lundi 9 juillet 2012

Diagrams - Tunng

Tunng est un groupe anglais, qui est fondé en 2003 par Sam Genders, auteur-compositeur au style bien marqué qui se lie d’amitié avec Mike Lindsay qui est alors musicien de studio. Tandis que Sam Genders enregistre ses compositions en bidouillant avec Mike Lindsay et d’autres musiciens, Martin Smith aux percussions et clarinette, Becky Jacobs au mélodica, Ashley Bates du groupe Chapterhouse au banjo, Phil Winter aux samples, l’album Mother's Daughter And Other Songs prend forme et sort en 2005; il sera aussi édité en vinyle jaune transparent en 1000 exemplaires. C’est alors que l’on découvre le son de la voix intimiste de Sam Genders, qui tatoue et inonde de lumière ses arpèges de guitares, banjo, clarinette, et d’harmonica ... Les titres sont folk, arrangés avec dextérité et originalité. Sam Genders manie le style expérimental avec brio en glissant des bruits et samples électroniques surprenants qui alternent avec ses mélodies pop pastorales. Les textes qui évoquent la nature et la psychologie sont poétiques, travaillés avec beaucoup de lyrisme et colle au timbre de voix de l'artiste à la perfection.


  

La combinaison pop folk et électronique réapparait en 2006 avec Comments of the Inner Chorus, encore un album de toute beauté, riche en sonorités, en mélodies. La patte de Sam Genders est posée. Le bidouilleur compositeur est le digne héritier des grands explorateurs des années 70 qui tentaient l’aventure avec de nouvelles technologies, comme les Pink Floyd, Hendrix, Todd Rundgren ou les Beatles. Le virtuose parsème l’album de pépites acoustiques mélangées à de l’electronica, ornées d’envolées hypnotiques magnifiques peaufinées par le méticuleux et précis Mike Lindsay en studio



Le hic dans l’aventure Tunng est l’extrême réserve et timidité de Sam Genders qui ne veut pas prendre part aux concerts, aux lives et toute autre forme d’apparition en public. Le groupe de scène se forme donc autour de Mike Lindsay et la chanteuse Becky Jacobs, Ashley Bates, Martin Smith, Simon Glenister à la batterie. 2007, le fabuleux mariage pop acoustique et electro de Tunng revient sous la signature de l’illustre Sam Genders avec Good Arrows qui explose de mélodies, de King à Bullets, de Bricks à Cans, il n’y a des 13 morceaux, aucune perte ni déchet.


 

Sam Genders quitte le groupe en 2007, qui continue en gardant le nom Tunng et sort, sans l’âme du créateur, un album en 2010, And Then We Saw Land. De grande qualité d’enregistrement, les compositions ne sont plus de la même veine et je ne retrouve pas trop de charisme dans cette nouvelle formation Tunng. Mike Lindsay et Becky Jacobs qui ont l’air sympatique mais n’ont pas la même intelligence artistique récupèrent et exploitent le nom de Tunng sans parvenir à recréer l’atmosphère des trois précèdents albums. Ils y mettent pourtant beaucoup de volonté en se produisant notamment en live sur la BBC, rejouant une grande partie des titres écrits par Sam Genders et en éditant ce show sur disque en 2011.
Pour le reste, depuis 2007, Sam Genders qui n’a pas à puiser ses idées ailleurs, continue de composer et produire ses propres chansons, des chansons haletantes, pour ses amis du groupe écossais The Accidental, ou encore ceux de Soy Un Caballo et surtout, il signe son nouveau projet Black Light, sous le nom de Diagrams en janvier 2012 que je recommande fortement. Dansant, sculptant des beats electro sur des basses plutôt bien balancées et chaloupées, Diagrams sort la cavalerie et les accrocs au plaggia peuvent se coucher. C’est musclé, doué, inspiré, revigorant. J’aime ce pied de nez, beaucoup. Diagrams

