vendredi 29 septembre 2017

French Boutik

Groupe pop mods parisien French Boutik apparu en 2012, quator fondu des sixties enregistre ses deux premiers EP, Ici Paris de 2012 et Mieux comme ça de 2014 en Allemagne. Les nouvelles m'arrivent toujours d'outre-Rhin quand French Boutik signe en octobre 2016 son album Front Pop chez Copase Disques, très chouette label de Hambourg.

Gabriela Giacoman au chant, Zelda Aquil à la batterie, Serge Hoffman à la guitare et Jean-Marc Joannès à la basse offrent des mélopées stylées pop 60's à couper le souffle. Avec un esprit très underground et cinématographique à la Truffaut, les titres sont romantiques et drôles, nostalgiques et enthousiastes. On y retrouve autant la fibre de la jeune Françoise Hardy que l'âme rieuse borderline de Nino Ferrer. Les French Boutik sont passionnément mods et pour se dorloter les oreilles avec leurs mélopées, on glisse sans compter les pièces dans le juke box. Gabriella, américaine, apporte sa touche d'exotisme avec son adorable accent. Les chansons sont principalement chantées en français même si l'anglais se faufile de temps à autre.



Serge qui aime The Eggstone, Dutronc, Supergrass, Divine Comedy, Blur fait de la scène depuis les années 80 avec son groupe influencé par les Jam, nommé Les Ventura’s. Puis il fonde le trio Chatterton dans les années 90 avant de rencontrer Zelda dans un bar à Paris où elle est Dj en parallèle de ses groupes Sixtits et Riot Girl. Ils signent ensemble en 2007 le titre Kinky Allumette qui mettra le feu aux poudres et lancera l'idée d'un groupe. Les deux amis rencontrent ensuite Gabriella qui écoute exclusivement de la pop mods, les Zombies. Tous les trois aiment la brit-pop, Paul Weller, XTC, Burt Bacharach, la Motown et jouent souvent en Angleterre accompagnés d'Olivier Popincourt aux claviers. Enfin, Jean-Marc arrive avec sa basse et son appareil photo, domaine dans lequel il excelle. Les French Boutik - avec un 'k' comme Kinks- sont au complet et se trouvent sur le terrain de l'esthétisme, du dandysme rebelle, de l'humour et de la musique.



Dans Front Pop, s'entendent les influences des quatre amis. Il y a de la soul, de la pop garage et psychédélique, des arrangements joviaux sixties et une griffe personnelle qui est la simplicité avec des textes géniaux qui parlent d'amour, d'amitié, de politique. Le Mac par exemple ouvre le disque; Zelda dégaine des paroles succulentes "Ca tourne autour de l'aspect grotesque de cet imposteur (Macron pour ne pas le nommer) et de l'impact qu'il peut avoir sur la société française. Une supercherie, un peu comme une publicité pour une lessive, mais en bien plus dangereux. Là, on est en plein dans l'actualité, je crois". Les Rickenbacker sont rutilantes, le clavier trottine sur les arrangements rock garage et la basse rayonne, avec entrain. Gabriella chante avec mordant 'où sont passées les voix contraires, elles n'ont aucune chance dans la bataille'. Le tempo devient plus groovy et bossa avec Sur mon écran, chanson délicieuse de drôlerie qui évoque une rencontre avec des affinités improbables. Le clap-hands et la batterie y resplendissent et les harmonies déroulent une rythmique solidement dansante. Puis c'est aux médias, aux analystes et journalistes politiques au garde à vous d'en prendre pour leur grade sur Expert où la plume truculente de Jean-Marc dénonce une propagande insupportable, indigeste dont souffrent les français.



