mercredi 29 avril 2020

Le Flegmatic

J'écris sur Le Flegmatic en février 2017 : "En 2013, le musicien du sud-ouest Thomas Boudineau, alias Le Flegmatic, entreprend son premier EP tout en jouant du trombone dans le groupe Hiddentracks. Avec quelques chansons en plus, le six titres se change en album de dix chansons au joli nom de Esprit de Conquête qui paraît en février 2015 suivi du tout récent Bouleversement majeur ce mois de février 2017.
L'auteur-compositeur est un électron libre ; Il voyage, saute d'un point à un autre, insaisissable et insatiable de littérature, de musique. Il dépose dans ses chansons un peu d'humour, un peu de pudeur poétique, un peu des paysages et des kilomètres parcourus. Virtuose de la dérision, il concocte des textes colorés et animés de sentiments, de thèmes allant de Peter Falk aux Pyrénées, du boucher à l'auto-école. Comme un guide, on le suit aussi parce que les mélodies enchantent et que sa voix nous cueille illico." LeFlegmaticPiggledyPop2017



En août 2019 revoici le ménestrel français qui offre Ruines nouvelles un album parfumé de campagne, de ville, de désarroi et d'espièglerie poétique qui dépeint une ambiance contemporaine à brûle pourpoint. Thomas nous décrit ainsi ce magnifique disque : 'La plupart des chansons de cet album me sont venues pendant la campagne électorale des présidentielles. Le climat était plutôt électrique. Enfin disons que les gens étaient un peu tendus. (...) Entre les lignes, Ruines Nouvelles est aussi un album sur les nouvelles formes d'inquisitions et d'injonctions plutôt contradictoires... « Quand on entend parler de pureté, les gens commencent à mourir » dit Salman Rushdie.'



Il écrit, joue de la guitare, clavier, harmonica et chante avec une voix somptueuse, habitée et mélodique, qui absorbe toute l'attention. Sa personnalité resplendit le long des titres, accompagnés par le guitariste Romain Nègre, le bassiste Julian Babou, le batteur Benjamin Richard et les choristes Céline Ribault et Marion Dinse.
L'espace d'un instant ouvre le bal avec la finesse du mot 'immobile' qui résonne infiniment donnant le coup de feu dans les starting-blocks. L'auteur-compositeur sait mener la danse, la nourrir de tempo pour la faire progresser toujours élégamment dans le sarcasme comme dans la rythmique. Mordant, soufflant le chaud et le froid, le mouvement donne du fouet sur A découvert qui déroule du folk entraînant et des sous-entendus subtils. La pudique plaidoirie poursuit, accélérant la rythmique sur l'autre rive où le paysage défile à la vitesse de la voiture du Flegmatic qui vient de passer son permis de conduire (judicieux par les temps qui courent!) : 'Comme je venais de passer le permis de conduire – jusque là je ne me transportais qu'en trains et autocars régionaux – , je me suis mis à rouler comme un fou à travers les Cévennes, à remonter des rivières jusqu'à leurs sources, le nez au vent, les albums du vieux Bob Dylan à fond dans ma bagnole.'



C'est une ville est à mes oreilles le bijou du disque, résumant les ressentis de beaucoup d'entre nous, ceux qui pèlerinent et se livrent à différentes villes. Elle est instrumentalisée avec brio, d'abord métallique et électrique, elle chemine vers du boisé chaleureux. Comme sur Camions, où les pins, les bois, les reliefs des Pyrénées nous invitent à découvrir sensuellement la terre de l'auteur en zigzagant sur les routes, entre les ruines nouvelles. La matière et la délicatesse des cordes pincées et tendues sur Citadelles est aussi veloutée que le grain de voix cristallin et l'harmonieux harmonica. Les humeurs stoïques et grinçantes rayonnent sur Trop chaud au blues et au rock langoureux avant Le radeau et son langage stratégique et astucieux pour une virée musicale poétique dans le sillon du grand Jean-Louis Murat. Le Flegmatic nous plonge pendant dix minutes dans d'autres temps, divers endroits, via des métaphores historiques et oniriques pour créer un titre terriblement émouvant qui nous conduit trop vite au dernier, Roses. Son message incisif délivré avec douceur et mots glaçants décrit un pays explosé, une politique fantoche, des identités et des villes bâillonnées dans des Ruines nouvelles, qui dans les mains de Le Flegmatic, sont magnifiques.
LeFlegmatic

dimanche 26 avril 2020

Why Bonnie

Why Bonnie est un jeune groupe d'Austin au Texas, la Mecque du rock et de la pop depuis le début du deuxième millénaire. Toute la musique contemporaine se retrouve à Austin, pas à New-York ni à Los Angeles mais bien dans cette jolie ville au milieu des deux autres. Pleine de lacs, de parcs, avec son million d'habitants et ses 250 salles de concert, ses 2000 musiciens et centaines de magasins de musique, Austin est la capitale au monde de la musique. Autant dire que les Why Bonnie ont de la concurrence mais sont aussi au meilleur endroit au meilleur moment.



