dimanche 25 mars 2018

Friedrich Sunlight

Friedrich Sunlight est le tout récent projet de Kenji Kitahama. Kenji est un des auteurs compositeurs actuels de pop indépendante à marquer sur vos tablettes. Le californien est très actif dans le monde indie et met en place diverses formations dès 1998 avec Skypark quand il apparait sous le nom Brent pour un premier EP chez Matinee Recordings. Puis il adopte le nom Brent Kenji pour son duo avec le suédois Erik Hanspers, The Young Tradition, et l'excellent album Northern Drive de 2005.
Kenji compose et signe l'album This Is Farewell en 2004 pour son autre monitor The Fairways, tout en travaillant des chansons pour d'autres groupes comme Aislers Set et Three Berry Icecream avec qui il coopère sur l'EP Permanent Vacation de 2001 et le récent titre Three Cheers de 2017. En 2007, tandis que Kenji quitte son San Francisco natal par amour, il rejoint l'Allemagne et y retrouve en chemin un ami finlandais de longue date, Andrew Leavitt, pour former The Clay Hips.



L'installation en Bavière se traduit par l'écriture prolifique pour son nouveau projet Golden Eaves. Le single No Other sort en 2015, suivi d'une nouvelle collaboration avec Heiko, et le single magnifique Madeleine (When It Rains) parait en 2016. Ce qui me séduit beaucoup et me fait succomber c'est Friedrich Sunlight où Kenji expose tout son talent de composition en osant des paroles en allemand, réussites, éclatantes d'esprit pop. Le musicien à la voix de velours n'arrête pas. Son univers musical sunshine pop, dans la veine de Burt Bacharach et des Beach Boys, est délivré d'abord sur le single vinyle Nicht ans Meer ‎en 2016 via le label d'Ausbourg Kleine Untergrund Schallplatten (KUS). Le talentueux propriétaire de KUS, Ronny Pinkau, y oeuvre en équipe avec Frederik Jehle et notre ami Kenji qui gère le design. L'autre excellent label de Hambourg Tapete Records accueille aussi Friedrich Sunlight. Ce single est déjà épuisé, il s'est très vite vendu.
Friedrich Sunlight retourne en studio cette année 2016 pour enregistrer l'album du même nom. Kenji est un auteur inspiré et brillant, qui harmonise, arrange avec son oreille absolue des airs fabuleux et s'allie aux excellents Bernd Maier et Thomas Riederer pour les textes pleins de références et de poésie.



Je suis fan de Friedrich Sunlight. Le travail fort complet, fort pop de Kenji qui chante la langue allemande de manière fascinante parlera aux amateurs du genre qui pourront l'écouter allongés sous un ciel bleu et imaginer Roger Nichols batifoler avec Claudine Longet. Le bijou sunshine-pop est enregistré durant l'été à Brême aux côtés du producteur Andy Lewis (Spearmint, John Howard, Paul Weller, etc). Dans les murs, il y a Bernd Maier au piano et à l'orgue, Florian Meya à la guitare électrique qui accompagne Kenji Kitahama à la guitare acoustique, Marc Frank à la batterie, Thomas Riederer à la basse et un quator à cordes.
Le galop dans le soleil prend forme dès l'entrée de Bahnsteig A et son rythme de haute volée lyrique. Evidemment, le thème du voyage est de mise, au tempo du bahn qui roule sur le piano taquin, les guitares fondantes et le chant dynamique de Kenji qui sur Melody fait des bonds périlleux avec humour en entonnant "Es tut mir leid, dass ich es sagte, Dass ich so unverhohlen fragte, Erkennen Sie die Melodie? Und was sagen sie: Fuck off!, Ein Klang, schön wie nie, Wie konkrete Poesie, Wie eine Oper von Russolo, laut und schroff". De manière logique Spuren suit solaire pour illuminer n'importe quel dimanche pluvieux avec son mariage batterie-basse sublime. Le tempo diablotin de Hiddensee alterne entre la cavalcade et le langoureux. Ses choeurs à la Randy Newman et son piano sophistiqué sur la voix déroulent un tapis de notes multicolores. Gütersloh fait un appel du pied à Friedrich Eickhoff, professeur puis recteur, organiste dans la ville de Gütersloh en 1860 et auteur de chansons entrainantes destinées aux enfants de sa paroisse. Le titre commence par des 'papapa' pour décrire avec esprit et drôlerie la vie d'un de ses habitants qui s'y ennuie et finalement apporte un aspect sympathique à la petite ville très connue en Allemagne. Dôme du Goûter offre une mélodie sensuelle grâce au jeu grandiose de la basse. L'écho dans les guitares emmène dans un moment lancinant, suave et dandy au sein d'un café douillet où les acrobaties de voix mellow réussissent leur effet.



