samedi 7 avril 2018

The Loch Ness Mouse

The Loch Ness Mouse est un groupe mené par un maestro de la pop norvégien Ole Johannes Åleskjær. Loin d'être débutant, Ole est un actif sur la scène indie depuis plus de 18 ans et cette année, il signe son cinquième album éponyme The Loch Ness Mouse, véritable keepsake musical qui marque notre époque, dessinant l'actualité avec poésie et des mélodies galbées, sculptées pour danser. Ole compose des airs alternatifs, pop, rock d'abord dans un premier groupe formé en 1992 avec son frère Jørn Åleskjær et dès 1999 sous le nom The Loch Ness Mouse avec Christina Høgetveit qui l'accompagne magnifiquement au chant, ils signent l'album Flair for Darjeeling, suivi en 2002 de Key West, en 2004 Cargo-An Introduction To The Loch Ness Mouse puis New Graffiti en 2009. Jørn signe en 2014 un bien bel album vinyle à découvrir, I´m So Glad I Spent This Day With You, produit par Ole, sur lequel il invite des amis en duo comme Gary Olson des Ladybug Transistor et les musiciens de I Was A King. Jørn offre ce mois de juin 2017 la très belle reprise du titre Shouldn't Have To Be Like That de Fra Lippo Lippi qui plaira inévitablement aux amateurs des années 80.
JørnÅleskjær



Après presque une décennie, pour The Loch Ness Mouse, Ole s'entoure d'une équipe d'artistes talentueux et brillants comme Sondre Lerche à la guitare et chant, Anne Lise Frøkedal de I Was A King à la guitare et chant, de l'auteur-compositeur Magnus Hængsle, Nick Terry au mixage (qui travaille avec Primal Scream et The Libertines), Emil Nikolaisen présent depuis les débuts, aux arrangements de cordes, auteur-compositeur, ingénieur et producteur fameux connu pour ses groupes Serena-Maneesh, Royal, Extol et musicien de Todd Rundgren.
Les influences sont typées pop eighties et seventies dans le sillage de Prefab Sprout, Style Council, Aztec Camera, Talk Talk et de la scène C-86 qu'il aime. Dès l'amorce de l'album partagée avec Anne Lise sur Warm Circuitry, la qualité des harmonies saisit et la justesse du chant séduit. On plonge dans le passé grâce au texte avec cette impression d'un flash-back appuyée par les arrangements disco-pop resplendissants. Les mots se balancent et voguent sur les thèmes de la musique et l'amour, sur fond d'optimisme, les jolis leitmotiv de l'album que l'on retrouve sur le magnifique jazzy Restore my Ears accueillant le grand Sondre Lerche. Le piano et ses métaphores y sont honorés, mis en beauté par l'ensemble lumineux d'instruments à cordes . Puis Bamboo (Love Is Not Cool) avec Magnus Hængsle arrive, sautillant et joyeux, pour évoquer la Chine que The Loch Ness Mouse connait bien pour y avoir offert de multiples concerts.



Pour ne pas faire de jaloux, on fait un saut de puce pour atterrir au Japon avec la vertigineuse ballade The Cherry Blossom in Japan qui s'immisce dans les oreilles, envahit et titille l'épiderme. Comme il est de coutume en Norvège, les duos habillent les titres à l'image de la générosité et l'esprit d'équipe de Ole, qui délie une mélodie somptueuse, une voix de velours sur Simple Song For a Bookstore. Puis le tempo reprend allègre sur Pretend It's Not So et ses mots pleins de lumière, ses cuivres et ses 'papapa' éblouissants chantés en chorale. La rythmique langoureuse ornée de guitares pastorales ennivre sur A Different Life qui parle des prémices musicaux d'un artiste en herbe pour enchainer sur le tempétueux et dynamique Rain Checks. Batterie et guitare électrique s'allient et façonnent un morceau aux contours seventies magiques. Puis on vibre à l'écoute des quelques secondes de Write To Me Anything avant Epoxy, sensuel, dont la délicatesse joyeuse des harmonies et l'agencement alternatif de la mélodie éveillent. Pourtant le fabuleux disque touche déjà à sa fin, avec Tristessa, feu d'artifice mélodique qui crée une émotion particulière et finit de combler avec ses notes de violons et de guitares entêtantes, au schéma pop imparable et splendide. The Loch Ness Mouse est un album réussi et abouti, à la veine scottish dotée de l'âme norvégienne de la brillante famille d'auteurs-compositeurs Åleskjær qui forcément fait son nid au chaud, chouchouté dans la discographie de Piggledy Pop.
TheLochNessMouse




