lundi 27 février 2017

Le Flegmatic

Le Flegmatic fait mon régal depuis quelques jours. La plus belle découverte de l'année, il apparait comme le John Fante, le Brautigan de la french pop, ce qui inévitablement éveille mes sens.
En 2013, le musicien du sud-ouest Thomas Boudineau, alias Le Flegmatic, entreprend son premier EP tout en jouant du trombone dans le groupe Hiddentracks. Avec quelques chansons en plus, le six titres se change en album de dix chansons au joli nom de Esprit de Conquête qui parait en février 2015 via La Souterraine, même label qui participe à la sortie du tout récent Bouleversement majeur ce mois de février 2017.



L'auteur-compositeur est un électron libre ; Il voyage, saute d'un point à un autre, insaisissable et insatiable de littérature, de musique. Il dépose dans ses chansons un peu d'humour, un peu de pudeur poétique, un peu des paysages et des kilomètres parcourus. Virtuose de la dérision, il concocte des textes colorés et animés de sentiments, de thèmes allant de Peter Falk aux Pyrénées, du boucher à l'auto-école. Comme un guide, on le suit aussi parce que les mélodies enchantent et que sa voix nous cueille illico. L'aventure prend forme dès les premières notes de Tu es venue me parler, où le son de la guitare et le chant de Thomas explosent lumineux. Dès le début, par les arrangements délicats, le chant touchant, les mots lettrés et poétiques contemporains, le Flegmatic affiche son visage artistique. Les cannibales, offre une basse au rythme virevoltant,  accompagnant le texte qui égrène des moments autobiographiques, ornés d'un harmonica souriant.



Chaque mot résonne, aussi important que dérisoire, comme sur En voiture frappée d'un style Beat Generation, qui entraine dans ses harmonies palpitantes et bouillonnantes où l'on passe du bitume impersonnel à la promenade familière, main dans la main. A l'auto-école, joué à la guitare et contrebasse, brille, marque la mélodie et file comme un courant chaud qui enrobe sur Mythes et alarme les sensations. Le Flegmatic dépose des émotions dans ses textes qu'il parvient à sculpter, tournant les thèmes matérialistes et réalistes en sujets romanesques. Puis Thomas resplendit sur Dark, malgré le titre et donne de la substance dans chaque corde, dans le grain de sa voix à la géniale douceur et simplicité. Même Chez le boucher, les tomates farcies et le gratin dauphinois apparaissent comme de véritables miracles mélodiques qui me rappellent le romantisme et la drôlerie de J'étais fait pour les sympathies chanté par JC.Brialy et signé S.Gainsbourg. Touchante et brulante, l'interprétation est savoureuse. Le chant, guitare, claviers, glockenspiel, harmonica, sont savamment dosés pour offrir une orchestration fine et cristalline.



D'ici on voit les Pyrénées s'inscrit dans l'album comme une ode au coin familier de l'auteur-compositeur avec qui on fait ce bout de chemin. Grand barrage, dans la veine de Peter Faulk sur le premier album, règle un petit compte personnel sur des joyeux 'shalala' d'une pop soyeuse et minimaliste adorable modelée pour créer un air accrocheur. Désert fourmille de sonorités, grouille de sentiments, et l'humour alterne avec la mélancolie. Sur Statue, la rythmique puissante apporte de la grandeur comme un tremblement de terre pour conclure sur un "je n'ai rien dit" triste, toujours nuancé, assez décalé pour allumer un sourire. En écoutant Le Flegmatic, ses airs joués, ses mots chantés, on est séduit par ses inflexions, ses réflexions, ses écarts de conduite tendres qu'on pardonne en fredonnant allégrement ses chansons.
Bouleversement majeur porte bien son nom. Il offre de l'émoi et de l'inspiration. A son écoute, je me mets même à rêver d'un roman signé Le Flegmatic.
LeFlegmatic



