Les ingénieux musiciens du Mississippi, The Da Vincis, se font connaitre en 2009 alors âgés de 17 ans avec le solide premier album See You Tonight. Dès les bancs du lycée, les trois compères font preuve d'une belle maturité en composant et jouant des mélodies construites et sculptées dans un style orchestral-pop fleuri de piano, guitares, ukulele, basse, batterie, mandoline et saxophone. Les jeunes artistes américains Andrew Burke, qui compose et écrit, joue de la guitare, du clavier, percussions et ukulele, Gavin Fields aux percussions, batterie et ukulele, Peyton Randolph à la basse et aux percussions, offrent également des textes tout autant réfléchis, riches de références historiques et cinématographiques. D'une qualité éclatante, les titres des The Da Vincis resplendissent dans le genre pop baroque, pop sunshine, appliquant un chant parfait, des arrangements et harmonies déjà très typés et singuliers.
Après un joliment osé Vermont de 33 secondes, à l'âme jazzy, piano bar, See you Tonight enchaine sur le sophistiqué Friend Request qui de façon générationnelle, évoque facebook sur un chant d'Andy éloquent et somptueux, un piano et une basse sautillants qui accompagnent efficacement l'humour éclatant de la mélopée. D'emblée l'esprit taquin et moqueur dans les mots et l'interprétation font penser à Dent May que The Da Vincis accompagnent d'ailleurs lors d'un concert. Le xylophone, les tambourins et la rythmique qui se marient aux sifflements de 50's Film font danser immédiatement, plein d'énergie et de décision. The Da Vincis continuent les notes entrainantes et vitaminées avec Nickels and Dimes qui invite "i would dance with you" dès l'introduction sur le clavier sixties enflammé, les doigts qui claquent avec style, la guitare et le mélodica endiablés qui donnent non seulement envie de danser mais aussi de tenter pirouettes et sauts périlleux. L'excellent Hôtel Elysée, pop lounge, boogie, lance le chant d'Andrew, splendide et mutin. Le tempo rondement mené, à l'allure du galop, est ajusté aux arrangements electro-pop fripons et futés. Oh My Gosh, charmant, élégant, poursuit avec une orchestration subtile, où la batterie et le piano embrassent les mots galants d'Andy. Les mélodies alternatives portent une âme sixties impressionnante, une candeur maitrisée et l'amusement, le plaisir, qui en émanent, apportent un beau brin d'insouciance et de bonne humeur comme sur John Wayne. Le soleil, l'enthousiasme, le sourire sont au rendez-vous sur Standing In Line où l'orgue psychédélique, pop garage, assuré par Misha Hercules, fantastique, les guitares, la rythmique se mêlent aux choeurs volontaires, vivifiants pour conclure sur 8 minutes sublimes. See you Tonight, brillant, fantaisiste, contient absolument tout ce qui fait sensiblement du bien dans la musique. Après cette pièce pop fabuleuse que je classe dans le top des albums de Piggledy Pop, The Da Vincis signent en 2012 le single Green Light qui annonce l'album 3 titres Somebody Say Something. En attendant la suite, je conseille l'écoute des nouvelles chansons d'Andrew Burke de 2014, Millennial, alliant l'enchantement et l'apanage qui plairont aux amateurs de pop.
Paddy Hanna fait partie de ces artistes prolifiques et complets, auteur-compositeur et interprète au coeur de quatre projets, il joue de la guitare, du clavier, de la batterie et aime la scène où il est comme un poisson dans l'eau. Basé à Dublin, l'irlandais est actif au sein des groupes Grand Pocket Orchestra, Skelocrats, Ginnels et No Monster Club. Il n'arrête jamais et assure avec Ginnels l'enregistrement et la présentation en tournée de deux albums, Plumes de 2013 et A Country Life en mars 2014. Auparavant, avec Grand Pocket Orchestra, il y a en 2012 Ronald & Sylma, la même année avec Skelocrats il y a The Complete Skelocrats. Encore tout chaud sorti de la matrice en février 2015, People Are Weird est le sixième album des No Monster Club, groupe né en 2009 . Depuis 2013, Paddy se lance dans son aventure solo et signe sous son nom un merveilleux premier album Leafy Stiletto en janvier 2014. Concocté avec son entourage amical composé de Mark Chester (Ginnels) à la guitare, Bobby Aherne (No Monster Club) à la basse, Enda Canavan (Grand Pocket Orchestra), l'album de 12 titres offre un Paddy, excellent, qui écrit, arrange, joue de la guitare, de l'harmonica et chante.