mercredi 4 avril 2018

Tutankamon

Tutankamon est un groupe scandinave à côté duquel je suis passée en 2009 quand il signe l'album du même nom, réellement bon à écouter presque dix ans plus tard. Un retour en arrière s'impose. Derrière ce nom de groupe, projet unique, il y n'y a pas de chameaux mais la réunion de vikings et des guitares. Les musiciens qui forment Tutankamon sont les renommés Adam Olenius de Shout Out Louds, Peter Morén de Peter Bjorn and John, Daniel Värjö de The Concretes et Niklas Korssell de New Rose. Peter et Niklas se connaissent depuis le début des années 2000 en jouant dans le groupe The Plan, respectivement à la batterie et à la basse. Peter connait aussi très bien le groupe The Concretes depuis 2002 quand Victoria leur chanteuse vient participer en duo au titre Young Folks pour les Peter Bjorn and John. J'évoque mon intérêt pour la pop suédoise dans un billet sur le Festival ÅÄÖ qui avait lieu à Paris depuis 2009 et a cessé d'exister en décembre 2015.
FestivalAAOPiggledyPop2009
PeterMorenPiggledyPop2008



Les quatre suédois talentueux, prolifiques, se retrouvent de belle manière en studio pour enregistrer dix titres solides, efficaces, se partagent la composition et l'écriture. L'album est donc fourni d'âme rock'n roll, montre un visage pop à profiles multiples et remplit les oreilles pour les faire hautement frétiller. La finesse de l'écriture entre sur la platine avec Starting to Appreciate qui fait décoller les guitares divinement dynamiques. Peter Morèn dégaine les mots avec toujours autant d'élégance, quand la clique d'amis, de chorale, avec un brio digne des Beatles, entonne 'i'm starting to appreciate all the things i already have'. La batterie, la basse et les clap-hands ne désarment pas la rythmique en acier brut quand parvient le titre grandiose Have You Ever Been In Love signé et chanté par Adam Olenius. Les trois minutes sont un délice pop musclé et finement joué par l'équipe. L'esprit de groupe ne quitte pas le drakkar à l'écoute de It's Not Over, écrit et interprété par Adam avec toujours ses fidèles compagnons aux guitares et aux choeurs. Paroles et arrangements guerriers, positifs, parcourent l'échine pour donner une sacrée envie de danser, comme sur le génial Three Of Us. Les harmonies de guitares se croisent, s'emmêlent, et se fondent à la perfection au style notable de Peter Morèn.



Puis Daniel Värjö allié à Peter offre un somptueux New Band in Town, dont le langoureux harmonica habille le titre de volupté. Le morceau, émouvant, parle des instruments, de la mandoline au tambourin et les fait respirer majestueusement, suivi de la batterie royale qui marque l'album d'une énergie généreuse et contagieuse. Les notes de guitares rock s'envolent vitaminées, pour faire bouger les hanches sur Are You Sure où les artistes clament joyeusement 'are you ready for the competition, are you sure?' sur un ton taquin et une mélodie pop griffée par Adam. Quand We Can't Have This Undone délivre des arpèges suprêmement beaux signés de Daniel qui subjugue par son chant d'une force troublante et réchauffe les coeurs. Daniel continue d'empourprer les oreilles armé de sa guitare aux côtés de Peter sur All the Things qui fuse avec une vivacité lyrique nous laissant imaginer un Dexy's Midnight Runners jouant avec le Velvet Underground. Quand l'ambiance pop furibonde de Oh Oh Oh Oh arrive aux oreilles c'est la confirmation que les suédois se sont éminemment amusés en studio. Enrubanné de cet esprit frais et de cette belle humeur, on ne peut que sautiller gaiement sur la mélodie. The Grown-up termine sur une note moelleuse, groovy et lyrique, dans l'échange et le partage de musicalité, de mots chaleureux à l'image de tout ce magique Tutankamon .



