dimanche 18 novembre 2018

The Babe Rainbow

Camouflés sous des allures de hippies, The Babe Rainbow sont des musiciens de haute qualité. Le trio australien se présente en 2015 avec le fabuleux EP éponyme de quatre titres dont Secret Enchanted Broccoli Forest. Ce qui peut sembler 'hippie' se pose dans les paroles parfois foutraques et excentriques, leurs cheveux longs et peaux tannées de surfers mais au-delà des apparences, leur univers musical pop, funk, soul est sophistiqué. Quoiqu'il en soit, ils ne jouent pas de la flûte de pan avec le nez.

Parait l'an passé le sublime album The Babe Rainbow composé de douze titres solidement funky, dansants et arrangés aux petits oignons, bulbes liliacés sexy et torrides. Mis en place par l'ingénieur Samuel Joseph, le producteur Stu Mackenzie (membre du groupe King Gizzard & the Lizard Wizard) qui participe en jouant de la clarinette sur Charms Travel, on retrouve aussi la voix française de Pandora Decoster sur deux titres, David Walker au mixing et Panda Grace Fitzgerald aux cordes sur Blue Hour. Les lords pop de Byron Bay, fans de Donovan, Burt Bacharach et des Beach Boys, concoctent des mélodies flower et sunshine pop disco efficaces que je ne peux que conseiller. A mes oreilles, la reprise de Fallait Pas Écraser La Queue Du Chat chantée par notre Clothilde nationale, devenue ici Superstition Shadow Walk est un réel bijou, clin d'oeil à la culture sixties française réussi. Le disque est garni de pépites du genre comme Peace Blossom Boogy et Monky Disco, qui à son écoute, donne envie de jongler avec des bananes et de se secouer frénétiquement en chantant 'les australiens sont mes amis'.





Au mois de juillet 2018, nos amis The Babe Rainbow, Angus Dowling au chant et batterie, Jack Crowther guitariste et Lulu (Louise) le bassiste, rencontré à Paris, signent le nouvel album Double Rainbow . Les mélodies y sont psychédéliques, folk, disco, habillées de lignes de basse et gorgées d'harmonies vocales sucrées et fondantes. Les guitares sautillantes s'offrent avidement dès The Magician qui ouvre le disque . La batterie souple et élastique flotte charmante sur Supermoon qui d'emblée montre la volonté d'hommage aux tempo sixties qui devient vibrant sur Gladly. Les percussions déployées donnent de l'élan aux guitares sur les aboutées Darby and Joan et Eureka.



Le chuchotement glorieux et adroit du sitar psychédélique de Alan Chadwick's Garden précède Cool Cat Vibe orné d'une basse pure, savamment groovy sur les wah wah de la guitare léchés. Puis le sensuel et soigné Bella Luna accueille une flûte traversière élégante dessinant un profil contemplatif, suivi du délicat instrumental, puissant en arpèges pastoraux 2nd of April. L'effet laconique et litanique continue avec Running Back et New Attitude qui boucle l'album sur un clavier délicat. L'essence pop harmonieuse des derniers titres de Double Rainbow comprenant un instrument unique accentue l'effet planant et démontre que The Babe Rainbow peuvent voyager dans les styles musicaux, largement et aisément. Nos amis australiens visitent souvent Paris, ne cessent de clamer leur amour pour la France et leur affection nous honore! En attendant leur retour, The Babe Rainbow attaquent une vague de concerts en janvier du côté de l'Océanie et sont à retrouver chez Flightless Records.
TheBabeRainbow
FlightlessRecords





samedi 17 novembre 2018

Surface to Air Missive

Surface to Air Missive est l'alias d'un seul homme, multi-instrumentiste, arrangeur et compositeur, Taylor Ross. Il signe en 2013 son premier album du même nom, suivi de Third Missive en 2015, A V en 2016 et cette année 2018 parait Surface II Air Missive qui contient ses compositions de 2012-2013 dont aucun label ne voulait à l'époque.

