samedi 26 décembre 2015

Casablanca Drivers

Quel plaisir de se réveiller sous un soleil radieux un 26 décembre avec une vague de chaleur corse pour couronner le tout qui arrive des infos. Le peuple de l'île de beauté brûle ce qui doit être brûlé. Bravo les amis. Votre courage et votre réaction légendaire et légitime font chaud au coeur !

Cette année, la Corse nous a aussi offert la géniale pop du groupe Casablanca Drivers qui signe son premier EP 2002 Pizza en 2014, fourmillant de notes dansantes, funky, aux télécasters surfantes, aux rythmiques solides et musclées qui les emmènent notamment sur la scène du Printemps de Bourges. 2002 Pizza est savamment garni de 7 titres, sucrés, épicés aux influences qui nourrissent les musiciens comme le Velvet Underground et les Strokes. Les mélodies sont colorées et superbes, le jeu très efficace, l'instrumentation toute aussi inspirée. Les cinq amis de Casablanca Drivers qui se rencontrent à l'université en 2012, Alexandre Diani à la guitare et chant, Nicolas Paoletti à la guitare et chant, Simon Rubert à la basse, Sebastien Santucci au clavier et Guillaume Manuelli à la batterie après avoir joué dans les bars de Corte, ont assuré depuis leurs débuts une cinquantaine de concerts, quelques uns à Paris en passant au Bus Palladium, à la Boule noire, l'International etc. Pour la vidéo croustillante du titre La Ola réalisée par Arnaud Khayadjanian, ils invitent l'acteur Jean-Louis Barcelona qui joue le sosie de Polnareff dans une pub, ainsi que Maurice Barthélémy ex-robins des bois. Casablanca Drivers, amateurs de pop, de rock et surtout d'humour autour d'une pizza et de bières, font rayonner dès les premières notes leur bonne humeur.



L'EP commence avec Dallas, sculpté dans un marbre rock savoureux. La batterie y resplendit, les guitares et la basse galopent joyeusement sur un chant vitaminé très entrainant. Welcome to Honolulu  me rappelle les Wombats, les 1990's, mélangé à l'atmosphère de Phoenix avec ses arrangements alternatifs et psyché tirés à quatre épingles. Accrocheur et virevoltant, Ajaccio arrive dans les écouteurs comme une petite bombe délicieuse, éclatante de sonorités, de cordes de guitare parfaitement affûtées. Puis IOMW, au rock décoiffant, plein de conviction, de riffs de guitares surf, poursuit notre plaisir qui ne faiblit guère à l'écoute de Why, ensoleillé et groovy avec sa basse et ses guitares électriques princières. Les claviers splendides donnent illico l'envie de danser. L'ensemble des compositions sont belles et exécutées avec talent, idées fleuries et une technicité éblouissante. Les voix dosées et dorées, justes, gambadent exactes et puissantes, sur Mirage et Season ft. High Angle Shot, dernier titre convaincant, somptueux d'arpèges et de rythmiques. 2002 Pizza est un EP réussi, prometteur sur lequel il est difficile de préférer un titre et qui dévoile dans son intégralité, des musiciens excellents, des artistes méticuleux et fertiles que nous reverrons en 2016 avec un nouvel EP. J'ai hâte de découvrir les nouvelles mélopées des Casablanca Drivers doués pour mijoter des instrumentations qui fleurent bon le soleil et des tempos rondement menés pour irriguer les ouies de notes rock et joliment galbées.

CasablancaDrivers



lundi 21 décembre 2015

Tymon Dogg

Tymon Dogg, né Stephen Murray en 1950 est un des artistes anglais les plus importants de la musique underground des années 70. Commençant sa carrière à 15 ans en jouant au fameux Cavern de Liverpool, il déménage à Londres à 17 ans, où il rencontre d'autres musiciens et notamment ceux des Clash. Cette année 1967, il signe son premier single The Bitter Thoughts of Little Jane sous le nom de Timon. Ses compositions sont géniales, les mélodies épatantes pour son jeune âge. Orchestrées avec des violons, du tambourins, du clavecin, des guitares et de la basse qu'il joue lui-même, Timon saupoudre ses mélopées de son chant élégant, de rythmiques et de flûtes. Le single d'une beauté pop psychédélique incroyable compte la participation de ses jeunes amis musiciens de l'époque, John Paul Jones (Led Zeppelin) qui joue de la basse et Jimmy Page (Yardbirds avant de fonder Led Zeppelin) qui est à la guitare.



