dimanche 19 octobre 2014

Pierre Bondu / Daven Keller


Découvert récemment l'album Quelqu'un Quelque part de Pierre Bondu est une pierre précieuse dans le monde de la pop frenchy. Il date de 2003 mais reste joliment intemporel tant les mélodies sont solides, les arrangements brillants et le chant, naturel et ensorcelant. Pierre Bondu qui émerge de la scène nantaise en 1994 sous le pseudo Elliott avec son premier single Platanes signé chez Aliénor Records, travaille tôt avec la scène locale, ses amis Philippe Katerine, Miossec et Dominique A qu'il accompagne à la guitare en studio et pour des centaines de concerts. Compositeur incroyable, il arrange avec un don surprenant et joue, interprète avec poésie et délicatesse ses compositions fleuries de textes tous splendides. Rares sont les artistes français qui savent écrire dans leur langue et cette scène nantaise a apporté beaucoup à la musique indépendante dans la fin du XXème siècle. Sans eux, nous serions surement encore boursouflés de banana split belge ou autres âneries sonores limite acceptables pour un tour d'auto-tamponneuses.
Pierre Bondu qui a depuis adopté le nom d'artiste Daven Keller écrit pour les autres avec à son actif par exemple le titre 100% VIP de Katerine, dont il a arrangé l'album Robots Après Tout. En 1995, le musicien breton fait ses valises pour Paris, y retrouve Miossec pour qui il arrange l'album Le déménagement et Katerine avec qui il travaille sur l'album Les Créatures. Entrant sur le label Village Vert, avec une écriture exceptionnelle, Pierre Bondu signe son opus Ramdam en 1999 puis poursuit son oeuvre d'arrangeur pour Dominique A, l'amie de ce dernier Françoiz Breut et signe la bande originale enregistrée à Sofia avec le Bulgarian Symphonie Orchestra pour le film de Catherine Corsini, La Répétition, sélectionné au festival de Cannes en 2001.

C'est en 2003 que Quelqu'un Quelque part sort avec pour ouvrir le disque le majestueux Caravelle où l'orchestre hongrois resplendit. Puis le clavier psychédélique sixties de Vu d'ici laisse apparaitre  l'intérêt de l'artiste pour les musiques de films signées Magne, Morricone et Delerue. Son titre dansant et rythmé laisse place au symphonique Je rêve orné de cordes de violons, d'une basse, de clavecin et piano que Pierre maitrise ayant depuis ses 13 ans appris à jouer de la batterie, de la guitare et du piano. Sa voix divine et vibrante qui lance la basse et la guitare dans Sur les coeurs effeuille un texte intime, secret mais qui entre les lignes, est saillant et probant. Dans une veine pudique Mieux que personne et son clavier, balance du son et des mots forts et éloquents sur une mélodie qui sonne sixties et des arrangements langoureux, inquiétants, saisissants. Puis un esprit aérien, une orchestration élancée, fait place au métaphorique Quitter la terre proposant une poésie élégante et un chant lyrique qui prend de la hauteur pour continuer avec Du genre à tomber aux choeurs rafraîchissants, aux claviers et guitares entremêlés formant un univers kaléidoscopique proche de Jean-Louis Murat mixé à Fleurent-Didier et Daho. La vie qu'on avait arrive comme un flocon de neige sur le disque, délivrant les notes de la guitare acoustique sur un texte subtil, dont la confidence prend une envergure offensive en milieu du morceau. Amoureusement énigmatique, le thème de A côté de moi fleuri d'une trompette mutine, mariée aux violons, guitares et clavecin, est plein d'une âme mélodieuse et farouchement accrocheuse. Le scénario musical se ferme sur Sans rancune, au souffle ardent dans la voix et au charme envoûtant de l'orgue, des guitares sur un titre qui conclue une histoire avec toute la magie de l'orchestre symphonique de Bulgarie qui va comme un gant à l'auteur-compositeur. Pierre Pondu sous l'alias Daven Keller sort Réaction A en 2008 suivi de Reaction B qu'il écrit, compose, arrange et produit offrant une atmosphère plus electrique, disco-pop, funky, toujours efficace et superbement ficelée. Travaillant de manière inspirée et fertile, sans relâche, pour le cinéma des frères Larrieu, sur la bande originale de leur film Le Voyage Aux Pyrénées ou encore pour Pierre Jousse et son film de 2011 Je suis un no man's land avec Philippe Katerine, les productions de Daven Keller sont sans faute, excellentes et l'album Quelqu'un Quelque part entre au panthéon des albums Piggledy Pop ; Conseillé donc !
DavenKeller



