dimanche 7 décembre 2014

Philémon Cimon

Philémon Cimon est un de mes coups de coeur de 2014. L'auteur-compositeur de Montréal n'écrit pas ses chansons avec une plume ou un stylo bic mais avec une pâquerette. L'esprit de ses compositions est printanier, parfumé au muguet, ouvert comme un tournesol, voltigeant comme les aigrettes du pissenlit, ondulé comme un champ de blé sans toutefois emprunter quatre chemins pour dire les choses. C'est avec son ami et acolyte Philippe Brault, bassiste, qu'il signe en janvier 2014 le 12 titres de L'été, et avec la complicité de l'ingénieur Howard Bilerman qui travaille avec Arcade Fire et qui ici dorlote les sons à la console. Autour de Philémon qui excelle à la guitare, il y a aussi Sarah Pagé à la harpe et au chant, Néstor Rodriguez Vilardell droit venu de la Havane au saxophone, David Payant à la batterie, David Carbonneau à la trompette, Nicolas Basque qui joue dans le groupe Plants and Animals aux guitares, Guido del Fabbro à la mandoline et au violon et Papacho débarqué pour l'enregistrement du Mexique à l'orgue, au mélodica et au piano. L'été déroule son tapis de mélodies en commençant par le titre Soleil blanc, à la rythmique mouvante, aux guitares mutines ornées de la voix gracieuse et naturelle de Philémon, de mots amoureux accompagnés du sensuel saxophone. Puis suit la déclaration enflammée Au cinéma, mélopée pop et dansante agrémentée de cuivres sur un texte sacrément mutin. La balade Julie July qui suit offre un tempo estival, un texte mordant qui parle de pétales, de muguet, de champ et bouquet pour avouer une aventure amoureuse très peu romantique où la trompette vient fouler avec brio l'orchestration. Des jours et puis des jours, décrit également une histoire fanée avec des images poétiques, "J’ai pris ta main comme on prend des cerises, J’ai pris tes jambes en sueur sur le plancher, J’ai pris ta taille de fleur, je t’ai assise, Et j’ai fermé mes yeux pour t’embrasser", ardemment instrumentalisé avec des envolées de cordes et cuivres.

Tout comme dans Julie July où Philémon compare l'acte d'amour à une mort "Étiolée dans ton bouquet nuptial, Je t’ai enterrée", ou encore dans le très suave Chose étrange "Tu donnes ton corps, Comme on donne la mort", thème qui se dévoile sur Chanson pour un ami chanté avec l'accent touchant où Philémon est éclatant d'émotion pour évoquer la mort d'un père, les larmes, les corbeaux, les bouleaux. La lumière céleste revient sur les trompettes de Moi j'ai confiance qui nous emmènent dans un vertigo de notes, de mots amoureux voyageant sur des rivières, des torrents, des chemins, sur la glace en patin à la croisée des chemins il "lui offre le ciel" "Moi j’ai confiance qu’on peut marcher, jusqu’à la prochaine plage, Faire un bateau, y mettre une voile, et puis partir au large". Ecrit de manière pétillante, composé avec enthousiasme, les orchestrations de contrebasse, de violons sont enfiévrées sur Je veux de la lumière, mellow et langoureux où flotte une jolie âme traditionnelle canadienne. La voix de Philémon est fort touchante, elle habille ses mots avec transparence dans le timbre, une honnêteté captivante. Quel été propose un soleil levant derechef, débordant de sentiments, de passion avec un texte débridé coloré et enveloppant. Après les corbeaux, c'est le merle qui vient se poser sur les arpèges de guitare brillants, sur l'archet du violon de La mort des amoureux où la voix de Sarah vient picorer délicatement des mots, accompagnant un morceaux pastoral acoustique d'une fraicheur et subtilité de toute beauté. Où je me perds décrit une sensibilité chaude et étoilé, entre le feu et le ciel jouée à la guitare acoustique qui révèle un profil de ménestrel au musicien. Philémon Cimon conclut magnifiquement L'été avec Par la fenêtre et sa harpe, pour peindre le bonheur amoureux, brossé par l'orgue, par l'envolée de cordes de guitares, le saxophone fondant sur un baiser ardent sous les "lampadaires" de l'"hiver" et "sous les flocons" avec un chant en choral exaltant. L'été fait rayonner des couleurs, des parfums, des paysages, des saisons avec une poésie superbe et des compositions flamboyantes qui indiquent tout le talent d'auteur et de compositeur de Philémon Cimon.
PhilemonCimon