 

samedi 7 juillet 2012

J'irai dormir à Hollywood

Camera au poing et à l’épaule, le globe-trotteur qui propose ses aventures à la télévision en filmant ses voyages et s’invitant chez les particuliers à chaque halte, entreprend ici de traverser le continent américain pour offrir un long-métrage de son périple. De J’irai dormir chez vous , sa noble entreprise se transforme en J’irai dormir à Hollywood . Drôle, émouvant, Antoine de Maximy nous invite à partager ses douces folies, ses excentricités : sauter en parachute au dessus de New-York, négocier avec des vigiles de Los Angeles armés jusqu’aux chaussettes, entrer chez Georges Clooney ou forcer les barrages de sécurité autour de Will Smith. C’est un zoom humain sur l’opulence et l’extrême pauvreté vu avec l’esprit rieur, taquin et surtout libre de De Maximy. Ce personnage curieux de rencontrer et écouter les indigènes, n’aime guère les interdictions et véhicule une véritable âme rock’n Roll.




Pour imager cette personnalité, couronner de bonnes notes le film, Fabrice Viel compose la musique originale avec la complicité de Beatrice Ardisson qui appose sa griffe, signe sa première BO en rajoutant sa sélection de titres. Le choix des morceaux se lie à la perfection au road trip d’Antoine de Maximy qui lui-même souligne "Ce genre de reprises correspond tout à fait à mon univers, où l’auto-dérision occupe une grande place… ".



On retrouve de l’humour dans la version chaloupée de Riders On the Storm par Senor Coconut, l’ambiance far west est bien installée grâce à Marty Robbins, aux Hormonautes et leur version country de Staying Alive. Il y a aussi du funk jazzy, du groove avec Lucille Tepperman, du rock biensûr avec Elvis Presley et du décalé qui colle aux images à la perfection avec les Greenskeepers. Sur les 21 titres, 9 sont composés par l’excellent Fabrice Viel qui entouré de François Sabin aux cuivres, Grégoire Fauque à la guitare, Aurélien Guyot au violon, Michael Lafolie au piano, Bruce Cherbit à la batterie, propose une bande originale engagée, rythmée et en osmose avec le film sorti en novembre 2008 qu’il est de bon ton de voir en amont. 


jeudi 5 juillet 2012

Loch Lomond

Loch Lomond est un lac du nord de l’Ecosse et c’est aussi un groupe de Portland qui soufflera bientôt ses 10 bougies. A sa tête, l’impressionnant Ritchie Young qui multi-instrumentiste, auteur-compositeur, a aussi la particularité de pouvoir chanter dans des tonalités incroyables. Le style musical de Loch Lomond se classe dans l’orchestral-pop, le chamber folk et se révèle drôlement riche en compositions, inspiré dès l’opus de 2003 When we were Mountains. Hormis le talent de compositeur et d’interprète flagrant sur ce bel album, on rencontre son univers onirique, littéraire. Il aime s’entourer d’une troupe de musiciens et Young dès 2006 en joue sur scène avec 9 musiciens qui assurent les guitares, le piano, les claviers, la clarinette, le banjo, mandoline, flûte, mellotron...Dans une veine folk traditionnelle, Ritchie Young fleurit ses titres de sonorités pop symphonique et parfois électronique avec des beats comme sur Sir Edmund qui doit plaire aux amoureux de Sufjan Stevens, des Fleet Foxes et des Decemberists avec qui Loch Lomond assure des tournées américaines. Le tambourin, le violon, violoncelle vont à ravir au titre chanté en français Sourire.


When we were Mountains est suivi en 2006 du EP Lament For Children qui confirme la sensibilité de Young au domaine de l’enfance, tel un Richard Brautigan de la pop orchestrale ( il signe en 2009 un magnifique EP Trumpets For Paper Children en téléchargement libre) puis en 2007 du superbe Paper the Walls. Carl Sagan ouvre le bal tout en délicatesse, sur la guitare acoustique et le piano, puis l’ensemble de cordes sur la voix de Young, élégante et chaleureuse, ne cesse de toucher et saisir tout au long des 9 morceaux. Banjo et mandolines se croisent sur A Field Report et sur le bondissant Northern, Knees, Trees, and Lights tandis que les choeurs sont lumineux sur Scabs on This Year, écrite par son petit frère Dillon Young. Les quatre frères Young dont Ritchie est l’ainé sont tous musiciens et en 2007, jouent pour le plaisir ensemble, se produisent sur Portland et les environs sous le nom de Foureveryoung. Toute la troupe de Loch Lomond par en tournée, Ritchie Young sort un single pour le cinéma en 2010 Wax and Wire et en 2011 sort le troisième disque Little Me Will Start A Storm. 


