J'ai reçu cette semaine ce petit bijou indie-pop qui a illico accroché mon attention. Après plusieurs écoutes, je le savoure davantage, me rappelant tour à tour C86, Teenage Fanclub et Ride. Young Scum est un jeune groupe de Richmond en Virginie qui signe le 7 août 2015 chez Dufflecoat Records son deuxième EP Reporters. Il y a quatre titres, différents, colorés, proposant une atmosphère pop, dream, twee, construite et efficace. La solidité des titres est dans les mélodies, le jeu, le chant et l'ambiance générale qui déroule un mini film indie-pop citadin, au son moderne et aux textes ramenant à l'adolescence. Taylor Haag à la batterie mène le rythme des chansons avec dextérité, quand Brian Dove resplendit à la basse, Ben Medcalf semble faire de la magie avec ses cordes de guitare comme Chris Smith qui également très talentueux à la guitare, chante avec une fibre indie pleine de promesse.
Radiowaves est un premier titre réussi où tous les ingrédients pop sont brodés sans accrocs. Le style lo-fi et twee de Haircut donne aussi l'occasion de découvrir un sympathique fuzz dans les guitares quand l'estival Back in the City et son schéma indie-pop alternatif invite à danser pieds nus dans l'herbe ou à faire de l'accrobranche avec les dents. Le thème de l'été, des arbres, du jardin accompagnent une déclaration sentimentale touchante. La quatrième mélopée de l'EP, Do you Remember, est une ritournelle toute aussi fraiche et entêtante. Ben et Chris sont d'excellents guitaristes, alliés aux agilités de Taylor et de Brian qui parviennent à dessiner un profil de reporters, dont l'esprit indépendant correspond à l'univers de la pop. Je propose de les suivre et d'écouter l'EP Reporters de Young Scum ainsi que le savoureux Autumn August en patientant pour de futurs morceaux finement nacrés de reflets pop.
Simon Love vient de faire paraitre un premier album mais n'est pourtant pas un débutant. Dans le domaine, le gallois excelle depuis 2000 lorsqu'il se fait connaitre avec son groupe The Loves qui se séparent en 2011 après quatre albums fleurant bon la pop psychédélique sixties. Pour les curieux, j'écrivais en 2008 sur The Loves : TheLovesPiggledyPop
Simon intègre ensuite Knickers et signe un EP chez Elefant en 2012. Présent depuis sur quelques compilations, il se lance sous son propre nom (enfin presque) en 2014 pour nous concocter un album fabuleux, hautement musical et écrit, excentrique, mélodique, un kaléidoscope de chansons toutes achevées et parfaites. It Seemed Like a Good Idea at the Time du 7 août 2015 offre une orchestration pop magnifique qui s'étoffe au fur et à mesure de l'écoute. L'artiste de Cardiff travaille ces dix dernières années avec notamment Fortuna Pop, label avec qui il signe son tout récent album, et joue amicalement également avec des groupes comme The School, Darren Hayman, Pocketbooks, etc.Ses références principales sont les Beatles, Velvet Underground, Harry Nilsson. Il reprend d'ailleurs Cold Turkey de Lennon en 2002 et Dear Boy de Paul (& Linda) McCartney qu'il sort en 2014 en guise de single, présent sur It Seemed Like a Good Idea at the Time.
Le compositeur génial de sunshine pop, signant des arrangements très sixties et seventies, inspirés et variés, est accompagné sur l'album de deux figures assez originales, l'acteur Stewart Lee, chroniqueur pop-rock à ses heures perdues pour le Sunday Times et l'un des plus grands pirates de la radio anglaise dans les années soixante, le DJ Emperor Rosko. ( se reporter à mon article Radio Caroline si le coeur vous en dit : RadioCarolinePiggledyPop)
Les 12 titres de It Seemed Like a Good Idea at the Time sont remplis de sentiments amoureux, thème favori de son auteur. Il l'écrit de surcroît à un moment de sa vie qui correspond à une grande séparation, ce qui explique le ton parfois mélancolique dans le texte. Globalement drôle, avec une instrumentation galopante, accrocheuse et joyeuse, le disque parle de l'amour sans cesse, avec une note sarcastique. Le premier morceau **** (Is a Dirty Word) est éloquent, riche d'un esprit ironique qui rayonne tout le long du disque. Arrangé comme le fameux Summer Nights de Grease, Simon efface d'un coup le sentimental platonique, la naiveté du tempo avec ses mots réalistes, un tantinet crus. Le ton est donné. On est prêt alors pour le suivre dans son univers alternatif et franc quand les violons et la batterie, déchainés, nous invitent à danser sur The New Adam & Eve, plein d'humour et de fantaisie. Puis Dear Boy arrive comme une pomme d'amour, poussant à claquer des doigts et à diablement se trémousser. S'ensuit la savoureuse My Dick, une ode marrante et pittoresque faite à son pénis sur une mélodie digne des Byrds ou des Kinks, où l'orgue et les voix des musiciens qui l'accompagnent, The Old Romantics (nom juteux pour chanter en chorale sur My Dick), s'envolent dans un psychédélisme souriant. Dans une suite savoureuse et logique, Motherfucker poursuit la magie musicale en titillant surement le fantôme de John Lennon. Wowie Zowie propose 5 minutes de bonheur psychédélique là encore, musclé et vitaminé. Simon y est rock'n roll, la batterie est royale, l'ambiance seventies envoûtante menée à bâtons rompus par A Little Orchestra pour les cordes et Rob Jones de The Voluntary Butler Scheme pour l'ensemble de cuivres.