Taylor Ross enregistre seul ses chansons de son home studio en Floride et se produit sur scène avec des musiciens. J'ai récemment découvert son univers artistique, époustouflant de caractère. Il a vingt-cinq ans à peine lorsqu'il signe A V, son véritable dernier album en date. Les douze titres sont excellents, mêlant de l'acoustique pop à du psychédélisme façon Of Montréal, Neutral Milk Hotel avec du Incredible String Band qui est sa référence. Sa griffe, en plus de la composition alternative psych-pop, rock, folk typée, tient dans son grain de voix aux inflexions particulières, à ses métaphores dont la présence fidèle du cygne au travers de ses albums qui peut passer pour bluette, s'élance en perle éloquente. Sa personnalité est une sorte de curiosité dans le panel indie-pop actuel.



SAM sait faire réfléchir ses mélodies sur A V, en zigzags, en reliefs, avec My Stratocaster qui ouvre le disque. Ce qui crée cette amplitude, c'est aussi l'utilisation de la flûte soprano que Taylor reconnait aisément comme un mystère qu'il aimerait savoir utiliser, sans y parvenir, quand il maitrise piano, basse, guitares et batterie. A l'écoute de I Call Me Us, il donne l'impression de fourmiller d'idées, d'aller en diagonale et en réalité, le musicien taille et sculpte ses mélopées au millimètre. On plonge dans l'univers psychédélique grâce à My Finest Shirt qui sonne comme un duo formé de Syd Barrett et d'Elliott Smith, balade où les détours tortueux nous mènent à une vue sublime. Puis à l'image de la pochette d'album, Ascent to A V, en guise de pause de deux minutes, sort l'artillerie de flûtes inquiétantes, au point de faire flipper n'importe quel serpent, avant le majestueux Please No More qui s'empare de l'attention. Telle une méditation, le titre est un voyage in petto dans ses pensées délicates et poétiques mis en valeur par la guitare, le tempo qui galope sur la guitare électrique entêtante. Le rythme continue son ascension sur Sharp Guise jusqu'au Return of Swan où s'entrelacent guitare, basse et flûte. Malgré sa place en milieu d'album, il fait oeuvre de péroraison ; Idem pour Electric Swan sur l'album précédent et Swan Begins sur le dernier.



Puis la pop ressurgit sur Full Love Wonder et Morning Thought avec ses arrangements florissants, sa cascade d'instruments sémillants et ses mélodies cadencées. Something you're not offre une douceur et une volupté quand le piano vient titiller basse et guitare avant le style garage de Me And The Gang et le délicieux Time Being aux mouvements de claviers conspirants. Taylor Ross a du mérite, de l'inspiration. Son talent, patent, vient de son travail mais aussi de son tempérament. Surface to Air Missive a du panage et renouvelle le genre pop baroque avec une grande qualité technique, des ramifications psychédéliques, précieuses et percutantes, épiques et oniriques, sur ce très beau A V.

Un nouvel EP de quatre titres I Fell In est paru il y a deux semaines. On y retrouve une version acoustique de Morning Thought et des inédits destinés à l'origine à A V ; Voyage imaginaire redoutablement mélodieux avec des sauts périlleux dans les arpèges et des harmonies à tire-d'aile qui font effet et complètent le plaisir avec SAM.
SurfaceAirMissive



dimanche 11 novembre 2018

Jack

The Jazz Age de Jack parait en 1998 enregistré entre le Pays de Galles et l'Angleterre. Comme il est toujours doux et bon de se souvenir, j'ouvre donc le tiroir 'disques du siècle dernier'. Je connais Jack depuis 2002 et je ne pense pas passer une seule année depuis sans les écouter au moins une fois.
C'est en 1992 que Jack voit le jour à Cardiff sous l'impulsion de Anthony Reynolds et de Matthew Scott. En 1993, les deux amis posent leurs valises à Londres. Anthony, auteur-compositeur, est féru de littérature, de la Beat Generation, de peinture, de cinéma, des Velvet Underground, fournissant ses chansons de références exquises.



Le premier galop des gallois parait en 1996, nommé justement Pioneer Soundtracks avec son single Kid Stardust dédié à Charles Bukowski. Puis parait le fameux The Jazz Age, peaufiné par l'ingénieur Darren Allison, producteur de Divine Comedy de 1990 à 2000.
Parallèlement, en 1997, Reynolds et Scott travailleront à un autre projet appelé Jacques dont l'opus How to make Love sera produit par Momus. Le titre Morning Light avec son profil Romeo et Juliet est mon préféré. Le deuxième September sound parait en 2000 produit par Rob Kirwan (U2), Bryan Mills (Divine Comedy) et dans l'équipe, Matthew Scott est là. En 2001 l'EP Romantic est enregistré l'hiver 2000 à Paris avec le Moscow Philharmonic Orchestra.
Anthony passe l'année 2001 à New-York pour travailler un nouvel album de Jack, offre la complicité de Dan Fante, le fils de John Fante, qui signe le titre The Emperor of new London sur ce troisième et dernier album, The End of the Way It's Always Been de 2002 sur le label Français, Les disques du crepuscule.