Très Oui

Très Oui est un groupe texan de pop dansante qui brandit un joli nom français et signe le 4 février 2017 le solide EP Singles Going Nowhere chez le label Austin Town Hall Records comptant dans ses rangs Literature et Ramesh (Voxtrot).
VoxtrotRamesh
Le quintet Très Oui, Nathaniel Cardaci, Seth Whaland, Steven Garcia, Ian Jensen (membres de Literature) et Doran Rawlinson, offre des mélopées garage et psyché, où la pop trottine, déjantée et glorieuse. Nat compose les titres avec une fibre indie-pop fort british, ce qu'il assume complétement étant amateur du genre ayant comme influence Robyn Hitchcock. Avec Literature, les musiciens ont signé deux albums brillants, Arab Spring de 2012 et Chorus en 2014.



Fall Back commence le disque avec son rythme dynamique où les guitares, la batterie, le synthétiseur cosmique de Ian se lancent coriaces dans des riffs décalés sur le chant de Nat, qui monte, descend, fait des boucles à perdre la tête. La bombe pop au style low-fi Everything Disco's débarque tonique et galbée pour danser frénétiquement. Suit la splendide Prince of Pop dédié à Prefab Sprout et les guitares galopent, les voix enthousiastes bondissent autant que la passion qui anime les paroles. Party Planner poursuit la fête quand Dead Ringer surprend et déroute. D'abord les arrangements mellow enrobent avec volupté la mélodie puis les arpèges groovy se trémoussent sur la basse somptueuse de Seth pour concocter deux dernières minutes stylées qui gravissent un échelon jangle supérieur.
Philip's calling typé coldwave immunisée à l'indie-pop rappelle la brit-pop de New Order sur un condensé de rythmes, des envolées de notes power-pop et synth-pop qui marquent d'une véritable identité musicale les Très Oui qui devraient s'affirmer et ensoleiller une prochaine longue production. A suivre.
TresOui







samedi 18 février 2017

Bendith

Dylan Thomas, célèbre poète gallois qui a inspiré le nom d'artiste à Bob Dylan disait de son peuple "Dieu soit loué, nous sommes une nation mélomane". Avec le rugby, sa culture, la nation de Saint-David, du Land of my Fathers et de la jonquille bientôt célébrée (1er mars) n'est pas du genre à renier ses traditions, au contraire, leur maintien est vivace. Les gallois les perpétuent en chantant, de préférence en choeurs, comme leurs ancêtres celtes en transmettant les légendes. Le sentiment patriotique qu'ils ont dans le sang est respecté. Les gallois, aiment autant la fête, la religion, la poésie, le service à la nation, le jeu, le sport, les arts et Dame Nature.

Bendith c'est la jolie collaboration de deux groupes Plu et Colorama dont je parlais en août dernier : ColoramaPiggledyPop2016
"Le Pays de Galles regorge de précieux artistes et Colorama, de Cardiff, y dépose sa pierre pop psychédélique depuis 2008 avec un premier album Cookie Zoo. Le thème favori qui fait ritournelle dans les chansons est 'la musique', ce qui n'étonne pas sachant qu'on a affaire à Carwyn Ellis, un activiste de la pop, producteur, auteur-compositeur, multi-instrumentiste (...) Cette année Colorama s'allie au trio Plu, Elan Mererid Rhys, Marged Eiry Rhys et Gwilym Bowen Rhys pour signer en octobre 2016 un album sous l'alias Bendith. Carwyn y dévoile son amour pour le Carmarthenshire, l'endroit où il passe son enfance, la maison de ses grand-parents appelée Danybanc, sur des arrangements et des harmonies intimistes splendides."

Carwyn Ellis


Colorama
Carwyn Ellis, auteur-compositeur, est aussi multi-instrumentiste et producteur. Dilpômé de la Royal Academy of Music, il a signé avec son grand ami écossais Edwyn Collins (Orange Juice) en 2003/2004 l'album solo Red Kite de Sarah Cracknell, (Saint-Etienne).