Sweetheart, You Should Probably Go to Sleep agit telle une douce mélopée faisant un break dans la rythmique, déposant un pétale de romantisme quelques minutes avant de repartir à l'assaut 'mod's', 'funky', au beat décoiffant sur Don't get the Gurl No More. Ce titre magnifique rend clairement hommage à Harry Nilsson avec ses cuivres façon Cuddly Toy. Simon enchaine et surenchérit dans l'excellence dans The Meaning of Love, au boogie frénétique qui se marie à la voix de Stewart Lee qui déclame avec fougue le wikipédia à la définition du mot 'love'. L'album déjà resplendissant de qualité, Simon Love au zénith de la composition pop, ne laisse pas le temps de se relâcher et assujettit nos oreilles avec Your Kiss Your Mother with that Mouth. Les tambourins taquins, la rythmique enfiévrée, les guitares dévergondées brillent. L'harmonica, en osmose avec le piano, nous cueille avec Elton John, titre hommage aux années seventies mais aussi, amère déclaration à son ex-épouse "Oh Elton John look what you’ve done, you broke my heart now we’re apart, you’re fucking men and I’m fucking alone again". Tandis que l'on savoure les titres, les uns après les autres, en s'interdisant de penser que la fin pointe son nez, It Seemed Like a Good Idea at the Time boucle déjà l'écoute. Ce dernier titre est un régal sonore, pop à souhait, voltigeant de cordes, de tambourins, de cuivres, sur un tempo déchainé. La voix de Simon qui apparait être un auteur et harmoniste hors normes est émouvante, touchante, majestueuse. Je dis merci à Sean de Fortuna Records pour lui avoir demander un album solo au moment où Simon Love quittait son groupe, l'aventure solo en tête. Il a aiguisé sa plume mélodique, hilarante, et le résultat dépasse la bonne idée! Quelle idée fort inspirée! It seems like a brilliant idea. A écouter absolument.
Dans cinq jours paraitra ce très joli EP I've Got Secrets Too des new-yorkais Exiles. Cette belle découverte est idéale pour la période estivale, avec ses quatre morceaux ronds de notes fraiches, dansantes, dans une veine dream-pop et shoegaze. Le hasard fait que cette chronique suit celle sur Ducktails, groupe qui entre dans les références des Exiles, au même titre que Wild Nothing, Beach Fossils, Slowdive, Beach House, Belle and Sebastian, Young Prisms, Craft Spells, Camera Obscura, Broken Social Scene etc. Bien que ces influences soient notables, les cinq d'Exiles apportent leur style singulier que j'espère retrouver sur d'autres mélopées à l'avenir. Le projet se met en place en 2013 au coeur de Brooklyn quand Moire Echo au chant et Matt Sklar aux claviers commencent à écrire et jouer leurs titres. Ils accueillent Michael Hendley à la guitare, Don Lavis à la batterie et Myles Peterson à la basse. Les cinq amis entrent en studio en mai 2014 pour peaufiner un très bel EP inspiré des plages du New- Jersey, nommé Only Summer puis enchainent en janvier 2015 offrant le délicieux single Kill the Lights.