Ce disque subjuguant, éclatant de sonorités pop folk, dévoile en partie la personnalité de Ritchie Young qui est un vrai créateur. On y retrouve sa patte, sa classe, sa fragilité comme dans les deux autres albums. Blue Lead Fences attaque en premiere plage, swinguant, rythmé évoque l’habilité et la vitalité d’un gamin de huit ans. Elephants & Little Girls, pure et naif, parle inévitablement à notre âme d’enfant. Let’s walk together, Let’s run together, We’ll ride on the back of an elephant, And we’ll go somewhere warmer And we’ll go somewhere new. I love me est d’une teneur nostalgique aussi, douce et envoûtante. Blood bank fait valser les cordes de mandoline et de violon sur une mélodie folk presque traditionnelle nourrie par la clarinette, avec le chant parfois revolté de Young qui vacille entre la tendresse et la contestation. Alternatif jusqu’au bout, dans la voix, dans les arrangements, dans l’orchestration et le choix des instruments, ses titres sont brodés et construits avec beaucoup d'originalité. Les disques de Loch Lomond sont fascinants, aussi fluides que l'eau du fameux lac écossais, à vous procurer avant la sortie imminente du prochain album. Le dernier EP White Dresses date du 5 mars 2012 et annonce un quatrième album fort prometteur.

 

lundi 2 juillet 2012

Pants Yell !

Les trois garçons de Pants Yell ! originaires du Massachussetts sont le chanteur et auteur-compositeur du groupe Andrew Churchman, le bassiste Sterling Bryant, tous les deux à l’origine de la formation quand ils se rencontrent à l’école d’arts de Boston, et le dernier venu, le batteur Casey Keenan ex-Major Stars. Ils jouent depuis 2003 et signent leur premiere très underground production Our Horse Calls sous format cassette chez best kept secret (ce nom de label tombe sous le sens!). L’année suivante c’est le sensationnel et plus remarqué Songs for Siblings, disque de 9 titres, un poil tweepop, qui réjouit les fans de The Smiths et des Belle and Sebastian.


Andrew Churchman écrit des paroles classes, souriantes, du domaine naif et romantique qui caractérise le mouvement néo-pop américain dont font partie Voxtrot et les Ladybug Transistor. Les instruments, guitares, batterie, tambourin, cor, flûte, violons habillent les compositions de Pants Yell ! ; Elles sont dansantes, parfois parfumées au vintage sixties et eighties. En 2006 le second très mélodique cd, Recent Drama, voit le jour et derechef, les airs sont entrainants, rythmés, avec l’innocence emblématique de l’écriture pop et la sensibilité charmante dans la voix de Churchman. Puis en 2007, c’est Alison Statton qui sort comblé de titres encore plus aboutis, comme Two French Sisters, Magenta and Green, Cold Hands, You Make Me Nervous, The Royal We où les arpèges de guitares sont rutilantes, les paroles teintées d’humour et de préciosité à la Lucksmiths. En 2009, le son revigorant des Pants Yell ! revient avec Received Pronunciation qui offre en plus des flûtes, trompettes, tambourin, du saxophone et de l’orgue. Quand le tambourin taquin de Cold Hands réchauffe la platine, quand la basse sur Someone Loves You chatouille les reins et flanque cette folle envie de danser, le groupe se retrouve vite placé au panthéon des cds poppeux chez Piggledy Pop. A suivre !
PantsYellMyspace




 

Boris Maurussane

Boris Maurussane est un auteur-compositeur et interprète parisien dont le tout nouveau disque Tears of English Town vient de paraître sous l...