dimanche 29 décembre 2013

Les yeux et les oreilles de Piggledy Pop en 2013



Inside Llewyn Davis / Bob Dylan, Dink's Song covered by Marcus Mumford and Oscar Isaac

Happiness Therapy / Alabama Shakes, Always Alright

From The Sea To The Land Beyond / British Sea Power, The Land Beyond

Frances Ha / Bowie, Modern Lover


Prince Avalanche / Explosions in the Sky & David Wingo

 Jappeloup / Thin Lizzy, Dancing in the moonlight

Not Fade Away / Rolling Stones

Warm Bodies / Troggs, A girl like you

Wicker Park / Mazzy Star, Flowers in December

50/50 / Radiohead, High and Dry

Oblivion / Daft Punk, Beyond




Brooklyn Brothers Beat The Best /  Brooklyn Brothers

Garden State / Simon & Garfunkel, The Only Living Boy in New-York

vendredi 27 décembre 2013

Eye Travel

Découvert il y a quelques jours, Still Twinkle Like Stars in my Brain signé de Eye Travel, constitue à mon goût, un des meilleurs albums 2013, sorti il y a 20 jours. Derrière ce pseudo, il y a une jolie personnalité du nom de Christoffer Andersson, artiste suédois qui vit à Göteborg. Auteur-compositeur de talent, sa belle âme et sa sympathie sont appréciées dans le milieu indie-pop et elles transparaissent dans ses chansons. En 2010 Eye Travel signe son premier single Every Little Smile, puis au printemps dernier fait paraitre un deuxième single Calm Water. Les deux titres sont prometteurs, magnifiques, offrant des mélodies jouées à la guitare qui évoquent Paul Simon ou Bob Dylan. La sensibilité se perçoit autant dans les cordes pincées et taquinées de la guitare que dans son grain de voix, touchant et efficace. Avec une tonalité dans le chant qui fait penser à Cat Stevens ou Peter Von Poehl, Eye Travel nous emmène dans son univers particulier. Orchestré avec des cuivres, basses, tambourins, guitares et pianos, Still Twinkle Like Stars in my Brain, sorti le 6 décembre 2013 est savoureux et généreux. Accrochant l'oreille, les mélopées sont rythmées, dansantes ou plus langoureuses.


Les textes qui ornent l'album sont tout aussi gracieux que les mélodies, écrits autour des thèmes du temps, du voyage, de l'amour comme I can be Your Window que Eye Travel peaufine en 2007 chez ses parents, inspiré par le Wonderful World de Paul Simon. Tel un exégète raffiné et adroit, Christoffer Andersson propose des émotions musicales intenses en héritage et titille intelligemment les vastes thèmes de la valeur morale et de l'humanité. Cette influence se retrouve aussi sur March (i wrote it for Us), dansant et joyeux qui donne envie de se lover dans les sifflements et la rythmique entrainante. Les chansons étaient dans un premier temps enregistrées à la maison entre 2006 et 2008 avant que Christoffer ne rencontre le producteur Charlie Storm qui arrange l'ensemble des titres en studio avec à leurs côtés le guitariste Magnus Tengby et parfois un ensemble de 25 musiciens. Les orchestrations de violons superbes et fines, les choeurs gospel sur les rythmiques édifiantes de Soldiers Without Guns prouvent un sacré talent d'écriture et de construction de chansons. La basse et les cuivres sur Our Journey, où l'orgue et le clap hands se faufilent, forment une mélodie pop réellement belle et aboutie. When the Colours Are Changing boucle l'écoute avec le chic de Eye Travel pour mêler les sentiments amoureux aux saisons. En s'immergeant dans Still Twinkle Like Stars in my Brain, on éspère pouvoir prolonger la magie, enveloppés des harmonies prononcées et griffées de l'artiste. Le répertoire acoustique de Christoffer est souriant. Il sait jouer, jongler avec des instrumentations orchestrales avec souplesse et marier les textes aux mélodies avec adresse. Eye Travel, magnifique songwriter est un des coups de coeur de Piggledy Pop de 2013. 

