jeudi 10 mars 2016

Paul Tasker

Musicien confirmé, auteur-compositeur affirmé, Paul est aussi professeur de guitare à l'académie Musicworks de Glasgow où il vit depuis dix ans. L'artiste écossais évolue dès 2005 dans le groupe Doghouse Roses, duo pop folk formé avec la chanteuse Iona Macdonald, signant plusieurs EP et deux albums géniaux. L'aventure commence en 2006 avec deux EPs et un single, Doghouse Roses, Folk & Blues Part 1 et Greener The Grass / Years avant la parution de l'album How’ve You Been (all this time?) en 2009. La complicité du producteur de renom Malcolm Lindsay et du multi-instrumentiste Alan Scobie, ainsi que la présence de multiples musiciens comme le violoncelliste du Scottish Opera, Robert Irvine, alliés à la composition de Paul et à la voix de Iona forment 10 titres d'une beauté absolue. Le duo assure une tournée européenne et récolte une presse internationale dithyrambique. Pastoral, lumineux, le thème de la nature est omniprésent dans les mélopées qui respirent les landes écossaises dans les arrangements et les harmonies.



Suivra l'EP Folk & Blues Part 2 qui annonce en 2009 le second album This Broken Key, plein de douze chansons flanquées de country-folk magnifique. Entre-temps Paul collabore à une flopée d'autres projets ; il joue sur Tree Tumble Wake Mother de Davie Lawson, participe à l'album 49 Arlington Gardens de Nick Garrie, joue de la mandoline sur Ride The Tide de Neil Sturgeon, joue du banjo sur Whats Going on sur l'album My Kind of Paradise de Brian Hughes et joue aussi sur Pilgrim Road des américains The Willard Grant Conspiracy qu'il accompagne entre 2007 et 2009. Paul Tasker est ami avec un autre artiste écossais dont je parle souvent ici, que j'adore, Stuart Kidd alias Kidd, ou Doctor Cosmo's Tape Lab et The Wellgreen. Peu étonnant d'apprendre que les deux musiciens talentueux s'entendent et jouent ensemble sur scène lors des concerts de Doghouse Roses.

Depuis quelques jours, je me nourris de son nouveau projet solo, excellent. Paul signe le 30 mars prochain un instrumental de 9 morceaux nommé Cold Weather Music, qui me touche et que je trouve monumental. Dores et déjà, je sais que son album me suivra longtemps.

J'y entends du folk traditionnel gaélique, j'y décèle des histoires, des images, des atmosphères féeriques comme une aube écossaise parfumée de fougères, de mousse et d'iode. Les mélodies qui s'enchainent sont une explosion de couleurs, de notes, comme un bouquet de cartes postales racontant une histoire que l'auditeur peut modeler à l'envie. Paul l'a composé en ayant un film en tête ; On le devine au fur et à mesure des écoutes. Le banjo qui ouvre le bal sur Husker's Theme, accompagné de la guitare montre le talent de musicien inouï, l'aisance pour le jeu, léger, ensoleillé et la délicatesse dans la composition. D'emblée on plonge dans l'univers de la nature, des fruits, des graines, quand Gorlitzer offre une balade jouée à la guitare acoustique qui invite au voyage comme sur Skytrain.



La flute de Jo Shaw se promène céleste quand Corran Macarthur distribue des particules aériennes dans son violoncelle, donnant une impression de promenade à travers les vertes plaines, les blanches montagnes, à l'image de la pochette de l'album. Les guitaristes Thomas Marsden et Dejan Lapanja, le percussionniste Luigi Pasquini sont présents à l'enregistrement avec Paul et les harmonies, les arrangements sont parfaitement réussis, sensationnels. Le parcours musical poursuit avec Valve Oil où banjo et guitares taquinent aussi ardemment les cordes qu'un cow-boy assoiffé enfile les whiskeys dans un western de bruts et 'bads' recouverts de poussière. Paul Tasker dessine ses mélopées comme pour faire voguer l'esprit et l'imagination, dans l'espace ou dans le temps avec par exemple la sublime Blooms in the Autumn qui étonne par ses arpèges au profil à la fois hispanique et médiéval.