samedi 18 octobre 2014

Sally Seltmann - Hey Daydreamer

J'écris un billet au sujet de Sally Seltmann en 2012 et je réitère aujourd'hui car la jolie auteur-compositeur, multi- instrumentiste de Sydney vient de signer un album génial, Hey Daydreamer. Sally Mary Russell est une auteur, compositeur, interprète australienne qui se produit de 2000 à 2009 sous son nom d’artiste New Buffalo. Elle écrit, arrange et produit son opus The Last beautiful Day puis son album sophomore Somewhere, Anywhere en 2007, année durant laquelle ce disque est nominé aux ARIA Music Awards, tandis qu’elle remporte parallèlement un franc succès avec son titre 1234 co-écrit avec Feist. A 39 ans et maman d’une petite Judy, Sally distribue de la douceur et de la gaité sur scène et sur ses disques depuis 20 ans.

Musicienne prolifique, douée et inspirée, elle rencontre Darren Seltmann en 1999, leader du groupe The Avalanches, pour qui elle chante dès leur premier album Since I left You. Contrairement au titre, ils ne se quittent plus et se marient en 2003. Sally Mary Seltmann tombe dans la marmite de l’indie-pop en 1992, monte son premier projet power pop Lustre 4, rencontre Ben Lee lors d’une soirée anniversaire ( étant nés tous deux le 11 septembre), participe à l’écriture de chansons pour le groupe Bowers jusqu’à ce qu’elle se lance en solo avec New Buffalo. La jeune femme orchestre de 25 ans, mixe, arrange, joue la majorité des instruments et chante sur ses titres, modelés d’une main de maître. Sur The Last Beautiful Day qui offre la participation de Beth Orton aux choeurs et de Jim White à la batterie, Sally Seltmann assure la basse, la guitare acoustique et électronique, les claviers, le chant, le piano ; Liste agrémentée d’orgue, saxophone, flûte, de percussions et d’accordéon qu’elle manie avec dextérité sur Somewhere, Anywhere.

Second album paru sous son nom Sally Seltmann, Hey Daydreamer offre pour la première fois l'apparition de sa fille Judy aux synthétiseurs, batterie et aux percussions tandis que le papa et époux Darren est aux commandes : producteur, arrangeur, aux percussions aussi et à la programmation. Sally compose les 11 morceaux, orchestrés avec une pluie d'instruments, distribués avec parcimonie, délicatesse et jamais de grandiloquence. Il y a donc, de la harpe, de la clarinette, du saxophone, de l'orgue, du trombone, de la trompette, de la flûte, et la musicienne assure elle- même et arrange parfois aussi seule la batterie, les guitares, le piano, melodion, la basse et quelques claviers, en bonus du chant toujours merveilleux et raffiné. Ses textes truculents dans une veine narrative ou intimiste nous embarquent facilement, collent le sourire aux lèvres ou créent l'émotion qui fait dresser le poil. L'auteur a de l'humour et assez de fantaisie à partager dans ses textes sagaces pour créer des ambiances, peindre des décors comme sur Billy avec sa virevoltante rythmique et sa revigorante video. A l'écoute de Hey Daydreamer on pense aux heures de gloire du cinéma, à la littérature, aux trillers comme sur la poppeuse The Small Hotel quand la joyeuse Needle in the Hay évoque davantage la magie de la Mélodie du Bonheur ou du Magicien d'Oz avec ses contes et ses mystères. Puis l'instrumentation intelligente se poursuit avec le melodion de Dear Mr Heartless où Sally aiguise sa plume et son grain de voix pour proposer un titre savoureusement dansant, plein de cuivres et de roulements de tambour, saupoudrés de harpe hautement présente également sur le féerique Right Back Where I Started From, racé et pomponné grâce aux percussions et à la basse mirifique. Quant à I Will Not Wear Your Wedding Ring, typé et imaginatif, sophistiqué et rusé, il est orchestré avec des flûtes épicées, des harpes et des trombones mutins qui offrent une ambiance cinématographique des sixties. La harpe et la rythmique parfumées aux caraibes de Catch of the Day nous emmènent aussi sur les plages dorées et sous les palmiers pour une piqure de chaleur avec des cuivres brulants qui accompagnent un texte poétique. Seed of Doubt ouvre une fenêtre intime, sur l'insécurité amoureuse, agrémentée de violons et de choeurs pop, comme Holly Drive et States and Spaces qui suivent le même schéma sentimental où Sally avoue tous ses sincères et forts sentiments à l'élu en déroulant un tapis de vulnérabilité sur des guitares country qui évoque le film Paris-Texas ou bien qui parle de son enfance, son chemin, ses regrets et ses satisfactions. Touchant et émouvant, Hey Daydreamer est mis en exergue par l'instrumentation et la voix majestueuse de Sally Seltmann qui signe là encore un album aérien, quintessencié qui fait partie de mes favoris cette année 2014.
SallySeltmann
SallySeltmannPiggledyPop2012



