mercredi 10 février 2016

Postal Blue

Postal Blue est un bien joli nom de groupe qui évoque le voyage, le contact, le rêve, l'amour, des thèmes qui apparaissent depuis 18 ans dans les chansons de son créateur, Adriano do Couto Ribeiro. Postal Blue est aussi un génial titre des Softies paru en 1996 ; Chaque pop-addict qui se respecte le sait, le passage incessant de relais est une tradition. L'auteur compositeur brésilien est devenu une figure emblématique dans le monde de l'indie-pop, sans cesse signant des pépites pop aux arrangements subtils et aux textes méticuleusement soignés, inspirés. Les chansons de Postal Blue offrent des émois semblables à ceux qui nous envahissaient en s'abreuvant des Smiths, des Belle and Sebastian, des Byrds et des Zombies, influences évidentes et assumées. L'aventure commence sur scène en 1998 pour se concrétiser en 2000 avec un EP éponyme de quatre chansons, aériennes et somptueusement stylées pop sixties suivi dans la foulée par un second EP Weather Sensitive en 2002. Les guitares sautillent, le synthé se dévergonde avec les cordes, les cuivres qui se taquinent, gaillards. Le label Shelflife est clairement le museau pop qui a eu l'enthousiasme intelligent de croire aux mélodies savoureuses et élancées de l'artiste.



Adriano, reprend sa plume aiguisée et stylée pour enregistrer et mixer à la maison le sublime opus de 2004, International Breeze. C'est un réel bijou aux résonances bossa, accueilli avec tous les honneurs par la presse. En 2006 parait le nouvel EP Road to Happiness dont un titre est chanté dans sa langue maternelle, drapé de guitares jangly, de tambourin et d'harmonica, avant de signer des singles chez Humblebee, puis Cloudberry, Dufflecoat Records qui sort une grandiose compilation en 2014 comprenant Pale Sunday, Postal Blue, Fireflies, Math and Physics Club, Wallflower etc.
Le 13 novembre 2015, c'est Jigsaw Records qui fait paraitre Of Love & Other Affections avec 10 titres somptueux, classé au panthéon des albums Piggledy Pop.

Adriano, qui assure tous les instruments sur l'album, invite des amis à l'enregistrement, la fleur de l'indie se glisse à ses côtés : Saundrah Humphrey des Math and Physics Club est au violon, Shelley Jane vient prêter sa voix splendide sur le titre Still Blue. Le talentueux artiste anglais Marc Elston de Franklin's Kite, pour qui Adriano produit et joue sur ses titres Mumble et Normandie By Sundown, vient chanter ici sur The Last Goodbye.

MarcElstonPiggledyPop

Math&PhysicsClubPiggledyPop

L'élégance des productions refait surface sur Of Love & Other Affections dès le titre Bitterness Is Sweet aux réminiscences brit pop sixties colorées de notes bossa, pleines d'UV. Dans l'ivresse des arrangements dansants et des lignes de guitares indie, la nostalgie est de mise, dessinant un passé où le regret n'a pas sa place. C'est le cas derechef en matière de sentiments amoureux sur I Always Knew où la basse nous emmène sur la piste de danse, avec des synthétiseurs et des guitares en guise d'ovnis vitaminés. L'aérien et catchy Still Blue fonctionne à coup d'arpèges bondissants quand Isn't it funny arrive aux oreilles délivrant le chant d'Adriano sublime, précis et envoûtant. La mélodie s'envole sur un carrousel de notes et un texte en mouvement accompagnant avec classe l'orchestration. Tel un orfèvre, Adriano poursuit l'enchantement avec Shape of your Life, vénérable et touchant, au texte empli d'humilité sur une mélodie faite pour le dancefloor.

La voix ample et audacieuse d'Adriano est une escapade pop royale qui s'accorde parfaitement à la guitare ronronnante. On reste sur la pointe des pieds à dodeliner du chef à l'écoute du magique On and On, hymne à la mélancolie amoureuse, garni d'une poésie réussie et caressante où gambadent ardemment les guitares. Batterie et basse nous entrainent sans vergogne sur les territoires pop quand Does It Really Matter arrive en piste, suivi de If You're So Different avec ses distorsions émouvantes, ses notes smithiennes et spatiales qui restent en tête et réaniment l'âme des Field Mice et des Trembling Blue Stars. L'intimité élégante de One Day habillé du violon crée des frissons, offrant un moment de douceur infinie à ce moment du disque, juste avant la cavalcade de notes enivrantes et joyeuses de The Last Goodbye. La chanson sculptée power pop délivre une pleiade de voix énergisantes, des guitares scintillantes pour finir en beauté telle une réponse résipiscente au premier titre "Deep in my heart there's no regret". Of Love & Other Affections de Postal Blue fait nul doute partie de mes albums favoris 2015 et plus encore.. Adriano do Couto Ribeiro est un auteur-compositeur inspiré et habité d'un exquis talent qui agrémente ses titres de rythmes, de poésie, de notes succulentes, spontanément, naturellement, comme un chef pop étoilé.