Leur pop est spontanée, rythmée, moderne, insolente d'énergie dans les arrangements et l'incarnation du groupe en la personne de Blair Howerton à l'écriture, au chant et à la guitare. Elle fait équipe à la composition avec ses acolytes, Kendall Powell au clavier, Mitchell Lamon à la batterie, Sam Houdek à la guitare et Chance Williams à la basse. Le premier disque de quatre titres In Water paraît en février 2018, suivi du cinq titres Nightgown en juin 2018 et du génial Voice Box ce 10 avril 2020. Le tout est enregistré par l'ingénieur du son Michael Landon, pas le papa chevelu de La Petite Maison dans la prairie, mais le propriétaire à la tignasse moins folklorique du fameux studio Estuary Recordings à Austin.

Voice Box est un mini album habillé d'émotions, d'humour et vibrant de mélodies. Le talent de Why Bonnie saute aux oreilles dès le premier morceau Bury me qui sobrement déroule son tempo aux allures twee, ses mots cinglants et beaux. Ce même message dévoilé courageusement, volontaire et touchant, continue sur Voice Box qui brille par ses harmonies et sa puissante interprétation.



Athlete contient la même rébellion et fibre rock avec ses paroles musclées et ses guitares électriques. La matière sonore plaira aux amateurs des Echobelly, Cranberries et Breeders. Suit le langoureux Jetplane qui est un régal harmonieux dont l'effet d'écho rend le chant aussi précieux que nostalgique avant No Caves où la voix de Blair Howerton est majestueuse, les guitares élancées et armées de fuzz à gogo réussissent un titre magistral. Comme pour l'opus In Water de 2018 qui rend hommage au grand frère de Blair décédé un an auparavant, l'univers du groupe est riche d'une transparence émouvante quant aux sentiments éprouvés, de la force émouvante qui en résulte et d'un brin d'humour imperturbable et résistant. La voix sur Voice Box des Why Bonnie à l'orée d'une belle carrière, se classe dans les plus belles découvertes 2020 Piggledy Pop.
WhyBonnie

mardi 21 avril 2020

The Greek Theatre

Quand The Greek Theatre originaire de Suède déroule ses mélopées mordorées, c'est toute une tapisserie de sonorités qui s'offre aux oreilles. Les Suédois composent des airs orchestrés somptueux aux allures psychédéliques seventies rappelant leurs références mélangées Syd Barrett, Nick Drake, Fairport Convention, Beach Boys, avec une dose de poésie médiévale dans les instrumentations et les paroles. Le groupe apparaît en 2013 avec le premier disque bien ficelé et lissé Lost At Sea, suivi en 2017 du fabuleux Broken Circle.



Le noyau créé à l'origine par Sven Fröberg, auteur-compositeur qui crée son studio, joue guitare, mandoline, basse, ukulélé et son compère lui aussi auteur-compositeur et interprète Fredrik Persson, qui joue guitare, basse, orgue, ne tarde pas à être rejoins par d'autres fantastiques musiciens. Andreas Ralsgård, à la flûte, saxophone et clarinette, Andreas Sjögren est à la batterie et saxophone sur l'opus et Tomas Eriksson aussi batteur sur le dernier album, Mathias Danielsson à la guitare, Lisa Isaksson à la flûte, harpe et choeurs.

Ce mois de janvier 2020, The Greek Theatre revient avec le troisième disque magnifique When Seasons Change. Aux amateurs de pop suédoise, Peter Bjorn and John, Club 8, Pelle Carlsberg, Jens Lekman, The Eggstone et consorts, je vous préviens de suite, ce nouvel album des Greek Theatre est sacrément addictif, bien plus viral qu'une chauve-souris chinoise qui s'accroche à votre tignasse pour vous enrhumer.



Dès l'attaque délicieuse et Twin Marks avec son ensemble de violons sur la petite flûte traversière psychédélique, on pressent un voyage musical solide et coloré. Lawrence of Laurel Canyon débarque, avec sa basse, batterie et ses guitares pour un air cadencé et sautillant à souhait. Les cordes deviennent plus électriques et les synthétiseurs kaléidoscopiques sur The Post Factual Jam quand la mélodie de Old Jawbone, pastorale, qui évoque Robin des bois, enveloppe de son orchestration mystérieuse ornée d'instruments traditionnels magistraux. Les voix délicates et élégantes ajoutent à la préciosité de la composition, comme sur le lumineux, expérimental et cosmique Bible Black Mare de huit minutes.