dimanche 30 novembre 2014

Alberto Arcangeli

Je viens de découvrir un album qui date de 2011 signé de l'artiste italien Alberto Arcangeli qui a une griffe indie'pop incroyablement belle. Le disque qui porte le joli nom de Pop Down the Rabbit Hole contient 10 titres, tous aussi bons les uns que les autres, variés et riches de mélodies. Les ambiances y sont différentes, l'écriture fleurie et l'instrumentation pop est inspirée. Le musicien signe son opus Sette gocce di liquido lunare en 2003, entièrement écrit dans sa langue maternelle, puis réitère en 2009 avec Dreamsongs comprenant 9 morceaux, des inédits et des reprises, cette fois ci en anglais. A travers ce second album, Alberto Arcangeli présente ses influences, allant des Zombies, Buffalo Springfield aux Kinks. Dans ses compositions, il y a aussi l'âme des Beatles et d'Elliott Smith avec une pincée de psychédélisme qui se retrouve deux ans plus tard sur Pop Down the Rabbit Hole.

Avec son chant fluide et juste, le guitariste offre un album impressionnant qui sonne spontané, alors que l'instrumentation, les arpèges y sont très réfléchis et élaborés. Ce passionné qui écrit et compose, produit son album et joue tous les instruments est entouré de sa famille avec son père Ivan Graziani, auteur-compositeur dans les années 60 du groupe Nino Dale and His Modernists, excellent peintre diplômé des Beaux-Arts, qui jusqu'en 1999 signera une vingtaine d'albums et de sa soeur qui s'occupe du design des albums. Alberto Arcangeli grandit près d'Urbino, au milieu de peintures et sculptures de la Renaissance avec son père qui écoute Revolver des Beatles, Camille Saint-Saens et Ravel. C'est dans ce bain artistique qu'Alberto s'initie à la musique aussi bien qu'il réussit ses études, étant aujourd'hui cadre dans les finances. Ce souffle culturel qui l'entoure influe sur ses chansons, le rend créatif et un technicien talentueux qui produit des harmonies solides, lumineuses et originales. Il y a quelques jours, Alberto a posté un nouveau titre sur soundcloud qui fait penser qu'il nous offrira peut-être bientôt un nouvel album. En attendant, le timbre de voix magnifique de Wheels and Love et la note psyché Syd Barrett sur Pop Down the Rabbit Hole restent savoureusement intemporels et à écouter absolument. L'esprit pop y est prestigieux, dans les textes qui font référence au temps, aux couleurs, à l'amour et dans l'instrumentation kaléidoscopique. L'ambiance fanfare et cabaret au début Nothing Compares To Your Eyes (On Saturday Night) tourne en mélopée acoustique brillante jouée à la guitare où les claviers sixties, les accords bubblegum et power pop accompagnent un chant pur et enthousiaste. Puis Hard Games continue dans l'esthétisme avec la présence de l'artiste Yani Martinelli qui chante en duo avec Alberto, titre où les deux musiciens en osmose s'amusent aux rythmiques et aux arrangements de cordes.

Against the day arrive aux oreilles, ravissant de sonorités, tout comme par exemple la bossa de Winter Leaves, qui amène une vague de chaleur délicate. On the way to Mars, alterne subtilement dans le tempo et le chant pour créer une atmosphère champêtre, peu étonnante quand on sait comment Alberto écrit ses chansons: "in my garden, on a sunny September morning, with birds singing in the trees. Kind of a dreamy picture. I recorded the first half of the song singing and playing di- rectly in my mobile phone, in the garden, and then added the rest of the arrangement in my home studio". Border of Nowhere qui suit est écrite, jouée à la guitare et chantée par Paolino Tomatis accompagné de Giuseppe Minaudo à la batterie proposant une mélodie proche de l'univers de Donovan. La guitare, somptueuse, fait rayonner ses arpèges sur Blow Wind, co-écrite avec Tony Lawson pour dérouler un tapis de notes élégantes, mélancoliques jouées au piano de la version alternative du titre Wheels and Love qui ouvre et boucle le splendide Pop Down the Rabbit Hole. Alberto Arcangeli dont la devise est "i woke up this morning and i was indie" est époustouflant de talent. Je croise les doigts pour qu'il nous comble de nouveaux titres aussi prodigieux très vite. AlbertoArcangeli