PostalBlue

J'attends avec impatience le prochain single qui est prévu très bientôt et Postal Blue nous donne rendez-vous sur son site chaque mois avec une nouvelle production, s'engageant à nous surprendre les 12 prochains mois avec des inédits, des podcasts, des reprises, des vidéos et autres friandises servies toutes chaudes et croustillantes là : PostalBlueClub

samedi 6 février 2016

Radiation City

C'est sur l'initiative de Lizzy Ellison et de son (petit) ami Cameron Spies que Radiation City voit le jour en 2010. Se joignent au groupe le batteur Randy David Bemrose puis Matt Rafferty, bassiste. Les premiers titres sont enregistrés sur cassette audio et le label Tender Loving Empire les invite à peaufiner ces premières chansons sur disque en 2011 ; The Hand That Takes You sort, délicieusement et merveilleusement griffé de dream-pop.
Il est suivi en 2012, avec l'arrivée dans la bande de la multi-instrumentiste Patti King, de l'EP Cool Nightmare. Les critiques positives sont abondantes, le quator de Portland est motivé pour signer un deuxième sublime album en 2013, Animals in the Median.



La pop y est alternative et surtout, somptueuse. Les chansons imprégnées de la pop sixties des Beatles offrent en bonus des notions de psychédélisme des seventies, avec une modernité déconcertante et une inspiration tout aussi impressionnante. Cameron et Lizzy se partagent l'écriture et la composition, apportant chacun son expérience et sa personnalité artistique. Les chansons sortent des sentiers battus par moment, et nous emmenent facilement faire l'école buissonnière. Les arrangements sont surprenants, excentriques parfois. Les mélodies toujours solides et entrainantes.
Les textes romantiques, amoureux la plupart du temps, fourmillent de métaphores sur le climat, les couleurs, les éléments naturels. La mer, le ciel, les astres, les animaux habillent les paroles quand le trombone, les percussions de Randy, les guitares de Cameron et Patti, la basse de Matt, les synthétiseurs de Lizzy se révèlent bossa et soul. La palette d'atmosphères, d'ambiances explore diverses galaxies pop grâce aux instrumentations variées, resplendissantes et brillantes comme sur Zombies dont les mots lugubres surprennent tant la mélodie est dansante et vitaminée aux allures des Kinks et des Beach Boys.



Autant j'apprécie le profil narquois et cinglant des textes qui leur donne un aspect rock'n roll, autant j'aime l'orchestration joviale qui les accompagne. La surprise se prolonge sur So Long avec l'eau de la rivière, de la pluie, de la mer pour imager la nostalgie comme sur LA Beach, Foreign Bodies et Summer Rain. Le style rétro fait bonne figure allié aux arrangements modernes, offrant un ensemble délicat, doux et parfois très suave.

Les singles Juicy et Milky White annoncent la sortie du troisième album Synesthetica ce mois de février 2016 en étant blindés et bondés de sensualité, de groove et d'un fin psychédélisme, une invitation engageante à l'écoute de ce nouvel album, à écouter !

RadiationCity





vendredi 5 février 2016

The Artisans

Le groupe est formé en 2014 dans le nord de l'Angleterre et enchaine sans compter sur une série de concerts en accompagnant The Cosines, Model Village, Randolph's Leap, The Thyme Machine etc.

Mark Cliff, Nick Thompson, Kevin McGrother et Karen Forster soulignent avec humour sur leur site qu'ils se retrouvent avec leurs guitares, leurs baguettes de batterie pour la musique mais aussi pour leur amour du fromage et pour confectionner des gâteaux. Trinqueballant cette jolie humilité dans la campagne de Newcastle, The Artisans sont pourtant, à mon goût, un grand groupe de brit-pop réussissant à modeler des mélodies incroyablement catchy et brillantes. Avec leur single However Much I Love You, I Love Lloyd Honeyghan More en guise d'uppercut indiepop, The Artisans sont un réel coup de coeur !