Open Window entrouvre ses partitions pop baroque sur une ambiance lyrique et aérienne où volètent en harmonie instruments à vent et cuivres. Puis le tempo monte finement sur The Streets You Hold où les guitares scintillent et poursuivent la conquête de notre attention, définitivement aspirée par l'écho psyché de l'instrumental The Caboose. Le bijou alternatif sculpté seventies A Different Place démontre le talent infini des musiciens, leur art maîtrisé dans l'interprétation et leur inspiration cristallisés sur six minutes envoûtantes. Le mouvement souligné dans le thème est omniprésent dans les reliefs, les arrangements alternatifs superbes et l'électricité joyeuses dans les cordes. Le voyage se termine sur un bel horizon avec le grandiose Sail Away (part two), coup d'oeil dans le rétroviseur du premier album de 2013. Le profil maritime du concept est cher à The Greek Theatre qui concocte un When Seasons Change riche de paysages musicaux, de saisons et décors variés, classé dans les pépites intemporelles de Piggledy Pop.
theGreekTheatre

samedi 18 avril 2020

Carwyn Ellis & Rio 18

Le gallois a sa place réservée sur Piggledy Pop et comme de coutume, il revient en 2019 avec une pièce maîtresse de son répertoire, l'album brulant de bossa enregistré à cheval entre le Brésil et le Pays-de-galles : Joia! signé Carwyn Ellis & Rio 18. 
Chronique Piggledy Pop de 2017: "Je suis une fan absolue de Colorama conduit par Carwyn Ellis et de son projet parallèle Bendith. A chaque réception d'album, je suis mordue. Le gallois travaille depuis un an sur Some Things Just Take Time, magnifique nouvel album qui paraitra vendredi prochain, le 1er septembre 2017."



"Le Pays de Galles regorge de précieux artistes et Colorama, de Cardiff, y dépose sa pierre pop psychédélique depuis 2008 avec un premier album Cookie Zoo. (...) Entouré sur scène et en studio d'une brillante bande de musiciens, Colorama marque les esprits des poppeux dès cet opus trouvant un public de plus en plus solide au fil des concerts comme celui de Glastonbury en juin 2009 quand son meilleur ami et bassiste avec qui il fonde le groupe, David Fletcher, meurt. Un deuxième album suit en septembre 2009 ; Magic Lantern Show offre des titres en anglais et en gallois, dont Dere Mewn devenu depuis un hymne contemporain pour les gallois. "
Colorama2016
Bendith2017
Colorama2017



Joia! ouvre avec le sautillant et jovial Unman où le tempo glisse dans la voix charismatique de Carwyn, des guitares et des rythmiques caliente avant de lancer la cavalcade de cordes de guitares bossa sur Tywydd Hufen Iâ (le temps pour une crème glacée). La samba resplendit avec l'entrée des caixa, capoeira, claves, flûtes et peaux tendues des caisses sur le texte ensoleillé qui invite à une après-midi sur la plage maquillée de rires d'enfants sous un ciel bleu garni de mouettes.



Dant Melys (dent sucrée) et sa batterie assurée par Domenico Lancelotti, sa rythmique tropicale par André Siquiera, sa basse exotique par Kassin et la fournaises de guitares par Carwyn Ellis, est une mélodie pop typée sixties excellente, fondante comme une crème chantilly dont le profil gourmand et sensuel prête à rougir. L'enchantement poursuit avec Duwies Y Dre et son tempo groovy du synthétiseur et du piano joués par l'auteur-compositeur gallois toujours aussi magnifique chantant dans sa langue natale, accompagné Shawn Lee pour la rythmique et les 'hooo hoooo hooo' chantés à la façon de Marcia Griffiths sur son Feel like Jumping.



Cette touchante déclaration d'amour est suivie par la superbe Gwên (sourire) pleine aussi de poésie et de sentiments, un bijou vif et coloré par la grâce de Carwyn à la harpe, les notes joviales, le tempo étourdissant et le fabuleux Damian Hand à la flûte. Puis Olion (vestiges) entraîne par sa rythmique sacrément dansante et panachée quand Ymosodwyr Anweledig dénonce les anonymes qui attaquent et se défoulent via internet et leurs écrans, les hargneux faciles, sur une orchestration époustouflante.



La guitare et le vibraphone habillent l'air duveteux de Hen Beth Cas qui évoque un voleur à la tire qui rôde et traîne sans pour autant que cela intéresse les autorités qui le laissent courir. Undiú, superbe instrumental orné des choeurs de Nina Miranda conduit vers le dernier titre Diolch Amdani (merci pour cela), monumental et émouvant par ses sons, ses rythmes et les mots interprétés par Carwyn Ellis & Rio 18 qui signe un Joia! sculpté et somptueux. Au sommet de son art, le musicien mêle avec brio le gallois aux instrumentations brésiliennes pour former un mélange efficace qui se place dans le panthéon des disques Piggledy Pop, comme son single paru il y a trois jours Cherry Blossom Promenade, un bijou mélodique qui promet une suite fournie et flamboyante en 2020!
CarwynEllis&Rio18

Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...