La voix hypnotique et cristalline de Moire Echo répond avec élégance à la guitare électrique dont la reverb gracieuse comble d'emblée sur Dawn Patrol. La fin de l'été et le ciel lourd rappellent les secrets annoncés dans le titre de l'EP. Maritime, alizés, les thèmes sont colorés de synthétiseurs et d'une basse superbe. Puis le voltigeant et bondissant Love & War arrive avec sa batterie rayonnante, ses guitares surf-pop, son texte très amoureux fondant de nostalgie. Puis Photograph déroule une pellicule de notes pop parfumées de jangle-pop pour une douce balade mélancolique où les mots évoquent une déception sentimentale 'i don't understand the reason why you don't want to be my guy'. Les arrangements pop et dansants reviennent sur Subtle Attack, où le talent de composition est évident à l'écoute de la mélodie et de l'instrumentation. L'EP I've Got Secrets Too d'une exquise qualité, fort réussi, sort en cd et en cassette chez Duffle Coat records, label tant apprécié par Piggledy Pop. Les exemplaires ne seront pas nombreux, précipitez vous pour vous le procurer.
J'écrivais en 2014 : Derrière ce nom de groupe qui vient justement d'une série télévisée des années 80, Ducktales, il y a l'excellent musicien Matt Mondanile. Originaire du New-Jersey, il apparait avec ses projets nommés Real Estate ou sous son propre nom avec nombre de titres en poche en 2006. Amateur de son pur et peu trafiqué, il travaille un style sonore roots, proche du son live avec une veine chillwave, lo-fi, dream-pop fort sensuelle et groovy. De 2009 à 2012, l'auteur-compositeur enregistre une myriade de démos, notamment sur cassette. Après 3 albums, Ducktails en 2009, Landscape en 2010 et Ducktails III: Arcade Dynamics en 2011, des EPs sur cassette, en 2012 sa signature chez Domino le fait accéder au studio d'enregistrement. Il y convie dans un premier temps son amie Jessa Farkas pour un duo sur le single Letter of Intent qui sort en 2013 et qui précède l'excellent EP Wish Hotel puis l'album The Flower Lane.
Depuis un an Ducktails a quitté New-York pour tourner dans le monde entier de l'Australie, Japon, tous les Etats-Unis jusqu'en Europe avec Deerhunter,Kurt Vile et parallèlement Matt Mondanile travaille avec d'autres groupes comme Noah Lennox de Panda Bear et d'Animal Collective avec qui il enregistre le single Killin' the Vibe, les Smiths Westerns, ou encore Cults. L'esthétique de l'auteur-compositeur qui joue de la guitare, basse, batterie et piano crée un son typé et tient aussi un rôle important dans l'image, étant amateur de cartoons, de bds, du peintre finlandais Jan Anderzen qu'il aime marier à la pop, aux pochettes d'albums et aux vidéos."
Mon article de 2015 au sujet de Ducktails annonce la sortie le 24 juillet de l'album St-Catherine, cinquième joyau signé du maestro Mondanile.
Après l'instrumentale The Disney Afternoon qui nous emmène sur la côte ouest américaine, Headbanging in the Mirror parle de Californie mais aussi du New-Jersey, familier et vital à son auteur. Into the Sky, est mellow, souriant avec ses guitares aux tremolos puissants et ses claviers mélancoliques sur le chant de Matt 'remember december' qui reste dans l'attente romantique après une rencontre céleste. Le thème de l'élévation et de l'amour continuent sur Heaven's Room, au tempo langoureux emmené par une calèche de violons aériens 'Mary watched me from above, Spend my days in misery, She offered me a room in heaven, Saving me from grief. Oh! now I’m perched up high above everyone. In a big white cloud". Le titre St-Catherine poursuit dans la métaphore spirituelle fort belle pour décrire les sentiments amoureux du musicien mis en exergue par les arrangements fins et sophistiqués, ornés de guitares, accordéon, basse, batterie "Blinded by the light, There’s nothing more to see St. Catherine comes alive, The image of an angel sighs".
C'est le producteur Rob Schnapf, qui a co-produit Either/Or et XO d'Elliot Smith qui apporte son savoir-faire à Matt Mondanile pour ce sublime et lumineux album et cette collaboration s'entend sur The Laughing Woman. La synth-pop agrémentée de clavecin revient dans Surreal Exposure, virevoltant et charmant, dans la veine très stylée de Mondanile. Julia Holter participe au petit bijou de 11 titres en signant Church et en assurant le chant pour un superbe duo qui dessine de nouveaux traits à New-York . La sentimentalité se lie au texte citadin sur Medieval avec ses violons qui habillent une ancienne histoire d'amour. Krumme Lanke répond au premier morceau, instrumentale, digne d'une carte postale de Berlin avec ses synthétiseurs et sa guitare taquine, ville à laquelle Matt Mondanile rend hommage . Il a d'ailleurs joué au Marie-Antoinette à Berlin, concert suivi de festivals et d'autres dates à Hambourg. Ducktails offre un album grandiose, absorbant, accrocheur, où Matthew qui y assure tous les instruments brille de mille feux. Ducktails