Le titre est inspiré, imprégné d'une ambiance Sarah Records, avec des guitares luxuriantes et un chant ensoleillé. Karen Foster joue parallèlement avec Espaniel, un autre groupe vénéré sur Piggledy Pop et qui évolue dans un état d'esprit de pair 'Derrière cet élégant humour, se révèle leur talent, leur passion de la musique pop et l'excellence dans la pratique'.
Espaniel



Pour le moment, le groupe offre quatre titres en écoute sur le soundcloud mais la sortie de l'album est imminente. Le single However Much I Love You, I Love Lloyd Honeyghan More dont la vidéo, réalisée par David Wala, offre la présence de deux anciens champions de boxe et Yield to the Night, sont deux morceaux sublimes qui mettent sacrément en appétit ! Cloudsberry Records écrit sur The Artisans : “Best thing I’ve heard in ages! Really a beauty. I’m in love." Je suis amplement d'accord. Les accords et arrangements pop sur les textes polis et polissons chantés avec panache entrainent à danser, à sautiller et à chanter des shalala et padadada pétillants. Reste à attendre la suite du travail des Artisans qui ravivent le tempo Boo Radleys, Housemartins, Dexys Midnight Runners, Pale Fountains avec leur batterie espiègle, leurs guitares, basse et trompette rutilantes. A écouter absolument et à noter sur les tablettes.
TheArtisans



vendredi 22 janvier 2016

King Charles

Charles Costa alias King Charles sort aujourd'hui son deuxième album Gamble for a Rose. Je donne de suite mon avis, je taille dans le vif, l'album est une grande réussite, un 12 titres impressionnant. L'anglais signe en 2012 l'opus Loveblood, pop folk aux allures parfois raggae, parfois rock. Il part en Californie pour l'enregistrer après avoir remporté en 2010 pour son single Love Lust, le Grand Prix du concours International d'écriture de chanson. Universal le repère et lui offre les conditions à Los Angeles encadrées par un producteur rodé Matthew Wilder. Charles est bien éclairé en 2015 de quitter cette compagnie-label pour revenir libre dans ses verts cottages anglais. Il s'installe en résidence dans la campagne d'Exeter où il travaille à de nouvelles chansons avec Marcus Mumford (Mumford & sons) qui décide de le produire accompagné d'un autre musicien de Mumford, Winston Marshall, entouré également d'anciens amis londoniens Tom Hobden et Charlie Fink (Noah and the Whale).



Gamble for a Rose est beau parce que King Charles chante comme un rossignol au printemps, offre des vocalises éclatantes, sur des compositions fidèles à son univers, à ses racines musicales. Il a lui-même annoncé vouloir faire l'album qu'il souhaitait faire il y a 5 ans. Ce retour aux sources géographiques et artistiques, manifestement, l'épanouissent. Les 12 titres, singuliers, se suivent sans sensation d'ennui. A l'heure du mp3, il devient rare de pouvoir savourer un album, pensé en tant que tel, dans son intégralité. C'est donc un régal mélodique de long en large qui commence avec le magnifique Loose Change for the Boatman, au texte métaphorique subtil garni d'arrangements pop, rock, sucrés et salés, aussi délectable qu'un air pop-corn. Les mots qui parlent de liberté, de son prix, de la passion gagnant sur l'argent sont touchants. Suit le romantique et passionné Animal Desires, coloré dans le son des guitares puissant, comme dans les images enflammées. Le thème du feu, de la passion revient sur Choke, sautillant et tournoyant aux guitares aiguisées indie-pop magnifiques.



Batterie, basse invitent à une danse endiablée sur les harmonies vibrantes, épiques jusqu'au splendide Gamble for a Rose, amoureux et épris, au rythme et au tempo langoureux ouvrant les bras aux cordes sublimement bien ficelées. King Charles, le coeur brisé, écrit des mélopées somptueuses et King Charles rentré au bercail, écrit sur son Angleterre avec de l'ampleur poétique. Le musclé Lady of the River s'envole rock et entrainant avant le génial St Peter's Gate. Tous les deux sont mélancoliques voire mystiques sur fond de rivière, de jardins, de forêts sous la pluie, de lumière spirituelle, où se mêlent les esprits indiens solaires. Tomorrow's Fool clairement s'adresse à dieu, où même les guitares et la grosse caisse deviennent presque philosophes jusqu'à ce qu'elles se dévergondes, bouillonnantes. Le soleil entre sur New Orleans, chanson 'carte postale' amoureuse parcourant le territoire américain sur des accords rock et énergiques quand Carry me Away qui s'adresse à la 'lady' de Charles propose un doux break en guise de balade délicate fleurie de cordes. L'âme americana revient sur les guitares rutilantes du country et bluesy Bring Thing, rythmé et valsant.
La voix de Charles solide et mélodique, pleine de swing et de lyrisme, monte en puissance en approchant des deux derniers morceaux. In Silhouette, où les guitares aussi effrontées qu'élégantes flirtent avec le violon annonçant un Coco Chitty auréolé de pop symphonique superbe pour conclure l'écoute. King Charles signe un Gamble for a Rose, performant, où les chansons pastorales, pleines de romantisme parfumé à l'eau du Mississippi nous permet d'aborder l'hiver avec swing et volupté.

KingCharles



Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...