Plu


Plu
En bonus, tendez l'oreille au projet solo de Gwilym Bowen Rhys, O Groth y Ddaear, qui après son groupe Y Bandana et le trio Plu, se dévoile en cavalier téméraire du haut de ses 25 ans : GwilymBowenRhys



Aujourd'hui je me penche précisément sur Bendith. Ce mois-ci, le groupe signe un nouvel EP magique, simplement nommé Bendith. Il fait suite à l'album du même nom d'octobre 2016 et à Danybanc de mai 2016. Je pensais que le projet était ponctuel et en écoutant le nouvel EP je me réjouis de la continuité.
Carwyn, gallois de souche, inspiré par la maison de ses grand-parents, Danybanc, la région Carmarthenshire et la nature alentours, compose l'instrumental Dinas, vallée que la maison surplombe, et réussit à nous transporter dans ce petit coin de paradis. Ce morceau génial de 4.40 minutes ranime toutes les âmes de bardes et de ménéstrels grâce à l'orchestration majestueuse du quintet, violons, violoncelle, contrebasse et harpe et au talent des musiciens Georgia Ruth et Patrick Rimes.



Le mystère, la délicatesse, l'attachement sentimental aux paysages prend forme dans les voix de Mis Mehefin, écrit par Marged. La langue galloise alliée aux arpèges de guitares et partitions de violons sonne follement musicale comme sur Cân Am Gariad . Les musiciens se partagent le travail dans une bien belle ambiance inspirée. Carwyn compose la plupart des musiques et Plu, la plupart des textes. Connaissant la renommée de l'accueil des gallois, ce principe d'hospitalité, règle ancestrale, déshonorable si pas appliquée est presque croisée avec la japonaise dont le titre hommage Hwiangerdd Takeda est un chant traditionnel du Japon, revisité. Dan Glo (Fersiwn) boucle le magnifique EP sur une note pop cuivrée, cinématique et aérienne qui offre une instrumentation à quatre temps époustouflante. Pour accompagner la poésie et la beauté culturelle de la campagne de Danybanc, Bendith fait appel à Asami Fukuda, peintre de Tokyo et fan d'indie-pop, pour des aquarelles représentant la maison et sa campagne en guise de pochettes d'albums. L'atmosphère qu'offre Bendith dans ses mélopées est printanière, romantique, et les héritiers du pays de Merlin l'enchanteur donnent le sourire aux lèvres.
Bendith





mardi 14 février 2017

The Pearlfishers

Les Pearlfishers sont un groupe de Glasgow qui pêche des perles et les sculpte façon indie-pop depuis 1991 à l'initiative de David Scott accompagné de Jim Gash et Duglas T. Stewart ses deux compères depuis 1986 quand le trio formait les BMX Bandits. Avec eux jouent Dee Bahl, Brian McAlpine et Mil Stricevic. Après quatre EP Sacred, Hurt, Woodenwire et Saint Francis Songs, 1993 voit leur première longue production, du joli nom de Za Za's Garden. L'EP Living in a Foreign Country sort en 1994 suivi d'un second album en 1997 The Strange Underworld of the Tall Poppies signé chez le label Marina Records, association active jusqu'à aujourd'hui. Suivent les EP Even on a Sunday Afternoon et Banana Sandwich dont les noms évocateurs annoncent le troisième album en 1999, The Young Picnickers. The Pearlfishers ne désamorcent pas leur créativité, David Scott compose et écrit, joue sur scène sans arrêt et signe les lumineux albums Across The Milky Way en 2001 et Sky Meadows en 2003. Un EP consacré à Noël suit en 2004 A Sunflower at Christmas avant le somptueux Up With The Larks de 2007 consacré par le Sunday Mail qui le nomme meilleur album de l'année au Royaume-Uni jusqu'au fabuleux Open Up Your Colouring Book de 2014 qui récolte toutes les éloges de la presse les comparant à Paul Simon et aux Beach Boys.




