dimanche 26 avril 2015

Ladyboy Project

Ladyboy est l'alias d'Olivier Hazemann qui loin d'être un débutant, est un auteur-compositeur, interprète, magnifique musicien et producteur qui jouait avant son nouveau projet dans le groupe Kalash. Son album Ladyboy Project sort entièrement des sentiers battus, est d'une touchante efficacité dans son obsession amoureuse et dans sa musicalité.
Si on attend de la musique d'être touché, de s'échapper le temps d'un album, d'être titillé jusqu'à l'émotion, avec le Ladyboy Project, on est garni. La voix d'Olivier Hazemann dès les premiers mots de Tempozan le titre qui ouvre le bal, transporte dans une atmosphère presque onirique et vaporeuse. Comme au théâtre le premier acte plante le décor, une rencontre électrique qui se passe dans une rue, un escalier, une porte qui s'ouvre, mystérieuse. L'invitation charmante, pastorale qui parle d'oiseau et de fleur enchaine sur RDV qui continue dans une ambiance intime poétique et désuète, charnelle et sensuelle. Les cordes du violoncelle de Chloé Girodon offrent une veine classique et lyrique au texte qui voyage jusqu'en Asie. Le parler de Ladyboy prend une sacrée ampleur dès qu'il chante, enchante sur Necklace, palette de sons majestueux et des couleurs pastels du Fujimi, ornée d'opale, de perles quand arrive le tempo suave et rythmé de Ma Prestigieuse, déclaration amoureuse aussi caressante que féline. Puis Ladyboy et son orchestration précieuse nous invite au secret de l'anti-chambre transformée en shoji qui dévoile sa personnalité d'Eon. Le type de l'album est cinématographique, les bruits, les intonations de qualité, les thèmes se suivent comme une pellicule de film qui se déroule jusqu'à Transit et son maillet qui frotte les cloches japonaises.

Episode 2 Ladyboy sur Microcultures from LadyBoy on Vimeo.

Le voyage à Osaka continue avec Un oiseau sans joie, sa guitare sautillante, la ponctuation amusante et taquine de Ladyboy et son piano qui propulse dans un autre siècle. Les notes de piano dans Hiver, accompagnées de sa sirène, au chant digne d'un flocon de neige, rendent parfaitement la froideur du thème et son ambiguité. Sens dessus dessous où Ladyboy interprète avec une délicieuse moue le texte désinvolte, balaie les saisons pour arriver sur le sujet mouvementé de son amour. Au fond du saké fait apparaitre des cuivres, clarinette et cor, qui glissent sublimes jusqu'à Sakura, mélodieux, fluide, qui respire le désespoir et la mélancolie. EntreVous montre le talent d'écriture jouant avec les mots, dans un style proche de Gainsbourg, sur des guitares et un tempo enfiévrés. Le dernier titre Insulaire met en musique un tumulte sentimental, mental, sur un texte non conventionnel, fort lyrique, d'une beauté confondante. L'album est intemporel, pas académique, un coup de maitre d'Olivier Hazemann entouré de Sébastien Martel à la guitare, Sébastien Souchois qui écrit, arrange et dirige les cordes, et Toma Milteau, Benjamin Colin, Martin Gamet. A écouter absolument et se l'offrir chez nos amis de Microcultures qui ne cessent de promouvoir des artistes fabuleux.
LadyboyProject


Ma prestigieuse from LadyBoy on Vimeo.


The Open Rays

En Avril 2014, The Open Rays enregistrent le deux singles Shine On puis Far From Spring qui paraitront en Octobre 2014 avec deux inédits sur un premier somptueux EP. Depuis que j'ai découvert ces quatre titres, vibrants, ils me restent en tête. Non seulement les chansons sont magnifiquement écrites, mais elles portent aussi une âme. L'auteur-compositeur Jarrod Gawne, guitariste et interprète est accompagné de Nico Breton à la contre-basse, Etienne Gautier au violon, Charles Duquette à la batterie, tous sublimes et talentueux. Les brigands, habités, passionnés, ont la recette pour concocter une musique qui donne la chair de poule; Tous les éléments sont là, la musicalité, une écriture fine, des arrangements en dentelle, un chant stylé et élancé. The Open Rays sont non seulement des techniciens aiguisés, mais aussi des créateurs inspirés.