Puis le spectacle sonore déborde d'images grâce au banjo de Tundra Plane qui offre la sensation de légèreté planante, de survol paisible et solide. Le même sentiment est saisissant sur Ne'er Day où entre chaque notes jouées, le silence se glisse, donnant du relief à la mélodie. Puis InE arrive comme une explosion printanière, une saison naissante, un doux climat pour porter le kilt et une envie de galoper à dos de shetland dans les Highlands. Enfin Rising dévoile le don de guitariste impressionnant de Paul Tasker. Avec des variations infinies, un son exquis qui sort des cordes, Paul joue comme un poète lyrique de la guitare et du banjo, offrant de l'oxygène, de l'immensité et de la liberté dans les airs. Véritable aimant, étonnant et fort enveloppant, Cold Weather Music, est un objet magnifique également en vinyle que je classe dans le top 10 des albums 2016 chez Piggledy Pop.
PaulTasker

Tundra Plane from Paul Tasker


mercredi 9 mars 2016

Chelsea / Emmanuel Tellier

Parce que j'espère avec ferveur et fougue que Chelsea gagne ce soir face au PSG que je déteste, je reviens sur ce superbe groupe qui s'écoute encore si bien 25 ans plus tard.
Né au début des années 90 à Tours, Chelsea compte Emmanuel Tellier à la guitare et chant, Étienne Dutin à la guitare, Pierre Palmieri à la basse et Olivier Descroix à la batterie. Après le split de Chelsea en 1998, Emmanuel, avec les mêmes compères (sauf pour Olivier Descroix, remplacé par l'excellent batteur Luc Durand) monte les groupes Melville, puis La Guardia et enfin la formation récente 49 Swimming Pools. Parallèlement l'auteur-compositeur est aussi journaliste, travaillant 11 ans au sein des Inrockuptibles, il devient chef du service culture et rédacteur en chef de Télérama.
Avant de créer Chelsea en 1989, Emmanuel part en Angleterre peaufiner ses études d'anglais attaquées à Tours. Il se produit avec sa guitare dans les bars de Londres, Liverpool et Manchester. Ayant joué dans six groupes différents, l'artiste a six albums à son actif dont trois avec Chelsea ; Ils sont tous splendides.



Musicien de qualité, ayant fréquenté les bancs du Conservatoire de musique, tâté le piano dès ses 5 ans, puis adolescent, la guitare et la basse, l'amoureux des Smiths et des House of Love est aussi très inspiré et prolifique. C'est chez Rosebud, petit label indépendant de Rennes que Chelsea signe son premier bijou en 1991, Réservé aux clients de l’établissement suivi en 1992 de Tramway, dont le titre Sur les traces de Pat Hobby est produit par Ian Broudie (du groupe Big in Japan et producteur des Echo & the Bunnymen, Shack, The Fall, The Coral, The Pale Fountains, The Lightning Seeds ) et enfin en 1994, Nouvelles du Paradis. Le groupe gagne une belle renommée, joue sur scène avec les La's, ou encore James dont Chelsea reprendra Strip-mining. Les tourangeaux aiment l'exercice de la reprise qu'ils honorent avec The devil's eye des Go-Betweens, Shine on des House of Love , mon adorée These are the things des Pale Fountains et l'Amérique de Joe Dassin.



J'aime Chelsea qui figure dans mes groupes favoris, mes références. Follement imaginatif, génialement écrit, finement interprété, l'univers mélodique pop du groupe est en 1990 précurseur et visionnaire. Pour une fois, le groupe ambassadeur, sait non seulement chanter en français et en anglais avec un accent irréprochable mais surtout écrire des paroles dans la langue de Shakespeare sans fautes de syntaxe ni d'orthographe. A ma connaissance, je ne vois aucun groupe de pop actuel capable d'aller jouer à Manchester, chanter en anglais devant les indigènes connaisseurs, sans se sentir condamnés à porter une fausse barbe, un chapeau et des lunettes noires.



Cet orfèvre de la pop, bien plus actif qu'un yaourt au fididus, nous comble en partageant des nouveautés musicales, dans le cadre de son activité journalistique mais en bonus, généreusement, en organisant des tournées et soirées-concerts comme celle de The Apartments aux Bouffes du Nord. C'est en grande partie grâce à Emmanuel Tellier si l'australien Peter Milton Walsh de The Apartments remet le pied à l'étrier en 2012 après un break de 18 ans en signant le nouvel album No Song, No Spell, No Madrigal.