Passant de Pye Records au label Appel Records, Timon continue d'écrire des chansons avec son talent foudroyant qui à ce moment là, se rapproche d'un mélange de Brian Wilson et des Millenium. Avec ses 17 printemps, il arrive alors ses nouveaux morceaux en poche en studio d'enregistrement où deux autres amis, James Taylor à la guitare et un certain Paul McCartney au piano l'attendent. McCartney qui a entendu le single à la radio a contacté le jeune Tymon Dogg pour travailler avec lui. Leur première rencontre dans un café réunit d'ailleurs McCartney, Peter Asher et Paul Simon, de quoi impressionner le jeune artiste. Un an plus tard, le label Apple et George Martin demande à Tymon Dogg de jouer sur un album des Beatles. La même année, il jouera aussi avec les Moody Blues. Puis, pendant un an Tymon Dogg part explorer l'Europe et revient à Londres enregistrer le deuxième single avec l'aka Timon, un autre somptueux bijou Now She Says She's Young qui est signé en 1970. Le jeune garçon qui a une formation musicale classique, maitrisant piano, violon et guitare dès ses 15 ans évolue dans un milieu seventies submergé par la LSD et trace son propre chemin. Timon a une renommée de garçon sympa avec des manières quand il rencontre Woody, de son vrai nom Joe Strummer (The Clash) qui devient son meilleur ami et très vite co-locataire dans le nord de Londres. Les deux compères qui papotent de Leonard Cohen, Bob Dylan et de Carol King deviennent inséparables et joueront ensemble toutes les années suivantes.



Tymon dira de son ami ' Joe was a sensitive guy. He was funny and gentle, so very gentle, the only man i've ever seen lose an armwrestling contest to a girl! But he did it. It was something i think he's picked up at public school. It was defensive. He lived in his funny, Biggles world. I think he saw the world through a cartoonist's eye. He found things very odd and funny'
Mais le reste de la biographie des Clash d'où vient cet extrait dit aussi que Tymon Dogg était un garçon délicieux, un être chaleureux, spirituel, avec un sacré sens de l'humour. Le récit des aventures de ces deux personnages, leurs concerts dans Londres pour gagner un peu d'argent qu'ils dépensent dans l'alcool et les instruments de musique (comme le ukulele acheté 1,68£ dans un magasin de Shaftesbury Avenue pour Joe qui ne savait pas jouer de la guitare et qui après une soirée arrosée, fier de son ukulélé quatre cordes, jura de devenir une Pop Star), toutes leurs aventures sont croustillantes. Je conseille cette biographie Passion is a Fashion: The Real Story of the Clash de Pat Gilbert.

Dès 1970, Dogg devient un personnage incontournable dans l'histoire du Londres underground. En 1972, il partage toujours un appartement sur Ridley Road avec Joe Strummer qui commence à apprendre à jouer de la guitare (avec sa façon particulière de gaucher). Après quelques incidents, comme de proposer à un sans logis, un black qui errait dans le parc de venir vivre chez eux et l'accueillir. Cela leur a valu finalement de se faire virer comme des vauriens de l'appartement par le conseil de la ville, tous les deux blessés que la police viennent détruire leurs vinyles de Dylan, des Beatles et des Stones en les expulsant. Pour eux, la musique, c'était tout et ils l'aimaient tellement que ça les rendait "as close to being mad as makes no difference".