mardi 24 décembre 2013

Bill Ryder-Jones

Bill Ryder-Jones est un auteur-compositeur originaire du Cheshire, coeur musical battant entre Liverpool et Manchester où le musicien fait ses armes en tant que guitariste entre 1996 et 2008 au sein de The Coral. Après les cinq premiers albums du groupe, Ryder-Jones part pour une aventure en solo en 2008 qui prend aujourd'hui le profil d'une bien belle carrière. En 2011, son opus If dévoile un travail de composition excellent, instrumental et symphonique qui laisse entrevoir déjà les prochaines collaborations avec le cinéma. If déroule les 10 titres comme une bande-son de film, avec des orchestrations très étudiées et proches d'oeuvres classiques. Musique de chambre, envolées de cordes se mêlent sur le thème du roman oulipien de 10 volets d'Italo Calvino Si par une nuit d'hiver un voyageur qui inspire Bill Ryder-Jones. Les 10 titres accompagnent les 10 chapitres du roman, offrant parfois le chant de l'anglais, somptueux et délicat, comme sur Leaning (star of Sweden). Bill Ryder-Jones a de multiples influences qui se retrouvent sur If comme celle des Gorky's Zygotic Mynci, Nick Cave que l'on perçoit sur Give me a Name ou Syd Barrett qui vient hanter de sa superbe le titre Enlace. Aimant les compositeurs de films, Ryder Jones compose et enregistre l'album soit dans la maison de sa mère avec les guitares comme sur Le Grand Desordre soit les parties orchestrales avec le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra et le Scandinavian Church of Liverpool. En 2011, Bill enregistre l'EP Submarine avec son ami Alex Turner des Artic Monkeys avec qui il assure la tournée internationale cette même année. 



Parrallèlement, Ryder-Jones ne cesse d'écrire pour le cinéma avec ses débuts pour des court-métrages en 2009, Leave Taking de Laurence Easeman, en 2010 It's Natural to Be Afraid de Justin Doherty, en 2011 Bed de James Lees pour enfin recevoir sa première commande de bande originale de 26 titres magnifiques en 2012 pour le film Piggy de Kieron Hawkes. En avril 2013, l'artiste signe son deuxième album studio A Bad Wind Blows in My Heart où son talent de composition et d'écriture s'épanouissent et Bill Ryder-Jones brille dans son exercice en y apposant son chant touchant et émouvant. Les 11 titres proposent des balades folk, pop, avec des arrangements fleuris de piano, de guitares, basse et d'une rythmique sensuelle. Les textes personnels, narratifs, qui reviennent à son enfance, emploient des métaphores qui donnent un aspect fort poétique à l'ensemble et montre le réel don d'écriture et la passion pour la littérature de l'auteur. By The Morning I et Wilds Swans rappellent  les ambiances pop des écuries écossaises et galloises du genre, comme les Pastels et les Gorkys auxquels on pense en s'enveloppant du génial Christina That's the saddest Thing. L'instrumentation riche montre que Ryder-Jones avec sa modestie naturelle est un musicien-maestro qui commançant jeune à jouer du violon, du piano dont il dit qu'il "arrive tout juste à sortir des sons corrects", assure sur A Bad Wind Blows in My Heart la guitare, la basse, la batterie, le clavier et piano, et comme il le dit "entre deux clopes" il joue même de la guimbarde. L'ambiance musicale est suave et entrainante, nostalgique avec un retour à ses sentiments d'antan mais avec de jolies notes d'ironie et d'humour comme sur You’re Getting Like Your Sister. Elegance et courtoisie sont présentes sur les morceaux de A Bad Wind Blows In My HeartBill Ryder-Jones se révèle aussi chaleureux qu'impressionnant de charisme. Pour Piggledy Pop, il s'agit d'un des meilleurs disques de 2013 et que je conseille, évidemment.  


dimanche 22 décembre 2013

Pleyel

En novembre, la presse a annoncé la fermeture des ateliers de fabrication des pianos Pleyel à Paris. Il s'agit des derniers ateliers français mais aussi européens, le marché du vieux continent qui a vu naître Mozart, Chopin, Litzt et Haydn ne fait plus face au chinois ni au coréen. 1757, Ignaz Joseph Pleyel nait en Autriche où parrainé par le comte Ladislas Erdödy, il beneficie de l'apprentissage du piano auprès de Haydn jusqu'à ses 15 ans. Déjà, une grande amitié lie les deux musiciens qui se retrouveront des années plus tard. En 1784, Pleyel a 27 ans et déjà son travail intrigue et des admirateurs se dévoilent comme Wolfgang Amadeus Mozart qui écrira cette année là : "il vient de paraître des quatuors d'un certain Pleyel qui est un élève de Joseph Haydn. Si vous ne les connaissez pas encore, essayez de les trouver, ils méritent toute notre attention" ou encore une lettre de Mozart qui confie à son père au sujet de Pleyel : "C'est un bonheur pour la musique" .
A à peine 20 ans, Ignace Pleyel, est maitre de chapelle et à 30 ans, il part en Italie où le roi de Sicile lui fait une commande d'opéra en 1785, année où il va vivre à Strasbourg pour devenir l'assistant maitre de chapelle de François Xavier Richter. 1789, Richter meurt et Pleyel le remplace quelques temps car la révolution française le pousse à fuir à Londres où il retrouve Haydn. Ensemble ils assurent nombre de concerts dans la capitale anglaise de 1791 à 1792, parfois l'un contre l'autre quand l'élève dépasse le maître en compagnie du compositeur Johann Salomon. Pleyel revient en France, achète un château près de Strasbourg et craignant la Terreur, emprisonné et menacé, pour sauver sa tête, il compose avec son ami Rouget De L'Isle des chants comme l'Hymne pour la liberté