Pour fêter la Saint-Patrick en communion avec les amis irlandais, Leafy Stiletto est l'album parfait à savourer. Pop, dansant, harmonieux, le disque est croustillant de mélodies, techniquement sublime et Paddy y chante comme un rossignol punk sensible au retour du printemps. Sa voix, puissante et solide, s'amuse à faire des loopings. Sur les guitares et la batterie palpitantes de Rosslare Tapes, le texte nous emporte dans les couleurs et les parfums des routes où la musique le mène. Les pieds sur terre, l'artiste fait voltiger les notes d'harmonica sur Join the army. On retrouve le joyeux psychédélisme poppeux de Yo La Tengo, le lyrisme de Jonathan Richman, la grosse caisse des Lucksmiths dans l'univers musical de Patrick Hanna. Il y a aussi la pop sixties dans les riffs de guitare qui font penser à Jeff Baron sur Mind's wearing make up où l'interprétation de Paddy est majestueuse. Les arrangements alternatifs sont entrainants, ficelés et construits autour d'une basse chevaleresque, accompagnée avec brio du tambourin sur Leafy stiletto à la rythmique langoureuse où le chant écorché est du miel. Puis la tumultueuse et dansante My one good eye arrive avec son tempo endiablé et virevoltant à l'image du "carrousel" évoqué, et est suivie de la fabuleuse Rattling chains qui accueille Jill Redmond en duo. Face in the gravel propose une ambiance plus folk, qui parle également d'une expérience personnelle, de la musique et d'un regard, thèmes récurrents joliment décrits par l'auteur-compositeur.
La pop psyché rode gaillarde sur Heaven of heavens avec un chant proche de celui de génial David J mêlé à celui de Lou Reed, quand le bondissant Barry White débarque avec sa batterie et son texte ravissant, mitonné avec drôlerie comme The flesh of Julie Andrews qui là encore nourrit l'album de références sucrées et imagées. L'harmonica resplendit sur la mélopée galopante et fraiche, distrayante qui montre toute la passion et le talent qu'appose Paddy Hanna dans ses composition. On this pier too long qui est griffée The Smiths, sonne absolument pop et spontanée, renvoyant à l'atmosphère iodée présente dans le premier morceau. Mud, pépite folk acoustique où la voix voluptueuse de Paddy conclut l'écoute avec intimité, beaucoup d'esprit et de style. Paddy Hanna est un personnage, un musicien inventif et généreux qui délivre sur disques et sur scène son monde musical fleuri et varié fort stimulant. Je vous invite à découvrir le label Popical Island qui est un collectif de tous les groupes Dublinois cités et regorge de talents.
Le groupe écossais Belle and Sebastian voit le jour en 1995 au sein de l’université de Glasgow où certains groupes peuvent bénéficier d’un studio pour enregistrer. Stuart Murdoch et Stuart David s’y rencontrent et écrivent des démos qui accrochent le label local Jeepster. La paire de Stuart étoffent leurs morceaux en la compagnie de Stevie Jackson, Chris Geddes, Richard Colburn et Isobel Campbell. Les Belle and Sebastian signent en 1996 l’album Tigermilk. Les compositions pop de la bande écossaise séduisent et traversent le Royaume-Uni. La même année, un deuxième album apparait, garni de mélopées savoureuses, If you’re Feeling Sinister. Jeepster réédite les deux premiers albums puis en 1998, les écossais signent The Boy with the Arab Strap et en 2000 Fold Your Hands Child, You walk like a Peasant, sans compter une pluie de Ep. 2001 marque un passage pour les Belle and Sebastian parsemé de plusieurs changements : Isobel Campbell quitte le groupe, les signatures sont désormais sur le label Rough Trade. Sarah Martin intègre l’équipe au violoncelle ainsi que Mike Cook à la trompette pour bientôt, tous deux, en faire partie officiellement. Puis arrive Bobby Kildea qui assure la basse suite au départ de Stuart David.
Belle and Sebastian, fort lié autour de Stuart Murdoch, remet la main à la patte en 2002 avec le ep Legal Man qui lance vraiment la renommée du groupe qui signera dans la même année, la BO du film Storytelling. Le sixième album Dear Catastrophe Waitress apparait en 2003. Après une belle et longue tournée internationale qu'effectue la bande, il nous faudra attendre 2006 pour savourer The life Pursuit et un album live BBC Sessions. Entre temps Stuart Murdoch ne lésine pas et continue de travailler sur des compilations et l’album comedie musicale God Helps the Girl de 2009. Le 11 octobre 2010, les Belle and Sebastian nous font le cadeau sublime Write about Love comprenant 11 titres galvanisants, resplendissants. Murdoch s’est entouré de ses acolytes et artistes comme Norah Jones, l’actrice Carey Mulligan, ainsi que des musiciens du LA’s Section Quartet.