Il y a une tendresse poétique dans l'archet d'Etienne, dès les premières notes de Rust Away qui se marie avec élégance à la guitare puissante de Jarrod et à la rythmique géniale de la contrebasse de Nico . La mélodie telle un diamant brut délivre un texte plein d'espoir dont l'énergie nous capte. La ballade pop folk Far from Spring, contrairement à son titre, nous enveloppe d'un air printanier, parfumé d'arpèges, d'harmonies fraiches et délicates. L'alternance chevaleresque de douceur et de force dans l'orchestration, dans le tempo de Charles, s'allient à un texte de toute beauté qui va comme un gant au groupe "And though we're far from spring, I still hear the birdies sing, They don't seem to worry about the season, They don't need no rhyme or reason, They just like to sing". The Open Rays ont le don de transmettre leur élan dans les nuances colorées de leur musique, comme une photographie musicale, pleine de brillance, jouant entre le blanc et le noir, le 'fer' et les 'perles' de Shine On où la chamber pop devient rock, vaillante, prenante. Le lyrisme enflammé poursuit sur Oil and Sparks, racée et transportante, où The Open Rays donnent de l'allure et de la personnalité au titre. Le chant de Jarrod parfait, vivant, est aussi un des éléments merveilleux du morceau quand il entonne "I'd like to fill your heart With oil and sparks, Let fireworks explode, When we come close".
Les médias canadiens s'emparent de The Open Rays, invités sur CBS Canada, en plus d'une série de concerts à Montréal qui je l'éspère les mènera en Europe bientôt. Joseph Joubert (1754-1824) disait "La musique a sept lettres, l'écriture a vingt-cinq notes". The Open Rays offrent une musique avec une nuée de lettres et une écriture rimbaldienne à mille notes. C'est la plus belle découverte 2014 sur Piggledy Pop qui restera fidèle, attachée, impatiente de connaitre la suite. TheOpenRays


samedi 25 avril 2015

Cocoanut Groove / How to build a Maze

J'écrivais en 2013 "Découvert il y a quelques semaines grâce à mon cher ami des Flandres expert en indie-pop, Cocoanut Groove m’a fait tomber en pop’pamoison. Riches en mélodies, en instruments intelligemment orchestrés, les productions de cet ex Tidy Ups et Everyday Mistakes se savourent en boucle. La première, l’EP The End of Summer enregistré en 2008 est un délice sonore stylé sixties orné d’harmonica, de caisse, de castagnettes, de violon et de guitares. La même année, le jeune suédois Olov Antonsson alias Cocoanut Groove signe son opus Madeleine Street de 10 titres comprenant trompette, orgue, violon, tambourin, guitares, basses, batterie formant une pléthore de titres baroque-pop ou orchestrale-pop dans la veine des Byrds ou des Left Banke qu’il admire...Cocoanut Groove signe un fabuleux ep de 6 titres Colours, en 2010. Là encore, les titres sont parfaits, des merveilles pop abouties comme l'étaient Madeleine Street et Castle qui permettent de patienter avant un deuxième disque sacrément attendu. Ayant pris son alias d’une chanson de Roger Nichols, Olov Antonsson qui en plus de savoir écrire des textes et composer avec brio, joue de la guitare, du clavecin, de l’harmonica, de la basse, des percussions, qui se nourrit de Bob Dylan, des Beatles, des Smiths, de Simon & Garfunkel ( clin d’oeil au fameux duo sur Huckleberry) puis The Clientele, ou encore Love a appris récemment à jouer de la mandoline."

En janvier 2014 parait le feutré How to Build a Maze et ses 11 titres. Olov y est indépendant et sait composer, comment arranger ses mélopées. Prendre la direction du 'solo' est visiblement la plus courageuse et la meilleure des décisions. Après Prelude qui nous plonge immédiatement dans son univers artistique oldies, nostalgique et précieux, arrive le somptueux How to Build a Maze et ses airs beatlesiens en diable qui plaira aux amateurs du genre. Sa voix sonne parfaitement juste et mélodique. La trompette est jouée par Elfrida Bergman, l'orgue par Mattias Malm, la batterie par Calle Thoor et Per-Anton Runesson, la basse majestueuse sur tout l'album par Josef Ringqvist. On a Monday Morning reflète le talent d'écriture de Cocoanut Groove à la plume philosophique et poétique. Les harmonies sixties psychédéliques comme celle de The High Coast poussent à la rêverie et à la méditation tout en remuant son popotin et ses orteils (pas incompatibles). Idéal pour la ballade, la promenade, le style sunshine pop que l'auteur aime rayonne sur les chansons. L'âme de Bob Dylan et de Paul Simon qu'aime Olov viennent voltiger sur Fair-Weather Friend, un peu plus folk que les autres pour évoquer la sournoiserie d'un ami un peu branlant dans ses bottes.