samedi 29 novembre 2014

Matthew Edwards and the Unfortunates

Matthew Edwards est un auteur-compositeur anglais originaire de Birmingham, exilé depuis 1994 à San Francisco qui en 2003 forme le groupe The Music Lovers jusqu'en 2009. A cette époque, il s'occupe d'un bar où ont lieu des concerts et des open-mic quand il rencontre le bassiste Jon Brooder qui vient jouer dans son bar, tout comme le guitariste Bryan Cain. Vient se joindre à la formation, un ami de longue date anglais, Paul Comaskey, pour assurer la batterie. Avec une poignée de chansons dans la besace et un premier concert à New-York en 2002, le label Le Grand Magistery les repère et ils signent ensemble le premier EP Cheap Songs Tell The Truth en 2003 suivi de l'album The Words We Say Before We Sleep en 2004. Puis Paul repart vivre en Europe et Matthew Edwards rencontre deux nouveaux musiciens, l'excellent batteur Colin Sherlock et Jun Kurihara qui joue accordéon, piano et co-écrit parfois. Le groupe au complet signe en 2006 le deuxième album The Music Lovers' Guide for Young People. Masculine Feminine suit en 2008; Ces trois albums chamber-pop sont de pures bijoux que je conseille, arrangés de manière fine avec une âme sixties dans la basse et les guitares, remémorant Tindersticks, Divine Comedy, Serge Gainsbourg, The Smiths, Beatles. Les textes délicieux sont nourris de références cinématographiques et littéraires qui peuvent rappeler la poésie dans l'univers de Phil Selway et des Prefab Sprout. L'ensemble est enrichi par des musiciens doués et passionnés comme Jon qui avec la basse joue admirablement de l'harmonica, Bryan qui en plus de la guitare brille à la mandoline, Matthew Edwards à la guitare offre un chant magnifique et rond d'harmonies, Jun Kurihara qui joue de l'orgue, du cor, de l'accordéon, tambourin s'occupe des arrangements de cordes, du trombone de Bryan Schell, de la trompette de Lori Karns, avec une oreille sacrément aiguisée.

Après l'aventure The Music Lovers, c'est la naissance du groupe Matthew Edwards and The Unfortunates avec le single Minotaur en avril 2014, suivi ce mois de novembre 2014 du tout nouvel album The Fates. La formation autour de Matthew accueille la fabuleuse Sasha Bell des Essex Green et Ladybug Transistor qui joue de l'orgue, piano et chante, Isaac Bonnell à l'accordéon, Adaiha McAdam-Somer au violoncelle, Jefferson Marshall à la basse et Kristina Vukic à la batterie, agrémentée depuis peu par la présence de David Roberton, Derick Simmonds et Bob Dog. Derechef, les influences de Matthew Edwards, Scott Walker, Glen Campbell, Leonard Cohen, Nick Cave, rayonnent sur l'album et ses 11 titres magiques où se marient à la perfection violoncelle, orgue et le savoureux accordéon. Le disque produit par le musicien de Captain Beefheart's Magic Band, Eric Drew Feldman qui travaille aussi avec Frank Black et PJ Harvey, s'ouvre sur la mélodie romantique comme sait si bien les composer Edwards de Accident. Puis le mystérieux et envoûtant Ghost arrive sur la platine avec ses particules magnifiques de violoncelle. Les mots sophistiqués glissent et s'agrippent aux oreilles, chantés avec classe par Matthew et Sasha. Quand la guitare subtile de Fred Frith qui joue sur 3 titres, arrive sur le mélancolique et touchant The English Blues, l'atmosphère nostalgique continue sur le tempo dansant de The Way To The Stars où Matthew entonne "I’m English, so English, ridiculously" sur des guitares calibrées et une orchestrations rock-psyché succulente. L'instrumentation merveilleuse se retrouve sur le titre brillant Dizzy qui évoque un thème cher à Edwards, la religion "i'm dizzy from laughing upon this cross, I ask my companions, Boys are we lost?...You ask if i'm praying, well i don't have the time", où le chant pop propose des papadapapa entrainants avec une orchestration de violoncelle médiévale qui revêt Matthew Edwards de son habit de troubadour. La caisse rafraichissante de The Imposter qui parle de villes, de trains et de châteaux confirme l'atmosphère historique avec les violons électrisés et l'orgue irrésistible de Sasha qui assure un chant cristallin.