Salon de musique Pleyel, rue Rochechouart, Paris 1893 (Eugène Ysaÿe, le violoncelliste Joseph Jacob, MM. Crickboom et Van Hout et Claude Debussy assis au piano)

Ignace Pleyel, prolifique, réputé et respecté pour son talent de composition, signe après Temple de l'Être Suprême, Le jugement de Paris, des opéras, des concertos pour clarinette, violon et violoncelle, une pléthore de compositions de musique de chambre, plus de 40 symphonies, avec une technique particulière qui attire l'attention. En 1794, il s'installe à Paris avec femme et enfants, y monte son premier commerce de vente de partitions et une maison d'édition. Dans ce domaine, il sera précurseur en étant le premier à éditer les partitions en format de poche. Depuis 1797, la maison d'édition Pleyel qui fait paraitre à ses débuts les oeuvres de Haydn et de Beethoven, publiera plus de 4 000 compositions. C'est en 1802 qu'il peaufine son premier piano qui a la particularité d'avoir les cordes frappées par un marteau et non plus pincées et dépose ce brevet en 1807. Avec la collaboration de Charles Hemme, la Manufacture des pianos Pleyel ouvre ses portes en 1809. Il y en aura des adeptes de l'instrument Pleyel à la mécanique légère, sensible au toucher avec des touches lourdes qui rendent les notes élastiques et aériennes, comme Saint Saens, Debussy, Liszt, et surtout Chopin. Ce dernier est un fidèle de l'écurie Pleyel et tombant amoureux de l'élègance et la grâce du piano Pleyel s'écrira :"Les pianos de Pleyel sont non plus ultra". Plus tard Chopin, devenu intime, ami fidèle, s'investira dans la Société Ignace Pleyel & Compagnie fondée par son fils Camille Pleyel en 1829. Camille s'associe en 1830 à Kalkbrenner, compositeur ami de Chopin et professeur de piano de Marie Pleyel et du compositeur-chef d'orchestre Charles Hallé, pour lancer une fabrique de nouveaux pianos.


  
En 1820 on compte une trentaine de fabricants de piano en France, qui souvent ouvrent leur salon et salle de musique comme le fameux et resplendissant Salon de musique Pleyel à cette époque, qui se trouve rue Cadet à Paris où Frederic Chopin donne son premier concert en 1832 et son dernier concert en 1848. Près de Blanche, Marcadet et Rochechouart, la fabrique de pianos Pleyel en 1830 fait vivre plus de 200 ouvriers (900 ouvriers en 1890) et le complexe énorme aux affaires florissantes qui comprend une scierie gigantesque, une multitude d'ateliers, offrira également rue Rochechouart la deuxième plus grande salle de concert au monde de 550 places. Une plus modeste sera ouverte également au siège Pleyel rue Richelieu jusqu'à ce que celle du Faubourg Saint-Honoré, toujours en place, ouvre ses portes. La Salle Pleyel inaugurée en 1927, dont le sol et les murs sont art-déco, a accueilli le jeune Camille Saint-Saëns âgé de 11 ans pour son premier concert, Cortot, Debussy, Liszt, Rubinstein, Hiller, Stravinsky est devenu en 90 ans un haut lieu musical international que les artistes contemporains venant du classique ou du rock admirent. Ignace Pleyel mort en 1831, avant-gardiste brillant, invente une sonorité en créant le cadre métallique ou introduit le piano droit en France et son fils Camille aussi compositeur et pianiste continue la même aventure en créant de nouveaux pianos aux allures romantiques dont les marteaux effleurent délicatement les cordes. En deux siècles, 250 000 pianos Pleyel ont été fabriqués et vendus. Quand dans les années 2000, le propriétaire de la salle Pleyel décide de regrouper les désormais 3 seuls fabricants français de pianos, Erard, Gaveau et Pleyel à Alès, c'est pour que cette Manufacture des pianos français d'Alès annonce en 2007 la fermeture de ses ateliers. Regroupés dès lors à la fabrique Pleyel de Saint-Denis bâtie en 1865, tout fermera à la fin de l'année sans que les investisseurs publics ou privés y prêtent la moindre attention. Tout ceci est bien voilé et bien bouché. L'indifférence ne coûte pas cher, heureusement il reste toujours les burgers à engouffrer devant les matchs de foot. Mais en 2014, c'est Pleyel qui ne jouera plus. 

Patrick Watson à la Salle Pleyel 



Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...