Tout en les aimant tous, ma préférence va à Sky Meadows.
Les écossais sont les rois pour parler de la météo, écrire sur les éléments de la nature, les mettre en musique avec un talent génétique. Sensibles à leur paysage, leur identité, ce qui est légitime, ils ont aussi la musique pop-rock 'underground' dans la peau. Ce cocktail nous offre depuis des décennies, notamment via Sarah Records, des musiciens admirables. Quand Sky Meadows commence avec son Flora Belle, dédié à la fille de Brian McAlpine qui vient de naitre, la composition, les arrangements de bongos et tambourins splendides, l'interprétation qui peut aisément monter dans les tours, montrent que David Scott a de la pop qui coule dans les veines. Il assure l'écriture, le chant, la guitare, le clavier, la basse, les arrangements et la production. A ses côtés, le grand batteur Jim Gash, les excellents guitaristes Keith Matheson, Gabriel Telerman et bassiste Deepak Bahl. L'entourent dans les choeurs son ami Duglas T. Stewart, Amy Allison, Tom Clelland, Jim Gash, David Grimason, Louise Higgins, Derek Star, Midori Terasawa et des élèves de l'école primaire Crosshouse de l'East Killbride qui brillent au chant et font carillonner les cloches.

Le piano resplendit sur la guitare électrique de Todd is God, hommage à Todd Rungren, orné d'un ensemble fantastique de cordes et cuivres (voir liste en P.S). Les mélodies magiques indie rappellent XTC, Prefab Sprout, Cardinal, Teenage Fanclub. Sky Meadows est une pièce nostalgique émouvante où les voix en avalanche sur le trombone, la trompette et les violons, rendent fort fleur-bleue tandis que les paroles sont drôles avec des 'monkeys driving trains through the clouds'. L'esprit scottish poursuit sur My Dad the Weatherfan, au swing profilé Burt Bacharach, où David dit toute l'admiration pour son père qui 'always knows when the rains are due and isn't shocked when the sun breaks through'.



The Gay Fishmonger nous replace dans les Highlands, nous maintient dans l'atmosphère écossaise marine et neigeuse, métaphore pour décrire un type citadin, quand le galopant et optimiste piano aux allures pop de Pantohorse donne furieusement envie de danser façon Gene Kelly sous la pluie et les belvederes de Glasgow. Le piano et l'orgue de Berlin se lient à la basse pour un instrumental digne d'une bande son de film dans la veine de Georges Delerue, titre dédié au collectif japonais musical Maher Shalal Hash Baz pour qui David a travailler sur l'album Blues du jour. Les notes sautillantes brit-pop du souriant I Can't Believe You Met Nancy parle des Beatles sur fond de déclaration romantique. Saddle Sore est une aquarelle indie, mellow et sucrée, où brille une trompette mélancolique quand la mélodie de Swan Dreams poursuit poétique et langoureux, décrivant un cygne royal qui poursuit sa route, son vol majestueux quelques soient les obstacles. Enregistré avec des jeunes d'un orchestre local, le morceau aérien et cristallin offre David au chant et piano accompagné de Stephanie à la flute et de Jemma à la trompette. Haricot Bean And Bill arrive sur la platine et on pense à Uncle Albert de McCartney, prenant de l'ampleur au fur et à mesure de l'orchestration, exaltant. Sky Meadows termine sur Say Goodbye To The Fairground, ancien titre jamais enregistré que nous concocte David avec son amie Amy Alison au chant et cordes, une jeune chorale pour le dernier couplet qui image à la perfection le sujet de la chanson, la vie d'un cirque qui va de ville en ville "say goodbye to the fairground, baby, say goodbye to the painted clowns, say goodbye, don't expect a postcard, when they move on to another town".
Sky Meadows est un des albums les plus marquants des Pearlfishers, un petit diamant pop qui photographie magnifiquement l'univers artistique des musiciens écossais. Je le chouchoute sans perdre de vue, ni d'ouie, les autres productions toutes aussi belles et solides.
Pearlfishers
Kidd

John Beales et Lawrence Dunn (violons), Alison Lucas (alto), Wendy Weatherby (violoncelle), Colin Steele (trompette et cornet), Johnny Durrant (cor), Stephanie Kelly (flûte), Jemma Quin (trompette), Nigel Cox (trombone), Derek Star (percussions)



Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...