mercredi 14 octobre 2020

Love, burns

Le musicien Phil Sutton, auteur-compositeur, apparaît de 1993 à 1997 sous l'alias Hofner Burns. Batteur, il brille d'abord aux tambours de sa batterie avec diverses formations avant de fonder le groupe Comet Gain, puis son autre projet Pale Lights avec qui il signera deux albums chez Track & Field entre 1999 et 2002. L'anglais s'exile à New-York où il met en place The Soft City avec des membres de Comet Gain et des Ladybug Transistor. Après une jolie série d'EP sort un album éponyme en 2010 enregistré dans le fameux studio à Brooklyn de Gary Olson des Ladybug Transistor, Marlborough Farm Studios.



Phil, naturellement issu de la vague brit-pop, s'inspire du néo-réalisme dans le cinéma, la littérature et les interprètes féminines des années 60 comme Françoise Hardy qu'il admire. Pale lights depuis ne cesse de combler de ravissement le monde indie-pop avec en 2014 l'album Before There Were Pictures suivi en 2017 de The Stars Seemed Brighter.
Main dans la main avec Ronny Pinkau, à la tête de l'excellent label allemand Kleine Untergrund Schallplatten, Phil nous offrira un deux titres le 23 octobre 2020 qui d'emblée me séduit fort. Parallèlement je me réjouis d'apprendre qu'un nouvel album Pale Lights est à venir, commencé juste avant d'être bouclés à la maison au printemps dernier et fin prêt à nous être délivré.



Sous ce nouvel alias Love, Burns, Phil reprend ses guitares et ses baguettes sur le poppeux Gate And The Ghost / It's A Shame, toujours entouré de ses talentueux amis Gary Olson au mixage et aux manettes du studio d'enregistrement Marlborough Farms, de Kyle Forester artiste dont je parle récemment pour son superbe album solo et qui joue au sein des Ladybug Transistor et Crystal Stilts, Hampus Öhman-Frölund batteur des Alpaca Sports, le formidable artiste Nick Garrie et Hewson Chen de Lake Ruth et The New Lines.

Comme de coutumes, les guitares et la rythmique qui ornent Gate And The Ghost, galopent et chevauchent sur la mélodie qui fuse et donne furieusement envie de danser. It's a shame continue d'enfiévrer les oreilles avec son tempo groovy, sa guitare magique sur le clavier psychédélique entêtant et persuasif. Pour couronner le tout harmonieux et somptueusement pop, la voix de Phil Sutton resplendit de classe et de personnalité.
PaleLightsPiggledyPop2014
PaleLightsPiggledyPop2018
KyleForesterPiggledyPop2020
GaryOlsonPiggledyPop2020

lundi 12 octobre 2020

Strfkr

Strfkr
c'est le nom sans voyelles et la version plus correcte peut-être du groupe de Portland 'Starfucker'. L'auteur-compositeur Joshua Hodges concoctera d'abord les albums solo Sexton Blake et Plays the Hits! sous l'alias Sexton Blake avant de créer le groupe en 2007 qui compte Shawn Glassford et Keil Corcoran et fait paraître Starfucker en 2008, Jupiter en 2009, Reptilians en 2011, Miracle Mile en 2013 et le remarquable Being No One, Going Nowhere en 2016. 



Joshua qui compose, chante, joue de la guitare, des claviers et de la batterie vient de peaufiner au printemps 2020 l'album Future Past Life écrit et composé par ses soins, enregistré sur son home-studio, auquel se sont joints Shawn et Keil, pour participer tour à tour à la batterie, chant, basse et clavier.

La ravissante électro-pop des Strfkr arrive illico aux oreilles dès le titre Dear Stranger, cintré, fuselé, avec les notes de claviers nettes et fracassantes qui présentent sans préambule l'ambiance synthétique et dansante du tout nouveau bijou. Never the same et sa mélodie pop harmonieuse, ornée de tambourins, de synthés tendus offre des effets de voix fort cosmiques. 



Les arrangements de Deep Dream et de Second Hand nourris de rythmiques boisées sont finement mixés. Les sons alternatifs font corps avec la construction inspirée et les mots qui narrent une relation changeante, instable et malade.
Better together le souligne doucement dans une apesanteur réussie avant que le tempo relance les machines sur le délicieux poppeux Budapest, titre qui accueille le fabuleux groupe de pop-indépendante du Missouri Shy Boys. Palm Reader poursuit langoureusement sur le thème de l'indécision avant Sea Foam, optimiste et cadencé qui sonne comme le phare au milieu de l'excellent album. 



