dimanche 30 décembre 2018

Cute Couple

Mark Reichardt et Conor McCarthy, deux copains d'enfance basés à Cape Town en Afrique du Sud, composent le duo Cute Couple (donné par un de leur professeur sardonique au collège). Les deux compères de Noordhoek, 25 ans, composent des titres pop chaloupée typée soul dance depuis cinq ans. Ils apparaissent d'abord dans un groupe nommé The Aztec Sapphire puis décident de créer Cute Couple, de façon autonome, enregistrant chez eux sur un trois pistes, pour rester au plus près de ce qui les inspire et signer deux premiers singles, Devoted et Noble Rot, particulièrement propres, élégants et efficaces. Mark compose, produit et chante quand Conor joue de la batterie et gère les arrangements, l'enregistrement et le mixing. Ils ont de l'humour et de l'esprit. Cette drôlerie, mêlée à une belle sensibilité, souffle un air agréablement alerte dans les harmonies chaudes et sensuelles sur l'album Terminus, premier disque paru en octobre 2017.



Kaleidoscope, leur style pop électronique seventies, soul, offre une instrumentation finement dosée, travaillée sur logiciel avec des pistes enregistrées sur micro, batterie et guitares. Le paysage sonore compressé et analogique offre néanmoins du relief grâce aux effets de voix brillants et réussis. L'ingéniosité de Conor donne un résultat d'orfèvre avec des voix chorales ou minimalistes qui zigzaguent, faisant des vagues ou des pirouettes légères. Les neuf titres de Terminus commencent avec le tempo funky contemplatif de A good Strip of Green Lights alliant l'analogique au son jouissif du Moog et au son boisé du piano. Le parlé émouvant de Terminus, sombre, étendu dans le temps, convoque la mémoire de sa mère, partie et laissant solitude et vide derrière elle. Revient à sa suite le groove de Somewhere Else to Fall in Love bordé de guitares électriques, de rythmiques chatoyantes et alternatives.



Impossible de s'ennuyer à leur écoute tant les mélodies se dilatent, se déploient et défilent variées et électrisées comme avec Thrauxing Whatever et What Are We Saying It's About pleines de samples, de voix ondulantes, de saxophone, de piano et de claphands. La basse entre princière sur Metro Plus (Dr. Jacky Chan) ouvrant la voie au chaleureux groove de The Tulip I'll Look Down at Forever et de T.M.M.L dont le chant charmant, entêtant, enveloppe et envoûte. Terminus nous fait descendre sur Tired of Feeling Lonely où Alice Phoebe Lou vient apporter sa voix. La chanteuse sud-africaine a attiré mon attention il y a trois ans grâce aux concerts qu'elle donne à la volée dans les rues et parcs de Berlin où elle vit. Elle se dépense corps et âme telle une troubadour des temps enchanteurs, menant son groupe ou seule avec sa guitare en bandoulière, à faire plaisir et rêver son audience. Sa présence au côté de Cute Couple pour ce dernier titre orné de violons et de piano pour évoquer l'exil se marie parfaitement à la délicatesse des deux musiciens, à leur édifice Terminus limpide, mélodique et admirablement solide.
CuteCouple



samedi 29 décembre 2018

Marlon Williams

Marlon Williams est un auteur-compositeur néo-zélandais habitant Melbourne depuis des années, qui apparait sur scène et avec son premier album nommé Marlon Williams en 2015. Avec une fibre folk, une atmosphère chaleureuse narrative, une essence typée Scott Walker, l'album brosse des personnages et des histoires drapés de guitares, basse et batterie. Ben Edwards, ami et collègue de studio est à la production et Aldous Harding, avec qui Williams est en couple, partage le chant sur Lonely Side Of Her. La voix de Marlon croone, somptueuse, faisant vibrer sa tessiture et son humour, sa personnalité drôle et sensuelle fleurissent son domaine artistique. Parallèlement à la composition, il est un showman qui habité et généreux fait rayonner son charisme lors de ses concerts. Quittant le style folk bluegrass, il reprend l'écriture après sa rupture avec Harding en décembre 2017. C'est avec le coeur brisé que l'inspiration explose "Then I wrote about fifteen songs in a month". Loin d'être mélancolique, le second album de Marlon Williams, Make Way For Love paru en février 2018 est un bouquet d'amour, garni d'espérance et de luminosité. Car avec des ancêtres maori, la sensibilité exacerbée par le chagrin d'amour, éclatante dans ses chansons, offre des particules brillantes et bondissantes de sincérité, assez pour être remarqué par l'acteur et réalisateur Bradley Cooper qui lui demande de venir jouer et chanter dans le film A star is born de 2018.