Puis Colours, paru sur vinyle en 2012 (avec les titres The Storm, I've Been Following Lonely Roads, Huckleberry, The Spell, July ) est constellé de rythmes, donnant envie de jouer des castagnettes sous un sombrero avec ses cavalcades de trompettes, son clavecin déluré, le violon grandiose de Gunnar Lantz et ses 'lalalala' pop époustouflants. La batterie s'y amuse sans scrupules. Suivent deux titres que j'adore, un peu dans le sillage des Belle & Sebastian, qui nous invitent à danser sous le soleil d'été, North Country Summer et Afternoon. Le morceau suivant A secret Tune est construit finement, vaporeux de cuivres et de guitares envoutantes comme sur le magnifique Night Walk, initiation romantique à la ballade dans un parc sous un ciel étoilé bercé par le chant des mouettes. Le groove et la pop gorgée de claviers, de claphands et du chant limpide au charme aristocratique de Olov, tel un pétale léger nous comble sur Seven Flowers. How to Build a Maze est attachant, plein d'excellentes mélodies superbement interprétées, qui promet une suite délicieuse en compagnie de Cocoanut Groove. Je confirme deux ans après "Ce jeune troubadour suédois m’inspire de l’admiration et de la gratitude" et les amis péruviens de Plastilina Records sont, pour notre grand plaisir, d'accord.
CocoanutGroove
CocoanutGroovePiggledyPop2013

Sea Dramas

Sea Dramas est un groupe de San Francisco conduit par Scott Pettersen, auteur-compositeur, guitariste, pianiste et bassiste, peintre et sculpteur en parallèle et fait de la musique depuis qu'il a 15 ans : "Growing up, I listened to the music my parents had -- Cat Stevens, Simon and Garfunkel, The Doors. They had good taste in music. Later, my dad got into New Age music. My mom was always more into rock 'n' roll. They were always really supportive". Après son premier groupe Wayward Sway, il lance son propre groupe Sea Dramas en s'entourant du guitariste Dwayne Anderson, du bassiste John Mulhausen, de la chanteuse et clavieriste Marlaina Rae et du batteur Ted Kamp. Pour ce deuxième album de Sea Dramas, Beware the Ephemeral de mars 2015, qui suit Soft Wake de février 2013, la formation a un peu changé mais les amis du début sont toujours présents.

Untwined est le titre qui ouvre le bal avec des voix à foison dont l'accompagnement féminin gracieux de Erin Skidmore, les guitares et claviers sixties dans la veine des Essex Green, les battements de batterie frais et dynamiques de Rafael Herrera, accrochent l'attention d'emblée. Les instruments alternent, servent intelligemment la chanson, lui donnent des airs légers, printaniers sur un thème de déception amoureuse. Puis les cordes de guitares deviennent langoureuses et élégantes sur Maker of Heart, offrant un tempo dreamy, des accords iodés et fifties scintillants de pop, faisant penser aux Beach Boys. La Californie parfume les titres, avec les refrains chantés en choeurs, avec le thème de la mer, présent dans le nom du groupe, mais aussi largement souligné dans les paroles. Les mélodies resplendissent une atmosphère maritime ensoleillée et joyeusement agitée à l'image de San Francisco. Avec un chant chaleureux baryton de Scott, des notes voltigeantes de clavecin et clavier, des arpèges de guitares dignes des Byrds, Sometimes Repeater est un bijou musical surf pop magnifique. Le style sunshine poursuit avec le délicieux orchestral pop Ending Game. Il y a une flopée d'amis musiciens qui participent à Beware the Ephemeral dont Jason Quever à l'orgue, guitare électrique, et percussions, Ted Kamp à la batterie, Marlaina Rae dans les voix, John Mulhausen et Luke Borello à la basse, Caitlin Keen au violon. Le coeur brisé est l'habitant principal de Gragodeo Villas oscillant entre le mellow surf pop à la manière de Dick Dale et la pop sixties sucrée et romantique. Tous les titres véhiculent une dose d'UV et que ce soient les cloches de Gragodeo Villas ou les castagnettes de River Dream Song, la musicalité et l'inspiration fertile de Sea Dramas nous emmènent en voyage, rêvant de collines sur Wait for Sunrise, d'étoiles, de canyon ou de hautes mers comme sur Roll Like the Wave. La manière old-school d'aborder l'orchestration sixties apparait aussi dans le chant et les thèmes nostalgiques juvéniles. On reconnait la patte professionnelle et somptueuse de Jason Quever du groupe Papercuts qui en plus de prendre part aux instrumentations, produit et enregistre les mélopées de Scott dans son studio. Les deux personnalités alliées ne peuvent qu'offrir un album fleuri et coloré de sons, d'ambiances et de partitions parfaites. Lion Jaw est construite comme une mélodie indie-pop d'excellence, la plus contemporaine dans les arrangements, ornée de paroles particulièrement psychédéliques, de violons, guitares et claviers endiablés. All a Wash termine l'écoute en ballade chaloupée parlant de la lune, du soleil, de sentiments retrouvés, de souvenirs avec les deux voix splendides de Scott et d'Erin, de guitares surf et des violons lyriques.
Beware the Ephemeral offre une brochette d'harmonies pastorales, ficelées et épicées d'arrangements et drapées de mélodies excellemment écrites. Les Sea Dramas signent là surement un des meilleurs albums de 2015.
SeaDramas
PapercutsPiggledyPop2009


Meilleure Erreur - La fille de la côte

La fille de la côte était le premier nom de projet de l’auteur-compositeur Clermontois Yann Pons, devenu depuis Meilleure Erreur depuis 2024...