lundi 29 avril 2013

Thurston Moore

Thurston Moore, auteur compositeur qui marque notre époque de son empreinte punk, rock et pop, est connu pour être un des piliers de Sonic Youth qu’il forme avec le guitariste Lee Ranaldo dès 1981 et qui accueillera sa future épouse, amie de Kurt Cobain, la bassiste et guitariste Kim Gordon, le batteur Steve Shelley qui oeuvre sur trois albums de Cat Power et le guitariste Mark Ibold, également membre de Pavement. 
Il arrive du Connecticut très jeune à New-York, se trouve une colocation chez l’artiste Dan Graham, écrivain et chroniqueur qui lui prête ses cassettes audio. Moore commence l’aventure du punk au sein de groupes locaux et rencontre Ranaldo; Ensemble, ils perfectionnent leur pratique de la guitare avec le Glenn Branca's guitar orchestra, puis montent Sonic Youth, qui signera 15 albums et sillonnera les scènes du monde entier jusqu’en 2011, toujours avec une trentaine de guitares à portée de main.



Pendant 30 ans, Thurston Moore n’aura jamais cessé de travailler. Dans les années 90, en parallèle de Sonic Youth, il participe à des bandes originales de films, Backbeat de 1994 avec les Afghan Whigs, Foo Fighters, et REM groupe pour lequel il joue de la guitare et chante sur leur album Monsters. En 1998, il participe à la musique du film Velvet Goldmine avec des membres des Stooges et son ami Don Fleming, musicien et producteur (Sonic Youth, Posies, Teenage Fanclub etc). En 1993, pour Sonic Youth entre autres, il lance son propre label Ecstatic Peace! sur lequel il signera son deuxième album solo Trees Outside the Academy en 2007, l’opus Psychic Hearts de 1995 étant sur Geffen Records, label de David Geffen qui signera Double Fantasy de John Lennon et Yoko Ono. Le new-yorkais Thurston Moore et son ex-femme depuis, Kim Gordon, travailleront d’ailleurs avec Yoko Ono. Ono lui demande en 2012 de peaufiner certaines de ses chansons, qui seront sur l’album YokoKimThurston. 



Moore ne lésine pas sur ses activités et en plus de la musique, de la gestion du label, des ses collaborations artistiques multiples comme la réalisation du clip Here pour Pavement, il est aussi écrivain, éditeur et chroniqueur pour le Arthur Magazine et son site Protest Records. Passionné par le jazz, on l’a vu récemment sur scène avec une légende du jazz Michael Chapman, et apparait pour un projet de jazz improvisé à Oslo en 2007, aux côtés de musiciens norvégiens et de son ami Jim O'Rourke (Wilco) qui enregistrent le live pour l’album The First Original Silence.



En 2011, il signe son troisième album solo dont les 9 titres tiennent du génie et montrent l’immensité du talent de Thurston Moore. Demolished Thoughts est une pure merveille tant en composition, en orchestration que dans l’écriture, avec des mélodies et des textes sculpuraux. La personnalité de Moore y est étincelante et le résultat parfait. Produit par Beck, qui y joue et chante, Demolished Thoughts est davantage proche de la pop orchestrale que du hardcore, du noisy ou du rock. Avec une trame acoustique, Thurston Moore a réussi à exceller en expérimentant les arrangement symphoniques de harpe et de violons qui viennent épicer les guitares de Moore, la basse et les claviers de Beck. Ce disque printanier qui ouvre le bal avec un magnifique Benediction, puis Orchard Street qui rend hommage à New-York, ou encore le splendide In the Silver Rain with a Paper Key, puis Circulation qui me fait penser à The Auteurs, le final grandiose January, passera les saisons et les années, bijou intemporel, à se procurer absolument. Thurston Moore en 2013 fait un retour aux sources avec son nouveau groupe rock Chelsea Light Moving qui signe le 5 mars dernier un album éponyme. La tournée est commencée par le festival texan SXSW et passera par Londres au Meltdown Festival créé par Yoko Ono, Suède, Allemagne, Irlande, Belgique et Paris le 22 juin. ThurstonMoore
 