lundi 2 avril 2018

Mitchell Johnson

Je suis fan de Mitchell Adam Johnson depuis des années. Le jeune musicien commence en 2006 mettant en place avec son compère Ryan Ruff Smith le groupe Spencer McGillicutty. Depuis, je ne cesse d'être impressionnée par son travail en solo débuté officiellement en 2014 avec un premier EP Half Moon Lane. Mitchell se dessine de plus en plus comme l'étoile montante de la sunshine pop dans le sillage de Paul Williams et de Jimmy Webb. L'artiste américain revient avec une petite bombe pop en mars 2018 nommée Marigold que je classe dores-et-déjà dans les meilleurs productions 2018 sur Piggledy Pop. Les harmonies fourmillent à perdre la tête, les arrangements sont sophistiqués, sensuels, pleins de flûte, de clavecin, de cordes produits, cela s'entend, avec plaisir et amusement. Rien n'est prétentieux chez Mitchell et ce côté terrien, lucide et humble n'aveugle non seulement pas son jugement dans la création mais le fait rayonner. En plus de l'écriture, de la production, il chante et joue de la guitare acoustique, électrique, classique, du piano, de l'orgue, mellotron et du clavecin.



Au sujet de Half Moon Lane, j'écris en 2015 : "La pochette fort belle, et romantique est à l'image des quatre titres pleins de charme. Les mots et les arrangements pop baroque transportent dans une rêverie d'une autre époque et le chant somptueux de Mitchell conforte dans cette sensation. Mitchell qui joue de la guitare acoustique, du piano et mellotron compose des mélodies fleuries d'orchestrations très inspirées. Pour ce faire, à ses côtés il y a le fidèle et magique Tylor Tholl qui assure guitare électrique, basse, piano, orgue, clavecin, melodica, batterie, guitare classique, Korg, glockenspiel, accordéon, shaker, maracas, tambourin, cymbales, cloches, harpe, carillon etc.."
MitchellJohnsonPiggledyPop2015



Autour de lui, pour le chef d'oeuvre Marigold, on retrouve son ami Tyler Tholl qui assure batterie, tambourin, basse, cymbales, cloches, guitares acoustique et électrique, banjo, orgue, vibraphone, synthétiseur et instruments comme l'ocarina, marimba et flûte irlandaise. Il y a aussi le brillant Andy Thompson au violon, accordéon, flûte, basse, guitares, claviers, tambourin et rythmique. Ils sont accompagnés de Nick Syman au trombone, Dan Lawonn au violoncelle, et la participation sur certains titres des amis fidèles Brian Tighe, Paul Hilton aux guitares et Kara Laudon au chant.

La magie opère dès les notes de piano de Through A Mood Indigo dont le texte est signé par Mitchell et Ryan. Les violons et le violoncelle viennent frotter leurs archets avec une délicatesse folle sur le clavecin précieux et le grandiose trombone. Le lyrisme resplendit d'emblée et émeut, inévitablement. Le style indie pop entre en scène façon Jon Brion avec le succulent Keeping Secrets qui ne quitte pas mon esprit depuis qu'il y a niché ses harmonies. La mélodie alternative est un édifice pop fantastique dont le thème intime et discret ne se déshabille pas, pas encore. Le rythme prend de l'ampleur, de la texture sur At Another Stop qui embarque sur la piste de danse comme tout type de pistes. Le tempo emmené par le claphands, le coffre de la guitare acoustique qui se dandine sur la basse magnifique créent une chanson vive et souriante. La douceur touchante des cordes de guitare de Paul Hilton, du piano, sur As we Lie se mélangent à la voix émouvante de Mitchell qui touche secrètement et assurément . Le thème amoureux est chanté avec une élégance romantique séduisante et décidée comme sur Losing Sleep où le gentleman épris rêve d'allonger le temps avec l'élue de son coeur .