dimanche 12 octobre 2014

The Milk Carton Kids

C'est en regardant le film Inside Llewyn Davis des frères Cohen que mon oreille s'est dressée à l'écoute de la bande son qui compte The Milk Carton Kids et avec eux une liste de musiciens plutôt bien balancée, Jack White, The Avett Brothers, Joan Baez, Dave Rawlings Machine, Rhiannon Giddens, Lake Street Dive, Colin Meloy, Marcus Mumford, Punch Brothers, Patti Smith, Willie Watson, Gillian Welch. J'ai donc découvert récemment ces duétistes qui ont signé en 2011 deux albums géniaux, offerts en libre téléchargement sur leur site, Retrospect et Prologue. Les notes acoustiques qui rayonnent sur les deux disques, les cordes de guitares folk acoustiques et le chant limpide, cristallin du duo californien sont magnifiques. Globalement pour les profiler et les classer dans un genre, je dirais pop folk dans la veine de Simon and Garfunkel, surtout en écoutant le titre New-York, Kings of Convenience, Neil Young, Josh Ritter, Peter Von Poehl. Les deux voix délicates et légères voltigent et se font caressantes tout au long des plages. Les harmonies sont exigeantes et les mélodies magiques ont du caractère. Kenneth Pattengale et Joey Ryan, auparavant chacun dans une formation, se sont bien trouvés pour ensemble composer des bijoux folk aux deux voix serties d'or.

Prologue et le troisième volet de 2013 The Ash & Clay sont écrits par Joe Henry, ancien des Jayhawks, que les amateurs d'anti-folk et d'americana connaissent bien. Ce dernier album sera nominé aux Grammy et le duo The Milk Carton Kids partira en tournée le présenter aux côtés de la chanteuse Sarah Jarosz et des musiciens Samson Grisman, Alex Hargreaves et Nathaniel Smith. Travaillant actuellement avec Joe Henry à l'écriture d'un quatrième disque, les trois albums font office de cartes postales amoureuses idéales pour l'atmosphère actuelle automnale avec There By Your Side, Stealing Romance, Honey Honey, de Memphis à New-York, du Michigan à la California en passant par le Promised Land. The Milk Carton Kids proposent une folk d'excellence qui sonne nostalgique mais dont les textes sont un ravissement lyrique et poétique.
TheMilkCartonKids