Hitch a ride savamment orchestré avec la flûte traversière de Suzanne délivre une sacrée mélodie pop sucrée de fière allure, suivie de la rieuse Je regarde les tigres où flotte l'âme brit-pop. C'est Gabriella qui se frotte au texte avec un esprit taquin pour évoquer les gens qui s'insultent sur les réseaux sociaux au sujet de politique et redescendent de leur belle 'conscience' quand il s'agit de commenter des photos de 'chats'. Serge signe Impitoyable, un clin à Houellebecq par le style incisif et souriant sur des harmonies galopantes comme celles de Le casse qui enchaine, une embardée pop qui dépote en guise de bande son d'un Audiard. Costard italien propulse un air pop musclé typé Eggstone, à la touche moderne psychédélique, agrémentée du style parisien avant la fabuleuse reprise d'Hardy Je ne suis là pour personne, effeuillée avec réussite et honneur. L'esprit dandy arrive avec La chemise déchirée arrangée de claviers pertinents et d'un rythme finement révolté quand The Rent boucle la pépite pop de 11 titres de sa mélodie mellow, son texte fleuri de romantisme et son interprétation élégante. Front Pop de French Boutik est un régal de style, une brillante collection d'harmonies indiepop mods qui réveille et fait fondre les sillons.
Vielen Dank Heinz!
FrenchBoutik
CopaseFrenchBoutik



mardi 26 septembre 2017

Milk Teddy

Milk Teddy, alias du fabuleux guitariste, chanteur et auteur-compositeur Thomas Mendelovits accompagné de son frère Jonathan Mendelovits à la batterie, Alexis Hall aux claviers, Bronwyn Potts à la guitare et Rachel Stanyon à la basse, musiciens de Melbourne, signe le premier album Zingers en 2012.
Paru sur le label australien Lost & Lonesome renommé pour avoir dans son catalogue de véritables petits bijoux pop depuis une décennie, Time Catches Up est le deuxième album du groupe. Les titres sont formidables, du début à la fin. Invitations au voyage, les textes voltigent de villes en villes, de pays en pays, sous fond d'amour et d'indie-pop.



Le génial New York Rhapsody présente d'emblée une ligne de guitares ornée d'une rythmique vivace et fleurie. Les oreilles sont propulsées dans la ville magique et lumineuse grâce au tempo renforcé par le chant éclatant. Sans transition ni silence, la promenade ultra pop se poursuit candide, le nez au vent, sur la fraîche Rock 'n' Roll Cretin. La tête commence à dodeliner frénétiquement sur l'excellente Seletar Airport qui offre une mélodie ingénieuse, vrombrissante à l'image des réacteurs d'avion pour continuer sur la synth-pop envoûtante de Sweet Bells Jangled. La musique pop est à l'honneur, les harmonies de guitares sont formidablement dansantes. Les voix sont aussi élégantes que porteuses de spontanéité. Breakfast Impasto nous propulse dans une ambiance indie stylée et charmante, où l'écho danse dans les cordes. Le chant plane léger au-dessus du plateau de petit-déjeuner où jonglent pommes et muffins de Londres. La batterie revient vigoureuse sur les 'aie aie aie' souriants de la poppeuse Gothic Skyline qui redonne une énergie infaillible à la 'city'.




On retourne en Australie avec la conquérante et amoureuse Dreambone, sa rythmique ensoleillée et ses claviers donnent un sérieux béguin pour la chanson. De manière logique avec l'esprit qui émane des titres par la voix si belle et entrainante de Thomas Enthusiasts suit, bombardant des notes de guitare ardentes et un tempo splendide. L'ambiance devient drôle et alternative sur Mopey Tonight qui déroule une magnifique mélodie, comme sur la surprenante Funny Feeling au son lointain d'un concert live. Puis le glorieux Iron Rose raconte façon spoken-words les aventures d'un couple sur des arrangements originaux et vibrants de sensualité digne d'un céladon pop énamouré. Le disque finit sur un splendide Too Young to Vote Too Old to Cry dreamy et rutilant avec ses cinquante dernières secondes inattendues, rappelant Tokyo et ses kimonos. Les 12 somptueux titres nous font faire un périple géographique et musical dans une veine pop eighties réussie formant un Time Catches Up de toute beauté, une des plus belles signatures de l'année 2017.
MilkTeddy
Post-scriptum :  Je parlais en mai dernier de Milk Teddy dont je suis fan. Pour ceux qui ont manqué la chronique c'est par là MilkTeddyPiggledypop2017




dimanche 17 septembre 2017

Pete Fij and Terry Bickers

Le sublime album de Pete Fij and Terry Bickers, We Are Millionaires, paru en juillet 2017 m'accompagne depuis le printemps et plus je l'écoute, plus il me touche, devenant presque familier et surement addictif. Les deux musiciens ne sont pas des débutants et j'en fais un billet il y a trois ans quand parait leur premier album Broken Heart Surgery que je classe au top des albums Piggledy Pop.