Vivant de façon rock'n roll et hippy, Tymon partage également l'appartement avec le groupe réputé du moment The Slits. En 1976 il signe son premier album éponyme, joue avec le groupe 101ers et enregistre Sandinista! des Clash en 1980 en chantant sur Lose This Skin. Cette année, il enregistre son deuxième album Battle of Wills. En 1981, Tymon et les Clash écrivent et composent l'album d'Ellen Foley, Spirit Of St. Louis. Puis Dogg rencontre Ian Hunter avec qui se nouera une belle amitié et collaboration musicale pour les albums de Hunter pendant les années 80. Tymon Dogg signera en 1987 Frugivores – New Age Songs, en 1989 Relentless, puis rejoint son éternel copain Joe qui crée en 1999 The Mescaleros jusqu'en 2002 quand disparait Joe Strummer. Dogg souffrira beaucoup de la mort de son ami Woody à qui il dédiera des chansons comme Mondo Bongo ou encore Johnny Appleseed. Après l'EP Guantanamo de 2007 que signe Tymon, le grandiose label Cherry Red Records sort un très bel objet en 2010, reprenant les chansons de Tymon Doog entre 1968 et 2009. Cette magnifique compilation The Irrepressible Dogg Dogg contient des extraits de A wave a Dream, album reprenant les poèmes de Louis Aragon datant de 1924 que le talentueux auteur multi-instrumentiste Tymon clame avec une grâce infinie .
A ce moment de l'année où les idées de cadeaux sont parfois arides, The Irrepressible Dogg Dogg et le tout nouvel album Made of Light sorti le 13 novembre 2015 sont à offrir absolument. Tymon Dogg, comme l'étoile, siéra à votre pinède.

TymonDogg





dimanche 20 décembre 2015

Men in Fur

Men in Fur est un projet et un album concept uniques mais peu importe car son auteur-compositeur, Jayme Guokas ne cesse de nous combler en permanence avec ses autres projets, Bright Lights, Boyracer, Glitter, Ex Friends, Snow Fairies, Rabbit in Red et Skywriter Blue.
Men in Fur est de manière philosophique dédié aux animaux, aux êtres humains et à notre rapport à Dame Nature. Je suis entourée d'animaux, daims, lapins, faisans au beau milieu de la campagne pour écouter l'album signé en 2014. 

Auparavant, en 2005, l'américain d'Athens et de Philadelphie avait fait paraitre dans le même esprit "animalier" fort louable, la compilation No Parachute, ronde de titres pop psychédéliques d'une beauté absolue, que je conseille vraiment et sur laquelle paraissent des groupes fantastiques comme Of Montreal, Palomar, The Cannanes,The Clientele, Boyracer, Architecture in Helsinki et mes chouchoux The Wee Turtles. On peut aussi retrouver notre ami des bêbêtes Jayme Guokas sous les pseudonymes Prince Rainbow ou The Escargo-gos, évidemment !



D'une griffe artistique twee pop, dotés d'une ambiance new wave primitive, les 13 titres de Men in Fur sont intraséquement indie avec guitare, clavier, rythmique joués et arrangés par Jayme qui a enregistré les morceaux chez lui. Employé chez Barnes & Noble, Jayme a travaillé frénétiquement à son album dès qu'il rentrait du boulot "It was a dreary winter, and I had a shitty job at Barnes and Noble alphabetizing books, so all my energy went into recording. I was sort of hibernating in my basement, going to work, and then coming home and recording obsessively". Pour donner de la reverberation aux guitares, il lui arrive d'aller s'enfermer dans une église pour enregistrer les parties de guitare.