Le claphands reprend du service sur Sommer Samstag Abend, véritable merveille sunshine-pop avant la musicalité en apesanteur sixties et douce de Limousine. Quand Drei nach zehn fait chavirer dans une ambiance de soirée sur ses notes futées, alternées, la mélodie ciselée rythm'n blues nous mène jusqu'au petit matin consommé, encore trouble. Les 'houhou' des voix sont vertigineusement dansants. L'orgue entre royal sur Mann mit Hut avec ses harmonies imparables. Kenji est troublant de charme avec ses 'papapa', son sifflement de rossignol sur son jeu de guitare enchanteur. Le tendre boogie de Nochmal von vorn, aérien, procure un plaisir certain. Les envolées de cordes de guitares électriques sur le piano et la batterie, tissées en dentelle, forment un écrin pop précieux. La basse de Nicht ans Meer trottine le nez au vent dans les rues de la ville en rêvant de la plage et les arrangements accompagnent la voix rayonnante, magnifiquement rythmée de Kenji. L'album Friedrich Sunlight est addictif, souriant, admirablement interprété par Kenji Kitahama. Même si l'allemand n'est pas sa langue maternelle il parvient parfaitement à la faire glisser sur la platine comme une sucrerie à la saveur pastorale. Somptueux, Friedrich Sunlight est assurément classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.

FriedrichSunlight
GoldenEavesPiggledyPop2016

KleineUntergrundSchallplatten
TapeteRecords



samedi 24 mars 2018

Nah...

Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate. Sebastian est inspiré, fertile à souhait, sur la scène depuis 1992 avec son premier groupe Stars Play Music, suivi de The Grindcore Poppies en 2000 crée avec son ami et complice musicien André Bosse. Viendra le groupe The Delicious en 2002 où Sebastian assure de façon fantastique les instruments. A côté de tout cela, il est aussi bassiste et batteur pour Lancaster, dans le sillage des Wedding Present et Pastels. Il met en place son superbe projet synth-pop The Fisherman and his Soul et offre le dernier album en date A Certain Kind of Hug en 2017. 
Sur un des quatre titres de l'EP Summer's Failing de Nah..., sculpté pop estivale, qui paraitra le 30 mars 2018, Kenji Kitahama vient prêter sa voix . Kenji est un musicien californien maestro dandy de la pop, prolifique, connu pour ses groupes Fairways, Skypark, Clay Hips, Golden Eaves et Friedrich Sunlight. GoldenEaves



Le premier titre Summer's Failing qui ne peut que faire gigoter tout fan d'indie qui se respecte est suivi de la reprise de Birdie, Linus. Ballade magnifique, on sautille sur la grosse caisse et la guitare électrique qui entrent animées et vivifiées d'une mélodie sensuelle. Les houhouhou qu'Estella entonne avec grâce donnent une envie irrépressible de chanter en choeur. Puis le tempo de Annie saisit instinctivement, avec ses harmonies pop gouteuses et joufflues. Sa construction psyché sur la mélodie dansante est efficace. L'envie de danser est encore plus vivace sur This Light Will Always Shine avec le mastering brillant de Greg Wislon et le mixage de Tobias Mennemeyer qui travaille aussi avec Sebastian pour The Fisherman and his Soul.
Nah... est une très belle collaboration de divers talents sous la houlette de Sebastian Voss brillant, époustouflant d'âme indie qui j'espère nous comblera bientôt d'un album aussi doré et dansant.
Nah





dimanche 18 mars 2018

Wednesday Campanella

Bricolage électronique alternatif haut de gamme, avec du piano, de la veine garage J-pop, des violons, j'accroche vraiment au style . Une fois n'est pas coutûme et dans ce cas ci, il n'est pas besoin de prendre des pilules, se mettre en transe, pour l'apprécier. Wednesday Campanella est un groupe japonais qui offre un univers kaléidoscope drôle en proposant de la légèreté autant sonore que visuelle. Remède qui va aider à patienter en attendant la coupe du monde de rugby 2019 au Japon.
Wednesday Campanella nait en 2011 de la volonté de Dir.F, leader du label Tsubasa Records qui souhaite mettre en place un projet musical avec le producteur de musique electro-pop Hidefumi Kenmochi. Le musicien, producteur, compositeur, s'occupe des arrangements et écrit essentiellement sur des personnages, des événements historiques. Ils rencontrent KOM I en 2012 et Wednesday Campanella est très vite à l'oeuvre avec un premier mini-album en 2013 Crawl to Saka Agari suivi par Rashomon puis Cinema Jack en 2014. Cette même année parait le quatrième mini-album Watashi wo Onigashima ni Tsuretette qui annonce l'EP Triathlon de 2015. En 2016 le groupe est invité au festival américain SXSW et profite de cette occasion pour lancer l'album UMA.