"Pete Fij utilise son nom Piotr Fijalkowski en 1991 à Coventry pour former Adorable qui signera deux albums avant de splitter, puis suit le nom Pete Fijalkowski pour le projet Polak qui signera deux fabuleux albums en 2000 et 2002, formation dans laquelle joue aussi son frère Krzysztof Fijalkowski du groupe The Bardots. Apparaissant parfois avec House of Love, étant ami de longue date de Terry Bickers, en 2008 Pete avec une poignée de nouvelles chansons est prêt à entrer en studio quand un festival l'invite à venir jouer sur scène, il appelle son complice pour l'accompagner. L'idée de travailler ensemble fait son chemin et en 2013, Pete Fij/Terry Bickers édite un premier single, puis plusieurs, qui aboutiront sur Broken Heart Surgery le 7 juillet 2014. Une première version acoustique précède l'album comprenant les reprises réussies, Homeboy de Adorable et Love Vigilantes de New-Order. Quant à Terry Bickers, avec la création de House Of Love en 1986, il ne sait pas encore qu'il entre dans l'histoire de la britpop, de la pop, simplement, et en deviendra un acteur incontournable au mêmes titres que Felt, The Pastels, Teenage Fanclub, The Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine etc."
PeteFij&TerryBickersPiggledyPop2014



Dès l'amorce du disque avec Let's Get Lost Together, on plonge dans l'univers pop autant romantique que rock, poétique et épidermique, où rôde éternellement l'âme de Lou Reed. Les deux artistes réunis sont au sommet de la mélodie, inspirée, efficace, et de la pratique technique. L'introduction de We are Millionaires presse le jus qui va arroser tout le disque de vitamines, de parfums et de notes sucrées. Les guitares aux cordes tendues et gaillardes s'allient élégantes au chant de Pete et de Terry qui en osmose, se répondent et s'accompagnent donnant forme à leur belle et unique amitié.
Pete : "I was interested in having a song that had two males having a ‘bromantic’ moment. I couldn’t really think of anyone else who had done that. We are very different people, and work in different ways, but we’ve learned to deal with each other’s quirks. I quite enjoy the singularity and purity of a duo: there is only us two to hone and discuss the music, and there’s no band politics to work through." "There’s a genuine friendship between us which is very rewarding. I love Terry, and find him exasperating and exhilarating in equal measure, and I sense the feeling is mutual"

La batterie de If The World Is All We Have sort délicatement les balais pour laisser champ libre au clapfingers et à la basse . Les voix subjuguent dans un jeu d'écho pour imager un sentiment amoureux plein d'espoir qui devient délicieusement insistant sur Love's Going To Get You. Là aussi le grain de voix qui joue sur les arpèges en croonant façon Lee Hazlewood réussit à attraper les oreilles sur le tempo langoureux. La romance prend forme sous forme de métaphores, souvent proches du cinéma et de personnages de fiction avec un rythme permanent, hypnotique, qui nous capte et nous cueille. Le bouquet de notes offert, le vigoureux tapis de cordes de guitares sur We Are Millionaires de toute beauté laisse clairement place au désir "We both love downbeat movies (...) Inhabit a monochrome world, where the beat-up hero never seems to get the girl". Puis le réalisme toujours présent entre les lignes se mêle joliment à la poésie de Waking Up où les yeux, le regard sous les cils de velours battent la mesure. L'écriture est classieuse, l'interprétation de Pete qui susurre, charme et mordille est enchanteresse.