Suit dans le même ton et la même ambiance Reveries qui est à mes oreilles un réel bijou intemporel dans la veine de ceux griffés d'Harry Nilsson avec son piano, vibraphone vibrant et sa basse envoûtante. Les arrangements pivotent, roulent et glissent pour dessiner une atmosphère dorée, sentimentale sur Close Enough pour mettre en musique deux coeurs aimantés malgré une distance et le temps qui les séparent. La production des harmonies de Grasshopper est lumineuse, ensoleillée par le tour de chant brulant de Mitchell. L'essence et la matière sensuelle déroulent les partitions de Don't try, une déclaration d'anamour, une rupture, aux contours psychédéliques d'une beauté inouie. Tourniquet Love vient clore l'album avec, présente sur l'ensemble des chansons, la métaphore du manège, du carrousel de mots langoureux, de peaux effleurées, de cordes sensibles pincées et frottées. Mitchell Johnson triomphe par sa voix renversante, ses titres vraiment sublimes au parfum d'éternité et en signant Marigold, il embrasse des grands noms comme Paul McCartney, Brian Wilson et Elliott Smith.
MitchellJohnson



Françoise

J'écris sur Françoise il y a un an, presque jour pour jour : "Tout droit arrivées de Montréal, les premières notes de l'album nommé Amour d'été font resplendir de la douceur yéyé et de la joie de vivre d'antan. 
Françoise est un joli projet qui réunit Marc-André Beaudoin et Jacinthe Riopel, rencontrés lors d'un karaoke, mais oui ! Fans des sixties et de Françoise Hardy, ils se partagent les tâches, duo oblige, depuis leur premier groupe Corail Parc. Marc-André qui jouait également dans Palais, Balmoral et Rose Fargo, se charge de la composition, joue de la basse et de l'orgue quand Jacinthe écrit les textes et les chante. Le couple s'entoure des musiciens du groupe Le Couleur, Patrick Gosselin aux guitares, Steeven Chouinard aux percussions et à la batterie, Félix Dyotte et Laurence Giroux- Do dans les choeurs."

Du premier baiser est le nouvel EP de Françoise comprenant six chansons stylées et parfumées aux sixties qui fleurira le 20 avril prochain. Le bijou yéyé de Montréal est derechef concocté par Jacinthe et Marc-André aux commandes avec à bord les musiciens de Le Couleur . Maritza Bossé-Pelchat de Lisbonne Télégramme vient compléter l'équipage au chant. Jacinthe et Marc-André décrivent leur univers comme 'pop, français, ensoleillé, rétro, drôle et sucré' et aiment écouter Françoise Hardy, Gainsbourg, France Gall, Beatles, Kinks, Zombies.



Le tempo des violons, la rythmique endiablée commencent leur chevauchée yéyé dès l'amorce du bondissant Redis-moi que tu m’aimes. Les arrangements subtiles sur la voix rayonnante de Jacinthe nous rappellent illico les savoureuses mélopées d'antan conduites par Brigitte Bardot, Annie Philippe, Stella ou encore Marie-France. C'est une belle invitation à un voyage dans le passé, quand on secouait les couettes, faisait danser les socquettes devant les Prisunic, l'âme dolente, tentant timidement l'aventure sentimentale du "main dans la main". La mélodie virevoltante habillée de cuivres crée une rétrospective, savamment amplifiée par les mots rétro et old-school. Le souvenir, la mémoire, l'oubli, le rêve, le coeur et la danse prennent forment sur Fais moi danser. Le titre de qualité, au rythme déterminé évoque le flirt avec une allure fort élégante. La myriade d'instruments qui vient orner Jardin fait voltiger le titre au charme vivant et enthousiasmant. La basse grandiose poursuit son galop sur J'ai fini de pleurer où guitare et batterie brillent de mille feux. Le texte et la guitare aux accents vahinés se marient sur le chaud et mélodieux Une île au paradis qui fleure le sable et la pop. Les claviers splendides et le chant soyeux de Fleur bleue poursuivent le voyage dans le temps avec son caractère fougueusement ingénu et spontané. Le croustillant et excellent EP Du premier Baiser de Françoise réhabilite le genre french-pop sixties avec classe et une talentueuse constance.
Françoise



Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...