Je conseille de réécouter Chelsea et ses pépites dont je suis fan, comme Les Dimanches De Mr Wilson, Le mauvais perdant, Sweet Sixteen, Sur les traces de Pat Hobby et le somptueux Jonathan. Dans la lignée de Echo and the Bunnymen, James, Blueboy, Ride, The Smiths, les projets d'Emmanuel Chelsea et 49 Swimming Pools, entre les autres, sont le fer de lance de la french-pop qui pour une fois nous évite de frôler les murs et de ramper de honte. Pour toutes ces mélodies qui nous charment, nous émeuvent, tout en évitant d'élimer les pulls aux coudes et le velours aux genoux : une grande reconnaissance et un grand merci à Emmanuel Tellier, Samuel Léger, Fabien Tessier, Etienne Dutin des 49 Swimming Pools et à feu Chelsea!
49SwimmingPools

TheApartments





lundi 7 mars 2016

Why We Love

Groupe d'indie-pop originaire de Bristol, Why We Love, en plus d'avoir un nom supra jovial, enchaine depuis 2014 des pépites pop dansantes et accrocheuses. Sur leur lancée, ils viennent de signer le vrombissant single Staying Awake qui indéniablement réveille!
En mai 2014, les quatre musiciens anglais signent le single Patina, comportant une mélodie, des arrangements alternatifs superbement ficelés et des voix dynamisantes. Les harmonies vitaminées et les guitares janglepop reviennent en novembre de la même année avec l'EP de quatre titres Fake a Death.



Le magnifique All Good Things Must Drown ouvre l'EP avec ses paroles douces amères qui décrivent une rupture sur un air dansant et entrainant dans le sillage des féroces rythmiques et guitares aiguisées. On pense aux Strokes et aux 1990's, mais aussi aux Smiths et aux Beatles à l'écoute de Engine, virevoltant de sonorités ensoleillées en guise de règlement de compte joliment offensif. Le tempo ne lâche pas la bride sur Fake a Death, stimulante et percutante.

Rachel Wellfair, Matthew Thomas, Anthony Dodwell et Joe Wellfair sont toujours aussi pertinents et épatants sur Gold Mine. Les voix sont brillantes, les instrumentations bondissantes. L'envie de danser sur les mélodies galopantes est bien là, comme l'envie de chanter et de dodeliner du chef. Why We Love réussissent un EP plein de vibrations rock, pop ornées d'un délicieux groove.



La rythmique sautillante, les voix scintillantes reviennent sur le single Lucky One en janvier cette année 2016. Tandis que les paroles mordantes font office de boulets de canon, les voix sont incrustées d'énergie, les guitares et la batterie sont ravissantes de pétulance.
Entouré et stimulé par le très bon label My Little Empire Records, la clique efficace et sympathique Why We Love nous concocte un futur EP nommé Surrender tout aussi fourni de peps, de notes et de rythmes diablement bien orchestrés. J'ai pu l'écouter en avant-première, (une bombe pop!), je reviendrai en dire un mot à sa sortie, prévue dans quelques semaines. En attendant que nos amis viennent bruler les planches des scènes françaises, leurs mélopées peuvent déjà faire chauffer les enceintes.

WhyWeLoveBandcamp
WhyWeLoveOfficial
MyLittleEmpireRecords

jeudi 3 mars 2016

Noiserv

J'ai découvert Noiserv jeudi soir dernier en live lors d'un showcase privé (moment magique) dans une galerie d'art à Montmartre (endroit idyllique). Je dois avouer ne pas avoir volontairement écouté le disque avant de le voir jouer ses chansons en direct, seul, assurant clavier, guitare, basse, rythmiques. Je reste en pâmoison et époustouflée par l'artiste qui jongle avec une dextérité monumentale au milieu de ses instruments, chante en même temps et transmet son art avec l'oreille absolue du musicien qui a 'le don'. En rentrant du concert, j'ai savouré les chansons sur album. Rien ne manque, la magie et l'inspiration sont là, la sensibilité et la poésie dans le chant aussi, avec en bonus, cette ambiance sculptée et brodée sur mesure, présente aussi en live.
Non seulement sa prestation m'a enchantée mais en plus, elle est indéniablement la meilleure de celles vues ces derniers mois, voire années.