La mélodie de Mary Celeste m'émeut avec son mouvement typé Velvet Underground et son personnage mystérieux, qui se dévoile par touches comme un puzzle. Trottant dignement comme dans un film en noir et blanc, un peu ambigüe, d'espionnage ou d'amour, ou des deux, Over You délivre une impression de bande-son cinématographique. En guise de sniper positif, Pete déclame doucement et fermement ses mots mélodieux sur la guitare acoustique. Les arrangements soyeux et inspirés, sa palette d'émotions, sont magnifiques sur I love You . Le chant sensuel aussi tendre que passionné fonctionne à merveille sur les harmonies de guitares ingénieuses. Sous une veste mélancolique, Sometimes Soon dessine tout le positivisme de Pete et le génie de Terry à la guitare qui brille sur tout l'album. Le titre clôt en beauté les neufs titres tout en pensant à la suite. Le duo offre des mélodies et des orchestrations subtiles s'accordant aux thèmes d'une splendeur romantique. We are Millionaires se transforme en voûte artistique emplie d'étoiles. (Coup de coeur pour la pochette d'album signée de la photographe Rosanne De Lange.)
PeteFij&TerryBickers



Bunny

Bunny est le nom du projet et de l'album qui parait en août 2017 signé par quatre excellents musiciens de Toronto. C'est le premier album du groupe mais pas une première expérience, les compères canadiens se connaissent depuis sept ans et jouent dans d'autres formations : Drew Smith à la composition, guitare et chant (Grapes Godly, The Bicycles), Jordan Howard à la guitare (The Magic, I Am Robot and Proud), Andrew Scott à la basse (Biblical, The Bicycles, Sebastian Grainger), Dan Werb aux claviers (Grapes Godly, Woodhands) et Jay Anderson à la batterie (Grapes Godly, Biblical, Comet Control). J'évoquais il y a quatre ans le talent de Drew et ses amis en parlant de The Bicycles par ici : TheBicyclesPiggledyPop2013

Pour compléter le délice sonore, il y a l'album de 2010 Gadzooks signé par un l'autre alias de Drew, Doctor Ew, accompagné d'Andrew Scott et Matt Beckett. Cet album est une véritable pépite pop psychédélique qui surfe sur le sillage Brian Wilson, arrangé avec une fibre pop sixties orchestrale. Les 14 titres sont bigrement beaux et addictifs. Je conseille cette petite bombe précieuse intemporelle qui rappelle l'univers d'Harry Nilsson, tout simplement grandiose. DoctorEwBandcamp




A l'écoute des premières notes de l'album Bunny et son opus Aloo Lemmi Noyoo, la pop funk agrémentée de soul vient caresser les oreilles dressées. En bonus du régal dansant et rythmé, la vidéo croustillante offre de l'humour grâce à l'inspiration riante des réalisateurs Allison Johnston et Henry Samson. La basse virevoltante et l'esprit rythm&blues de Dracula's Blues montrent tout le talent de compositeur de Drew Smith qui offre un chant sucré et très mélodique. Les arrangements seventies glissent langoureux comme sur le fabuleux Castle et sa guitare rayonnante, ses cuivres rutilants, ses violons vibrants. If Only In A Dream propose une balade indie-pop sautillante et légère chantée par une invitée à la voix cristalline, Isla Craig. La pop est à l'honneur sur Soda Pop qui fait résonner le génie d'écriture de Drew comme sur One Less Heart avec ses synthétiseurs à la qualité époustouflante.



L'âme sixties vient s'immiscer sur la galopante If You Wanna Be My Boy, You Gotta Be Cool honorée par une autre invitée, Meighan Duffin, qui vient prêter sa voix. Le boogie de Memory Curator attrape l'attention avec son tempo délicat et ses choeurs qui raniment l'esprit des Beach Boys. Suit le prodigieux Daydrunk duveteux et lyrique rappelant la fibre de Randy Newman avant le funky Face Your Own et ses harmonies de saxophone et de synthétiseurs triomphantes. La guitare majestueuse ouvre Distracting Myself, suivie par les cuivres, la flûte et la voix sublime de Drew Smith qui sait habiller ses compositions de fraicheur pétillante comme sur The Memory's A Cold One . Puis Robes avec ses accords alternatifs boogie resplendit, petite merveille swing avant le dernier titre Hunny qui rend l'atmosphère empreinte de rêverie autant que de nostalgie pour une promenade où on se laisse porter comme une plume. Bunny, au charme infini avec ses mélodies offertes par Drew et portées par son interprétation transie de classe, livre des frissons garantis. Bunny



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