dimanche 28 avril 2013

Dufflecoat Records

C'est le printemps alors on range les manteaux au placard ... sauf celui-là ! Dufflecoat Records est un label indépendant anglais qui délivre et fait connaître une pléthore de groupes pop délicieux et malicieux. Dans la veine de Sarah Records, Dufflecoat est lancé en 2011 grâce à Gary Sansom dont la noble entreprise dans un premier temps est de promouvoir des artistes pop asiatiques, peu connus en Europe, idée évoluant grâce au label indonésien Maritime Records. Entouré de ses acolytes, Joz, Rusli et Sara, Gary développe depuis son label en travaillant avec des groupes du monde entier représentant l’indiepop, la dreampop et la tweepop comme par exemple les excellents Alpaca Sports de Suède. Dans son activité de prospection et de promotion, Gary Sansom improvise parfois des compilations incroyables et surtout bien senties. Il se met en quête de groupes talentueux pop en Indonésie et aux Philippines et opte pour une compilation nommée The sacred Music qui les met à l’oeuvre avec des reprises du mythique Trembling Blue Stars. Parmis les 19 groupes qui participent, on retrouve notamment les asiatiques Annemarie, Carnival Park mais d’autres nationalités sont aussi représentées comme la France avec Skittle Alley de Limoges (fabuleux projet de Fanou Alley) et Aline, ou encore l’Ecosse avec Bubblegum Lemonade. 


Dufflecoat Records explore le format EP et depuis quelques mois offre de bien beaux objets comme le 4 titres partagés par les suédois d’Acid House Kings et les philippains de Carnival Park. Plusieurs signatures montrent la motivation de Gary : le vinyle rouge du groupe anglais A Fine Day For Sailing, le majestueux cd de Artic Flow dont l’univers s’approche des Field Mice ou de Brighter, la pop sophistiquée de Cave Cat, la power pop des indonésiens d’Astrolab, les irlandais Choir Invisible et leur janglepop, les suédois Cornershop et Double Dan avec leur pop accrocheuse, la récente sortie de Colleagues, groupe de filles indonésiennes, Gentle Isolation, Hobbes Fanclub, Funny Little Dream, Kensingtons, Nature Set, The Ritas etc....... Visitez le site de Dufflecoat Records, c’est un puits de pétrole, une mine d’or, un label «pépite de pop» qui se fraie un bien beau chemin dans le monde de l’indiepop. DufflecoatRecords

Jean-Louis Bergère

Inspiré par Léo Ferré qu’il admire et honore à travers le spectacle qu’il monte sur le poète en 1993, l’angevin Jean-Louis Bergère est un artiste ovni dans le paysage musical français. On peut lire sur la biographie de l’auteur-compositeur interprète qu’il est influencé des Stones, de Cohen, Nick Drake, Neil Young et Lou Reed. Ces références se retrouvent sur son récent album Demain de nuits de jours qui propose 11 magnifiques titres chantés en français, poétiques, superbement mélodiques et dont la production est un enchantement. Cela fait plusieurs semaines que j’écoute Jean-Louis Bergère qui m’évoque tour à tour Rodolphe Burger, Jean-Louis Murat et le Velvet Underground tant la poésie et le lyrisme sont mis en musique avec élégance et sensualité. La pudeur des mots et le lyrisme dans les textes sont bercés par des arrangements et des orchestrations d’une finesse notable. Jour sans fin pose le décor avec délicatesse et les thèmes de la mémoire, du voyage, de l’amour. 



Evelyne Chauveau chante sur Long Courrier mais apporte aussi sa participation aux choeurs sur l’album d’une manière ravissante et attachante. Les deux voix, accompagnées de celle de Laurent David, sont portées par les musiciens qui excellent, chacun à son instrument: Blaise Desol à la guitare électrique et acoustique, Hervé Moquet à la basse, Antoine David à la batterie, Xavier Pourcher au piano et aux claviers. Atlantic Drive aux rythmes dansantes et rock nous emmène en bord de mer, nous berce de la lumière du phare quand le thème marin est poursuivi dans Les roches brunes, morceau aérien qui annonce Demain de nuits de jours, ballade enivrante ornée des envolées vocales du ténor Laurent David. Le voyage musical continue allégrement dans Rien ne nous sera épargné grâce aux métaphores voluptueuses du froid de l’hiver valorisé par le chant touchant de Jean-Louis et d’Evelyne. Tout ce qui nous protège et sa batterie puissante, ses guitares langoureuses, son texte offensif et brulant précède A l’envers le monde où le clavier et les arpèges de guitares se mêlent sublimement aux mots qui emmènent sur des terres inconnues, traversent des horizons, des saisons, qui imagent l’amour pour un père qui meurt sur l’émouvant Dans mes bras. L’exploration se perpétue à travers les deux derniers titres Les distances et Dans le couloir où les cordes de la basse et de la guitare électrique sont amples et harmonieuses, mariées à la voix et aux textes profondément poétiques de Jean-Louis Bergère qui signe en janvier 2013 un magistral et lumineux Demain de nuits de jours. jeanlouisbergere