Make Way For Love est le genre d'album intemporel, élastique, adaptable à chacun, qui s'écoute avant et après une séparation, avant et après une idylle, parce qu'il parle de l'amour comme d'une force immarcescible. Dès les premières notes émouvantes de Come to me, le chantre sensuel, le troubadour touchant nous cueille. En guise d'introduction séduisante et captivante, la mélodie soyeuse fait des étincelles et le chant moelleux dégaine de l'électricité. Il y a dans le grain de voix de Williams qui escalade les octaves du Edwyn Collins, du Lee Hazelwood et du Elvis,flirtant sur le plan musical avec la scène zélandaise ou australienne des Lucksmiths, Anthony Rochester et Jonathan Bree. La pop tropicale et groovy de What's Chasing You, ses harmonies de guitares et sa rythmique roucoulent avec une pointe d'ironie. L'humour meurtri et grinçant est mis en beauté sur Beautiful Dress et Party Boy grâce au talent du multi-instrumentiste Dave Khan et du producteur Noah Georgeson qui griffe l'album de sa patte aux synthétiseurs.



Le tempo se fait plus velouté, avec une basse de tempérament assurée par Ben Wooley sur Can I Call you et Love Is a Terrible Thing, évocant la distance et la possession. La mélodie de I Know a Jeweller forme un ressac country avec son lot de guitares folk et acoustiques sur un texte désespérément amoureux. Le piano fait son apparition sur I Didn't Make a Plan et sa batterie tendue, envoûtante, grâce au talent de Angus Agars, doublée de l'écho des guitares, appuyant l'effet de plainte et d'union dispersée, comme décrite sur The Fire of Love 'And I'm left alone to tremble Like an adolescent king'. L'amertume dans les mots devient splendide et impériale par l'orchestration et l'interprétation aérienne de Williams. Malgré la relation disparue, Harding accepte de chanter sur Nobody Gets What They Want Anymore et ensemble, même à distance, font surgir un duo touchant et évident. Pour clore le chapitre, le titre Make Way for Love du même nom que l'album, fait résonner la note scintillante, ouverte à une renaissance.
MarlonWilliams



jeudi 27 décembre 2018

Adrian Juarez

Adrian Juarez est un musicien d'Argentine né à Buenos Aires qui commence son aventure artistique avec le single Madres argentinas escandalizadas, grand succès en 2005, lui donnant l'envol pour la création de son propre label Frigida Records. Il poursuit, inspiré, prolifique, signant le double titre Caleta Uno/Dos sur un label allemand en 2006 puis son premier album Fotografei en 2010, suivi de Tu nombre es fresa en 2011. Déjà, son univers contient du piano, qu'il joue depuis des années, puis de la guitare et des paroles imagées, formant des chansons 'cartes postales', fournies de couleurs et de messages. Il chante l'amour, la musique et la nature, mêlés avec poésie, et compose des mélodies qui voguent entre la pop, le rock, folk, bossa, l'orchestral et le traditionnel. Après les albums Marimba en 2012, Araucarias en 2014, Florale de 2015, Los valientes en 2016, son univers fourmille d'hommages à d'autres pays du monde. Adrian est un artiste passionné qui pied au plancher, signe plusieurs EP par an depuis 2006.



En 2017 et 2018, de manière singulière, Adrian rend donc hommage à différents pays en composant et sculptant des airs traditionnels du Japon, de l'Inde et de la France avec Babette orné d'accordéon mais aussi des hommages à d'autres groupes comme pour Stereolab avec le titre Fluorescencias. De façon symbolique, Adrian Juarez offre ce mois de décembre 2018 le magnifique album Indicador Universal, qui tel l'étoile pop du berger, contient son talent de production, assurant seul chant, instruments et arrangements. On y retrouve aussi la substance fleurie de l'Argentine, géographique et historique. Le jeune homme de trente ans trotte dans le milieu de la musique alternative depuis ses quinze ans. Pour ses trente ans, ce dernier album sonne comme une page de garde, pour de nouveaux chapitres musicaux à venir.
L'Argentine est liée à France, coeurs unis, les français aiment l'Argentine, ses trésors entrelacés avec notre histoire et les échanges qui jalonnent nos passions communes. Adrian décrit ces joyaux, les fleurs des montagnes, plaines aux dimensions magiques, les torrents, les rivières, la terre chaude, le soleil latin qui offre à ses habitants une âme sensuelle et un goût pour le sourire dans les assiettes comme dans la musique. Le folklore, le rock, la pop argentine, à l'image de la culture, sont irisés de notes européennes et sud américaines. D'ailleurs si la langue officielle est l'espagnol, on retrouve quelques indigènes qui parlent l'anglais, l'allemand, l'italien et le français. Adrian égrène les thèmes de la nature, d'une relation délicate et de la musique sur Indicator Universal en le parsemant d'arrangements symphoniques réussis.