Les thèmes vont de Marie-Antoinette à Superman en passant par Jeanne d'Arc, Napoleon et Genghis Khan et l'interprète Kom I y ajoute sa belle humeur. Son rythme et son sourire accompagnent ses shows sur scène parodiant des situations aux allures de karaoké ou d'hommage à Audrey Hepburn.
Les instrumentations électroniques sont mariées à des arrangements de piano, de flûte et de voix offrant un style pop japonais et tropical magnétique, extrêmement dansant. L'univers de Wednesday Campanella est en bonus habillé d'humour, ce qui laisse une belle impression d'humilité et de décalage. L'album Superman sort le 8 février 2017 et dès les premières notes de Sakamoto Ryoma, l'envie de danser saisit. Le sujet est d'ores et déjà enivrant puisque Sakamoto est un héro pour les japonais, célébré et fêté, ce chef mythique guerrier de la fin du XIXeme siècle, as du sabre, bataille pour rendre le pouvoir à l'empereur en chassant les étrangers, les barbares. La mélopée est festive, la rythmique entrainante comme celle de Ikkyu-San qui évoque le personnage d'une bande dessinée nationale, un garçon qui s'entraine pour devenir moine. La basse funky réussit un beau tour de force sur la voix énergique de Kom I qui oscille entre la douceur et la fermeté. Puis Genghis Khan semble surgir de ses montagnes sauvages avec les instruments traditionnels mongols mélangés avec dextérité au piano et au synthétiseur. Les arrangements toujours finement alternatifs sont formidablement orchestrés et rendent l'écoute addictive. L'histoire et la tradition mongoles sont de nouveau judicieusement honorées sur le morceau Melos sorti en mai dernier. Fort d'une vidéo comprenant 100 enfants mongols, 100 magnifiques chevaux, Wednesday Campanella avec son titre participe à l'élaboration du Japan Derby main dans la main avec le JRA (Japan Racing Association), avec au passage, un élégant clin d'oeil à la Mongolie du XIIIème siècle.



L'album poursuit avec son tempo virevoltant et Chaplin, qui au prime abord ne me séduisait pas et me semble plus précieux et abouti à chaque écoute. Son mysticisme me laisse imaginer les français Air ou Phoenix déguisés en pokémon, idée qui finit de me transformer en une fan samourai décidée comme les membres du club WedCamp. Suit Audrey qui retrace sur une mélodie dancepop la filmographie d'Hepburn. De manière surprenante, toujours décalée, apposant des univers qui s'entrechoquent, l'instrumentation est aux antipodes du thème souligné. Kamehameha the Great cocktail de sonorités rafraichissantes, où Kom I avance princière avec son chant aérien et vitaminé, parle d'un souverain hawaien et nous donne envie de gigoter, de jouer au lasso armé d'un lei (collier de fleurs hawaïen). La performance du chant est belle sur Zeami, solidement rythmé par les violons et le piano pour parler de l'auteur de noh évoquant le voyage, le rêve, sur un tempo excité et envoûtant. L'alternance d'instruments, de rythmes et de tonalités de voix sont brillantes et efficaces sur Ame-no-Uzume, emblème du shitoïsme. L'ensemble est mis en exergue par Kenmochi, qui se révèle un compositeur hors norme d'electro-pop. Superman est si bien brodé et bricolé, contenant de la dance, de la samba, du funk, de la pop garage, et surtout de l'âme japonaise grandiose qu'il sonne immédiat mais aussi savoureux à reprendre pour le mastiquer dans tous les sens. Wednesday Campanella est un projet inclassable et attention aux oreilles fragiles, c'est un piège captivant auquel Piggledy Pop prête déjà allégeance.
WednesdayCampanella



samedi 17 mars 2018

Nick Batterham

Je suis fan de l'australien Nick Batterham depuis des années. Le maestro de la pop signe ce 14 mars 2018 un album puissant et marquant, qui ne lâche pas mes oreilles : Golden Boy. Avec la fidèle complicité de son label Popboomerang et le talent de son créateur Scott Thurling, je découvre 14 titres somptueux, orchestrés subtilement, aux harmonies lumineuses sur la voix de Nick qui insuffle du charme poétique dans chaque mot.