L'année 2015 commence très fort sur le dancefloor indie-pop, grâce notamment aux Belle and Sebastian qui avec 25 ans de métier, ne baissent pas la garde et offrent le fabuleux Girls in Peacetime Want to Dance le 20 janvier dernier. Dans l'air du temps, ne négligeant aucun détails, Stuart Murdoch signe un album au titre qui déjà fait valser les yeux et qui évoque tous les sujets de notre époque, la paix, la guerre, l'âme slave présente dans les sonorités russes des arrangements, l'indépendance politique, la religion, l'amour etc. L'actualité est aussi présente dans les arrangements modernes ultra-dansants, comme le souhaitait Murdoch qui insidieusement concocte un album concept autour du thème de la danse. Peaufiné et subtil, l'album exécute une sorte de tournée musicale des grands ducs, revisitant des styles d'harmonies variées, inspirées, des sixties aux eighties ou griffées confortablement par le XXIème siècle. La magie Belle and Sebastian opère à l'écoute des douze titres qui arrivent les uns après les autres sans se ressembler, proposant sensations, surprises jubilatoires et l'envie irrépressible de danser. Girls in Peacetime Want to Dance est magnifique et réussi.
L'émotion tenaille quand 10 jours juste après les attentats à Paris qui ont frappé notre ville, décimé les nôtres, l'album tant attendu des écossais arrive et débute sur le titre Nobody's Empire et ses paroles "Lying on my bed, I was reading French, With the light too bright for my senses, From this hiding place life was way too much, It was loud and rough round the edges....On the edge of nobody's empire, And if we live by books and we live by hope, Does that make us targets for gunfire? Now I look at you, you're a mother of two, You're a quiet revolution, Marching with the crowd, singing dirty and loud, For the people's emancipation". Avec sa jolie pudeur et sa flamme poétique, Murdoch compose une mélodie splendide, sculptée et écrit un texte plein de nostalgie, de lucidité en peignant un tableau autobiographique révélant pour la première fois sa maladie enfantine qu'il dévoile dans une interview : "absolutely the most personal [song] I’ve ever written". La veine vibrante Belle and Sebastian continue avec Allie qui commence sur les papapapa de Stevie Jackson et la voix merveilleuse de Stuart, "Allie, what would you do? When there's bombs in the middle east, you want to hurt yourself, When there's knives in the city streets, you want to end yourself" "You bought that gun 'cause you thought, You'd be someone else, 'cause the tricks in your head are a lie", sur des accords de guitares électriques scintillants, une orchestration pop fleurie de flûte traversière, d'un clavier virevoltant et d'une basse, batterie remarquables. Puis c'est le sublime The Party Line, morceau souverain pour se trémousser et balancer les hanches à tout va sur ses synthétiseurs mixés par le producteur de l'album, Ben H. Allen III qui produit et mixe aussi Kaiser Chiefs, Animal Collective, Jeremy Messersmith. Ben a d'ailleurs accueilli l'équipe écossaise chez lui en Georgie, USA, pour enregistrer ce neuvième album. Sublime titre, Party Line évoque la danse, mais aussi entre les lignes parle d'un pays divisé, d'indépendance. Lors du référendum écossais, Belle & Sebastian était resté discret et cela n'est guère surprenant d'entendre Stuart sur le sujet dans ses chansons. Comme toujours avec Belle & Sebastian, il faut tendre l'oreille pour saisir la finesse des mots, en capter le sens, pour se plonger dans son univers sans retenue. Sarah Martin interprète de sa fort jolie voix The Power Of Three, rythmée d'une basse splendide, de guitares et synthétiseurs sémillants sur un texte rond de symboles, de références comme Sherlock Holmes pour souligner la nécessité de rester lucide et serein face à l'adversité "Always keep your green eyes open wide Depth perception, a change of direction....We've got enemies and nemeses, There's a world of possibility, In everything you leave a clue".