De son grain de voix charismatique et voluptueux qui se classe au rang de celui de Mark Kozelek et de Stuart Staples, le musicien portugais David Santos alias Noiserv, nous embarque dans ses mélopées aussi gaillardement qu'on partirait au long cours avec Vasco Da Gama. Ses textes narrent des aventures, des histoires et sont mis en musique avec des bruitages, des samples qui arrivent toujours à point nommé. Le maestro apparait en 2005, d'abord avec des covers puis avec ses compositions sur des EPs, comme 56010​-​92, en 2008 One Hundred Miles from Thoughtlessness, suit en 2009 Bullets on Parade, en 2010 A day in the day of the days, puis Noiserv compose les 13 titres de la bande originale du film José&Pilar, en 2011 le délicieux single Mr Carousel qui précède le double album de 19 titres, One Hundred Miles from Thoughtlessness + A Day in the Day of the Days (Special Edition) jusqu'au splendide Almost Visible Orchestra [A​.​V​.​O​.​] paru en 2013 et réedité par le label Naive en octobre 2015.

Ce A.V.O, d'une splendeur poétique et narrative incroyable, enveloppe dès les premières notes de This is maybe the place where trains are going to sleep at night. Avec cette drôle manie de donner des titres longs comme mon bras à ses chansons, on comprend vite que Noiserv a son propre univers et que les schémas conventionnels sont le cadet de ses soucis. La surprise opère quand la guitare acoustique et électrique au rythme d'un train sur rails nous emmène via les paroles pleines de courage et de combativité avant la frissonnante Today is the same as yesterday, but yesterday is not today, qui ,en live, m'a fort émue. L'instrumentation délicate et fine met magnifiquement en avant les mélodies et la voix de David, comme sur It's easy to be a marathoner even if you are a carpenter où les thèmes de la musique, de la danse accompagnent ceux de la pugnacité et de l'adversité. Claviers cristallins, rythmiques élégantes s'entremêlent sans se déganter sur I'm not afraid of what i can't do qui offre une ribambelle de notes majestueuses. Noiserv joue plus de 15 instruments dans ses titres qui fourmillent tout autant d'arrangements que de métaphores épatantes.



47 seconds are enough if you only have one thing to do et sa guitare hypnotisante nous mène vers le bontempi de Life is like a fried egg, once perfect everyone wants to destroy it qui évoque joliment l'ascension du musicien, en groupe puis en solo. Le folk doux de I will try to stop thinking about a way to stop thinking grignote l'esprit de sa mélodie précieusement entêtante. Les arpèges de guitare continuent tout en retenue et duveteux sur It’s useless to think about something bad without something good to compare, où la musique et le texte balancent entre le bien et le mal avant le virevoltant I was trying to sleep when everyone woke up qui accueille une rythmique enthousiaste et des choeurs d'amis avec Afonso Cabral, Esperi, Francisca Cortesão, Luís Nunes, Luísa Sobral, Rita Redshoes et Salvador Menezes.
Almost visible Orchestra  [A​.​V​.​O​.​] est tout compte fait, le tour de main d'un homme orchestre visiblement talentueux. A l'écoute du dernier morceau Don't say hi if you don't have time for a nice goodbye qui offre la collaboration de l'artiste français Cascadeur, la fin du disque est déjà là, sans avoir vu passer les 10 titres, merveilleux.  [A​.​V​.​O​.​] de Noiserv est rond de musicalité, riche en émotions, un petit chef d'oeuvre intemporel pop, folk, electronica, au caractère immensément authentique. Avis aux parisiens : Jouant du 7 au 12 mars en Allemagne, Noiserv revient bientôt dans la capitale et sera le 18 mars Au pavillon de l'Arsenal et le 19 mars à la Gaîté Lyrique. A vos tablettes!
Un spécial Thank you à Louis!
Noiserv
Cascadeur





Gentle Hen

Gentle Hen est un groupe américain du Massachusetts que j’aime depuis des années, devenu au fil du temps, un phare pour le monde indie-pop. ...