L'humour délicat et so british de Edwards resplendit sur Sandrine Bonnaire qui forcément, porte une touche so frenchy à l'album. L'instrumentation de The Liar plus americana est tout aussi précise et élégante, maitrisée pour créer des ambiances comme avec la guitare magistrale de I don't care accompagné d'une batterie inquiétante et d'une flûte presque punk. Puis No More Songs dans la veine de Lloyd Cole cadence un texte poétique qui souligne une fin de romance, sur une guitare électrique de velours et des cuivres duveteux. Before The Good Times boucle l'écoute gracieusement dans une veine à la Scott Fitzgerald, Kerouac, griffée Beat Generation où l'on devine que Matthew Edwards a vécu nombre d'expériences qui ne le laisseront surement jamais sec d'inspiration. The Fates est orné d'une culture européenne et américaine, savamment écrit, composé, interprété, surprenant et émouvant. On y revient et il parait encore meilleur à chaque écoute. Matthew Edwards and The Unfortunates, avec la production réussie d'Eric Drew Feldman, l'or dans les doigts de Fred Frith, l'exquise participation de Sasha Bell qui nous prépare actuellement un album, signe un disque sublime que je classe dans le top des albums 2014. Après avoir partagé la scène avec Joanna Newsom, Richard Buckner, St Etienne, Circulus, Broadcast, Devendra Banhart, Camera Obscura, Matthew Edwards and The Unfortunates reprend le chemin des concerts comme celui à Londres il y a deux jours étant en ce moment en Europe. A vos tablettes!
MatthewEdwardsAndTheUnfortunates


dimanche 23 novembre 2014

John Howard

John Howard est un auteur compositeur anglais qui n'est pas nait de la dernière pluie puisqu'il apparait dès 1975 avec son sublime album Kid in a Big World enregistré au studio Abbey Road avec comme producteurs, Paul Phillips et le batteur ex Shadows, Tony Meehan. Les sessions d'enregistrement accueillent Rod Argent, membre des Zombies et le batteur du groupe Argent, Bob Henrit. Dans la même veine ochestrale pop sort le deuxième album la même année, Technicolour Biography puis en 1975, parait le troisième plus disco Can You Hear Me OK?. Pendant les sept années qui suivent John Howard signe plusieurs singles, dont un avec le producteur de Culture Club, pas encore connu du public, Steve Levine. Au milieu des années 80, il ne signera qu'un album au cours de sa retraite au Pays de Galle où il a une activité de producteur avant de se remettre en selle solo dans les années 2000 et de partir vivre en Espagne.


The Pros and Cons of Passion est un album où il propose des originaux mais aussi des reprises d'artistes qu'il aime comme Lou Reed, Neil Young, Paul McCartney, George Harrison, Brian Wilson, Stephen Sondheim et k.d. lang. Howard aime l'exercice qu'il réitère en 2005 sur Songs for a Lifetime et ses reprises de Bob Dylan, Joni Mitchell ou Roy Harper et en 2007 en reprenant The Bewlay Brothers de David Bowie. Howard au piano compose des mélopées proches de l'univers de Rufus Wainwright, d'Elton John, et Darren Hayman avec qui il travaillera sur Darren Hayman and the Secondary Modern ou encore d'Anthony Reynolds pour British Ballads . Devenu un artiste référence aujourd'hui, il s'entoure d'Andre Barreau, guitare de George Harrison . A ses côtés il y aussi des artistes comme le bassiste Phil King des The Jesus And Mary Chain et leader du groupe Lush, Simon Raymonde des Cocteau Twins, et le poète et ami Robert Cochrane. Avec son talent solide pour écrire et harmoniser des mélodies glamour ou pop, fertile et imaginatif, John Howard signera 8 autres albums dans les années 2000 dont le dernier 13ème disque Hello my Name is...sortira le 25 novembre 2014 prochain. Superbe production, les titres y voltigent, flottent avec grâce sur des orchestrations absolument sublimes se glissant entre les univers d'Harry Nilsson et de Prefab Sprout que je conseille en le notant au top 10 des meilleures productions de 2014.
JohnHoward

Christian Lee Hutson

Christian Lee Hutson est un auteur-compositeur américain qui produit des chansons délicates et folk dans le sillage de Paul Simon, Red House...