The Jazz Age est pour moi un album supérieur, qui passe les années avec une élégance désarmante. Arrangé de cordes, vêtu de mélodies incroyables, il envoûte par son atmosphère sensuelle voire érotique sous la couverture de métaphores poétiques et de références toutes plantureuses. Cet ôde au rock underground, à l'amour et aux artistes du XXème siècle commence sur un 3 o'clock in the morning dont les six minutes d'emblée subjuguent. L'ensemble de cordes, violons, violoncelle et le saxophone s'unissent sur les guitares de Matthew Scott, de Richard Adderley et le chant saisissant d'Anthony Reynolds. Pablo, dansant, rock garage, déroule sa rythmique musclée de clap-hands sur une histoire de tromperie et de double vie "your clothes are pronounced 'Versace' and not 'Verse-Ace'" quand suit le voltigeant My World Versus Your World, ses guitares tendues, son tempo explosif et son texte passionné, déclamé avec une énergie qui fait tourner la tête. Il y est question d'un peau à peau enflammé un samedi et le titre Saturday's Plan qui enchaine ne calme guère les sens. Nico's Children et le clavier vibrant de George Wright, ses accords langoureux et sombres qui correspondent à l'univers de l'artiste allemande, est plein d'émotions et de mots référents au duo Lou Reed/Nico "so sunny and dirty, together we'd never make it, straight out of here'.



Lolita Elle, surement un des titres qui me marque le plus en 2002 à la première écoute, arrive somptueux, follement enivrant d'amour, de jeunesse, de vitesse, d'érotisme, sur des mots inébriés de Vladimir Nabokov, des arrangements alternant entre douceur acoustique et étreinte symphonique. Dans la même veine romantique, on retrouve Cocteau, Picasso, Warhol, Nico, Fellini, Allen à Manhattan, sur le rock voltigeant de Cinematic qui parle autant de poésie, de cieux étoilés, que de plaisirs de chère, d'infinis plaisirs de chair. La gourmandise est relancée sur le rythme rock de Steamin', enivré de vin, de sensations, d'élans positionnés dans la mélodie toujours aussi génialement galbée par Scott, l'interprétation et les mots de Reynolds. L'effet redouble sur Love And Death In The Afternoon, image d'ébats amoureux brulants avec des harmonies de cordes, vigoureuses et montantes. Half Cut, Wholly Yours clôt l'album, rappelant son contenu, l'amour, le désir, le vin, les robes pas chères vite ôtées, les nuits blanches, les films, la spiritualité sur cinq minutes de notes enlevées, perçantes, qui terminent The Jazz Age monumental, déconseillé à ceux dont la libido est à sec. Anthony Reynolds est un artiste phare, dont la carrière est éblouissante, fleurie d'oeuvres majeures à fouiller absolument et à aller voir sur scène en ce moment avec Anthony Reynolds & the Understudies.
AnthonyReynolds
Pour les fans, ma chronique de 2016 : JackPiggledyPop2016



1914-1918

Ysec Editions, chemin du Roy, Louviers, Normandie

Mon cher arrière-grand-père,
et Dieu sait comme vous étiez grand,

Autrefois vous vous êtes battus pour 'elle' à en perdre vos plumes et votre jambe.
Aujourd'hui, 'ils' sans identité, tel un coquillon vide, 'la gère'.
C'était il y a un siècle et en 2018, il y a toujours des morts.

A vous, Marie-Agnès.

Là-bas avec ceux qui souffrent de Guy Hallé, Paru en 1917.
'Ce petit livre (...) est un chef-d'œuvre, il faut le dire et le mot n'est pas trop fort (...) Comme document il est plus riche, malgré son extrême brièveté que maint autre volume plus prétentieux' . Jean Norton Cru






Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...