somptueux, délicieux et croonant Jesus Fell In Love. Tandis qu'on voit (presque) la lumière divine, de manière plus sure, il y a de la luminosité dans les harmonies et le chant radieux, cristallin de Constantin. L'écoute de Resurrected Elsewhere se termine avec In 2000 Years From Now When We're All Still Around, beau, lyrique et sereinement maitrisé dans la construction. Les thèmes, les mélodies, les structures musicales et vocales donnent envie de s'envelopper de l'univers stellaire de The Glamorous Life Savers.
ConstantinVeis

dimanche 4 mai 2014

Francis d'Octobre

Francis Roberge, de Montréal adopte le nom de scène Francis d'Octobre en 2009 en lançant sa carrière solo, après avoir fait ses armes des années durant au sein d'autres groupes québécois. Son histoire musicale commence par des cours de batterie et de guitare quand il a 15 ans, et tout en intégrant la faculté de musique, il compose et écrit ses premières chansons. Devenu batteur professionnel, il joue et accompagne d'autres artistes jusqu'à ce qu'avec des amis de longue date, musiciens et ingénieurs du son Loïc Thériault et Dominic Hamel, il décide de préparer son premier album, Ma bête fragile qui sort en 2010. L'enregistrement se déroule sur plusieurs mois, et plusieurs lieux dont un chalet dans les bois canadiens et un studio à Montréal. L'atmosphère naturelle et bucolique règne sur l'opus qui parle d'amour en français ce qui sonne encore plus romantique à mon oreille comme sur le titre Ma bête fragile, rythmé au son des claquettes. Francis, écrit magnifiquement, avec poésie et finesse, compose avec une manière alternative fort harmonieuse. Il joue de la batterie ou de la guitare avec dextérité, écrit des textes dignes de scénarios, imagés et narratifs, il sait aussi les habiller en sifflant ou en ajoutant des bruits de vagues, des flûtes virevoltantes sur un tempo stellaire sur Notre légèreté qui attire l'oreille et dévoile son univers. On embarque avec lui sur les flots avec L'homme à la mer, sur les rails avec Ame soeur, dans la campagne et la montagne avec Chercheur d'or, sous le soleil de Présent, dans la nuit sur le sensuel La pieuvre et Tigre. La superbe continue avec le piano mélancolique de Petite prière de chevet et sur les guitares rutilantes et les cuivres mutins de Noeud papillon noir.

Depuis Ma bête fragile, Francis d'Octobre n'a pas cessé de travailler, de créer, d'écrire, de composer et avec sa nouvelle poignée de chansons, il retourne en studio cette année. Le 18 mars 2014, l'artiste offre Le Commun des immortels, un album tellement beau qu'il arrive dans mon casque comme un cadeau. D'une grâce infinie, la voix de Francis y est vibrante, ses mots troublants et touchants qu'il sait ajuster à ses mélodies tout aussi solides et magiques. Six pieds sous la neige ouvre le disque avec un texte qui parle de rupture ornée d'une belle poésie pop arrangée avec des trompettes, piano, guitares et une batterie vivifiante. Les cuivres nous emmènent avec la basse sur le thème du froid dédain de Noir efficacement décrit, mis en musique tout en progression et en évolution exquises qui font entrer un ensemble de violons. Les titres émouvants s'enchainent quand Le Commun des immortels, lyrique, métaphorique où le temps est comparé à un papillon, contre la mort déguisée en requin, le troubadour construit un vaisseau blanc confortable et accueillant pour protéger son aimée éphémère et y vivre leur amour comme des immortels. Beauté Pandore propose une batterie et un piano taquin, des envolées de cordes et des choeurs guerriers, mystérieux. Les mouettes et la clarinette se lient sur L'amour mystique où le chant de Francis d'Octobre fait resplendir des particules d'harmonies sensuelles, de douceur cristalline, de musicalité dans l'intimité qui ondulent sur les violons brillants. Quand arrive l'entrainant et dynamique Règne Animal, là encore, le titre est un coup de maître dans la composition, la dorure des mots, la justesse puissante de l'interprétation. Tout sonne superbement, le tempo se marie aux thèmes, le chant suit l'orchestration avec un éblouissant équilibre où l'on peut entendre que Francis d'Octobre est un excellent musicien, formidable oreille qui en plus est dotée d'une plume inspirée et talentueuse. La nostalgie est de mise sur Chanson regrettée, palpitante et frémissante par son caractère confident et son accompagnement délicat en acoustique au piano. L'attendrissant Jouet de guerre, vue par un oeil frais et joyeux d'enfant face à la violence des armes rappelle la participation de Francis d'Octobre à la compilation de 2012 Partenaires pour la Paix avec le titre Le dernier Homme où il chante "Qu’il était grand le royaume ici, Depuis, mais maintenant je suis Le dernier homme, Je suis le dernier homme à quitter le bateau, J’ai été choisi pour descendre le rideau, Assis au bout du monde, je revois, Ces ombres qui, pour une croix, Ont mêlé le poing à la poussière, Parfois des bombes, même des pierres".
L'écoute se poursuit avec Ma plénitude qui évoque la fin des combats, quand Francis chante "tu ramènes la paix en moi", sur une mélodie légère et aérienne, une guitare et des balais langoureux qui frottent les caisses de batterie. Puis Quand je ne serai plus là, au son du piano poignant, au chant captivant et aux violons plein d'émotion précède les harmonies pop d'Une vie de funambule, où la mesure, le balancement de rythme marque l'avancée, pas à pas, pour accélerer l'allure de la voix, des cuivres et des cordes avec fluidité et cohésion. Ce bijou Le Commun des immortels est une belle réussite pour un deuxième album, vraisemblablement une des meilleures productions francophones de 2014 qui présage une jolie carrière pour Francis d'Octobre que j'éspère voir sur scène bientôt. Francisd'Octobre


Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...