Co-Pilgrim

Apparu en 2000 avec des mélopées pop plein sa besace, Mike Gale monte le groupe Black Nielson à Winchester en s'entourant de William Gradidge à la guitare, Andrew Reaney à la basse, Christopher Wilson aux claviers et Tom Wenzel à la batterie (qui remplace Graham Roby, puis Pat Holmberg). Leur première signature en 2001 comprenant 11 titres fait partie des splendeurs de l'année, riche en productions indie-pop. Mélodiques et alternatives, les chansons se rangent aux côtés des Eric Matthews, The Decemberists, Beulah, Tullycraft et surtout Brendan Benson. L'opus Still Life Hear Me qui offre la présence de Joe Bennett au violon, à la trompette et Robin Bennett à l'orgue, tous deux producteurs du disque est suivi de The Seahorse Boe en 2003, tout aussi rock et pop, abouti et lardé d'harmonies. Les guitares, le piano, la basse et la batterie s'allient sur les compositions de Mike Gale qui chante comme un rossignol des Cornouailles.


En 2005 Black Nielson splitte et Mike se remet en selle seul avec l'alias Co-Pilgrim signant dès 2007 le sublime album Pucker Up Buttercup qui crée la surprise. Le rossignol s'est chrysalidé en voix pop puissante et brillante, compose à sa guitare des airs somptueux aux sonorités proches d'Elliott Smith, dont la mélancolie sucrée et rythmée de piano, de basse et guitares voltigeantes, s'approchent aussi de Ben and Jason, Badly Drawn Boy, ou même Nick Drake avec des choeurs beach boysiens. Intemporel, un album aussi bien arrangé, écrit et interprété, est une pièce rare aujourd'hui et Pucker Up Buttercup se savoure à volonté, tout comme A Fairer Sea de 2012, génialement pop et orné de balades exquises colorées de cordes, d'orgues psychédéliques ou de guitare acoustique. Les créations de Mike Gale respirent la poésie, la sensibilité et toutes ses influences qui vont de The Jam, à Bill Callahan, Woody Guthrie, Dennis Wilson et même Gilbert Bécaud. L'auteur-compositeur anglais revient à ses amitiés pour Co-Pilgrim accompagné par ses acolytes de Black Nielson, Andy à la basse, Tom à la batterie, les frères Bennett qui gèrent le label Truck records, Robin et Joe au clavier, guitare et voix accompagné de sa femme Claire pour les choeurs. Fairer Sea évoque l'histoire personnelle de Mike qui part rejoindre son amie américaine à New- York, relation amoureuse qui s'effrite avec la distance. Le nouvel album de 2014 Plumes est derechef une ode au romantisme, à l'amour en général avec ses déconvenues, 2013 ayant été une année difficile pour Mike avec le départ de son père.

Harmonieux, homogènes, certains titres sont langoureusement acoustiques comme Heartache Row ou résolument positifs, optimistes et dansants comme Dancin' Hoods. L'ambiance pop sixties de I know Love peut aussi parfois nous plonger dans l'americana comme avec Grew Into Something New ou I Saw you Heavenly Girl. En février dernier, Robin Bennett annonce la sortie de Plumes " This summer and winter, more than 10 years after, we have all returned, trusting our songs once more to the studio's isolated star-spangled ambience. And cradled in this warm carpeted embrace, Co-Pilgrim made their faithful way back, with producer/musician Joe drenching some of Mike's best ever songs (and they are always good) in reverb, harmony and lap-steel, and producing a glorious, exhilarating torrent of sound in which your ears may surf freely. The mouse, up there in the ceiling cavity, tapped its little feet along to the stompers and laid on its back gazing at stars for the rest. For the return of the Pilgrim, Mike and producer-multi- instrumentalist-harmoniser Joe have been augmented by drummer Ben and the angelic voice and glamorous presence of Claire, Joe's wife. Yes, I even pitched on some flute." Avec du tambourin endiablé, des guitares aiguisées et un piano, une batterie révoltés, l'oreille est aussi bercée par des balades comme Come Out Alive et It's Curtains for me, fleuries de glockenspiel, de flûte, de guitare folk chaleureuse et joliment mélancolique. La poppeuse Pushover nous emmène dans le sillage pop de The Smiths, fortement des Beatles ou des Byrds. A se commander sur le site des bardes anglais là : Co-Pilgrim




Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...