Arrive un moment exquis de douceur avec le magistral The Cat With The Cream où le groupe de Glasgow de manière émouvante parle de monarchie, d'une reine qui jette ses enfants dans la rivière, de politiciens, de couteaux et d'histoire, entouré du The Laurels String Quartet qui fait danser les violons, violoncelles, et alto. Puis le tempo se déchaine via les synthétiseurs de Ben sur Enter Sylvia Plath pour là aussi donner matière à la réflexion tout en opinant du chef "In this time and place, There's no-one who will shoot you down, There's no-one who will take a gun, And tell us you can't have the world". Quand The Everlasting Muse poursuit, les rythmes endiablés passent au boogie jazzy qui alterne avec ses airs russes, ses mandolines grandioses et le chant de Sarah marié à celui de Stuart pour parler de musique, d'amour "A subtle gift to modern rock, She says, be popular, play pop, And you will win my love. Puis majestueux, Stevie Jackson vient offrir le frétillant et poppeux Perfect Couples qui sur un swingue adroit et déluré fait scintiller les guitares avant le somptueux Ever Had A Little Faith? Ce titre lumineux et mystique marque et reste en tête, se rapprochant surement le plus des morceaux classiques du groupe et délivrant un plaisir sans bornes aux fans. Play For Today débarque en surprenant avec sa mélodie digne de Mario Kart sur le circuit plage Koopa, ensoleillé notamment grâce aux rythmiques et à la voix de Dee Dee Penny qui accompagne celle de Stuart sur un texte plein de symboles et d'optimisme. Sarah Martin revient sur un joyeux et poppy The Book Of You, les bibliothèques et librairies étant des thèmes précieux au groupe qui ici nous offre une solide mélodie mise en exergue par les claviers, la batterie brillante et une ambiance écossaise avec sa pluie, ses vieilles photographies, ses livres et sa mémoire. Quand joue le dernier titre Today (This Army’s For Peace), la boucle est bouclée sur le thème éloquent, poignant, déchirant "Victims will be justified, The lame will be leaping, This army's for peace, Come out into the light". Ce même thème est finement mis en image par les Belle and Sebastian sur les pochettes et vidéos de Girls in Peacetime Want to Dance. Ce nouvel album des Belle and Sebastian est une production résistante extraordinaire, un disque pour danser doublé d'un message important à recevoir.
Etant fan de son initiative musicale, de son style, je suis fidèlement Julien Lonchamp alias Jack And The depuis maintenant 7 ans. Mes billets commencent généralement ainsi "J'ai un réel coup de coeur pour Jack and The. Sa musique est de la même veine que celle du fantastique groupe de Nancy Orwell qui a collaboré et produit le premier album Vacation (a pop manifesto). Enregistré en France par la main de maître de Jérôme Didelot, Alex Longo de Cascadeur, Thierry Bellia de Variety Lab et Christophe Inglebert, les magiciens d'Orwell, l'album est illustré par Olivier Godot" et se terminent comme ça "Sa voix swingue naturellement, Julien ou Jack...le fils spirituel de Harry Nilsson, des Kinks ou des Zombies, nous offre un bien bel album prometteur avec Vacation (a pop manifesto)" ou encore "...mélodie pop alternée de sonorités élégantes, typées comme sait les préparer Julien à la voix d'or qui joue aux guitares, banjo, sitar, clavier, glockenspiel, à la basse. J'ai hâte d'écouter ce prochain deuxième album justement nommé Melody Cycle. Si 2015 commence avec un album signé Jack and The, elle sera sous les meilleurs auspices musicaux".
Voici les nouvelles fraiches de l'artiste français qui vit toujours à Edimbourg avec l'EP printanier Dinner at the Andersons' qui comme le précédant, Saharian Sands, annonce l'arrivée de l'album Melody Cycle prévu cette année. En guise de deuxième extrait de cet album, l'EP est composé de 3 titres à l'ambiance old-fashioned savoureuse qui égrène des harmonies sunshine pop. Comme à son accoutumée, Julien Lonchamp s'entoure d'une ribambelle de musiciens pour les enregistrer. Le morceau qui ouvre l'EP, Dinner at the Andersons' offre dès ses premières 30 secondes, le clavier de Julien, la flûte de Sheila Rodgers et le saxophone de Ciaran Sutton, puis le vibraphone de Jacques Tellitocci se mêle à l'ensemble victorieusement. Le texte de Jack and The se joint guilleret au manège d'instruments pour nous conter un diner très british garni de ses sempiternels green beans et ses personnages décrits comme dans une carte postale victorienne.
Le décor est planté avec soin et ingéniosité quand The Duchess' Latest Whim joue du clavecin et de la basse sur la platine grâce à la dextérité de Julien, nous plongeant presque dans le monde précieux de Chapeau melon et bottes de cuir. Pour conforter cette douce impression, les arrangements pop bondissants sont fleuris de The Quintet Tarantino : Liam Ryan au cor, Kevin Foran et Martin Smutny aux trompettes, Chris Rooney au trombone et Brian Larkin au tuba. Son texte construit comme un scénario fait lever le sourcil et opiner du chef, magnifiquement accompagné de la basse qui s'entremêle au quartet avec brio. Puis les doigts claqués de Claudine Quinn sur Minimalist Life, son tempo endiablé, son violon fantastique tenu par Oona McFarland qui joue des cordes comme un jongleur et Johnny Taylor qui envoûte avec son jeu au piano termine l'écoute. Il y a en bonus pour ceux qui s'acquitteront de l'EP, le titre Le Cygne aux Yeux Bleus. Dinner at the Andersons' est indiciblement très beau, une franche friandise qui foisonne de mélodies pop et met l'eau à la bouche en attendant la sortie de Melody Cycle.