 

jeudi 18 avril 2013

Pond

Pond est un groupe de rock psychédélique formé en 2008 que j’ai découvert au travers de leur excellent album Beard, Wives, Denim sorti en 2012 mais enregistré dès 2010 en 15 jours dans une ferme à Eagle Bay, Australie (photo de la pochette disque). Pond, Nick Allbrook, Jay Watson, Joseph Ryan, Jamie Terry, Kevin Parker et Cam Avery accompagnés d’une clique d’amis en studio, ont signé trois albums en 2009 et 2010 : Psychedelic Mango, Corridors of Blissterday et Frond. A cette époque Nick, Jay et Kevin Parker qui est membre de Pond à ses débuts, vivent aussi un succès retentissant avec leur autre groupe Tame Impala. Kevin Parker qui l’a fondé et le conduit se consacre depuis à Tame Impala, ses amis musiciens continuent l’aventure Pond en parallèle et bonne entente. C’est Nick, Jay et Joseph qui composent l’essentiel et leur dynamisme pop psychédélique commun offre des mélopées efficaces et rodées. Excellents techniciens en studio, ils gardent une fraicheur dans les compositions et une énergie incroyable de showmen sur scène. Leur collaboration dans l’écriture croise celle présente dans l’interprétation, créant des choeurs joviaux et une ambiance kaleidoscopique et euphorique. Les titres de Beard, Wives, Denim sont à l’image des signatures de Pond, variées et fleuries de sonorités qui marche aux quatre vents rock, pop, funk et psychédélisme.


  
Le disque commence avec l’explosif Fantastic Explosion of Time, titre qui pose d’emblée le décor et l’ambiance qui nous ramène aux Who, à Of Montréal grâce à l’écriture de Jay Watson et Nick Allbrook qui s’en donne à coeur joie au chant. Les guitares de Jay et de Joseph sont grisantes et même la basse qu’assure Jamie Terry et parfois Joseph est royale. When It Explodes poursuit l’aventure psyché avec les claviers et la batterie dévergondée de Kevin Parker. Le funk et le groove font leur entrée sur Elegant Design écrite par Jay qui est au chant avec Nick. La prouesse des trois compères Nick, Jay et Joseph qui sont tous trois guitaristes, bassistes et batteurs continue avec la géniale balade pop psyché Sorry I Was Under the Sky et la brulante, rock’n roll Sun and Sea and You. Puis Allergies qui à mes oreilles se pose en pièce maitresse au milieu de l’album avec le chant envoûtant de Jay est délicieusement alternative. Les sept titres qui suivent sont somptueux. You broke my cool, magistral, chanson signée Nick Allbrook qu’il interprète avec sa voix intraséquement psychédélique appuyée par les claviers qui balancent des notes fantastiques est suivi par Moth Wings, simplement splendide. Vient la rythmique endiablée de Leisure Pony, galopante et terrifiante de tempérament. Mystery au chant Pink-floydien sème une sensualité sixties hallucinante qui pousserait à la contemplation mystique mais pas morale. Dig Brother, dans la même veine fabuleuse, pop et dansante, signée cette fois de Joseph, est là aussi un des chefs d’oeuvre de l’album et confirme que le trio de musiciens compositeurs est un trio brillant. 


La qualité mélodique et l’originalité superbement exécutée des arrangements se retrouvent dans le grandiose Eye Pattern Blindness et le touchant Moreno's Blend qui boucle l’écoute sous la douche avec humour et esprit. Il est évident qu’il y a un retour du psychédélisme actuellement dans le travail des groupes pop et rock mais en ce qui concerne Pond, ils ne tombent pas dans le revival ou l’inspiration basique, ils transportent une âme de la fin sixties, ils sont habités par le psychédélisme et se sont clairement trompés d’époque. Beard, Wives, Denim est tellement admirable et indomptable qu’il fait partie pour moi des meilleurs albums de la décennie. Jetez-vous sur Pond ! Pond
   

Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...