Pink Noise déroule une mélodie pleine d'allure et de panache dans les choeurs et les harmonies de guitares, claviers, batterie avant la merveilleuse fin de Cold Comfort où l'esprit parfois blasé rebondit, devenant philosophe et apaisé. Le solide disque Future Past Life, produit à la maison grâce au travail brillant d'ingénieur son de Joshua Hodges, composant dans les circonstances inhumaines d'enfermement du printemps 2020 pour les artistes, resplendit une grande adversité et belle énergie. 
Strfkr



vendredi 2 octobre 2020

Gregor

L'australien Gregor Kompar alias Gregor fera paraître le 13 novembre 2020 son nouvel album Destiny. Fort accrocheur et parfumé d'une belle âme pop ramenant aux narines les effluves Jonathan Richman, Love, Talking Heads et The Auteurs, certains critiques osant le mélange Franck Ocean et Björk, le registre excentrique du multi-instrumentiste auteur-compositeur tient de sa voix charismatique. Apparu en 2014 avec le mini-album Aneurysms, suivi en novembre 2015 de l'instrumental UW, son chant vient habiller ses compositions expérimentales sur Thoughts & Faults de 2016, puis sur l'album encore plus abouti et impressionnant Silver Drop de 2018.



Les points forts de Gregor ne manquent pas. Excellent guitariste et auteur, son interprétation et manière de chanter franches, son humour, ornent ses mélodies inspirées. Heat pleine de rythmiques ensoleillées fait place à l'electro-pop décalée, savamment sculptée eighties par les claviers de Fishing Net.I Look Devastated qui fait groover le bontempi de 1977, bien que destiné à être romantique fait sourire. Revise me et ses cordes de guitare et flûtes tropicales se savoure sur huit minutes, marquant la aussi l'excentricité de l'artiste qui n'a cure des formats classiques, couplets-refrains.



Silver Drop qui suit, métallique et électrique, délivre un texte amoureux chanté avec ce brin d'élégance charmante, drôle et dandy. Wish You Saw déroule un air harmonieux sur des mots chaleureux presque susurrés à la manière de Magnetic Fields avant le grandiose et énigmatique A Song About Holding Hands. Revenant à des arrangements moins rétro, sur un schéma cold-wave, l'intime et décidé I'll Prove It To You est suivi du magnifique Something Irrelevant, armé d'accords stylés vintage garnis de voix superbement acerbes. Bugs ferme le volet Silver Drop de manière touchante et lyrique, dévoilant une personnalité artistique riche et prometteuse. 
Avec les deux singles The Rock (and the Stars) et Senseless, issus de Destiny à venir, Gregor révèle un univers singulier et brillant, à suivre fermement. 
Gregor



jeudi 1 octobre 2020

Thibault

Originaire de Melbourne, Nicole Thibault est une artiste accomplie et expérimentée. C'est depuis 1994 et son premier groupe Minimum Chips que la musicienne australienne s'atele sur scène et en studio. Après une pause volontaire en 2007 pour se consacrer à fonder une famille, elle revient treize ans plus tard avec son propre répertoire sous le nom Thibault.

Or Not Thibault est l'album qu'elle offre le pied à l'étrier ce 4 septembre 2020. Pièce magnifique, presque incomparable en style, le disque tient une originalité rare et appréciable. Manifestement pas victime des modes musicales, Thibault décline son univers singulier, aux atmosphériques différentes et surprenantes. 

Entourée d'amis de longue date pour l'enregistrement, le groupe compte la présence de Zak Olsen (Orb, Traffik Island), Rebecca Liston et Stella Rennex (toutes deux de Parsnip) ainsi que la participation de Lachlan Denton (The Ocean Party, Pop Filter), de son acolyte de Minimum Chips, Julian Patterson et du producteur James Cecil (The Goon Sax, Architecture In Helsinki).



Le splendide voyage dream-pop commence sur See The World qui pose son regard lucide sur la jet-set qui sillonne le globe, le survole, et ceux qui sont coincés et hypnotisés devant leur poste de télé au point de ne plus pouvoir s'exprimer où se révolter de la masse d'infos qu'ils gobent comme des mouches. Galbé, harmonieux, le titre délivre des harmonies de basse et de claviers féeriques sur le chant cristallin. L'orgue inspiré et lumineux de Centrelink charme et séduit par son tempo sucré orné de cuivres apportant une dose d'espoir. L'idée d'un réveil des masses espéré continue sur la rythmique dynamique et dansante de Drama.

Wanting To Be Alone pleine de notes boisées, est arrangée avec subtilité et variété pour évoquer le délice de l'autonomie et de l'indépendance. Énergie et force émanent des compositions aussi colorées qu'édifiantes d'inspiration. Continuer est un mémento hommage à Ennio Morricone, suivi de la psychédélique Chatty Cathy instrumental qui évoque avec sarcasme les fameuses poupées des années soixantes, nom devenu péjoratif pour désigner des femmes pantins. 



Le tempérament trempé et solide de l'auteur-compositeur se dévoile en douceur et volupté sur la pop minimaliste de Late Expectations. Foncièrement drôle et positive, l'ambiance cinématographique et mélodique de Spanakopita et de Treasure Trove, inspiré par Michel Legrand et L'affaire Thomas Crown glisse naturellement. La limpidité absolue dans les claviers et les folles rythmiques sont un régal sur Moody Ghost, ample d'humour décalé pour décrire le profil fantomatique de certains, devenus mous et inertes. Too Much Time termine l'écoute en rappelant ce long laps de temps avant de se remettre à écrire des chansons. Les échos de voix, leurs envolées lyriques, les touches d'orgue et de cuivres élégants ferment Or Not Thibault excellent et marquant, classé sur Piggledy Pop comme le plus original des disques 2020.
Thibault



Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...