J'en parle ici en 2014 "Nick Batterham originaire de Melbourne est un auteur-compositeur qui est actif dans son domaine depuis plus de 20 ans. Et ce domaine artistique est large et étendu, va des studios à la scène, à l'accompagnement et arrangement pour d'autres groupes à la création de musique de films et de sons pour la télévision qui lui valent d'être nominé en 2009 au AFI award. Guitariste et pianiste, il est dès 1991 leader du groupe Blindside qui part en tournée avec les Smashing Pumpkins. Puis il intègre des formations sur scène comme INX, Teenage Fanclub ou les Lemonheads, puis forme les Earthmen en 1993. Après avoir concocté avec ces derniers deux albums, il participe au chant de l'EP From the Wrestling Chair to the Sea des Steinbecks, en 1996 conduit le groupe Cordrazine qui se sépare en 1998 et se reforme en 2009, joue de la guitare sur l'album One Eyed Man de Mark Seymour, enregistre, mixe et joue de l'harmonica sur l'album des Summer Cats Songs for Tuesdays en 2009 et assure le violoncelle, les claviers, la production de l'album éponyme des Blackchords la même année. Fort de son expérience, il se plonge corps et âme dans son projet solo 20 ans après les Earthmen avec un opus magnifique signé en 2010, Second Lovers." "Son travail personnel et intime dont les textes dessinent un bilan de son expérience passée est un aboutissement superbe après tant d'années et continue tout en splendeur avec le second disque de 2013, Closing Time At Yah Yah’s." Il sera suivi en 2014 par Lucky Cat puis Self Inflicted, No Sympathy en 2015.

NickBatterham
TheEarthmen



Golden Boy est donc le cinquième volet de Nick Batterham et la poésie, le beau dans l'indiepop atteint ici des sommets. L'enchantement commence dès les premières notes jouées au piano de Golden Boy découvrant le chant cristallin de Nick qui déroule de l'élégance, ornée et cuivrée d'une instrumentation délicate. Le titre phare ouvre magnifiquement l'album qui enchaine sur les guitares dansantes de Nothing Lasts et les paroles 'sing me a song' qui capturent l'attention et les émotions grâce aux arrangements de cordes et ses choeurs entrainants. Arrive No Excuses, intime et romantique, le picking joué à la guitare, forme une ritournelle ronde à l'impact efficace. Il y a dans ce titre autant de sensualité à la 'Sunday Morning du Velvet Underground' que de poésie tellement douce qu'elle devient brute, révoltée, à la 'Baader Meinhof de Luke Haines'. L'écriture de Nick Batterham est à mon avis, actuellement, une des meilleures sur la scène indie internationale. L'auteur-compositeur et multi-instrumentiste continue d'exceller avec la mélopée Never Write A Love Song offrant deux minutes de pureté mélodique. Medals impose une rythmique vibrante au fil du titre qui tisse des liens harmonieux avec violons, cuivres, guitare et la voix de Nick qui envahit et continue de subjuguer sur Perfect Cloud. Véritable bijou voix-piano qui laisse entrer petit à petit basse et cornet, le morceau introduit le rayon de soleil entre les persiennes lyriques de Impossible, déclaration d'amour d'une beauté singulière qui empêche simplement d'alunir.




On reste en apesanteur à l'écoute de Could You Look After Me, aux accords éblouissants, menés de manière alternative pour nourrir la matrice d'harmonies, de mélodies magiques. Lost enchaine aussi agréable et somptueux avant le métaphorique The Prince Of Pascoe Vale. Le musicien crée les passerelles entre le passé et aujourd'hui sur un mélange guitare-voix dosé, émouvant, avant les envolées de cordes de Threadbare où l'ambiance clandestine cimentée par l'écho de la voix, des guitares et la grosse caisse montre la virtuosité de Nick Batterham. Set Things Right dégaine une ode langoureuse, une fable sentimentale impeccable sur un piano caressant et une guitare pleine d'aura. L'âme 'ricaine' de l'harmonica sur Lost In L.A. nous éloigne du rivage brit-pop, nous exile dans une délectation mélodique pour nous ramener à l'élémentaire avec I Know I'm Home. Ce dernier morceau confère à l'album une unité familière et chaleureuse, la volonté décomplexée de parler d'amour et de l'offrir. Nick Batterham écrit et décrit ses sentiments, sombres ou lumineux, les met en musique comme un orfèvre, arrange et harmonise tel un sculpteur. Golden Boy est épithélial, authentique, s'inscrit dans l'intime, enlace et devient un monument de délicatesse .
NickBatterhamGoldenBoy



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