L'introduction charmante de l'album avec Diorama Biomas, d'emblée, bat son plein de douce élégance. On quitte un instant le tropique du capricorne pour suivre sur la pointe des pieds celui du Trópicos Erógenos, sublime titre bordé de jonquilles, de renoncules, de flamands roses, de champignons dans la montagne. La guitare teinte et fait écho au chant cristallin d'Adrian destiné à décrire le plaisir d'une rencontre dans un paysage polychrome jusqu'au staccato de flûtes de Felina Cosmovisión où chat, étoiles, mémoire et flots tournoient sur les harmonies nimbées de grâce. Senderismo Interior poursuit l'enchantement, telle une canopée mélodieuse sous laquelle Adrian nous cueille dans son royaume minéral fait de rivières, de forêts, de plantes et animaux sauvages. Son chant de velours et intime absorbe l'attention, les mots fascinants de poésie inspirent une atmosphère mystérieuse, mythique, aux territoires étendus comme sur Un dios subterráneo. Les dieux grecs ne sont guère loin avec le lexique de douceur, de gloire, de mort, de beauté et d'éternité. Auréolant l'album de mélodies, par les instruments et par les textes, Adrian Juarez termine avec un Romance de las partículas divin. Le ciel et la terre forment le suc dans sa bouche pour évoquer les sentiments amoureux qui l'animent et qu'il transmet sur partitions tel un barde magique. L'alchimie subtile, musique et paroles, fonctionne à merveille. Adrian Juarez, constant et fécond, avec son style panaché, son enthousiasme créateur et sa fibre latine légitime, construit et conduit en prince un Indicator Universal au magnétisme efficace, renversant.
AdrianJuarez





mercredi 26 décembre 2018

Alexandra Bochkareva

Alexandra Bochkareva est une photographe originaire de l'Ouzbekistan qui vit désormais en Russie, à Saint-Petersbourg. Elle se dénote des autres photographes par les thèmes où chatoient et se côtoient roux et rousses, des éphélides sur teints de lait si lumineux et elfiques, leur offrant les contours de la nature et du féerique. Alexandra est sensible à l'art depuis sa tendre enfance, elle dessine et peint. Elle s'en éloigne le temps de ses études puis s'y replonge après la naissance de sa fille grâce à un vieil appareil photo de son père, un zénith. Prenant d'abord des clichés de sa fille, puis des autres membres de la famille, aux cheveux de feu et au regard clair, son premier modèle est sa soeur, rousse, au teint pâle, aux cils et aux yeux étincelants.

 




Imaginant ses photographies comme des dessins, elle anticipe les matières, les ambiances, les couleurs avec un don de peintre portraitiste. A la recherche de la beauté, son univers loin d'être mélancolique est fantastique, charmant et chaleureux. Les crinières, les minois, les plumes, les feuillages, les pelages, les robes sont saisis par l'objectif et sublimés. La douceur, la poésie, la sensualité, les légendes celtiques, le mystérieux et le magique sont privilégiés et élégamment mêlés. L'apanage d'Alexandra Bochkareva est d'offrir un scénario mirifique et naturel, sans trafiquer, ni maquiller les éléments. Ayant grandi dans une maison à la campagne, avec un grand jardin et une bibliothèque fournie, son autre passion est la lecture. Son intérêt pour la littérature et la peinture se retrouvent dans ses clichés délivrant des ambiances de légendes, mythes, muses et nymphes jouant de la harpe aux côtés d'animaux splendides. Ses photographies brossent la tendresse des bêtes, de la forêt, la douce animalité de l'homme avec une telle acuité qu'on touche du doigt l'atmosphère irréelle proche du conte de fées. Son génie est de réussir à saisir les détails pour rendre le motif, lui, insaisissable.



Les oeuvres d'Alexandra Bochkareva, magnifiques, entrent en résonance avec la vie sauvage des bois autour de Saint-Petersbourg et des plages de Neva Bay dans le golf de Finlande, dessinant une harmonie organique éblouissante. Sa récente série de photographies est dédiée au renard. Pour celle-ci, Alexandra a eu la compagnie du renarde domestiquée, Alice, qui a été adorable le temps des séances et qui même en gigotant chaque seconde, offre un résultat inoxydable et captivant. AlexandraBochkareva










Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...