Dans un souci de perfection, avec inspiration et une oreille absolue, The Messenger qui ouvre l'album offre une mélodie new wave simple avec de la guitare acoustique et un son limpide proche de l'organique, effet désiré qui est en symbiose avec les mots. Puis les guitares et claviers pop d'Elisa, avec ses papapapa dansants assurés par Rose Bochansky et Melissa Kramer, les copines chanteuses de Snow Fairies, accompagnent la voix incroyable de Jayme (et le houhouou du Loup au loin). Le tubesque The Birds and the Bees entre en piste, groovy et virevoltant au tempo et à la basse qui plairont aux amateurs des Papas Fritas. Les accords délicats pour orner la mélodies sentimentale de The Lonely Bear sont envoûtants, hypnotisants. Puis Sister Moon relance la rythmique avec la reverb dans la guitare électrique et les hand-claps qui habillent le mystérieux rendez-vous nocturne sous la lune et sous les étoiles. Son refrain chanté en écho par Jayme est fondant de romantisme ' i want you, i need you, so come back soon, my child, my darling, my sister moon'.
The Shepherd Song, riche de notes pop, annonce une mélodie digne de Burt Bacharach avec ses trompettes, son glockenspiel et le chant sirupeux, cristallin stylé Nancy Sinatra offrant un moment dream pop fort délectable. Sam the Salmon est pur, aquatique, orchestré avec finesse, douceur et respect comme les écrivains Isaac Bashevis Singer ou Richard Brautigan pouvaient taquiner le goujon aux heures perdues. The Tiger Song suit, sautillant et sixties à souhait décoré d'un texte savoureux, ludique et drôle de miamiaowmiaow quand s'exprime le tigre qui en a assez de la même nourriture en réclamant du lait à boire à la façon Neutral Milk Hotel. Puis s'enchainent les airs bondissants, imagés, la basse fulgurante et clap-hands de The Deer Song, où le chant psychédélique évoque l'ambiance de San Francisco dans The Monkey Song et sa guitare excellemment délurée, idem sur The Snake Song. Là, ce sont les clochettes et les tambourins qui déambulent brillamment sur l'orgue typé Kinks ou Monkeys. Les titres sont tous aussi beaux et si bien instrumentalisés, variés, divertissants, pour terminer sur le fantastique Rabbits in the Springtime, à la voix chaleureuse, la guitare scintillante sur les mots magnifiques, allant de la neige dans le jardin au petit matin, aux lapins revenant glorieux au printemps. Cet hymne pop de la veine du White Rabbit des Jefferson Airplane, avec The Deer Song sont écrits par son acolyte Frank Jordan qui joue dans tous les projets musicaux cités au côté de Jayme depuis plus de 15 ans. The Messenger en reprise conclut l'écoute de Men in Fur, au thème animalier qui plait à tous âges, aérien et solide à la fois, un chef-d'oeuvre pop brodé de mélodies formidables, grâcieuses et finement conçues pour un album concept fantastique, classé dans le top de Piggledy Pop. Pour le commander, c'est le fabuleux label Happy Happy Birthday To Me Records (Apples in Stereo, Of Montreal, Essex Green, Great Lakes, The Wedding Present etc) qui s'occupe de la gestion de la pépite.

hhbtm





vendredi 18 décembre 2015

Peter Cat

Ces quatre artistes de Glasgow dispatchent une jolie humeur ornée d'une douce dose d'excentricité british dans leur musique et le visuel. Dansantes, aux accords bombés de pop, les mélodies joviales stimulent illico. La vidéo savoureuse de Keeping Up with Jacob, single sorti ces derniers jours, offrent d'ailleurs des pas de danse entrainants et une mélopée qui réveille les synapses. Neil au chant et guitare, George au synthé, Archie à la batterie et Mark à la basse forment la belle et glorieuse équipe Peter Cat.



A l'écoute des titres comme A Flicker, A Flame! et Amateur Cinema, cintrés d'humour et d'arrangements orchestrés avec finesse, je tombe sous le charme. Orgues vitaminés, guitares splendides, Neil à la voix élastique, aussi lyrique qu'explosive, habille les textes solides et fort imagés en chantant sur le cinéma français, nommant Godard, Anna et le film Une femme est une femme. Drapées de thèmes romantiques, les guitares sont rock, le tempo virevoltant laissant entrevoir la filiation avec les Franz Ferdinand. Le délice pop se poursuit avec le savoureux You Fucking Bastard, How could You, où la construction alterne entre des mots sarcatiques et des notes fleur bleue enveloppantes. On fond, on se régale quand Neil chante avec sa magnifique voix croonant 'don't come around here no more' sur une envolée de cordes lyriques. Les claviers affûtes du prince George, émoussés de Takin'Over The Manse, agrémentés du chant et des rythmiques endiablées, rappellent Pulp, Divine Comedy et parfois Bowie. L'inspiration des Peter Cat est remarquable sur Marrying Sebastian dans le sillage de Love, Magnetic Fields ou des XTC, sculptée indie pop, légèrement psychédélique dans les choeurs et l'instrumentation voltigeante. A quelques jours d'une nouvelle année, Peter Cat, propose un univers artistique de caractère, fourni et déterminé, qui promet une pléïade de bijoux pop à venir. Avec le nouveau titre de circonstance, (It's A Shame That You Can't Make It) This Christmas, offert il y a six jours, Peter Cat confirme son talent fruité pour la composition et se place sur Piggledy Pop dans mes gros coups de coeur 2015.
PeterCat





Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...